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I.A TRADITION PACIFISTE: EGLISES ET SECTES

tien quand ce devoir suprême de refuser l'obéissance lui est imposé ; Socin n'en discute pas les critères en détail.

On a dit qu'il serait permis à une nation chrétienne de défendre son pays. — Socin n'admet pas l'existence d'une patrie de ce monde. Ce n'est que vers le ciel que le chrétien se sent attiré. II s'ensuit qu'il nie la légitimité du sentiment patriotique. «Il ne doit exister presqu'aucune différence entre la patrie et les autres pays, si ce n'est qu'au cas où toutes autres choses seraient pareilles; alors il serait permis de préférer la patrie aux autres pays. Mais il peut très facile* ment arriver qu'un chrétien doive préférer d'autres pays à sa patrie et dédaigner la patrie pour eux; — — — il a le ciel même pour patrie.»"

Est'ce l'Italien hérétique, ayant quitté son pays, qui défend ainsi son attitude? C'est un raisonnement franchement anti»patriotique, dont on ne trouvera pas facilement le pendant dans la littérature qui nous occupe. Il ne peut pourtant pas avoir été unique ou même exceptionnel. Nous avons déjà dit que non seulement les persécutions religieuses ont dû provoquer cet état d'esprit chez les sectes. Les fréquents conflits de conscience eurent le même effet chez ces hom« mes très paisibles, mais caractérisés par une sensibilité extrême quant aux devoirs imposés par leur religion. C'est surtout en Angleterre

profiteor, magistratui sive gladium gestanti, sive minus si aliquid fieri jubeat, ab homine christiano omnino parendum esse, non secus atque si Deus ipse juberet, dummodo id quod jubet, Dei praeceptis jam per Christum, apostolosque illius no= bis traditis minime adverseretur, usque adeo, ut ne ipsi quidem vitae nostrae, ut magistratui obediamus, parcendum nobis sit, sive is bonus sit, sive malus, sive tys rannus, sive justus princeps, sive fidelis, sive infidelis. At vero, si aliquid jubeat quod praedictis divinis praeceptis contrarium sit, tune universa Scriptura, ratione, hominum consensu approbante, dico, palamque profiteor, qualiscumque ille tandem sit, ei minime obediendum esse, etiamsi alioquin (ut uno verbo dicam) totus muns dus periturus esset — — — ». 1, c. p. 78.

" «Nec ulla fere inter patriam, aliosque locos differentia constituenda est, nisi quod, si caetera omnia prorsus sint paria, paullulum quid prae ceteris locis, patriae concedere licebit. Alioqui facillime fieri poterit, ut Homo christianus alia

loca patriae suae anteferre debeat, et prae illis patriam contemnere caelum

ipsum pro patria habet.» (p. 82).

SOCINIENS

que nous en rencontrons les représentants. Le XVIIe siècle est en même temps l'âge de l'exaltation religieuse et l'époque de l'émigration transatlantique.

Enfin Socin discute le problème de la légitimité de la guerre défensive. Celui qui néglige de prendre les armes afin de défendre les siens, ne sera^t»il pas coupable de leur mort? Et ne vaudrait^il pas mieux, après tout, tuer des ennemis que de laisser tuer des com= patriotes? — A ce sujet Socin pose la question suivante: «Si nous devons nous laisser tuer plutôt que de commettre le moindre péché ou de contrevenir au moindre commandement divin, pourquoi ne pouvons»nous, ni ne devons-nous, permettre que d'autres soient tués plutôt que de tuer quelqu'un nous-mêmes, ce qui est le péché le plus grave et en opposition manifeste au précepte divin?» Voici la réponse de Socin: «Il ne faut pas faire le mal pour qu'il en résulte du bien, encore moins pour qu'il en résulte du mal»"*. Et il conti» nue par les mots déjà cités (p. 236, n. 5) qu'il faut laisser à Dieu tout soin d'éviter le mal; un chrétien ne sera jamais placé devant semblable dilemme.

Socin condamne très énergiquement ceux qui prennent les armes afin de revendiquer leur liberté religieuse. «On peut comprendre l'absurdité de ceux qui prennent les armes contre leurs supérieurs afin de défendre — comme ils disent eux«mêmes — le culte divin et la religion. Car, afin de pouvoir adorer Dieu, ils déshonorent Dieu autant qu'il dépend d'eux, et stupidement ils méprisent les com* mandements de Dieu lui-même.»''

'* «Quod si nos ipsos interfici permittere potius debcmus, quam vel minimum peccatum admittere, minimum Dei mandatum transgredi, cur, ut alii interHciantur, permittere non possumus et debemus potius quam ipsi quemquam interficere, quod gravissimum peccatum est, et cum divino mandato manifeste pugnat? Non sunt f'acienda mala, ut evcniant bona, Rom 3, 8, multo minus, ne eveniant mala.» (1. c, p. 82).

'" «Ex que intelligi par est quam praepostere ii se gérant qui arma adversus eos qui dominantur, capiunt, ut (quemadmodum ajunt ipsi) Dei cultum, ac reli» gionem tueantur. Ut enim Deum colère possint, Deum, quantum in ipsis est, dede< corant, et stulte ipsius Dei mandata contemnunt » (ibd.)

16 — Publ. de l'Inst. Nobel norvégien. IV.

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Et il insiste encore une fois sur le devoir d'obéir à Dieu plus qu'aux hommes. «Quel culte de Dieu est plus magnifique que de mépriser et sacrifier sa vie afin de ne rien faire contre ce que Dieu a ordonné? Si donc celui qui est ton supérieur sur la terre, ordonne quelqueschose qui est en opposition aux commandements de Dieu, il faut mourir plutôt que de lui obéir, et ainsi tu adoreras Dieu au suprême degré; mais n'essaye pas de repousser par les armes la vio« lence que l'on tâche de te faire; car cela n'est pas défendre le culte de Dieu, mais vouloir conserver sa propre vie et les autres biens de ce monde.»'^"

Il est étrange de voir Socin, après cette défense catégorique de tout recours aux armes, adressée au chrétien, lui proposer néan» moins un certain accommodement: «J'admets cependant que ce qui est interdit au chrétien, ce n'est pas de tenir les armes mêmes à la main, mais d'en frapper quelqu'un. Et je ne loue pas l'intelligence de ceux qui ne tolèrent pas même le port des armes afin de proté<= ger leurs vies contre les chiens, les loups, ou autres bêtes sauvages

On peut conclure de ces préceptes (o : ceux du Christ) qu'il

n'est pas permis de repousser l'ennemi par les armes, c'est»à=dire, s'il ne veut pas autrement s'abstenir de l'injure, de le frapper et de le tuer. Mais il ne s'ensuit pas qu'il ne serait pas permis de le répri= mander, de crier, de lui inspirer de la terreur et autre chose de pareil. Les premières méthodes impliquent la vengeance ou la punition, cellessci pas du tout.»*'

'" «Quis vero Dei cultus praestantior quam vitam ipsam negligere, atque profundere, ut ne minima quidem in re contra facias, ac Deus fieri jussit? Si igU tur is, qui tibi in terris dominatur, prorsus jubet aliquid, quod Dei mandatis adverseretur, morere potius, quam illi obtempères, et ita Deum maxime coles, non autem armis vim, quam tibi facere conatur repellere tenta, istud enim non quidem Dei cultum defendere est, sed suam ipsius vitam, aliaque hujus mundi bona con= servare velle.» (p. 82).

" «Haec autem idcirco homini christiano concedo, quod non ipsa arma manibus lenere, sed iis aliquem ferire illi interdicitur. Nec porro eorum consilium laudo qui ne ad canes quidçm, aut lupos, aliasve feras bestias pro sua vita tutanda feriendas gladium secum habere sustinent [ChristusJ qui, ut alibi

SOCINIENS

On pourrait croire que Socin avait voulu suggérer au «Chrétien» un moyen d'éviter le conflit avec les autorités publiques en faisant semblant de faire service militaire, sans toutefois jamais tuer aucun de ses ennemis. On assure que pendant la guerre mondiale il y aurait eu des soldats ayant ainsi sauvé leurs consciences". Le déve* loppement donné par Socin, notamment ce qu'il dit dans le dernier passage par rapport aux préceptes du Christ, n'admet pas semblable interprétation; il faut croire que Socin a recommandé, pour tout de bon, d'employer les armes afin de repousser l'ennemi par la terreur que lui inspirerait leur caractère martial.

L'idée nous semble bien bizarre. Car, si la même intention pré» valait des deux côtés, qu'est-ce qui en résulterait? Est»ce que vrai» ment la terreur serait réciproque? Nous sourions d'une stratégie aussi simpliste. — Et cependant, l'idée qui est à la base du vieil adage romain: Si vis pacem, para bellum, et qui domine la politique inter» nationale encore de nos jours, n'est pas très différente: C'est la ter» reur, le respect qu'inspireront les armements qui préviendra l'attaque des ennemis. Au fond, c'est la même psychologie, et si la stratégie socinienne paraît simpliste, l'histoire des armements est là pour nous prouver que la politique des surenchères est pire que simpliste, elle est dangereuse, parce qu'il arrive un jour où «les fusils partent d'eux» mêmes». C'est ce qui serait arrivé, probablement, pour les armées organisées d'après les principes de Socin.

L'ouvrage que nous venons d'analyser présente la discussion la plus complète du problème de la légitimité de la guerre que nous connaissions de la part des sectes à l'âge de la Réforme.

docuimus eo praecepto non omnem resistentiam quae malo homini fiât, sed eam quae iiltionem, seu vindictam conjunctam habeat, interdicere voluit. Itaque ex vi praecepti illius recte concludetur non licere hostem arrois repellerc, hoc est eum, nisi aliter ab injuria abstinere velit, ferire atque interficere. Ncc idcirco tamen se» quetur, eum objurgare, clamare, terrorem illi incutere et ejusmodi alia facere non licere. 111a enim vindictam, sive ultionem continent, haec vero minime.» (p, 85). ^- Jank Aduams' Account of her interviews with the Foreign Ministers o( Kurope (Reprinted from The Survey [1915], p. 8).

LA TRADITION PACIFISTE: EGLISES ET SECTES

Nous avons pu constater que l'étude, malgré son ampleur, n'offre guère une conception complète et logique. Les solutions sont en partie contradictoires, certaines ne pourront tenir devant l'épreuve de la réalité, c'est-à-dire en face des conséquences du fait d'appartenir à une société policée. Nous allons voir qu'il en est de même des autres sectes du XVIe et du XVIIe siècle.

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