‹ Histoire de l'invasion allemande en 1870-1871Chapitre 232 sur 257 · Contrat social, livre V, cliap. iv · texte numérisé non relu

Contrat social, livre V, cliap. iv

2. Wallel [Ernrnertch de , le Droit des gens..., livre III, chap. vin.

On aurait vainement cherché, dans le règ-lement prussien correspondant, une recommandation à la fois si humaine et si digne.

Le 6 mai 1869, au début de la campag-ne d'Italie, des Instructions françaises, tout en recommandant de mettre les prisonniers hors d'état de nuire, interdirent les rigueurs inutiles, leur attribuèrent une solde, du tabac et arrêtèrent que les salaires gagnés par eux constitueraient une masse leur appartenant.

En somme, si la Convention de Genève laissa de côté la question des prisonniers de guerre, il était admis, en juillet 1870, que la personne d'un prisonnier est inviolable ; qu'il a droit à un traitement humain et même que, s'il n'a pas aliéné complètement sa liberté en prêtant serment, il conserve le droit de s'évader, sans qu'on puisse lui refuser la qualité de belligérant, qui est une garantie sérieuse.

Tels sont les droits du vainqueur et surtout ses devoirs.

En ce qui concerne le vaincu, insistons sur un cas particulier. Son identité une fois loyalement déclarée, le prisonnier est soumis défait aux lois et règlements qu'a édictés le vainqueur qui le détient ; eu cas d'insubordination, il s'expose aux rigueurs jugées nécessaires pour le contraindre à l'obéissance.

Il peut être employé à des travaux publics, à la condition qu'ils n'auront pas un rapport direct avec les opérations sur un théâtre de guerre.

Tout serment aggrave la situation morale de celui qui le prête ; en le violant, on manquera à l'honneur et on s'exposera, si on est repris, à subir les peines les plus sévères, même la peine de mort.

En 1870-1871, les prisonniers de guerre furent conduits sous escorte jusqu'au lieu de l'embarquement, puis internés : suivons cet ordre en revenant à dessein sur certains sujets déjà mentionnés aux pages 108 et 11 1.

LES GEOLES ALLEMANDES 317

Les prisonniers faits à Sedan et à Metz séjournèrent d'abord, pendant un temps plus ou moins long-, dans un camp de concentration ; nous ne nous occuperons que des premiers, auxquels se rattache le lamentable souvenir du Camp dit de la Misère, établi dans la presqu'île d'Yg-es, près de Sedan. Un philanthrope belge a décrit de visa, avec une émotion et une indignation communicatives, les souffrances de tous igenres que les prisonniers entassés là sans la moindre distinction eurent à endurer pendant plusieurs jours, bon nombre du 2 au la septembre,

Littéi'alement abandonnés par les Allemands, exposés sans le plus léger abri à une pluie qui tomba souvent à torrents et transforma le terrain en un véritable cloaque, les prisonniers n'eurent, par les soins de l'autorité allemande, du 2 au 10 septembre, que cinq distributions de vivres ; encore ne les durent-ils, à défaut du général Wimpffen, qui était parti le 4 septembre, qu'à l'intervention incessante des généraux Ducrot et Lebrun, aidés surtout par les généraux de Galliffet, Ameil et Le Forestier de Vendeuvre. Il semble que l'unique préoccupation de vainqueurs dénués de la générosité la plus élémentaire ait été d'affaiblir systématiquemenl les malheureux débris de l'armée d'Alsace; ils traitèrent, deux mois plus tard, de la même façon les prisonniers de iMetz, toutefois, pour ceux-ci, l'épreuve fut d'une durée moindre.

Cette conduite odieuse eut un tel retentissement en Europe que le chancelier Bismarck essaya, le 22 septembre, par l'intermédiaire de son fidèle secrétaire Moritz Busch *, de détruire cette fâcheuse impression; une fois de plus, il eut recours au mensonge. Si les intendants auxquels on adressa tant de louanges à la fin de la guerre avaient reçu des ordres fermes à ce sujet, il leur eût été facile, grâce au voisinage de la Belgique, de pourvoir aux besoins de troupes concentrées de la sorte.

i. Moritz Busch, leComte de Bismarck et sa suite pendant la guerre de France 1870-1871, p. 337.

On eut àconstater la même insensibilité et lemème défaut de prévovance dans la conduite des convois de prisonniers, avec une circonstance aggravante : les habitants qui, touchés d'une pareille misère, apportaient des vivres à des malheureux parfois privés de pain et d'eau depuis vingtquatre heures, furent, en effet, brutalement repoussés. Gomme si ce n'était pas assez, les insultes et les coups ne leur furent pas ménag-és ; ou a même à signaler des assassinats individuels ou collectifs.

Le R. P. Joseph, dans son ouvrage, et le brave commandant du Petit-Thouars, un témoin *, ont relaté la façon dont les Badois traitèrent les défenseurs de Strasbourg qu'ils conduisaient en exil. Pendant deux jours, ces prisonniers furent privés de repos et presque complètement de nourriture ; sous le plus léger prétexte, ils recevaient des coups de plat de sabre et s'entendaient dire : « Vous n'êtes plus des hommes, c'est à peine si nous vous considérons comme des chiens. »

Les Mobiles faits prisonniers, le 6 octobre 1870, à Nompatelize, atteignirent Lunéville, après avoir été frappés à coups de crosse ou de plat de sabre et souvent menacés de la baïonnette ; là, on les fît passer entre une double haie de landv^^ehriens, qui leur appliquèrent des coups de poing, de plat de sabre et parfois les piquèrent avec la pointe de leurs baïonnettes.

Le 24 novembre, à Nogent-le-Rotrou, ce furent des officiers qui, noblement, cinglèrent à coups de fouet, ainsi qu'en a porté témoignage Léopold-Charles, les jambes de malheureux marchant depuis dix heures et n'ayant eu pour toute nourriture que « quelques débris de biscuit et des pommes à cidre ramassées sur la route '^... ». A la Ferté- Bernard, la même scène se renouvela avec le concours de soldats 3.

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