CALVIN
auteur: le prince est seul juge de la question de savoir si sa cause est juste, et la seule restriction imposée à sa liberté est celle de «demander la satisfaction duc». Kt si la satisfaction demandée n'était pas «due»? La quatrième et dernière condition posée par Bellarmino est «Modus débitas» — la guerre ne doit pas être faite avec cruauté. On voit que la doctrine de Bellarmin est identique de celle des canonistes du Moyen»Age.
Calvin (1509—1564), au fond, envisage la société séculière com' me Bellarmino. Dans son «Institution^^, le 20e Chapitre du 4e livre discute «l'Administration politique». Il établit la même distinc tion que Bellarmino: «— — — celuy qui mettra de la différence en» tre l'âme et le corps, entre cette vie présente, misérable et passagère, et la vie future, glorieuse et éternelle, comprendra fort aisément que le Royaume spirituel de Jésus»Christ, et l'Administration civile sont des choses extrêmement éloignées l'une de l'autre — — — »'. A ce point de vue le droit des autorités de mettre à mort est légitime. Il est vrai que c'est «une haute et difficile question, savoir s'il n'est pas défendu aux Chrestiens de tuer — — — Mais si nous considé< rons que le Magistrat en punissant ne fait rien de luymesme, et qu'il exécute les jugemens mesmes de Dieu, ce scrupule ne nous troublera pas fort.»"
Quant à la guerre, Calvin l'envisage comme une punition admi» nistrée par le prince contre ses ennemis. «La nature nous enseigne cela mesme que le devoir des princes est d'employer l'épée que Dieu leur a mise en»main, non seulement pour corriger les fautes des par* ticuliers, mais pour défendre par la voye des armes les Païs, qui ont
' Institutio fidei Christian»e, d'abord publiée en latin à Bâle en 1536. — Je cite d'après une traduction française par Ch. Icard (Brème, 1713).
' p. 1092. — En effet, ce scrupule n'a pas beaucoup troublé Calvin. Après l'exécution de Servet (1553) il publia un ouvrage intitulé «Dcfensio orthodoxac Hdei de sacra Trinitate contra prodigiosos errores Michaelis Servcti Hispani, ubi ostenditur haereticos iure gladii coercendos esse». (Opéra, VIII, 453).
LA TRADITION PACIFISTE: EGLISES ET SECTES
esté commis à leur soin, et où l'on commet des hostilitez — — — ». En réponse à l'objection suivante: «Si quelqu'un oppose à cela que dans le Nouveau Testament il n'y a ni témoignage, ni exemple pour prouver qu'il soit permis au Chrestiens de faire la guerre», Calvin développe trois arguments, dont nous retenons le second: «Seconde* ment je dis qu'il ne faut point chercher sur ce sujet aucune déclara* tion dans la Doctrine des Apôtres, puisque leur intention n'a esté que de nous enseigner quel est le Règne spirituel de Jesus'Christ et non pas de -régler l'Ordre et la Police du genre humain.»'
On voit que c'est le raisonnement même de Bellarmino, et nous croyons entendre le même auteur, lorsque Calvin dit (p. 1095): «Que s'il est question de prendre les armes contre des ennemis, c'est»à«dire contre des brigands armez, il ne faut pas que pour des raisons légè» res et de peu d'importance, ils se portent à cette extrémité. Ils doivent plûtost en éviter les occasions, lors mesmes qu'elles se présentent, à moins qu'une grande nécessité ne les contraigne de s'en servir.» Le problème fondamental n'est guère qu'effleuré.
On reconnaît toute la rigueur, tout le caractère autoritaire de Calvin, là où il discute la parole du Christ, qu'il ne faut pas résister au maP". On voit comment l'idée, au fond, répugne à Calvin. Il l'interprète comme voulant dire qu'il faut toujours faire preuve de «douceur et modération». — — — «Cependant cette douceur et cette modération n'empêchera pas qu'en conservant toujours une affection sincère envers leurs ennemis, ils ne se servent de l'autorité et du secours du Magistrat pour conservation de ce qui leur appartient, ou que par l'affection qu'ils ont pour le bien public, ils ne demandent la punition des méchans et des coupables, que l'on ne peut corriger qu'en leur faisant souftrir le dernier supplice.»
Ce n'est pas d'une Eglise pénétrée de cet esprit que l'on peut attendre un enseignement pacifiste.