‹ Histoire de l'invasion allemande en 1870-1871Chapitre 114 sur 257 · DOCUMENTS ALLEMANDS · texte numérisé non relu

DOCUMENTS ALLEMANDS

Nous croyons avoir nettement prouvé que « des personnalités occupant de hautes fonctions dans l'armée » encouragèrent des vols qui leur permirent d'orner leurs maisons : « l'humeur joyeuse et sans penser â maly dit avec bienveillance l'Allemand Gustave Freytag- ^, on en vint à expédier dans la chère patrie des objets abandonnés par leurs propriétaires... »

Le témoignage du général et amiral Albert Von Stosch écrivant à sa femme pourrait suffire; il est à la fois écrasant et curieux '^.

On a expédié de Sèvres et de Saint-Cloud des caisses adressées chez nous.

C'est le vol organisé. Je me suis frappé la poitrine en signe de repentir et je lui ai répondu qu« moi aussi j'ai expédié des prises^ faites sur l'ennemi... Le sentiment de la propriété disparaît forcément au cours de cette guerre... Celui qui s'enrichit par de tels procédés commet une illégalité, car les objets de valeur sont la propriété de l'Etat, mais c est un devoir (Vj d'appauvrir ces gens-là.

I. Freytaiî (Gustave), Vermischte Aafsaize, 18/18-1894, p. 478.

a. Von Stosch, Gênerais und Admirais Denkwurdigkeiter. Briefe und Tagebusch. Blatter : 1904, p. 243.

3. C'est vols (jii'il eût fallu écrire ; le mot de prise sous-cntend une lutte à main armée ([ui, certainement, n'eut pas lieu dans la manufacture de Sèvres, par exeuii)Ic.

ne L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871

Quatre lettres seraient dig'nes d'être reproduites ici in extenso; malheureusement,la place nous fait défaut.

Le i6 novembre 1870, le canonnier Peter Joseph Kisnauer, de la 5^ batterie de campagne hessoise, écrivant de Chartres à ses parents, énumère ses vols et croit se libérer en disant des paysans français : « Ces chiens-là ne méritent pas davantage. » Accord parfait et touchant avec l'amiral 1

Le 5 décembre, de Chartres également, Hans Wachenhausen adresse à la Gazette de Cologne d'intéressantes...confidences qu'a reproduites V Evening Standard ; du moins, la note est-elle humaine, celte fois :

...Nous menons nn& véritable oie debrigands. Les habitants des villages crient aux soldats qui le traversent : « Nicht Brod,nicht Fleisch » (ni pain, ni viande). Et ce n'est que trop vrai que ces malheureux sont réduits à un dénùment absolu. De nombreuses localités ont été livrées aux flammes...

Le 2 décembre 1870, le soir du combat de Poupry, le pionnier Justus Pape a trouvé la trappe d'une cave et sa joie d'ivrogne déborde :

O ravissement, une riche trouvaille couronne nos efforts. L a cave aux bouteilles était à nous!... Pape prend tout ce qu'il peut emporter, et quand il revient une seconde fois, comme tout le Champagne a disparu, il doit se contenter du bordeaux.

A chaque étape. Pape et ses camarades s'approprient tout ce qu'ils trouvent : fromage, pain, miel, épicerie, sans rien payer, naturellement 1.

La quatrième lettre a une tout autre importance que les trois précédentes. Elle constitue, en effet, une confession écrite à Arques-la- Bataille (Seine-Inférieure), le 9 décembre, par un soldat dont le sens

I. Pape (i\isins),Auf nach Frankreich, Kriegsfreiwillig bei den 83, pp. 64i 80, 83.

moral n'était pas encore complètement éteint : munie d'une adresse et cachetée, cette lettre fut oubliée à Ar(jues, où on la traduisit i.

Ma chère petite mère,

... Jusqu'à présent, nos habitudes n'ont pas trop souffert, du moins les miennes. Le seul mal que nous rapporterons de cette guerre, si Dieu veut que nous en revenions, c'est que nous ne saurons plus faire la différence du tien et du mien.

Nous sommes tous devenus de véritables voleurs.

11 nous est ordonné de prendre tout ce que nous trouvons 2.

La plupart des châteaux et des maisons étant abandonnés, il nous est lacile d'entrer partout, et de prendre tout ce qui peut se prendre.

Les caves surtout sont fouillées.

Tous les chevaux qui pouvaient nous servir, nous les avons pris. Pour le reste, la rafle a été générale.

Les officiers, en ceci, gardent la préséance qui leur est due ! Des harnais magnifiques, des couvertures et surtout des tableaux de maîtres ont été leur lot. Pas plus tard qu'avant-hier, notre oberadjudant, le prince de Waldeck, me disait : « Mayer, rendezmoi le plus grand service que je puisse vous demander : prenez et volez tout ce que vous pourrez m'apporter. Il faut que ce peuple sache ce que lui coûte une guerre avec nous -s. »

Comme c'était un ordre, je ne pouvais naturellement que répondre :

A votre service, mou adjudant.

Qu'adviendra-t-il de tout ceci ? Dieu le sait. Quand il ne restera plus rien à voler dans le pays, nous nous volerons les uns les autres...

Que Dieu vous bénisse ! Vivez pour votre fils, qui vous aime toujours.

Eugène.

I. Cette traduction fut envoyée à l'Evening Standard, qui la publia, le sg décembre 1870. Fourkiek (Ed.), op. cit., p. 807.

3. Pigeonneau avait donc bien observé en disant : «... Ce qni donnait au pillage son véi-itable caractère, c'est que le soldat semblait n'être dans cette œuvre de destruction qu'un instrument passif et ([ueiquefois honteux de la consigne qu'il exécutait... » Revue des Deuœ-Mondes , i" avril 1871.

3. En vérité, ne dirail-on pas qne la Prusse croyait être le grand justicier de l'Europe tout entière ?

« Envoyée par Mayer, ordonnance d'état- major, 8« réçiment de cuirassiers, 8« corps d'armée, i^e division, i" armée, à M"* Mayer, Stolberg près Aix-la-Chapelle. »

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