‹ Histoire de l'invasion allemande en 1870-1871Chapitre 51 sur 257 · OTAGES · texte numérisé non relu

OTAGES

L'otage est « une sûreté qu'on donne à des ennemis ou à des alliés pour l'exécution de quelque promesse en remettant entre leurs mains une ou plusieurs personnes ». Toutefois, au point de vue du droit des gens, l'emploi d'otages constitue un abus de la force contraire au principe d'après lequel les habitants inoffensifs ne sauraient être molestés ; a fortiori, la mort ne saurait-elle coiTstituer qu'un moyeu absolument barbare.

La conscience allemande se complaisant dans le déplacement des responsabilités, l'emploi des otages devait fournir aux Allemands un moyen de prédilection et entraîner parfois, étant donnée leur mentalité, des brutalités criminelles pouvant aller jusqu'à la mort.

Les otages requis par les Allemands peuvent être rangés en deux catégories distinctes : otages « de garantie » et otages « d'accompagnement ».

Ceux de la première catégorie étaient destinés : à assurer la rentrée d'une réquisition, d'une amende ou d'une contribution ; à prévenir du retour offensif au lendemain d'un combat ; à assurer l'exécution d'ordres émanant de l'autorité allemande.

Les otages de la seconde catégorie étaient simplement destinés, — ce qui était odieux, — à monter sur les locomotives pour obtenir la sécurité du trajet.

A ces deux catégories les point suivants furent

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communs : désignation des otages, façon de les traiter, procédés particuliers.

En ce qui concerne le choix, les maires et autres fonctionnaires, les prêtres, les propriétaires, les notables ou les citoyens exerçant, à des titres divers, une certaine influence dans la commune étaient tout désignés d'avance.

Les otages furent traités, dans le premier cas, comme le comportait l'éducation de ceux qui les avaient désignés,; le plus souvent, la brutalité fut de règle, ainsi qu'on vient de le voir pour les maires.

C'est ainsi que, en plein hiver, des otages furent arrachés à leurs foyers sans même qu'on leur laissât le temps de prendre un vêtement plus chaud pour remplacer une blouse,un chapeau ou une casquette, de changer des sabots contre des souliers, de se munir d'un peu d'argent, ou de prendre congé des leurs. Ils furent parfois transportés, par un froid même rigoureux, en voiture découverte ou eurent à exécuter à pied de longues marches auxquelles ils n'étaient généralement pas préoarés ; nul souci de nourriture ou de boisson parfois'pendant plus de vingt-quatre heures; chemin faisant, les soldats ou les officiers rencontrés ne ménageaient pas leurs insultes ou leurs mauvais traitements.

Quelquefois, la délicatesse prussienne ménagea aux otages de délicates attentions. C'est ainsi qu'à Amiens un vieil officier fit un jour fusiller, « sous les fenêtres des otages, par des jeunes soldats qui, arrivant d'Allemagne, tirèrent leur premier coup de fusil », un très estimable commerçant qui s'était arrogé le droit de s'opposer énergiquement au pillage de son magasin contre une troupe d'Allemands ^

1. Lavisse (Ernest), l'Invasion dans le département de l'Aisne,

CONDUITE DES AilMliES ALLEMANDES 8.1

Dans le département du Doubs, le village de Recologne-lès-Marnay, qui comptait 200 habitants, n'ayant pu payer aux Allemands une somme de 48.000 francs, le comte de Ghiffet, ancien pair de France, et âg-é de .quatre-vinj^ts ans, est arrêté.

A Châtillon-sur-Seine (Côte-d'Or). — Des otages sont pris, au nombre desquels figure M. Maupin, président du tribunal, âgé de plus de soixante ans. Après lui avoir cassé un bras, on le transporte dans une brouette que l'on a rattention de renverser plusieurs fois ; les coups de sabre et de crosse de fusil ne furent pas marchandés à sa pauvre femme, qui voulut l'accompagner.

Exemples rentrant dans la première catégorie :

Le refus ou l'impossibilité absolue de payer soit des contributions de guerre, soit des impôts, firent ini[)oser des otages à Saitit-Dizier, en septembre, à Epernay en octobre, à Cliâlons-sur-Marne en janvier

A la suite de l'attaque de Cluitillon-sur-Seine, qui réussit, dans la nuil du 18 au 19 novembre, le colonel Ploetz, commandant des étapes àChaumont, prit un certain nombre d'otages en punition de « cet acte détestable, contraire à tous les usages de la guerre et indigne d'un peuple civilise » ; il eut même l'audace de dire :

Si des cvcnements pareils à celui que je vieus de lueutioniier se ])i'oduis;iient en cette ville, ou inênie à la moindre tentative de cette naturc,ye ferais fusiller les otages pour punir le crime de leurs concitoyens selon les droits de la guerre, me réservant ensuite l'emploi de telle autre mesure de répression que je pourrais juger nécessaire suivant la gravité des circonstances,/e//e que

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le /lil/utje de lu ville et d'autres localités et même la destruction /nir le feu et par le y lai te.

En procliunanl ces mesures nécessitées par l'acte injâme d'une population Janatit/ue et (m'exige la sûreté de nos troupes, nul ne sera en droit de se plaindre de notre dureté, |)uisque leur exécution ou leur ni)n-e.\écution dépend de l'attitude du peuple luimême.

Je fais appel aux bons gens [sic] et aux personnes prudentes, qu'ils exii^ent auprès des méchants et des imprudents pour (\ue les malheurs de la guerre ne grandissent pas à l'iutini i);u- la laute du peuiile.

Les olaj-es ne fufcnt relàcliés (jiie le Ho novembre.

Talnay (Cote-d'Oi-), le 28 noveinhi-e. — Le bai'on ThéiiarJ, fils du grand chimiste et membre de l'Inslitut, travaillait dans son laboratoire, lorscjue, sans aucun molil", son château est envahi.

Le chefdu détachement lui déclare qu'il recouvrera sa liberté s'il obtient celle des fameux capitaines au long- cours dont nous parlerons en teujps voulu, mais il s'adressait à un homme de cœur : j

Si vous avez besoin, lui fut-il répondu, de la peau d'un baron et d'un mendjre de l'Institut, prenez-la ; si c'est à ma fortune que vous en voulez, volez-la; (|uant à mon honneur, il est au-dessus de la portée du roi de l'russe. Allons, parlons !

11 fut, en elîet, emmené. !

Duioau 1 1 janvier! 871, à i?^55e-5Mr-^rrtyp(Sarthe), i qu'occupe une j^arnison de 2.000 Allemands environ, son chef, qui n'a aucun j^iief, exi;^e ([ue le maire désij^ne six notables pour servir d'ota2:es : « C'est une nécessité, allègue-t-il ; d'après le réellement, je suis obliijé de prendre cette précaution, parce que cette nuit nous serons attaqués par des francs-tireurs. » H n'y eut naturellement pas d'attaque *.

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