‹ Histoire de l'invasion allemande en 1870-1871Chapitre 142 sur 257 · Lavisse (Ernest), op. cit., p · texte numérisé non relu

Lavisse (Ernest), op. cit., p

Quant aux officiers, que penser de la délicatesse de ceux qui, comme cela arriva à Orléans, par exemple, se permirent de déposséder de leurs propres chambres des maîtresses de maison, même quand elles étaient en couches^ pour les reléguer dans les chambres de domesli(jues ou, plus simplement, dans les corridors...

Le cha[)itre ii du livre 1 nous a déjà trop bien édifiés sur la probité de bon nombre de soldats et même d'officiers ({ui se rendirent coupables envers leurs hôtes d'abus de confiance et devols. Citons encore un exemple dans lequel se trouvent associés le mensonge et le vol.

Loçé dans le château de Lumig-ny (Seine-et-Marne), appartenant au marquis de Mun, un officier prussien, questionné par la marquise sur l'honnêteté de ses soldats, lui répond par un bon conseil :

« Oh ! madame, nos hommes ne prendront rien, mais fermez bien vos portes... »

C'est ce (pu s'appelle coup.aîlre son monde! fl('his! onn'ost pas parfait; cet officier, logeant dans une cham])re où il y avait à portée de la main une copie de la Femme au saint Ciboire, de Carlo Dolci, l'a délicatement retirée de son cadre et mise dans sa poche; il avait, du reste, fait preuve d'intelligence, c'était la seule peinture passable qu'il y eût dans la chambre'.

L'alimentation sera traitée dans ce chapitre môme.

Les abus qui accompagnèrent le chauffage seraient à citer par centaines. La façon de disposer les morceaux de bois dans les cheminées ne pouvait inan(juer d'amener de nombreux incendies : les bûches étant, en elfel, placées per[)endiculairement à la largeur de la cheminée et n'étant pas soig'neusement enfoncées au fur et à mesure que la partie antérieure était

I. De Mun (marquis), Un citàleau de Seine-et-Marne. 18/0, p. 123.

consumée, il était inévitable que le plancher prît feu à son tour ; aussi cela arriva-t-il souvent.

A Versailles, on compta un feu decheminée presque tous les jours. Tel officier, coupable de néglig-ence, ne trouva que celte sotte excuse, qu'il servit en ricanant : « Construction fran(;aise ! Construction française ! », ce qui, paraît-il, signifiait, dans sa pensée obtuse, it que cet incendie était un service rendu, puisqu'il donnerait à un Français l'occasion de faire une construction 1 ».

Si le bois venait à manquer, — comme les Allemands se chauffent ù l'excès quand ce n'est pas leur bois qui brûle, — le soldat prenait tout ce qu'il avait sous la main.

Près de Bapaume, à Lig^ny-Tilloy, les métiers des tisseurs furent brûlés 2.

Chez un négociant logé près de la station de Gisors-ville, les soldats firent, rapporte le baron ErnouF, un auto-da-fé des palissades, du mobilier de la gare et n'épargnèrent pas même les caisses du factage et des billets 3.

Une forme particulière et répug-nante du mépris que les Allemands éprouvent pour la nation française fut la saleté dans laquelle un trop grand nombre d'officiers, même du plus haut grade ^ laissèrent, en quittant leur gîte, leurs draps et le linge qui avaient été mis à leur disposition.

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