‹ Histoire de l'invasion allemande en 1870-1871Chapitre 90 sur 257 · Lagubbrb (J.-J.), op. cii.,f. loi · texte numérisé non relu

Lagubbrb (J.-J.), op. cii.,f. loi

3o septembre. — Des francs-^tireurs ont capturé six g-endarines et en ont tué deux ; les communes sont frappées d'une amende de loo.ooo fr. ; les g-endarmes finissent par être échangés, mais l'amende fut maintenue.

Cltai-ines-sur-Moselle (Vosges), ie i(\ octobre, — En proie à une panique causée par la peur, les Allemands ont assassiné des habitants et pillé leurs maisons ; la ville est imposée de loo.ooo francs.

Remiremont (Vosg-es), le 27 octobre. — La ville est taxée d'une amende de 200.000 fr., dentelle eut à payer la moitié, à cause de l'arrestation de deux hussards par des francs-tireurs.

Sézanne (Marne), le 6 décembre. — Les Wurtembergeois infligèrent à la ville une amende de lo.ooofr. sous le prétexte qu'elle n'aurait pas reçu convenablement, quelques jours avant, une colonne de passag^e.

Fkwifjny (Gole-d'Or), le il\ décembre. — Un détachement badois en marche ayant affirmé qu'il avait vu dans le bourg- quelques g-roupes d'habitants armés, Flavigny ne se sauva de l'incendie qu'en versant 6.000 francs.

Orges et Bricon (Haute-Marne), le 2.5 décembre. — Venu de Langres, nous l'avons vu, à la tête d'une troupe i.e franc-tireurs, le capitaine Jahouvey fait dérailler un train militaire allemand allant de Ghaumontà Gbàteau-Vilain.Les Prussiens incendient trois maisons et une partie du château de Bricon, mais la vengeance étant, paraît-il, insuffisante, l'amende frappe les deux pauvres villages, Orges pour 3.700 fr., Bricon pour 3.5oo francs.

Avec les Allemands, tout est prétexte à amende. A Montbéliard (Doubs), l'explosion d'un tuyau à g-az

coûte 16.000 fr. au baron Cliabaud-Ia Tour, d'ailleurs prévenu qu'en cas de récidive sa manufacture sera brûlée et que lui sera fusillé. A Chantilly (Oise), une amende de 2.000 fr.est infligée à la ville parce que le chien d'un officier n'a pu être retrouvé.

il/on M Mre//j? (Haute-Savoie), le 3i décembre *, — Le fait suivant a été porté de visu à la connaissance du public par l'abbé Dénomcy, curé de Monthureux.

Accourue de Gray, une colonne de 6.000 hommes cerne le bourg- vers 3 heures ; son chef exige le versement, au bout de deux heures, d'une amende de 26.900 fr. « alléguant qu'on (c'étaient euxj avait coupé un poteau de télégraphe sur le territoire de la commune ». Ce paiement n'aj^ant pu être effectué, les Allemands entament l'œuvre de répression : les uns font sortir le bétail des écuries, les autres parcourent les maisons la baïonnette à la main et soutirent tout l'argent possible.

Lorsque la colonne se relira, elle avait volé i.ioofr. et elle emmenait, avec Sy biKufs^, le maire, i*L Chapuis, M. Raclot-Nicolas 3.

Tous les exemples que nous venons de donner justifient l'appréciation de Legrelle.

11 est juste que l'envahisseur conserve tous ses droits de légitime défense, et l'amende est certainement la rigueur la plus douce qu'il soit possible d'imaginer à cet effet. Le grand tort des amendes prussiennes était d'abord d'atteindre des proportions ridiculement énormes et de s'appliquer à des faits de guerre on

I. Roux (Gilbert), iSjo-iSyi. L'occupation allemande à Gray et les Environs, pp. 78, 79 et 80.

a.D('-jà, les 26 ci 37 octobre, les Prussiens avaient enlevé 11 bœufs; le ly janvier 1871, ils prirent encore 8 i)ièces de bétail et 36 sacs d'avoine.

'.^. Tous deux furent relâchés dnns la journée, mais ils moururent tous deux (les suites de leur émotion, le premier le ii janvier 1871, le second le ?8 juillet suivant.

148 L''.-;VAS[a.\ AÎ.LEMAXDE EN ISIO-ÎSrl

ne peut plus lég'ilimes en eux-mêmes. Au lieu d'un système équitable de pénalités pécuniaires, on se trouvait réellement en présence cl un parti pris évident de battre monnaie dans un pays riche, aa gré delà Jantaisie individuelle, taniol d'un subalterne ivre, laiilùt d'un haut personnage enfiévré d'orgueil, de cupidité et de jalousie. L'amende a donc été comme le vade-mecum de l'armée conquérante, le terme fatal et souvent la cause finale d'ordres volontairement insensés ou de caprices involontairement fantasques •.

Versailles fut, en effet, payé pour le savoir :

Une amende de 2.000 fr. lui est infligée pour n'avoir pas réussi à faire fabriquer, dans les ving-quatre heures, une <( selle d'oflicier de gendarmerie -» ;

Un coup de fusil entendu dans un bois des environs, et qui n'a fait de mal à personne, lui vaut une amende de 10.000 francs ;

Sous peine d'un versement de5oo fr. pour chaque oubli, le maire, M. Rameau, et tous ses employés durent se résigner à dire, en parlant àM.deBrauchitsch, Monsieur le préfet de Seine-et-Oise 3.

La fourniture des voitures, de leurs attelages et conducteurs fut un prétexteprécieux pour infliger des amendes qui varièrent entre 5o et 200 francs par voiture; les exemples abonderaient.

Le retard apporté par un maire à fournir la liste des personnes sujettes à la conscription lui valait une amende d'au moins 20 francs.

Déjà nous avons dit comment les Alleuîands assuraient la protection des chemins de fer et des lig-nes téif'c^raphiques ; ils y trouvèrent aussi une source précieuse de gain. Les tarifs que nous produisîmes

Page 1