I. Mallet (D.), op. cit., pp. 73 et
Le 9 mars 1 87 1 , jour du départ des dernières troupes allemandes, le rédacteur en chef de la Sarthe donna le récit suivant 1 :
Détenus pendant cinq jours dans une pièce sans feu, malgré la rigueur de la température, et n'ayant qu'un méchant grabat pour nous reposer tous trois à tour de rôle, nous fûmes à même d'entendre à plusieurs reprises les soldats préposés à notre garde répéter la plaisanterie assez sinistre que nous serions bientôt fusillés : quelques-uns d'entre eux ne se ^e/ja/e/i/ mè/ne pas pour charger leurs Jusils en notre présence, afin de nous donner un avant-goût du sort qui nous était réservé dans leur pensée...
Pendant l'Armistice, les journalistes de Nancy obtinrent, le i^i" février 1871, à l'occasion des élections, l'autorisation de reprendre leurs publications. Réunis par ordre du préfet comte Renard, ils apprirent de lui qu'ils seraient leurs propres censeurs à eux-mêmes et furent invités à déposer chacun un cautionnement de i.ooo francs : « Ce sera pour moi, leur dit-il en terminant, la garantie de votre sagesse. »
Or, moins d'un mois après, les cautionnements étaient devenus la possession des Prussiens et le Journal de la Meurthe connue le Progrès de t Est avaient été supprimés. M. Lemachois avait eu du moins la satisfaction de parler le langage de la postérité en écrivant dans le Journal de la Meurthe :
... A des peuples auxquels on veut demander l'oubli d'abord, l'affection plus tard, on enlève toute la possibilité d'oublier et de pardonner. On nous vante depuis longtemps l'extrême habileté des diplomates de la Confédération prussienne. Nous n'y croyons plus...
I. La Sarthe du 9 mars 1871, la Presse f,endant l'occupation allemande.