I. De Ri.^!s (capitaine), op. ci7.,pp
a. GoRNEBOis ^In.specleur des Forêts L.),op. cit., pp. 190 à 198.
3. Le géuéral de Blois emploie une ingénieuse formule aussi claire que
F'LACES FORTES. VIf.LES, BOURGS S'ÉT-\.NT DÉFENDUS Ho
Nous allons voir comment les Allemands pratiquèrent le bombardement ; mais, dès maintenant, blâmons le moded'emploi suivant, qui procède de mépris et de morgue.
Lorsque le x'^ corps prussien arriva devant Tours, son chef fît envoyer plusieurs obus sur la ville jusqu'à ce que le maire se fût présenté à lui ; encore se plaignit-il : (( Yous venez bien tard, monsieur le maire, et cependant y^ vous ai envoyé des obus pour vous prévenir de mon arrivée devant votre ville ^. w
Le triste sire ayant nom colonel Kahlden procéda de môme avec Saint-Quentin.
II. — Mention de quelques sièges étudiés seulement au point de vue du droit des gens.
Les bombardements sont tactiques ou destinés à intimider.
Ceux de la seconde catég-orie constituent un odieux abus de la force, surtout quand ils sont entachés de mauvaise foi, comme dans le cas suivant :
Le i4 août 1870, le général Hartmann, commandant le II'' corps bavarois, se permit d'écrire au crédule gouverneur de Marsal :
Je viens vous annoncer que l'armée française a abandonné la lig-ne delà Moselle et est en retraite sur Paris. Toute résistance de Marsal est donc maintenant sans bui. Je suis devant la forteresse avec 40.000 hommes et 60 pièces de position et vous somme de vous rendre prisonnier de guerre, les officiers gardant armes
démonstrative. En bombardant une place quia conservé toute sa population,l'assiégeant n'a jilus contre lui que G. (garnison) — P (chiffre de la partie valide de la population qui pèsera sur la volonté du g'ouverneur) ; au contraire, s'il ne bombarde que les t'orlitications, il aura contre lui G-j-P. Delà Fortification en présence de l'Artillerie nonvel'e,i. I, p 89. I. Mallet (D.), les l'russitns au Mans, p. 17.
Je viens déclarer en même temps que si, par une résistance frivole, vous me forcez à bombarder la ville et à la prendre d'assaut, je ferai passer toa'e la garnison au fil de l'épée.
Cette sommation était l'œuvre d'un fourbe et d'un matamore cruel.
Elle ne méritait qu'une réponse : « J'attends l'assaut » ; mais elle ne fut pas faite, ce qui prouve que toutes nos places ne succombèrent pas seulement en aussi grand nombre et avec tant de rapidité parce qu'elles ne disposaient pas d'ouvrages détachés, d'abris casemates, de garnison et d'approvisionnements insuffisants. Le g-ouverneur, qui ne descendait pas de Bayard, dont la défense de Mézières est restée célèbre, capitula et mérita le blâme du Conseil d'enquête.
A tous les points de vue, ainsi que Ta dit le lieutenant Brenet, le bombardement pour intimidation est donc inadmissible :
Il est contraire à r/ionneur, qu\ nous commande de n'attaquer que les personnes en état de se défendre ; il est contraire à /'/îmmani(é,\imsque les personnes les plus exposées sont les femmes les vieillards, les enfants, les infirmes, qui n'ont ni abris ni casemates pour se protéger; il est contraire enfin à la raison, puisque les habitants qui reçoivent les coups n'ont pas le droit de les rendre, même s'ils le pouvaient, sous peine de perdre immédiatement leur privilège de non-combattants et d'encourir les peines édictées par les tribunaux militaires •.
Si nous nous reportons aux conditions énumérées ci-dessus comme s'imposant aux bombardements tactiques, nous constatons :
1° Que, dans la très grande majorité des cas, les Allemands n'ont pas eu recours à une sommation préalable et détaillée du bombardement, ainsi que le
I. Bhenet (Amédée, lieutenant et docteur en droit), op. cit., p. gS.
PLACES FOUTES, VILLES, BOURGS S'ETANT DEFENDUS 117
firent les généraux français en 18.^2 devant Anvers, en 1849 devant Rome, en i855 devant Sébaslopol : les Allemands dérog-èrent, en effet, à cette coutume devant La Fère, Montmédy, Longwy, Strasbourg-, Thionville, Péronne et même Paris ;
2° Qu'ils refusèrent inflexiblement la sortie des fionco m battants ^ ;
3" 0«ie partout, sauf deux exceptions ^, ils prirent, indirtéremmentou de propos délibéré, comme objectifs les hôpitaux, les ambulances, les églises et les monuments quoique gara n lis par le drapeau à croix rouge et par le drapeau national.
SIÈGE DE STRASBOtTRG
(la g août an 28 septembre.
Si nous consacrons quelques lignes à Strasbourg, c'est surtout à titre d'hommage et d'admiration pour l'héroïsme de ses habitants qui, après avoir été cruellement éprouvés au milieu de scènes d'horreur 3, voulaient quand même prolonger la résistance, alors que la limite était largement atteinte. Dépourvue d'ouvrages détachés, la ville était, en effet, à la merci d'un bombardement, ainsi que le général Ducrot l'avait prédit, quand il était encore temps de la garantir, en 186C), au général Frossard.
Le bombaideraentnefut pas [)récédé de sommation.
Le féroce Gœrres avait écrit, dans son Mercure du
1. Une seule exception est à mentionner. Après avoir rejeté la demande de monseigneur Rocss. le général von V/erdcr consentit, le lo septembre, sur les instances des Délégués de la Suisse, à laisser sortir de Strasbourg /(.ooo liabitants; plus tard, sollicité de nijuveau, il refusa.
2. A Toul et à Sclilestadt, le bombarbement fut dirigé presque exclusivement contre les reuiparts.
3. 3oo habitants furent tués et 3.000 blessés, dont beaucoup estropiés; 18.000 habitants restèrent sans asile.
Rhin : « Brûlez Strasbourg- et ne laissez debout que sa tour pour l'éternelle vengeance (?) des peuples allemands. » Les artilleurs firent de leur mieux pour accomplir ce vœu sacrilège.
La Bibliothèque, si riche en manuscrits et souvenirs précieux i, et le Musée, dont les emplacements étaient bien connus des Badois, ces... bons voisins, la Cathédrale, le Munster, l'orgueil de l'Alsace que sa « tour », sa flèche, désignaitsuffisammentaux regards, furentbombardés en connaissance de cause ; puis ce fut le tour du Théâtre, où tant d'Allemands s'étaient complu 2.
Nous avons dit que Werder ne permit qu'une fois la sortie de la ville, non pas des « bouches inutiles », puisqu'il ne s'agissait pas d'un blocus, mais d'êlres inoffensifs.
Les fortifications des grandes villes, écrivit-il au g-énéral Uhrich, ont leurs faiblesses dans les souffrances de la population (jui est exposée sans abri aux boulets ennemis, surtout si, comme à Strasbourg, elles sont sans casemates; la sortie que vous souhaitez d'une partie de la population augmenterait donc la force de la fortification.
G — P, avait écrit le général de Blois.
Il savait qu'il pouvait compter sur l'approbation du g-énéral de Moltke,au cœur sec, qui, de son côté, motiva ainsi le refus adressé à monseigneur Roess : « Quelque regret que l'on eût k démolir cette vieille cité allemande, on dut continuer le bombardement, le prélat n'ayant pas qualité pour négocier 3... »
1. Les Bibliothèques de Strasbourg renfermaient environ 400.000volumes et 2.400 manuscrits.
2. Dans la protestation du 12 décembre 1870 de la Persévèransa de Milan, on lit : « Les bombes prussiennes n'ont épargné ni les sanctuaires des sciences et des arts, ni les asiles des bltssés et des malades... »
3. Récit officiel prussien, t II, p, 1291 et note de la page 1 15.
PLACES FORTES, VILLES, BOURGS S'KTANT DÉFENDUS il9
Cette démarche eut du moins pour résultat que, daus la nuit même du 24 août qui la suivit, la cathédrale fut sérieusement endommagée par les obus.
Werder, le général Morder (l'assassin), ainsi que, devançant le jugement de la postérité, les malheureux assiégés le surnommèrent, fit bien les choses : en trente-et-un jours de sièg'e régulier, du 17 août au 28 septembre, 198.722 projectiles s'abattirent sur la ville, soit environ 6.249 par jour; après avoir accompli cette noble besogne, il se chargea de taire l'oraison funèbre de la noble cité : « Strasbourg est cause de sa ruine. Que ne s'est-il rendu ! »
L'opinion du comte de Bismarck est intéressante à connaître; or, voici comment, le 8 septembre, inter /)ocw/a, il s'exprima:
La véritables Ira tégie (?) consiste à frapper vigoui'eusement l'enneini, mais sarlout à Jaire aux habitdiils civils le plus de mal possible, pour les engager à se dégoûter de la lutte et à exercer une pression sur le gouvernement. II ne faut laisser aux gens que les yeux pour pleurer la guerre et regretter la résistance 1 .
Ici encore nous retrouvons l'application de la formule G— P.
Consacrons une mention spéciale à ces Allemands accourus du grand-duché de Bade, de la Bavière pour jouir des nuits lugubres et enflammées du siège; ils applaudissaient lout en mangeant et eu buvant.
Le grand-duc de Bade avait poussé l'inconscience morale an point d'écrire au général Lîhrich, « comme bon voisin de l'Alsace », pour l'engager à ne point prolonger la lutte ; il s'attira cette réponse :
C'est un gouvernement tombé, je le reconnais, qui m'a confié le commandement de Strasbourg ; c'est à la France que je m'ef-
I. Busch(D. Moritz), Mémoires de Bismarck, t. I, chap. vu, p. i iG.
force de couserver cette ^Tande et noV)le cité. J'aarai bientôt 69 ans. A cet âge, l'ambition n'a jdus de racines dans le cœur humain, et l'on est trop rapproché de la fin pour obéir à un autre seotiment qu'à celui de l'honneur.
Trois mois après la reddition de Strasbourg-, le 29 décembre, les habitants dont les maisons n'avaient pas été détruites étaient prévenus qu'ils étaient frappés, à litre de contribution de ^rierre, d'une amende spéciale : c'était de la justice distributive bien comprise!
Comme on approuve cette Strasbourg-eoise qui, réfug-iée en Suisse après le bond^ardement, adressa, le 12 février 1871, de la Chaux-de-Fonds, au chancelier Bismarck une lettre indig-née dans laquelle on lit* :
Jamais les habitants de Strasbourg n'oublieront ces jours terribles : leur ville incendiée et ravagée par les bombes prussiennes, les arceaux splendides de leur noble cathédrale saccagés par les obus prussiens.
Ils se souviendront que ceux qu'on vient de leur donner pour frères ont lancé dans leurs murs ces projectiles aveugles qui ont tué leurs femmes et leurs enfants.
Ah! que nous aimions l'Allemagne, et combien nous la haïssons pour jamais à l'heure qu'il est !