I. Bruchon {Ph.), op. cit., pp. 107 à iio
LES GEOLES ALLEMANDES 335
(les g^estes dég-oùlants, des cris de Franzosen caput (,mort aux Français) ; à Rastadt, la foule « sut se rendre digne en tous points des énerg'umènes de Karlsruhe ».
De Rastadt à Gassel (Prusse), « la réception de Karlsruhe fut suivie à la lettre, dans toutes les stations où le train s'arrêtait, et les démonstrations hostiles s'acct-ntuaient au furet à mesure que nous avancions dans l'intérieur de l'AUemag-ne ».
A Berlin, où la capitulation de Metz venait d'être connue, le train marcha avec une lenteur calculée : hommes et femmes purent ainsi, de leurs fenêtres, insulter à qui mieux mieux les prisonniers ; le silence ne se fit que lorsque l'apparition des zouaves et des turcos fit impression sur ces braillards. Pendant le repas, « menaces, insultes, provocations, tout cela pleuvait sur nous, et, lorsque nous sortîmes pour remonter en wagon, la fureur de ces êtres féroces tourna au délire ».
A Stettin, bien qu'il fût dix heures du soir et « qu'une pluie glacée mêlée de gros flocons de nei^e » inondât les rues, (' les habitants ne voulurent [)as rester en arrière de leurs compatriotes de Berlin et d'ailleurs ; ils nous firent corlèg'e, et la sér'-.nade recommença ». Fort heureusement, la mine farouche des bons Turcos, qui jouissaient auprès de beaucoup d'Allemands de la réputation de « manger le monde », tint instamment la foule à une distance respectueuse.
Les enfants, avons-nous dit, ne restèrent pas en retard sur ieurs charitables parents. C'est ainsi qu'un certain jour, comme une quarantaine de prisonniers brisaient la glace dans une rue de Stettin, des garçons qui sortaient de l'école, encouragés par les surveillants, leur lancèrent des boules de neige et des morceaux de glace ; bientôt même les habitants du (juartier se mirent de la partie.
Les prisonniers patienlèreot jusqu'à ce que, leur sang ayant coulé, ils firent, tout en travaillant, des boules de neige dans lesquelles ils mirent des pierres : alors tout à
coup, répondant par le cri de « Viv<î la France ! » aux cris de « Mort aux Français ! » et de « Paris caput ! »,ils se portèrent en avant et firent évacuer la place par les cinq cents personnes environ qui s'y trouvaient.
Alors, dit Ph. Bruchon, nous reprîmes notre travail sous les coups de crosse qui nous furent distribués parles casques à pointe furieux d'avoir vu fustiger leurs tristes compatriotes ».
Le 23 octobre 1870, eut lieu à Stettin l'enterrement d'un des martyrs de Bricy, Jean Marchand. « Il nous fallut, dit Fautras, pour aller prendre le corps, traverser une partie delà ville. Je ne décrirai point la manière dont nous fûmes accueillis : menacés du poing- par les hommes, injuriés par les femmes, accablés de pierres par les enfants, ce trajet nous fut un véritable calvaire 2... »
L'article 5 du règ-lement dont nous avons reproduit les articles 6, 7 et 8 était ainsi formulé : « Chaque soldat prussien est supérieur du soldat français, sans distinction de grade » ; une pareille latitude devait être g-rosse de conséquences ; elles ne manquèrent pas, en effet.
Envers les prisonniers de guerre, a dit Fautras, l'orgueil prussien se traduisait de toutes les manières : chefs et soldats ne savaient quels moyens employer pour nous narguer, nous mépriser 8...
Pendant le travail, qui consistait à casser des cailloux avec de grosses masses,
les nombreux gardiens qui nous entouraient ne nous épargnaient, rapporte le même témoin, ni les menaces, ni les coups... Si le soleil venait à reluire un moment, une foule empressée, parmi laquelle se trouvaient beaucoup de femmes, s'assemblait près de nous, nous envoyait ses injures les plus grossières, et riait sans pitié sur notre infortune. Quant aux coups, malheur à qui de nous relevait un instant la (êle ''..,