Ib., ibid., op. cit., p
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Mais tout cela n'était que vétilles comparé au fait suivant. Compris dans la capitulation de Metz, le soldat Eveno, qui avait fait les Gompag-nesde Crimée et du Mexique, fut dirig-é sur Thorn. Son récit confirme en tous points ce qui a été dit sur le transport, sur la nourriture et sur les insultes des habitants ; n'en consultons que la partie consacrée au séjour à Thorn : le détachement était enfermé dans le fort qui protège la g'are, et il était défendu de regarder les trains, surtout ceux venant de l'Ouest, de la France.
Un matin, lit-on dans ses Souvenirs, k l'heure de la récréation nous étions dans la cour. Un de mes amis, un Breton, commit l'imprudence de se pencher pour voir au dehors, à travers le créueau. La sentinelle qui montait la garde au pied du rempart l'aperçut, épaula, fit feu. La balle atteignit à l'œil mon malheureux compatriote et lui transperça le front.
Au bruit de la détonation, nous accourûmes tous : le blessé fut transporté au poste, où il ne tarda pas à expirer. Nous étions blêmes de rage. Le commandant de place prétendit que le prisonnier avait dû insulter la sentinelle.
— C'est faux ! m'écriai-je, indigné. Il n'a pas seulement ouvert la bouche. Faites-nous fusiller tous, c'est plus simple, et que cela finisse !
On se contenta de changer le factionnaire...
Continuons la série des assassinats. Dans le suivant, qui se passa à Stettin, le drame fut complet.
Le soldat poméranien qui surveillait une corvée transportant de la terre frappe avec le dos de son sabre un prisonnier qui, selon lui, n'avait pas suffisamment rempli sa brouette. Indig-né, le Français, vieux soldat à moustache grise, fait avec sa pelle le simulacre de parer les coups et I de vouloir riposter.
L'Allemand le frappe alors avec rage du taillant de son sabre et lui fend la tête ; inondé de sang, ce malheureux tombe pour ne plus se relever. L'ignoble brute qui vient de commettre ce double assassinat remet crânement son sabre au fourreau, sans
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l'essuyer, afin de pouvoir montrer ce san^ à ses camarades.
Les autres Poméraniens applaudissent et semblent envier l'acte de sauvagerie auquel vient de se livrer un des leurs.
Soudain un dragon quitte sa brouette, s'approche du Prussien, et, prompt comme l'éclair, avant que les autres soldats allenfttnds aient le temps d'intervenir, il assène sur la face du meurtrier uu si terrible coup de poing- que le sang jaillit par la bouche, le nez et les oreilles ; le Prussien s'abat comme une masse, les yeux hors des orbites , alors le Français s'écrie : « Vive la France! » et : « Tuez-moi maintenant, tas de lâches! »
A peine a-t-il prononcé ces paroles qu'un coup de fusil le couche pour toujours à côté de la première victime de ces brigands, qui criblent son cadavre de coups de baïonnette et lui écrasent la figure à coups de talons de boites...
Transporté à l'hôpital, le Prussien mourut le même soir. Les cadavres des deux Français furent déposés à l'amphithéâtre et livrés aux étudiants pour servir à leurs études.
A dater de ce jour, les gardiens ne donnèrent plus des ordres que le sabre à la main.
Il faudrait un volume pour relater tous les faits indigènes qui se passèrent en Poméranie et dont Ph. Bruchon a été l'historien ; quelques-uns furent marqués au coin d'une sauvag-erie véritable.
Un soir de novembre,les prisonniers du camp de Krekow, revenant du travail et pressés de prendre leur repas, se bousculent à l'entrée trop étroite de la cuisine ; les factionnaires s'emploient eu vain à rétablir de l'ordre.
L'officier de service prend peur et va chercher deux compagnies d'infanterie qu'il établit face à la cuisine.Tout à coup, sur son ordre et sans avertissement préalable, ces compagnies chargent à la baïonnette, en poussant de sauvages clameurs, les prisonniers entassés entre elles et la baraque servant de cuisine. Alors se passe une scène indescriptible qu'il est facile de se figurer. Les prisonniers s'enfuient dans toutes les directions, aux cris de : « Ils nous assassinent 1 ils nous égorgent 1 oh ! les lâches 1 » et en
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laissant le sol jonché de morts et de blessés dont on n'entendit plus parler *.
Citons encore un fait concernant le camp de Krekow- Vers la fin de janvier 1871, un chasseur à pied, sorti le soir de sa baraque pour obéir à un besoin naturel, parvient à la reg^ag-ner après avoir échappé à la patrouille qui le poursuivait; la lumière s'était éteinte.
Lorsque les soldats qui composaient la patrouille « virent que celui auquel ils donnaient la chasse leur échappait dans l'obscurité, ils s'arrêtèrent et tirent feu à volonté, tirant au jugé, espérant ainsi atteindre quand môme leur proie ».
On juge quel l'ut le réveil de ceux qui dormaient là-dedans; ils crurent que c "était un massacre en masse qui s'exécutait ; et cette croyance avait d'autant plus de consistance qu'il y eut des tues et des blessés... Ce l'ait d'armes accompli, la patrouille se retira, et, le lendemain matin, on en emporta deux à l'amphithéâtre et sept à l'ambulance, dont trois moururent le même jour des suites de leurs blessures*...
Parmi plusieurs actes indignes qui entachèrent l'honneur d'officiers allemands, choisissons le suivant, qui se passa à Ing-olstadt et que le chanoine Guers,qui s'y trouvait alors, a relaté avec détails 3.
Jean-Pierre-Aug-uste Hamel, soldat au 8^ bataillon de chasseurs, reg-ag-nait son dépôt lorsqu'il croise, sans le voir, un officier allemand ; il ne le salue donc pas. « Ah ! s'écrie l'officier, je ne salirai pas mes nobles mains à te toucher ! >/ et, sautant sur lui, il le frappe furieusement à coups de plat de sabre.
Justement indig-né, Hamel se précipite sur lui, et, le jetant par terre, le piétine. La foule l'arrête ; on le conduit en prison. Le Conseil de g-uerre se réunit aussitôt et, sans tenir compte de la lâcheté de l'officier, séance tenante, condamne Hamel à mort.