CHAPITRE PREMIER
les intérêts humains, les besoins sociaux. Il y a antagonisme entre le prince et le pontife, confondus dans la môme personnification... Le pouvoir temporel du Pape, dans ces conditions, ne pourra se maintenir que s'il est protégé par une' occupation militaire autrichienne ou française. Extrémité douloureuse ! car tout pouvoir qui ne vit pas de la force nationale et de la confiance publique n'est pas # une institution, c'est un expédient. »
On le voit, l'auteur de la brochure passait condamnation formelle de la situation faite au Pape par les derniers événements. Il était impossible de s'exprimer avec plus de netteté, de décision et de sagacité. Aussi l'émotion fut-elle profonde. L'Italie accepta celle publication comme une garantie des sympathies de la France. Les ultramontains furent consternés. La colère que cet opuscule excita dans la cour pontificale fut excessive. Elle se traduisit dans le Journal de Rome. « Les arguments que renferme cet écrit, dit une note insérée dans ce journal, sont une reproduction des erreurs et des outrages tant de fois vomis contre l'Église et toujours victorieusement réfutés. »
De peur que l'opinion publique ne se méprit sur l'origine de cette note, le Pape eut soin de la confirmer dans l'allocution qu'il adressa, le jour de l'an, au général de Goyon, commandant l'armée française d'occupation. 11 déclara en termes formais que la brochure était « un opuscule qu'on peut ap-
LE PAPE
peler un monument insigne d'hyprocrisie et un tissu ignoble de contradictions. »
Ces appréciations n'étaient pas encore connues en France lorsque, le 31 décembre, l'empereur Napoléon III écrivit directement à Pie IX pour rengagera la modération. Elles n'influèrent donc en rien sur la lettre du souverain français qui était une réponse loyale à une communication du Tape en date du 2 décembre pour obtenir la garantie des privilèges temporels.
« Une de mes plus vives préoccupations pendant comme après la guerre, disait l'Empereur, a été la situation des Etats de l'Eglise... La paix une fois conclue, je m'empressai d'écrire à Votre Sainteté pour lui soumettre les idées les plus propres, selon moi, ix amener la pacification des Romagnes, et je crois encore que si, dès celle époque, Voire Sainteté eût consenti à une séparation administrative de ces provinces et à la nomination d'un gouverneur laïque, elles seraient rentrées sous son autorité. Malheureusement, cela n'a pas eu lieu, et je me suis trouvé impuissant à arrêter l'établissement du nouveau régime. »
Après avoir indiqué l'impossibilité d'obtenir la