III. — Villes, bourgs ou villa^ges ouverts ayant résisté
La défense des villes, des bourgs ou des villages ouverts effectuée par des irréguliers ou par des soldats improvisés contre des troupes régulières disposant d'artillerie a provoqué de vives critiques et même de sévères condamnations.
Un Vosgien, Félix Bouvier, a écrit à propos de la défense de Ramb(>rvillers : « Quand il s'agit de la Patrie, il ne faut pas se demandera quoi cela pourrat-il servir? On fait son devoir, tout et même plus que son devoir; voilà tout... Folie, soit, mais folie généreuse, folie sublime, qui impose à tous le respect et l'admiration * ! »
Oui, n'ayons du moins que du respect et de l'admiration, surtout si nous ne sommes pas disposés à les imiter, pour les Français qui s'engagèrent sans calculer, avec un dévouement absolu, dans des luttes particulières vouées d'avance à l'insuccès.
Ces vaillants se virent appliquer les lois de la (jiierre, mais non, ainsi que nous allons le démontrer, les véritables, celles que, chez les victorieux, l'humanité doit tempérer : la cruauté la plus inflexible et la plus raftinée présida à la vengeance.
Le mois d'octobre 1870 demeurera particulièrement célèbre, dans les fastes de la glorieuse résistance en province contrel'envahisseur, par l'héroïque résistance de trois villes d'une importance inégale : Ssint-Ouentin, Rambervillers et Chàteaudun surtout forment, en effet, sous ce rapport, une véritable trinité patriotique.
I. Bouvier (Félix), les Héros oubliés. La défense de Rambervillers en iSyo, pp. m et 12.
Au-dessous d'elles, s'il y a des deijrés quand le dévouement est poussé jusqu'au sacrifice de la vie, d'autres centres habités d'inégale importance ont aussi mérité d'être glorifiés.
SAINT-QUENTIN (aISNE) 8, 20 et 21 octobre iSjo.
Anatole de la Forge, préfet de l'Aisne, fut l'âme de la résistance opposée, le 8 octobre, aux Allemands : elle eut un grand retentissement en France; à partir de ce jour, l'ennemi dut se montrer plus prudent. La vigoureuse action personnelle du préfet cimenta des éléments hétérogènes et la défense du pont du faubourg de l'Isle et du canal fut des plus honorables. Les Allemands, d'ailleurs peu nombreux, eurent une quinzaine d'hommes hors de combat et laissèrent entre nos mains six des leurs. Nos pertes personnelles furent de 3 tués et de 12 blessés, dont Anatole de la Forge.
Informé, le 20 octobre, par le Mémoiùal de Lille que l'on avait rappelé de Lille les forces affectées à Saint-Quentin, le colonel von Kahiden dirigea en toute sécurité sur cette ville plusieurs bataillons de laiulwehr, 3 escadrons et une batterie; ie lendemain, elle était occupée.
Kahiden avait passé la nuit du 20 au 21 dans le château du village de Danizj, comptant 44 1 habitants. On ferma les yeux sur le pillage et le colonel ne partit, le 21 au matin, qu'après avoir eu soin de faire charger sur des fourgons « une pendule, les plus jolis meubles, des tapis et tout le vin. Le colonel ne pou-
PLACES FORTES, VIi.LES, IJOUKGS S'ÉTANT DEFENDUS \2^
vait plus punir ses soldats d'avoir volé des casseroles 1 ».
Arrivé en vue de Saint-Quentin, Kahlden fit ouvrir sur la ville le feu d'une batterie : c'était pour appeler à lui la municipalité, qui comprit. Elle arriva assez tôt pour s'entendre signifier :
1° Une amende de 600.000 fr. en réponse à une proclamation en date du 18 septembre d'Anatole de La Forge et de plusieurs articles du Courrier de Saint-Quentin;
2° Une seconde amende de Soo.ooo fr. et 20 clievaux de selle pour avoir, le 8 octobre, engagé le combat avec des forces « envoyées à la ville sans aucune intention hostile, afin de lui remettre des proclamations, avoir détruit les ponls et moyens de communication avec la ville et avoir empêché les troupes de remplir leur mission ».
Kabiden partit le 2.3, en laissant derrière lui des menaces de mort.
RAMBERVILLERS (vOSGES) g, 10 et 1 1 octobre.
Lorsque, le 9 octobre, le général von Degenfeld se présenta devant Rambervillers, la ville avait été organisée défensivement; 200 g-ardes nationaux, renforcés par des volontaires et des gardes forestiers, étaient décidés à résister avec le commandant Petitjean.
La lutte, qui se prolongea jusqu'à la nuit, coûta aux défenseurs 7 tués et une quinzaine de blessés.
Aussitôt entrés en ville, les Badois pillent maisons, *