‹ Histoire de l'invasion allemande en 1870-1871Chapitre 48 sur 257 · I. Desjardins (G.), op. cil · texte numérisé non relu

I. Desjardins (G.), op. cil

cependant, venait de remettre à la ville une contribution de g-uerre de 4oo.ooo francs.

Un autre témoin, Délerot, qui était alors conservateur de la bibliothèque de Versailles, a retracé l'attitude de Rameau vis-à-vis du terrible chancelier Bismarck, dont il n'eut qu'à se louer *, et sa conduite envers le préfet Brauchitsch, de triste mémoire, qui, nous le verrons, le fît incarcérer.

Baille (Loiret), le i6 octobre. — Le maire, M. Cherriuic-Maupeau, ayant voulu s'opposer au départ de voitures dans lesquelles, profitant de son absence, on a chargé ses meubles, on l'attache à un arbre et on met le feu à ses deux maisons ; puis on l'emmène et, à plusieurs reprises, on le menace de le fusiller.

Neuville-et~This (Ardennes), le 27 octobre. — Le 2 novembre 1870, Dauzon, préfet du département des Ardennes, adressa au gouvernement de Tours un Procès-verbal d^ enquête sur les infamies et les excès commis par les Prussiens dans les communes de Neiwille-et-This pendant la guerre de iSjo"^. L'authenticité de tous les faits qu'il relate est établie par les signatures des citoyens les plus honorables.

Cette modeste commune eut le triste privilèg-e de fournir un exemple complet de ce dont les Allemands et plus particulièrement les Prussiens sont capables : violences contre un maire; vol commis par un officier; incendie ; viol ; seul le meurtre y manque.

Le 26 octobre, comme un officier prussien sig-ni-

I. DÉLEROT (E.), Versailles pendant l'occupation {i8jo-i8yi), 2« édition, p. 121 .

3. Si cette brochure de 3o pages in-12. qu'il eût fallu répandre à milliers d'exemplaires en France, est aujourd'hui très rare, c'est <jue,dès leur entrée à Mézières, les Prussiens firent brûler tout ce qu'ils purent saisir de l'édition.

fiait au iiiaiie le détail d'une réquisition, un habitant de Saint-Marcel, village le plus voisin, tire un coup de feu, d'ailleurs inoffensif, sur la pointe de l'avantgarde demeurée en position.

Le lendemain, un bataillon, venu de Boulzicourt, cerne le village. M. Bouvin^ adjoint de la commune, est garrotté, frappé et attaché à la sangle d'un cheval. Sur son refus de donner le nom du coupable, il est jeté à terre, d'un coup de poing, sur la place publique et, par deux fois, son refus ayant été réitéré, vigoureusement bâtonné *.

M. Guillaume, maire, âgé de soixante-dix-huit ans, est, à son tour, indignement traité ; ses bras ayant été liés derrière le dos, il est attaché à la sangle d'un cheval que son cavalier fait partir au trot :

Je fus renversé par terre, a-t-il déposé ; ma tête frappa sur le pavé et vous pouvez voir les traces des blessures que j'ai reçues. Un de ses camarades, me voyant en cet état, lui dit d'arrêter, il le fit et je pus me relever en me traînant sur les genoux. Le soldat qui m'avait ainsi secouru alla même ramasser ma casquette et me la remit sur la tête. Pendant un certain temps, ils me laissèrent sur la place à la pluie et aux violences des soldais qui m'environnaient. Ainsi deux cavaliers arrivent et me disent : « C'est votre dernier jour », deux autres me mettent le pistolet à trois pouces de la tête en me menaçant aussi de la mort «.

Frappé à la tête successivement par deux officiers, il est ensuite bâtonné de nouveau pendant cinq minutes; les habitants qui veulent le secourir sont écartés à coups de crosse '^

Conduil devant sa maison par un officier qui le

I . L'n certificat, établi, le 27 octobre, par le docteur Parmentier, de Cliarlevillc, conclut à une incapacité de travail de six ou sept jours.

■?.. Procès-verbal , p. 24.

."). Certificat en date du 28 octobre 1870, établi par IcD"" A. Toussaint, Mézières, relatant les blessures de la tète et les ecchymoses du dos.

questionne sur son avoir, M. Guillaume lui remet le contenu de son porte-monnaie ; sa fille en fait autant. Mécontent, l'officier lui accorde, après avoir empoché le tout, un quart d'heure pour lui remettre 2.000 francs, sous peine de voir incendier sa maison *. Au bout de ce délai, qu'il s'est refusé de prolonger, il fait mettre le feu à la maison, ce qui occasionna une perte d'environ lo.ooo francs "^ ; le maire est ensuite conduit dans l'église, où tous les hommes ont été réunis à coups de crosse.

Pendant que ces violences se succédaient, les femmes et les jeunes filles restées seules dans les maisons où les soldats purent voler à leur aise étaient insultées ; quelques-unes furent même violées ^.

On ne s'étonnera pas d'apprendre qu'à son âge M. Guillaume ait subi un rude contre-coup de telles épreuves *.

Le Procès- Verbal contenait aussi ce passage :

Ce n'est pas seulement à This et à Neuville que les scènes constatées par l'enquête se sont accomplies, mais encore à Rouvroy, Lannois, Vaux-ViJlaiue, etc. Entin, j'ai en main la menace écrite du commandant de ces bandes d'incendier les villages et de faire fusiller les maires qui ne se plieraient point en entier, ce qui, parfois, est d'une impossibilité absolue s.

Nous avons vu comment M. Dauzon fut puni d'emprisonnement par les Allemands pour avoir rempli sou devoir de préfet.

Frondes (^Haute-Marneljle 5 novembre. — Le maire, M. de Valsuzenay, est, sans motif, arrêté, insulté par

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