DES OTAGES
Nous n'avons que peu de chose à ajouter à ce que déjà nousavons dit sur les otag-es, mesure de répression indirecte, puisque, l'auteur de la faute à réprimer ou à venger demeurant inconnu, on détenait des innocents, à fortiori quand les otages étaient pris en prévision d'un fait punissable.
L'emploi d'otag"es est, en somme, un acte peu efficace ou totalement inefficace, puisqu'il ne saurait arrêter de vrais patriotes ; il constitue surtout, à cause de ses conséquences possibles, un véritable attentat à la liberté individuelle chez des personnes inoffensives. En résumé, ainsi que l'a dit Bluntschli :
Ce mode de procéder est d'autant plus critiquable qu'il compromet la vie des citoyens paisibles sans qu'il y ait faute de leur part, et de plus sans procurer un sérieux accroissement de sécurité. Les fanatiques (jui enlevaient les rails ou cherchaient à empêcher la circulation sur les voies ferrées tenaient peu de compte de la vie des notables, qui étaient parfois pour eux un objet de haine '...
RÉQUrSlTION DE SERVICES PERSONNELS OU CORVEES
Les Allemands ont eu recours à tout propos aux corvées ; encore ne se génèrent-ils pas pour activer le travail à coups de plat de sabre quand ils trouvaient qu'il n'avançait pas à leur gré.
Les corvées ne sont sinon légitimes, du moins admissibles que dans deux cas : si le temps fait défaut à l'envahisseur pour rétablir la circulation sur une
I. Bluntschli, Das moderne Volkerrecht der civiliserten Stalen des Rechtsbuch dargesteltt, règle 600.
route qui a été volontairement obstruée par les habitants ou par l'adversaire, pour rétablir un pont que l'on a fait sauter.
Or, partout, malgré le droit international, les Allemands contraignirent les habitants à travailler pour eux et souvent, abusivement, contre leur patrie, à des terrassements d'ouvrages de fortification.
Tout le pays autour de Strasbourg fut exploité dans ce but par de pareilles réquisitions d'hommes.
Sous Paris, les habitants de Glamart, de Meudon, de Ghâtillon, de Fontenay-aux-Roses travaillèrent par ordre aux ouvrages de Montretout.
En Seine -et-Oise, à Villiers-le-Bel, un commandant d'artillerie, dit Desjardins, disposant de 3ooréquisitionnaires qui étaient logés à Ezanville, les contraignit, pendant un mois, à voiturer de la terre, des pierres, des madriers pour des redoutes.
A Sarcelles (Seine-et-Oise), dont la population normale était tombée de 2.000 hommes à environ une trentaine de malheureux, ceux-ci ne reçurent de Fennemi la nourriture nécessaire qu'à la condition de balayer les rues, les cours et de ramasser soigneusement les éclats de vitres brisées qui auraient blessé les pieds des chevaux *.
En ce qui concerne les guides, nous avons déjà dit que ce service, si égoïstement entendu par les Allemands, est contraire aux droits imprescriptibles du citoyen et du patriote. '
Le fait suivant montre jusqu'où l'abus fut poussé.
Requis pour servir de guide, un maréchal-l'errant de Frénois-sur-Dijon était avec une colonne lorsque, d'un bois voisin, des francs-tireurs ouvrent le feu sur