CIRCULAIRES DE M. DE CHAUDORDY
Il est naturel d'enreg-istrericiles protestations loyales, indignées du comte Chaudordyet les mensongères réponses du comte de Bismarck.
Le Délég^ué du ministre des Affaires étrangères s'est adressé deux fois aux Agents de la France à l'étranger, — leagnovembre iSySet le 2,5 janvier 1871, — pour propager dans l'Europe, où elles eurent un grand retentissement*, ses légitimes protestations. Si la forme de ces circulaires était nette, incisive, leur ton était mesuré; aucun des faits avancés ne put être démenti. Aussi un correspondant anglais, qui vit à l'œuvre les deux armées, put-il répondre ainsi à une question posée :
Pour ce qui me concerne, la circulaire de M. de Chaudordy, si j'étais placé sous l'affirmation d'un serment, je dirais qu'en me référant de ce que f ai vu en Alsace, dans le département de l'Oise et partout où les Prussiens ont été, cette circulaire n'est pas allée au delà, elle est restée en deçà de la vérité. {Daily Telegraph.)
Le Morning-Post fut non moins catégorique.
A la première circulaire nous n'emprunterons qu'un
passage :
La Prusse a non seulement méconnu les lois les plus sacrées de l'humanité, elle a manqué à ses engagements solennels. Elle s'honorait de mener un peuple en armes à une guerre nationale. Elle prenait le monde civilisé à témoin de son bon droit. Elle conduit maintenant à une guerre d^ exterminât ion ses troupes transformées en hordes de pillards ; elle n'a profité de la civilisation moderne que pour j)erfectiouuer l'art de la destruction.
1. Nous ne pouvons qu'indiquer les journau.ic qui, en Angleterre, en Belgique et en Italie, leur consacrèrent des articles : le Morning-Post, le Daily Tehrjraph, V Evening-Slandard, le Times, la Newcastle Ghronicle, l'Etoile belge, la Perseueransa, etc.
RÉPONSE DU CIIANCRLIKR niSMARCK
Bismarck répondit, le iG décembre 1870, et le 12 janvier i87i,par l'intermédiaire de Moritz Busch : les deux réponses contiennent des assertions fausses telles qu'au pouvait les attendre du falsificateur de la dépêche d'Ems et de... l'inventeur du bombardement de Sarrebriick. Ces réponses mériteraient d'être reproduites in extenso; signalons du moins quelques affirmations audacieuses ou brutales :
« les soldats allemands ont respecté partout les propriétés privées » ;
si des villag-es ont été brûlés, c'est que leurs habitants avaient aidé l'attaque des francs-tireurs;
les otages ont été pris pour mettre fin à des attentats criminels ;
« Les cabinets européens savent l' humanité avec laquelle l'Allemag-ne a, jusqu'ici, conduit les opérations, et ils feront aisément justice de semblables insinuations. D'ailleurs, la fjaerreest la guerre^ et on ne la fait pas avec des gants de velours... »
« Du côté des Allemands, on a fait la guerre avec l'intention de traiter la France avec les plus grands ménagements. Nous avons agi conformément à la Convention de Genève... «
En somme, le chancelier reconnaissait et cherchait à justifier les vols, le pillage, lincendie, l'assassinat et le meurtre ; il n'y parvint pas.
A son fatras mensonger, faisoris succéder, en le citant seulement, le fatras juridique du chevalier Wolheim de Fonseca, docteur ès-lettres, rédacteur du Moniteur de Reims, dont la protestation servile avait précédé celle de Moritz Busch. 11 s'appuya sur une
dizaine d'ouvrages traitant du Droit * pour juger des questions relevant seulement de la morale chrétienne qui renferme à la fois la justice et l'humanité.