‹ Histoire de l'invasion allemande en 1870-1871Chapitre 152 sur 257 · Lacroix (Louis), op. cit., p. i/'i cl passini · texte numérisé non relu

Lacroix (Louis), op. cit., p. i/'i cl passini

direction et la surveillance de la presse périodique ne se démentit point après la capitulation : les trois arrêtés, gros d'exigences et de menaces à l'endroit des rédacteurs français *, que publia le Commissaire civil de Nostiz-Wallwitz ne prêtaient nullement à l'ambigu ité.

Aussi la plupart des rédacteurs préférèrent-ils suspendre la publication de leurs feuilles plutôt que de se soumettre à une prétention qui ne tendait rien moins qu'à les priver, pendant un certain temps, de leur nationalité.

Les journalistes furent traités, avec le même mépris de nos vainqueurs pour le patriotisme et la liberté individuelle, à Orléans, à Rouen, à Evreux, au Mans et à Nancy qu\\ Versailles,

Arrêté, le 1 1 décembre, pour un article publié, le .'> décembre, avant l'arrivée des Prussiens à Orléans, i:3 rédacteur en chef de r Impartial du Loiret ne put se faire appliquer l'axiome de droit : « La Loi na point d'effet rétroactif », qui a cours chez tous les jseuples civilisés. Conduit à pied jusqu'à Montlhéry, indignement traité au point de vue des égards et de l'alimentation, il ne fut relâché que le 3 janvier 1871 : il n'avait pas été interrogé une seule fois et rentra sans connaître le délit qui lui avait été imputé 2.

Le 2 février, sa feuille était supprimée pour le numéro du 22 janvier à cause de sa « tendance offensante et hostile à l'armée allemande 3 ».

I. 2° paragraphe de l'article 3 : « La contravenlion aux articles i,

•!, 3 de cet arrêté sera punie d'une amende de 100 à 2.000 francs ou t'i'uii emprisonnement d'un à trois mois. »

■2. CocHARD (abbé Th.), op. cit., pp. 170 a 17G.

.H. CocHARD (abbé Th.), op. cit., p. 188. Or, l'article incriminé était iiiiitulé : Semence du blé. L'arrêté portait la sigiature du baron de Uoeuncritz, alors préfet du Loii'et.

': A Rouen, le baron Pfuel, préfet, ayant cru devoir interdire la publication de l' Indépendant, trouva à qui parler ; en effet, MM. Salle, le directeur, et F. Dclaporte, le rédacteur en chef, firent coller à leur porte, au-dessous de l'arrêté préfectoral, cette réponse :

A partir d'aujourd'hui et par ordre du préfet prussieu, /'/ridépendant de Rouen cesse sa publication.

Nous sommes de plus condamnés à payer 1000 francs d'amende.

Voici la réponse :

Notre mépris et pas un sou de notre caisse.

A Evreux, un brutal Poméranien, le préfet von Porembski, caressa l'espoir, — après avoir contraint, par des amendes, le Moniteur et l'Eure à cesser de paraître, — d'extorquer une amende de lo.ooo francs au directeur du Progrès de l'Eure emprisonné par son ordre. 1! dut se contenter d'adresser au Maire l'avis suivant, qui mérite d'être reproduit :

Par ordre du général de Barby, le gouvernement prussien porte à la conuaissauce du maire d'Evreux que, vu (juel(]ues articles des plus indignes et des plus odieux dans /e Progrès de l'Eure, le maire sera fait responsable du contenu de ce journal, et qu'il ira, ou faire cesser le journal ou livrer le rédacteur au commandant /irussicn.

En cas de récidive, la ville d'Evreux sera bombardée, ou mise à de plus grandes contributions.

Pour copie conforme Le maire d'Evreux.

Evreux, 5 janvier 1871. Liî Pouzé.

i\u Mans, dès leur prise de possession, les Prussiens firent un procès de tendance, — en se basant sur des articles du 12 janvier, — aux journalistes dont trois furent arrêtés et emprisonnés *.

Page 1