‹ Histoire de l'invasion allemande en 1870-1871Chapitre 167 sur 257 · AUTRES BIENS PUBLICS · texte numérisé non relu

AUTRES BIENS PUBLICS

Il est d'autres biens de l'Etat, tels que les églises, les hôpitaux, les écoles, les musées, les bibliothèques, dont le respect s'impose pendant l'occupation. Cela se conçoit, puisqu'il s'agit de religion, de charité, d'art et de sciences; une réserve peut être faite seulement pour les écoles lorsque les cours sont momentanément interrompus.

Ici encore, les Allemands en agirent fort à leur aise, comme toujours d'ailleurs.

On comprend que les églises aient pu être employées

(i) Leorelle (A.), op. cit., p. 2o5.

pareiix pour parquer, — le mot esl juste, — pendant peu de temps, surtout dans les petits endroits, des prisonniers.

On ne saurait admettre, en effet, qu'ils y aient installé à demeure des troupes qu'ils pouvaient cantonner. Il y eut alors des profanations véritables, comme à Vélizy (Seine-et-Oise), où, sous les yeux de leurs officiers, i5o Saxons, qui occupèrent l'église pendant trois mois, utilisèrent la cuve des fonts baptismaux pour éplucher les pommes de terre et transformèrent le maître autel en table à manger ; il est vrai que, dans la même localité, le cimetière fut profané aussi.

Quant au prince Frédéric-Charles, il poussa l'oubli de toutes les convenances au point de laisser transformer en écurie une église du Mans. Il ordonna aussi d'établir des cb.evaux dans une moitié du local affecté à une ambulance.

Il arriva souvent aux Allemands d'accaparer des églises pour y faire célébrer les exercices de leur culte par des ministres qui exigeaient que les desservants missent à leur disposition les ornements et les enfants de chœur ^

Souvent des ambulances furent établies dans des églises: il n'y aurait à faire valoir contre cette affectation que sou impropriété, en ce qui concerne le bienêtre des malades et des blessés.

Nous avons signalé, à propos du bombardement, la cruauté dont firent preuve les Allemands en prenant comme objectifs les hôpitaux les plus visibles et

I. La ville de Chantilly fut taxée d'une amende de 25.000 fr, parce que le curé avait repoussé une demande de cette nature ; il s'agissait d'une chasuble. Le refus du curé était, convenons-en, d'autant moins compréhensible que l'aumônier du régiment se proposait de chanter un Te Deuni à l'occasion de la capitulation de Paris

les mieux indiqués par les drapeaux réglementaires.

A Strasbourg-, les artilleurs de Werder incendièrent à la fois, nous l'avons déjà dit, le temple neuf, le gymnase et une ambulance qui occupait, entre ces deux monuments, un bâtiment surmonté du drapeau international *.

A Paris, le 1 8 janvier [871, les six médecins traitants de l'hôpital des Enfants-Malades, au nombre de 600, protestèrent énergiquement contre le bombardement après que l'hôpital eût été atteint par cinq obus.

Déjà, le 18 septembre 1870, l'Institut de France avait pu reprocher aux Allemands de n'avoir point épargné

ces monumenls empreints du géuie même de rhumanité tout entière, qui forment pour ainsi dire le patrimoine commun des nations civilisées et l'héritag'e sacré qu'aucune ne peut anéantir ou entamer sans impiété envers les autres et envers elle-même.

Empruntons le dernier mot à l'auteur favori de Frédéric II, dont le témoignage ne saurait par conséquent être suspect :

Pour quelque sujet que l'on ravag'e une contrée, on doit éparsçnerles édifices qui font honneur à 1 humanité et qui ne contribuent point à rendre l'ennemi plus puissant... Que g-agne-t-on à les détruire ? C'est se déclarer ennemi du genre humain que de le priver de gaieté de cœur de ces monuments des arts, de ces modèles du goût.

Les Prussiens, qui s'autorisèrent si souvent de Wattel, avaient, sans doute, oublié ce passage.

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