I. Lavisse (Ernest), op. cit., p. 4o
boutiques, magasins, assassinent sans jug-ement cinq Irabitaiits inoffensifs, dont un idiot qui chantait ». Ils tuent sur place des blessés ou, les arrachant de leurs lits, les traînent dans la rue et les y fusillent.
Parmi eux figura, le lo octobre, le caporal de sapeurs-pompiers Noirclair, vieux soldat de Crimée et d'Italie; on compta sur son cadavre quarante-six (46) blessures : il avait été littéralement lardé à coups de baïonnette.
En somme, 20 habitants inoffensifs, — vieillards, hommes et femmes, — perdirent la vie après avoir été maltrailés.
Le II octobre, un vieux cultivateur auquel on volait son foin proteste; on le fusille devant sa femme qui, folle de douleur, mourut le 4 janvier suivant.
Lorsque, le 11 octobre, Werder fit son entrée triomphale dans Rambervillers, son regard put se repaître sur les morts dont l'ensevelissement avait été retardé par ordre.
Les Allemands ont l'ivresse du sans;' gaie, dit Bouvier ; ils ramassèrent les cadavres de leurs victimes et les alignèrent des deux côtés de la route; les chevaux les piétinèrent; des soldats en g-oguette urinèrent même sur un d'entre eux; dans les plaies béantes, ils plantèrent des cigares, des bouchons de paille, et c'est devant cette lugubre parade que VVcrdcr défila en tété de son état-major, au son criard des fifres sonnant la victoire 2.
Le premier soin de Werder fut de prendre des otages, qu'il envoya à Mayence, et d'imposer à la cité une contribution de guerre de 200.000 francs payable dans les vingt-quatre heures, sous peine de subir une exécution militaire.
I. Belin, Chanal, Martin, Christophe et l'idiot Jacqnot s. BoLviER (FéHx'i, op.^it., p. 26.
PLACES FORTES, VILLES, BOURGS S'ÉTAN'T DEFENDUS 127
Ce sacrifice g-cnéreux ne fut pas inutile.
Grâce à l'héroïsme de Rambervillers, qui retarda riuvasion.le général Canibricls put, a dit Bouvier, accomplir saus encombre sa retraite sur Besançon et y réorganiser ;ses troupes, qui devaient, jusqu'à la fin de la guerre, inquiéter si gravement les communications avec l'Allemagne '.
Rambervillers paya son dévouement de 35 morts : 8 soldats tués à l'ennemi, 1 1 soldats blessés que l'ennemi acheva ; i6 habitants assassinés. Plus tard, la croix de la Légion d'honneur lui fut accordée.
CHATEAUDUN (eURE-ET-LOIR) le i8 octobre.
Ainsi que l'a écrit le lieutenant-colonel Ledeuil, un des acteurs et des historiens de la défense de Chàteaudun "^ :
(' La caractéristique de la défense de Châteaudun, c'est la communion des coînbattants et des habitants dans l'intention de la défersse, dans la volonté de se donner en exemple, dût-on aller jusqu'au sacrifice absolu, pour réveiller les courages et sauver la France. »
Cette défense fut opérée par environ 1.200 hommes 3, que bon nombre d'habitants, — hommes et
I. Bouvier (Félixi, op. cit., p. 08, l' Asacien-iorrnin a publié, en janvier 1884, rintéressante relation rtdig'éc en 1871 par un des combattants.
3. Ledeuil (capilainei, Rapport officiel du 21 octof)re ifljo.
MoNTAni-or (Paul , Journal de l'Inuasion. Châteaudun, iS-] i.
GouDRAY (L.-D.), Défense de C/iàteaudun dans la joarnée du 18 octobre i8jo : 1871.
Jamukut (Gustave), combat et incendie de Châteaudun {iS octobre 1870): 1871.
Rapports: du maire de Châteaudun, du lieutenant-colonel comte de Lipowski, commandant les francs-tireurs de Paris, de M. de ïestanières, commandant la ^ard^ nationale d^ Cliàteaudnn.
3. Détail : 700 francs-tireurs de Paris ; ii5 francs-tireurs de Nantes,
femmes, — secondèrent soit effectivement, les armes à la niain, soit en apportant des munitions ou en secourant les blessés ; la ville avait été rapidement fortifiée.
La iiitte pied à pied, dont les différentes phases furent marquées par la défense extérieure, la défense des bariicades et la guerre de rues, dura de une heure à huit heures du soir ; les Prussiens disposaient de 8.000 hommes et d'une artillerie qui jeta sur la ville 2.179 projectiles *.
Les maisons furent pillées et incendiées au fur et à mesure des progrès, en employant torches, boug^ies, pétrole ; une section de 60 à 80 incendiaires opérait par moitié, la seconde veillait pour écarter tout secours.
Grâce à cette intelligente répartition du... travail, un tiers environ de la ville fut méthodiquement réduit en cendres, soit 235 maisons : 197 incendiées à la main, 8 par les obus, 3o par communication. Le drapeau de la Convention de Genève n'avait pu protéger ni l'église de Saint- Valérien, dont le clocher portait les traces de 80 à 100 obus, ni l'i^^lise de la Madeleine, ni la tour de Thibault-le-ïricheur, qui étaient fort endommagées.
Une mention spéciale doit être accordée à deux « incendiaires de qualité^ » : le chef même de la 22^ division, le général von Wittich, qui eut l'audace de télégraphier à Versailles, le soirmême du combat: «Journée colossale. 4-ooo fantassins, mobiles, marins, mis
commandés par le capitaine Le Gall, qui fut tué ; 5o francs-tireurs de Cannes ; 3:<5 gardes nationaux sous les ordres du chef de bataillon de Testanières, qui fut grièvement blessé. Il n'y avait ni un cavalier ni un canon.