ANABAPTISTES
On sait qu'en Allemagne le mouvement s'est confondu en partie avec une agitation sociale très sérieuse, la Guerre des paysans; plus encore, cependant, le siège de Munster, quartier général des Anabap» tistes, attira l'attention universelle. Les persécutions qui en furent la conséquence ont provoqué une exaltation des esprits qui nous explique le caractère parfois bizarre des doctrines et des pratiques anabaptistes. De là de nouvelles persécutions et une réprobation générale à l'égard de la secte, tant de la part des autorités et des églises officielles que de celle de l'opinion publique. Les Anabap» tistes ont dû se cacher, ont dû changer de nom. Il est donc très difficile de tracer leur histoire, et même de constater quelles ont été en réalité leurs doctrines. D'autre part, à cause de la notoriété des Anabaptistes allemands, le public ignorant a été disposé à parler de n'importe quels dissidents comme appartenant à cette secte «abomi» nable». Il paraît certain, toutefois, que les Anabaptistes ont eu des ramifications en Allemagne, en Bohème, en Pologne, en Suisse, dans les pays du Rhin, aux Pays«Bas et même en Angleterre*. Exposés à des persécutions, ils ne sont cependant nulle part extirpés, mais ils sont dispersés, et ainsi ils ont pu fournir un ferment religieux im» portant dans beaucoup de pays.
Toutes les sources attribuent aux Anabaptistes la doctrine qui avait déjà été embrassée, nous lavons vu, par la plupart des héréti» ques du Moyen^Age: le chrétien ne doit pas porter les armes, ni même faire résistance au mal; il ne possède pas le ius gladii.
Cette doctrine a été surtout embrassée avec ferveur par les Ana» baptistes des Pays«Bas, les doops'gezinden ou Mennonites ; ils ont été généralement désignés sous ce dernier nom en dehors des Pays» Bas, d'après leur représentant le plus célèbre.
Menno Simons, né à Witmarsum en Frise en 1492, devint prêtre, mais fut bientôt saisi de doutes quant aux doctrines catholiques.
* F. C. CoNYBEARE (Gicsscn), dans Encyclopaedia Britannica, Ilth Ed. (Cambridge, 1911), Vol. I. 903-05. - D. C. Ckamer, 1. c, p. 595 ss, et notamment BiiitoRT Bax, 1. c. pp. 332—83.
LA TRADITION PACIFISTE: EGLISES ET SECTES
L'enseignement des protestants ne le satisfît pas non plus, et il se décida à ne se fier qu'à l'étude de la Sainte^ Ecriture. C'est ainsi qu'il fut porté à embrasser les doctrines des Anabaptistes, avec les^ quels il se sentait en communauté générale de vues. D'autre part les pratiques et quelques opinions très avancées des extrémistes de Munster le repoussèrent et le terrifièrent. En 1536 il quitta l'Eglise catholique, et l'année suivante il devint pasteur d'une petite congre» gation à Groningue. Par ses écrits et par ses fréquents voyages missionnaires il devint le vrai fondateur de la secte des doopsfgeziri' den, qui existe encore aux Pays«Bas, et qui y jouit d'une grande considération. Ils ont des ramifications aux Etats«Unis, et des sectes similaires, mais portant d'autres désignations, se trouvent non seule» ment aux Pays-Bas*, mais aussi en Allemagne, en Russie et dans quelques autres pays d'Europe.
Menno mourut en 1559. Ses oeuvres ont vu plusieurs éditions''.
11 discute le problème qui nous occupe plusieurs fois dans ses écrits, nulle part, toutefois, d'une manière très approfondie, et ses déclarations ont quelque«chose d'hésitant et de réservé, qui au pre» mier abord est fait pour nous surprendre : ce pasteur qui s'est as* socié à une secte peu considérée, n'aurait»il pas eu le courage de ses opinions?
Menno aurait sans doute préféré se borner à une simple protes» tation contre l'emploi des armes en général: il fait le reproche de ce recours aussi bien aux Catholiques qu'aux Luthériens, aux Zwing« liens qu'à «ceux de Miinster»". 11 emploie à cette occasion un ar*
* Ainsi les «-Rhijnsburger Collegianten», secte anti;militariste en Hollande, qui disparut vers ISOO. Voir Haspels, De Weerloosheid (Amsterdam. 1901), pp. 119-20.
'' Je cite d'après une édition en néerlandais: Opéra omnia theologica, of Aile
de godtgekerde Wercken van Menno Symons Amsterdam, 1681, 642 pp.
insfol.
" Notamment «Fundament en klare Aenwijsinge van de salighmakende Leere Jesu Christi» (Opéra, pp. 5 ss.): «Maar ik serge dat 'et gaen sal gelijck de Prophet seyt: De goddeloosen sullen een goddeloos leven voeren ende en sullen't niet achtcn, maar de verstandige sullen't achten. 'W'ant d.it is aller Secten acrt, die