‹ Histoire de l'invasion allemande en 1870-1871Chapitre 242 sur 257 · Gaers (chanoine)^ op. cit., pp. 76 à · texte numérisé non relu

Gaers (chanoine)^ op. cit., pp. 76 à

Le chanoine Guers ne parvint pas k obtenir sa j^râce * ; il passa auprès de lui sa dernière nuit et fut accueilli avec gratitude.

A l'aube naissante, raconte-t-il, Hamel était à genoux, embrassant longuement un crucifix, après avoir rempli tous ses devoirs religieux... et nous étions conduits au champ de manœuvres et au fatal poteau, et, avant de se laisser bander les yeux, il me disait : « Mon père, je ne me repens pas de ce que j'ai fait, mais seulement d'avoir offensé mon Dieu durant ma courte existence. Dites cela aux camarades, avec mes adieux à la famille, aux amis..., et au revoir au Ciel. »

C'est à Ing-olstadt aussi que se perpétra, le g janvier 1871, l'assassinat juridique du serg-ent de tirailleurs (>harles Gombault, qui a été raconté de deux façons différentes.

Exposons d'abord la version la plus vraisemblable, puisqu'elle est due au capitaine Quesnay de Beaurepaire, qui ne ménagea pas sa sympathie active à ses malheureux frères d'armes. Il était sur les lieux et reçut de première main des détails qui lui furent fournis par le sergent-major Wallet dans une lettre couverte de signatures.

Né à Dinan (Côtcs-du-Nord), Gombault, chrétien convaincu, possédait une instruction lui permettant d'aspirer à l'épaulette. Sous-officier au bout de dix-huit mois pour sa brillante conduite dans le Sud-Oranais, il s'était distingué avec le 2^^ tirailleurs à Frœscbwiller. A. Ingolstadt, il avait, par « sa nature à la fois douce et énergique, son caractère franc et ouvert, gagné la sympathie de ses chefs et l'affection de ses camarades ' ».

Les prisonniers prenaient l'air dans la cour de la forteresse, lorsque Gombault, ignorant la défense de communiquer avec les hommes punis, s'approche de l'un d'eux pour lui dire quelques mots.

I. « Je comprends votre démarche, dit le général auquel il s'adressa, mais elle est inutile. Il faut un exemple à vos Français indisciplinés. Ils vont l'avoir. » De l'acte inqualifiable de l'officier, nul regret. 1

a. Quesnay de Beaurepaire (capitaine), op. cit., pp. 3173328.

LES GEOLES ALLEMANDES 341

Le Bavarois qui était de faction le repousse brutalement, sans rien dire, d'an coup de crosse dans la poitrine; puis, à la suite d'une discussion animée, il appelle à son aide des camarades, tout en continuant à frapper le serg-ent.

Un sergent bavarois « accourt avec quelques hommes de piquet et, sans demander d'explication, frappe au visage Gombault, dont il serre la gorge avec l'autre main. C'est alors seulement que notre malheureux camarade riposta par un coup de pied et fut immédiatement enlevé ».

Déféré sans retard à la cour martiale, Gombault est condamné à mort après un simulacre de jugement.

Quesnav de Beaurepaire n'avait pu obtenir l'autorisation de s'entretenir avec lui.

Gombault n'ayant pu embrasser une dernière fois ses camarades leur adressa ses adieux « écrits d'une main ferme » :

« A Monsieur Benoist Vincent, sergent au 2e régiment de tirailleurs, à Ingolstadt.

a Messieurs les sous-officiers du 2« régiment de tirailleurs algériens ! Adieu, braves camarades, je meurs fier d'avoir appartenu à votre noble corps et à la France.

« (jOMBaULT. »

Jugé à huis clos, il a été fusillé de môme.

Aussitôt informés de cet attentat véritable, tous les officiers détenus à Ingolstadt protestèrent en constatant que Gombault n'avait pas été jugé, ayant été privé, contrairement au droit des gens, de défenseur.

Cette lettre valut aux signataires, de la part du gouverneur, huit jours d'arrêts que le ministre de la guerre doubla; elle se terminait ainsi :

... Votre cour martiale a fait une mauvaise action contre laquelle nous protestons et (jue nous dénonçons aux armées de tous les pays.

Toutefois, peu de temps a|)rès, le gouverneur ne s'opposa pas à rérccliou, dans le fossé du fort, d'un petit mausolée portant fins-

criplion suivant : « A la mémoire de Gombault Charles, sergent au 2e tirailleurs, prisonuierà Ingolsladt, fusillé le Sjanvier 1871, à l'âge de 22 ans ! ses camarades du 2e tirailleurs. »

La seconde version, beaucoup plus dramatique à coup sûr que la précédente, a été lancée, d'après des renseig-nemens erronés, par l'abbé Landau *, puis propag-ée de la meilleure foi du monde, — cela est hors de doute, — par le R. P. Joseph ^ et par le chanoine Guers 3.

L'abbé Landau, qui demeurait à Munich, ne séjourna à Ing-olstadt qu'en mars 187 1, les 17, 18, 19 et 22; quant aux deux autres prêtres, ils exercèrent leur mission, le premier à Ulm, le second un peu partout.

Nous sommes donc en présence d'une lég'ende d'après laquelle Gombault aurait été fusillé devant 6.000 prisonniers après leur avoir adressé quelques mots, les avoir invités à pousser avec lui le cri de « Vive la France! » que « les rives du Danube furent. . . forcées de répéter » [sic) et commandé lui-même « Feu ! »

Quatre mille exemplaires du portrait de Gombault exposé dans Ingolstadt s'écoulèrent rapidement.

Les prisonniers civils furent traités avec une telle dureté par les Allemands qu'il est équitable, — sans vouloir les séparer de leurs compatriotes militaires, — d'appeler tout particulièrement sur eux l'attention. Le chanoine Guers a tracé un tableau véridique de leur situation à Stettin.

Le général Vogel de Falkenstein, commandant la place de

1. Landau {abbé E.), Six mois en Bavière par l'aumônier militaire de Munich, pp. i44 et \l\b.

2. R. P. Joseph, op. cit., p. 122. Fondateur de l'Œuvre des Tombes des soldats français en Allemagne, le R. P. Joseph y fit ériger 100 mo numents.

Page 1