MENNONITES
gument emprunté à Erasme, dont il était l'admirateur et le lecteur fidèle': l'exemple des animaux qui ne se font jamais la guerre entre eux**, et il revient toujours à la même idée, que le propre des chré» tiens, c'est leur douceur, leur esprit pacifique. C'est une manière de voir toute sentimentale, et elle répond complètement à l'état d'esprit personnel de Menno: ses écrits, où les répétitions abondent, sont avant tout d'un caractère édifiant; on n'y trouve pas de discussion approfondie ou pénétrante des problèmes religieux et moraux.
Mais ce penchant n'explique pas tout»à*fait sa réserve au sujet de la question du service des armes. Il doit avoir vu que pour le «chrétien» qui refusa de prendre les armes, un conflit redoutable se dresserait, un conflit avec l'autorité même de l'Etat. C'est à l'aide de la force que tout Etat se maintient, non seulement vis'à^vis d'au» très états, mais la force armée est également la ultima ratio, par laquelle la Société se défend envers toute tentative de révolte in* térieure.
Menno ne pouvait ne pas apercevoir ce problème; il devait également envisager la conséquence inévitable de son anti^mili' tarisme, savoir que, les «chrétiens» étant sujets d'états faisant la guerre, le fait même de payer des impôts, destinés à soutenir une organisation militaire, serait contraire aux paroles du Christ. Pour
buytcn Christum en Christus Woordt zijn, haren Grond, Geloove en Handel met de zwerden te beweeren. De Roomsche, Ariani, Circumccllionerc, Lutherschc. Swingeische en Munstersche zijn mijn getuygen, macr Christus met den sijncn die lijden en vertragen». 1. c. p. 42.
' Cramer, dans Herzog, Kealencyklopadie, XII (3. Aufl.\ p. 589.
' Fundament (Opéra, pp. 50—51). «O Mensche, Mensche, merkt doch op de onredelijkc ende grijpende Creaturen, cnde leert wijsheydt. Aile briesschende Leeuwen, aile verschrickelijke Beyren, ende aile verscheurende Wolven, houden Vrede een jegelijk in sijn geslachte: Maar gij ellendige zwacke wormen, gij die na Gods cygen Beeld geschapen, ende en rcdelijkc Créature genaemt zijt, sonder tanden, klaeuwen, hoornen, cnde met een kranck teeder vleesch, sinneloos, sprake= loos, krachteloos, ja oock dat gy noch gaen noch staen en kondt, en gantsch van des mocders hulpc leven moet, u tôt een leere dat gy een mensche des vreedes en niet des zwisis zijn suit.»
LA TRADITION PACIFISTE: EGLISES ET SECTES
les hérétiques du Moyen«Age ces conséquences de leur anti«militarisme ne se présentèrent pas d'une façon inéluctable : les états furent en» core trop imparfaitement organisés; en outre le service militaire était plutôt le privilège de la caste nobiliaire, et les hérétiques d'alors étaient tous de petites gens. La question devient par contre de plus en plus sérieuse à mesure que les états modernes s'organisent en réclamant le concours de tous leurs citoyens, et nous voyons aussi toutes les sectes des temps modernes, professant l'antismilitarisme, se heurter à ce problème. Devaient«elles poursuivre leur point de vue avec une logique inexorable? Alors elles finiraient dans des ten<^ dances anarchisantes, voisines de celles des prophètes de Miinster. Et comme elles reprochaient au.x Eglises officielles leur esprit de compromis, tout rabaissement de l'exigence idéale devait être parti» culièrement dur et cruel. Ce ne sont pas seulement les persécutions, ce sont sans doute aussi les difficultés de concilier, au sein des états civilisés, leur pratique avec leurs croyances, qui ont poussé tant de sectes à émigrer: dans les vastes pays inhabités, il pourrait y avoir moyen de fonder des sociétés vraiment conformes à la volonté de Dieu.
Menno a été amené à une solution intermédiaire du problème. Il ne pouvait pas toujours maintenir la discussion sur le terrain sen« timental; il aborda enfin les difficultés. Mais il ne fit qu'esquisser sa solution, qui au fond est loin d'être idéale. Elle consiste à éta» blir une distinction entre les «Chrétiens», qui doivent être libérés du service militaire, et les enfants du monde, qui n'y font pas d'objection, et qui par conséquent pourront y être soumis sans difficulté. La so» lution n'est pas idéale: elle est non seulement contraire au principe de l'égalité — ce qui, au XVIe siècle, n'était pas une objection très grave; l'âge de la démocratie n'était pas encore arrivé — ; mais elle entraînait nécessairement la reconnaissance tacite de la part des doops' gezinden du fait qu'ils ne resteraient qu'une secte, une petite minorité dont le refus de porter les armes pouvait être toléré par la société sans grand inconvénient. D'autre part cette conception d'être une