GUILLAUME 1 *'" ET SES AIDES
Guillaume P"", dont la responsabilité demeura entière aux yeux de la postérité, a manqué doublement à ses devoirs de souverain et de généralissime.
Souverain, il n'aurait pas dû invoquer hypocritement, à tout propos, le secours d'un Dieu qu'il outrageait ainsi.
Généralissime, il méconnut le caractère sacré de la guerre et ne comprit pas, faute de sentiments élevés, que, sur un territoire ennemi, le soldat représente la civilisation de son pays, auquel il inflige un déshonneur irrémédiable en commettant des actes criminels. Au lieu de servir de modérateur, il laissa violer, en donnant au besoin lui-même l'exemple, les lois de l'humanité et de l'honnêteté.
En ce qui concerne ses aides, loin de nous la pensée injuste de comprendre dans une même condamnation, parfois dans un même mépris, celui qui ordonnait et ceux pour lesquels « un ordre » est un ordre.
Alors comme aujourd'hui, il existait dans l'armée allemande, nous n'en doutons pas, des soldats aux aspirations nobles, aux cœurs généreux, qui, blâmant bien des mesures prises, ne manquèrent pas, tout en les exécutant, de verser des larmes intérieures. Ayant le culte de l'honneur militaire, ils durent penser qu'un homme de guerre ne doit jamais s'avilir au point de jouer le rôle d'assassin ou de bourreau. Plus d'un était certainement de l'avis de notre grand Duguesclin, qui, sur le point de mourir, rappelait à ses compagnons d'armes « que, dans quelque pays qu'ils fissent la guerre, les gens d'église, les femmes, les enfants et le pauvre peuple n'étaient point leurs enuemis ». Et cependant ils obéirent...
La résultante naturelle, fatale, d'un régime de terreur est la revanche, à laquelle, tôt ou tard, aboutissent les revendications légitimes.
Certains n'admettent pas que, dans la prochaine
guerre avec l'AUemag-ne, ses soldats et ses officiers se conduiront autrement qu'en 1870-187 1. Une pareille illusion dénote une méconnaissance absolue du caractère allemand sur lequel nous avons cependant des renseignements certains, puisqu'ils se dégag-ent d'une expérience cruellement acquise.
La Prusse a cru qu'elle parviendrait à inaugurer, à coups de canon, de fusil, de sabre, un nouveau code du Droit basé sur la Force ; elle a échoué, m.ais est néanmoins toute prête à appliquer de nouveau ce principe.
G'estque, la haine demeurant aussi ardente, la race est âpre au butin, et manque totalement, ne cessons de le répéter, des qualités chevaleresques essentiellement caractérisées par l'humanité et la générosité.
D'une part, comme nous l'avons déjà dit, le noble prussien est plein de morg-ue et boursouflé d'un orijueil prodigieux qui le porte à mépriser le reste du monde.
De l'autre, le soldat, intéressé, cruel et rompu à l'obéissance passive, est disposé à se livrer, même de sang-froid, aux actes les plus odieux.
Une pareille collaboration ne pourrait donc aboutir qu'aux mêmes résultats ; peut-être même seront-ils amplifiés.
Tôt ou tard, h l'heure marquée par Dieu qui domine nos agitations, le droit éternel et l'itnmanente justice prennent leur revanche. Aussi, le plus élémentaire devoir d'une nation qui, trempée à l'Ecole de l'adversité, a le sentiment de sa dignité, est-il tout tracé : s'appliquer sans relâche, daus la prévision et l'attente de cette heure, à remédier aux causes matérielles et morales qui prépa.'èreut et justifièrent sa défaite.
Tel est le cas de la France ; aussi ne saurait-elle,
SOUS peine de renier un joassé glorieux, descendre au rang des nations secondaires.
Laissons donc proclamer modestement outre-Rhin la supériorité du Germain sur le petit Latin abâtardi et, tous tant que nous sommes, sans distinction de conditions ni de croyances, prenons pour règle le principe formulé par le grand patriote Déroulède : « On n'attaque que les faibles, on ne surprend que les oublieux, on n'opprime que les lâches. »