I. Laguerre (J.-J.), p. i
bouteilles de Champagne par tête et les officiers une même quantité des meilleures marques :
Nous buvions le meilleur champag'ne à bouche que veux-tu ; ce n'est qu'exceptionnellement que nous nous en tenions à nos deux bouteilles par jour. Mon hôte voulait sans doute ravir à Sa Majesté un de ses clients, car il fit tout ce qu'il pût pour me noyer dans ce précieux liquide...
De lui encore cet aveu : aimable combinaison de vol et de goinfrerie :
La cave que nous avions découverte était remplie des vins des meilleures marques. A trois heures, nous dînions dans un joli salon. Aucun habitant de la maison ne se montra : il n'y a rien d'étonnant à ce que nous Jimes usage de notre droit ; avec le contenu des armoires, nous complétâmes notre linge de corps qui était en mauvais état et, comme nous pensions pouvoir rester longtemps ici, nous nous pourvûmes d'objets de toilette, tels que savons fins, éponges, huile pour les cheveux, bas, ces derniers très fins, élastiques et larges, appartenant probablement à nne dame (perspicacité remarquable).
Nous emportions tout cela avec nous sur tous les véhicules que nous pouvions trouver, et même dans l'élégant tilbury d'un docteur et, vers le soir, nous rentrions dans notre misérable trou chargé d'un riche butin.
Pendant toute la durée de leur séjour à Epernay, les Prussiens se contentèrent d'exiger par semaine cinq mille (5.ooo) bouteilles.
Il ne faut donc pas s'étonner que l'ivresse ait causé, en plusieurs endroits, des assassinats, celui-ci entre autres perpétré à Choje (Haute-Saône), dans une auberge à l'issue d'un repas où des Prussiens-Polonais avaient bu et mangé copieusement.
Le chef voulut alors rire. Il prit, en trébuchant, le fusil d'un de ses hommes et dit qu'il allait faire voir comment on tirait sur les Français... le coup partit et frappa en pleine poitrine une
pauvre jeune femme qui desservait la table et la tua net... cette mort faisait deux orphelins i...
... Pour l'Allemand, a dit E. Fournier, voilà le suprême bonheur, beaucoup boire, sans qu'il y paraisse, passer pour sobre sans l'être, et' concilier ainsi son plaisir avec la bonne tenue des apparences. Ils la gardent surtout pour d'autres débauches, mais, quoi qu'ils disent, ils n'y parviennent qu'à être plus sournois, sans être réellement plus retenus *...
Mais la retenue a des bornes.
A Orléans, des tables bien garnies ont élé préparées pour recevoir les otages de Châteaudun, les Allemands se précipitent dans la salle avant l'arrivée de ceux-ci et font table nette. Repus, ils consentirent à ce qu'on apportât de nouvelles provisions.
Au Bourget, rapporte le capitaine Tanera, des soldats étaient logés dans une g'rande fabrique de pommade : ils firent des tartines de pommade et s'en donnèrent de tout cœur ; plus réservés, les officiers se contentèrent de s'approvisionner pour oindre leurs cheveux.
Quant aux grands chefs, leurs exigences personnelles dépassèrent vraiment tout ce que l'on peut imaginer.
Voici un commandant de corps d'armée, Aug'uste von Goehen, qui écrit des environs de ISIetz ^ :
... Notre table devient très confortable; j'ai envoyé chercher aujourd'hui au château de Frescati une partie de la verrerie et de la vaisselle qui s'y trouvent abondantes et très élégantes. A la guerre, il faut s'aider comme on peut...
Et, pour s'aider davantag-e encore, il ordonna d'é-