‹ Histoire de l'invasion allemande en 1870-1871Chapitre 53 sur 257 · Surmont (Armand), op. cit., p. ii · texte numérisé non relu

Surmont (Armand), op. cit., p. ii

2. SuRMOisT (Armand), o/j. ciï., p. 117, cIChables (Lcopold), Notice sur l'Invnsion allemande à la Ferté-Bernard en 1870-1871 , p. i3.

'A. Gaureau (abbé), les Quarante otages de la Prusse à Beaune-la- Roliindc.

f\. Charbonnier (Joseph, i8/|4-i882 , Souvenirs de l'Invasion : Discours prononcé en i8j4 à /" Loç/e Alsace-Lorraine.

86 L'IWASIOX ALLE>rANDR EN 1870-1871

âgé, infirme, et un vieillard de 78 ans qui mardi ait avec des béquilles.

Le combat de Lorcy une fois terminé, ces otages sont conduits à Beaune-Ia-Rolaiide, où leur groupe est renforcé. A un certain moment, comme les Allemands craignaient un revers, on fait sortir les otages du bourg; ils croisent « un commandant entouré de son major » qui les traite de « francs-tireurs déguisés », qualification contre laquelle proteste un des otag-es en s'écriant : « Nous sommes innocents! »

Notre protestation, dit l'abbé Garreau, ne fit que redoubler la rage du commandant et celle aussi de tous les officiers de l'escorte ; il lança son cheval au milieu de nos rangs, invitant tout l'état- major à suivre son exemple. Messieurs les officiers n'attendaient que ce signal, ils tombèrent sur nous à coups de sabre, nous renversant et nous foulant sous les pieds des chevaux, sans distinction aucune des soldats et des civils, car nous avions parmi nous bon nombre de soldats prisonniers... Nous étions brisés de coups, tous blessés, tous ensanglantés.

Presque tous cependant se relevèrent, à l'exception dun père de trois petits enfants, le fils de M. Picard, adjoint au maire de Lorcy...

Cet assaut nous fut donné quatre fois et malgré tout ce qu'on nous dit de l'honneur de l'officier prussien, nous eûmes la douleur de constater que le signal de ces barbaries était donné par lui et que le premier coup partait de sa main.

Après de telles décharges, nous étions tous épuisés de fatigue et de sang, et plusieurs parmi nous étaient réduits à désirer la mort '.

Le récit de J. Charbonnier est identique, mais contient de l'imprévu :

.. .Un des prisonniers eut les reins cassés; un autre, vieillard de soixante-dix ans, eut le genou coupé; moi, je reçus deux profondes entailles : l'une à la tête, l'autre à la cuisse. Un de nos compatriotes d'infortune voulut réclamer auprès d'un officier qui

(i) Garreau (abbéj.op. cit., pp. 34 et 35.

assistait à cette scène en fumant un cigare; l'officiep le renversa tl'une ruade de son cheval et l'assomma à coups de cravache ; l)uis, apercevant un petit sac que je portais en bandoulière et qui contenait une somme assez rowle, il Jlt signe à un soldat qui, s'approchant de moi, coupa la courroie et remit le sac à son chef. J'étais trop épuisé pour pouvoir résister, niaisy'aj conservé dans mon esprit l'image de ce voleur ; il était, à cette époque, lieutenant au S'î rég'iment de Hanovre; il a dû avoir de l'avancement depuis 1.

Un autre otag-e, M, de Vaublanc, fut aussi allégé d'une somme de 600 francs, après avoir été « cruellement battu )).

Lorsque les otages rentrèrent à Beaune-la-Rolande, ils furent reçus avec des cris de mort et des coups.

Un major prussien portant un brassard se joignit, rapporte l'abbé Carreau, lui homme de paix, ce semble, à ce concert d'outrages et d'ignobles insultes, et, s'approchant de moi, il me mit le poing sur la gorge, en m'appelant des noms les plus vils. . . -.

Jusqu'à Corbeil, les insultes furent prodiguées aux otages; leur partage se Ht alors : malgré son désir d'aller en captivité dans l'espoir d'être utile à ces malheureux, l'abbé Carreau fut maintenu à Corbeil, où il ne recouvra sa liberté que le 25 janvier tStlS; les autres otages furent transportés en Saxe.

De son côté, Charbonnier a fourni une triple preuve de la lugubre plaisanterie familière aux soldats, aux sous-ofticiers et même aux officiers allemands d'annoncer aux malheureux prisonniers qu'ils vont être fusillés'.

Le 28 novembre au soir, un officier annonce à lui et aux autres qu'on est allé chercher le peleton d'exé-

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