Clément- Janin, op. cit., t. II, p
âg^ée de 70 ans ; puis, chez elie, M""® Bertillon, ainsi que le mobile malade qu'elle soii»-nait.
Salins (Jura), le 26 janvier ^ — Maîtres, à la suite de la retraite des Français, de la porte Barberine, les Allemands se précipitent dans la ville et, à coups de fusil ou de baïonnette, abattent les femmes et les enfants qui se montrent aux fenêtres ou sur les portes. Ainsi furent assassinés entre autres le préposé à l'octroi Fumey, la nièce du curé de Saint-Maurice, le vieillard Sornay, l'épicier Heddat et sa femme.
Praiiffioy (Haute-Marne), le 28 janvier. ~ Emballé par son cheval, un guide français est emmené, au milieu du combat, dans les lignes allemandes. Les Allemands
traîneront ce malheureux jusqu'au pont de Maroue, entre Dr.rdenay et Cusey ; et là, sans qu'on ait pu savoir pour quel iiiolif, ils le tueront de trois coups de feu, dont un à la goru-e tiré de si près à bout portant (|ue le médecin du pays qui constatera la mort trouvera toute !;i joue droite bràlé.e *.
Thil-Châtel (Côte-d'Or), le 3i janvier. — Des soldats maltraitent d'abord, puis percent avec leurs baïonnettes et assomment à coups de crosse le jeune Cuisinier, qui voulait défendre sa mère ; il mourut le 3 février suivant.
Amiens (Somme), le 4 février. — Brutalisé, frappé d'un coup de couteau, puis jeté dans la rue par sept soldats qu'il logeait et dont les exigences étaient devenues déraisonnables, Parmantier, pâtissier-confiseur, est, par surcroît, piétiné dehors à coups d'éperons et de talons de botte.
I. Bruneau (général), liècits de guerre^ pp. 49 et 5o. n.TROCiiON (!'.), Souvenirs d'un franc-tireur en i8jo-i8yi, p. 216. Rapport du docteur Ouijonnei, de Cusey.
Après quarante jours de détention, dont douze aggravés par le secret absolu, Parnianlier est condamné à mort! Malgré bien des démarches au nombre desquelles figura celle de révoque, il fut exécuté le 4 février, en plein armistice.
Détail typique : ce malheureux avait fait venir ses meilleurs vêlements pour paraître en tenue convenable devant ses juges ; après sa mort, on ne renvoya à sa veuve que sa vieille défroque.
ZrMrteytV/é' (Meurthe-et-Moselle), le 22 mars. — Dans le cimetière de Lunéville, on lit sur une tombe: « îci repose Jean-Baptiste ûuchêne — mort à l'âge de 5 2 ans. — Le 24 mars j8yi. — Victime d'une lâche agression. — D'un officier et de soldats de l'armée prussienne.
M. Duchêne se promenait paisiblement avec son chien lorsqu'il est croisé par un ivrogne, le lieutenant Wolfart,qui lui cherche querelle : pendant qu'il cherche à se dégager, l'officier le frappe de coups de sabre et des soldats qui passaient se mettent aussitôt de la partie. Duchêne mourut quelques jours plus tard.
Deux martyrs de leur patriotisme : un inconnu et M. Peronny. — Les Allemands entretiennent soigneusement chez eux et glorifient avec raison le patriotisme; les deux faits suivants, qui se passèrent àCharleville (Ardennes) et à Chevannes (Loiret), autorisent à croire qu'ils prétendent en avoir le monopole.
Toute ma vie, dit M. Cornebois,qui était, en 1870, inspecteur des Forêts à Mézières, je me rappellerai un assassinat commis à Charleville et dont le récit donnera une juste idée des habitudes de guerre de ces hordes sauvages : un jardinier, sortant de sa demeure, rencontre un détachement prussien dont le chef lui demande où sont les troupes françaises : « Je n'en sais rien, lui répond cet homme, et, dans tous les cas, ce n'est pas à moi à vous l'apprendre. » A peine finissait-il de parler qu'un coup de
revolver lui brise la mâchoire, et le renverse inanimé. Quel Français n'aurait pas admiré une aussi noble réponse et honoré I son auteur 1?
' Le crime suivant fut du moins port(; à la connaissance de tous, Français et étrang-ers, par le sous-préfet de Gien, M. Despond : Dans le courant de décembre, une reconnaissance prussienne croise sur la route, en entrant à Chevannes, M. Peronny, âgé de 80 ans.
« Où est l'ennemi? », lui crie le chef de la troupe.
« Uennemi, lui répond, en se redressant et en le montrant du doigt, le courageux \\e\\\Avà^ c'est vous ! »
Un coup de sabre l'abattit aussitôt. On verra, dans le chapitre suivant, ce qui arriva à M. Despond quand l'ennemi fut maître de Gien.
La dépêche Despond fit son chemin hors de France, car, dès le 12 décembre, la Perseveranza de Milan la commentait ainsi :
Les Allemands ont prétendu rim{)ossibIe en voulant que des Français servissent d'éclaireurs contre des Français, et quand la conscience nationale s'est révoltée contre cette dernière impression de la force; quand un vieillard, interrogé bur la situation de l'ennemi, s'est écrié : a L'ennemi, c'est vous! » c'est en lui enfonçant une baïonnette dans le ventre et eu lui fendant le crâne d'un coup de sabre qu'on lui a réjtondu.
Tout cela s'est passé sous nos yeux en d870, tandis que nous nous vantions de nos progrès et de notre civilisation. Tout cela est férocement vrai,(juoique l'esprit se refuse à le croire, et c'est le fait d'une nation qui aspire à la ])rimautc civile en Europe !