CHAPITRE PREMIER
question de réunir le fameux congrès, le Pape avait adressé à Victor-Emmanuel, comme à tous les autres monarques de la chrétienté, une copie de la lettre dans laquelle il engageait tous les souverains dans la défense du pouvoir temporel. Le roi lui répondit avec une déférence et une coutoisie parfaites. Il exposa loyalement la situation qui lui était faite par les événements. N'avait- t-il pas, lui aussi, des devoirs sacrés à remplir? Son père ne lui avait-il pas légué la grande œuvre de la délivrance italienne, cette œuvre dont le pape Jules II avait été l'apôtre? Lors de l'évacuation des Légations par les troupes autrichiennes, n'avait-il pas décliné la dictature que les populations révoltées lui avaient offerte? Ne s'étaitil pas contenté d'accepter leur concours à l'œuvre commune sans empiéter en rien sur les droits de la papauté? N'avait-il pas espéré, comme l'empereur Napoléon, que le Saint-Siège adopterait la voie des réformes, sauverait son autorité dans les Romagnes par une administration et un gouvernement libéral ? N'avait-il pas, au risque de sa popularité même, rappelé le général Garibaldi dont la présence dans les Romagnes pouvait compliquer la situation ? N'avait-il pas répondu par un silence obstiné aux nouveaux appels des populations, lorsqu'elles avaient été abandonnées à elles-mêmes, malgré la spontanéité et l'unanimité de leurs offres? Ces populations, de guerre lasses, s'étaient administrées elles-mêmes avec une modération inouïe; les ministres du culte