I. CociiAHD (abbé Th.), op. ci/., pp. i4 et i
qui relève du domaine de la conscience et qui a pour sanction la parole de Dieu même *. »
Le vénérable abbé Cor, curé de Neuville (Ardennes), était âgé de plus de quatre-ving^ts ans lorsqu'il ouvrit cette marche g'iorieuse de martyrs. Les Prussiens l'accusent d'avoir prévenu de leur arrivée, alors qu'il n'a fait sonner la cloche qu'à l'heure habituelle pour annoncer la messe ; ils l'attachent à la queue d'un cheval en marche et, s'il vient à tomber, un bourreau tire la corde. Finalement on le jette dans un fossé de la route où ses paroissiens le trouvent les mains et le visage ensanglantés, les membres meurtris et ses vêtements en lambeaux : a Oh ! c'est ma vieille soutane ! »
A Remiremont, le 26 octobre, des fusils sont découverts, sur les renseig'nements de traîtres, dans les ( combles de l'église ; le curé Damien est emmené à Graudenz, où sa captivité dura plusieurs mois.
L'assassinat de l'abbé Miclo exige quelques détails. Le 2 novembre au matin, un corps prussien arrive à Etucffond-Haut, village peu distant de Belfort. Déjà son avant-garde a saisi au passage l'abbé Lacreuse et son vicaire l'abbé Miclo que l'on emmène. Les deux prêtres sont maintenus en tête de la colonne lorsque celle-ci est attaquée à Petit-Magny par des mobiles sortis de Belfort. Remis en liberté, après avoir secouru les blessés et administré les morts, ils sont croisés en se rendant à Grosmagny (canton de Giromagny) par un peloton de landwehr : l'officier qui le commandait tire un coup de revolver sur l'abbé Lacreuse, qu'il manque; un soldat atteint d'un coup de fusil l'abbé Miclo. Celui-ci mourut, après une agonie de dix jours,
I. Brugilé (abbé), curé de Bezons (Seine-et-Oise), Ma captiuité en Prusse, i8ji, p. 3.
220 L'INVASION ALLESÎANDE EN 18"0-1871
dans les bras de son curé en disant : « Je pardonne.... pauvre France... mon Dieu, acceptez ma vie pour elle *. »
L'abbé Hébert, curé d'Hébécourt (Eure), est emmené comme responsable de l'attaque de uhlans par des francs-tireurs, bien que trois fermes et dix maisons aient été incendiées : pendant la marche, on le pique avec les baïonnettes : deux fois tombé, il se relève sous les coups ; une troisième fois, il ne se relève pas et meurt 2.
Le 7 décembre, des uhlans complètement ivres entrent dans Cherisy, près Dreux (Eure-et-Loir) ; l'un d'eux tombe de cheval devant le presbytère. Le curé était en train de le panser lorsqu'il reçoit deux coups de crosse sur la tête; pendant qu'il gît à terre, deux coups de feu le blessent grièvement. Un officier survient, on lui porte plainte et il se contente de répondre que «cela n'était rien ».
Nous avons vu comment fut traité à Guitry (Eure) l'abbé Deg-enetay qui, au milieu des cris et des pleurs , ramassait les morts et étanchait le sang- des blessés.
A Rahay (Sarthe), l'abbé Picouleau, curé, héberg-e des soldats prussiens. Après s'être enivrés chez lui, ils font une perquisition et découvrent quelques fusils dans le clocher. Le curé et 25 habitants sont saisis ; on leur lie les mains. Le lendemain, on les faisait passer au milieu de deux rangées de soldats qui les accablaient de coups de bâton : plusieurs habitants furent grièvement blessés; quant au curé, il demeura sur place évanoui et ensanglanté.
I. Depuis le i4 juillet 1902, un monument s'élève à l'endroit même où l'abbé Miclo l'ut frappé : un bas-relief retrace la scène de l'assassinat, a. Dehais (Charles), l'Invasion Prussienne.,., etc., p. 87.
A Saint-Calais (Sarthe), au lendemain de la protestation du général Chanzy, les Prussiens trouvent des fusils dans le clocher; le curé, aussitôt arrêté, est bientôt rejoint volontairement par le baron Jaubert; tous deux sont indignement éternellement bAtonnés : le curé ne revint à la vie qu'après une long-ue convalescence; déjà le baron Jaubert était mort à la suite de cette émotion.
Le 17 janvier 1871, à la suite d'un engag'ement avec des Mobiles, les Prussiens envahissent le villao-e d'Yerrey-sous-Salmaise; ils le pillent et massacrent indistinctement tous les habitants qui s'offrent à leurs coups. Ils frappent de deux coups de baïonnette l'abbé Frérot *, curé de la paroisse, occupé à recueillir les blessés et à administrer les mourants. Gomme il veut se réfugier dans son jardin, il est atteint à la tête et à une jambe par deux coups de feu. Rejoint par ses assassins dans la maison surmontée du drapeau de la Convention de son ami le docteur Lamarche, il reçoit de nouveau plusieurs blessures ; le croyant mort, ils s'éloignent.
Quelques jours après, l'abbé Frérot mourait entouré de ses paroissiens; il avait pardonné à ses assassins et dit avant de rendre l'âme : « Je meurs sans regrets, mais je serais heureux que Dieu permît que ma mort servît à quelque chose et fût utile à mon pays 2. »
Le 26 janvier 1871, à la suite d'un combat livré près de Marcilly-sur-Seine (Marne), le curé de cette paroisse est emmené avec plusieurs notables. Les uns
1. Prt'cédemnieiil vicaire de Revey (Côlc-d'Or), il était l'auteur de l'Adresse au H. P. Lacordaire par les habitants de liecey à l'occasion de sa réception à l'Académie, le s/» janvier 1867.