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les troupes sardes à l'horizon. Cialdini ne tarde pas à reconnaître le champ de bataille. 11 fait établir sur les hauteurs une batterie de canons rayés qui, grâce à leur portée, sèment la mort dans la réserve, et font voler en éclats les caissons et les affûts de l'artillerie. L'épouvante gagne alors les volontaires italiens, leurs compagnies se dispersent; forcées par leurs officiers de se rallier, elles font feu les unes sur les autres. Lamoricière apprend en même temps que le général de Pimodan, blessé à mort, est entouré par les Piémontais. Pendant que ses artilleurs détellent les chevaux pour fuir, il réunit le plus grand nombre d'hommes possible et lente deux charges successives pour dégager son malheureux compagnon d'armes; mais il ne peut réussir qu'à lui serrer la main et à lui adresser un dernier adieu. Assailli par des forces supérieures, il est forcé de battre en retraite, suivi de son état-major et de quelques soldats à l'aide desquels il parvient à gegner Ancône en suivant le rivage.
Le général de Pimodan avait été blessé au début de l'engagement, an moment même où il donnait ses premiers ordres. 11 était à cheval quand trois balles l'atteignirent successivement» la première à
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la mâchoire, la deuxième à la poitrine, la troisième au pied. Il tomba de cheval et fut adossé contre un arbre. Là commença son agonie; les Piémontais l'emportèrent ensuite dans une chaumière, où malgré les soins qui lui furent prodigués, il ne tarda pas à expirer. Cialdini envoya le corps à la marquise de Pimodan. II écrivit ces mots sur le cercueil : Le ire non vanno aidi làdel Rogo (Sur le seuil do la mort les rancunes s'éteignent).
Dans ce triste engagement, le corps franco-belge avait été haché; il avait, à lui seul, soutenu le plus fort de la lutte. Les volontaires n'avaient pas donné; un régiment d'infanterie suisse s'était refusé de charger; il n'y eut parmi les étrangers que les Allemands et deux bataillons de carabiniers qui furent engagés. À de tels résultats, on pouvait juger de la valeur de l'armée pontificale. Les vétérans avaient abandonné les conscrits. Les volontaires italiens, influencés par les malédictions de leurs compatriotes, ne pensèrent qu'à fuir. Tout l'équipage emmené de Lorelo, les onze canons, leurs caissons, le train et les équipages tombèrent au pouvoir des Piémontais ; le terrain était couvert de fusils. Les troupes pontificales laissèrent sur le champ de bataille six cents prisonniers, parmi lesquels cent cinquante officiers. On ne tarda pas à s'emparer des fuyards qui s'étaient dispersés dans la campagne.
La diversion que devait faire la garnison d'Ancône, diversion sur laquelle reposait tout le succès
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de rengagement, ne put avoir lieu. Â leur sortie de la place, les troupes se trouvèrent en présence d'un gros de Piémontais qui les força de rentrer avec précipitation. Au même moment, la flotte sarde, sous les ordres de l'amiral Pcrsano, s'embossait devant Ancône et commençait le bombardement. Ce fut sur ces entrefaites que Lamoricière et sa petite troupe firent leur entrée dans la ville, déterminés à la résistance la plus énergique et la plus désespérée.
Cialdini n'avait pas attendu le lendemain pour profiter de sa victoire. Il fit immédiatement occuper les bourgs de San-Agoslo et de Recanati, marcha sur Loreto, où les restes de l'armée de Lamoricière s'empressèrent de capituler, détacha des troupes vers Ancône pour commencer le siège et s'avança lui-même jusqu'à Tolenlino, où il opéra sa jonction avec le général Fanti.
Le succès s'était définitivement prononcé en faveur des Piémontais, car l'armée de Lamoricière n'existait plus. Le seul gros de troupes en état de résister se trouvait enfermé dans Ancône et ne se montait qu'à environ huit mille hommes, encore était-il bloqué par terre et par mer. Le général
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Fanti prit toutes les mesures propres à abréger la lutte. Il fit venir un parc de siège pour seconder le feu des pièces de campagne établies sur les hauteurs délia Croce et des Grazie. Pendant ce temps, les volontaires de Masi poursuivaient les pontificaux dans la vallée du Tibre. Les principautés de Bénévent et de Ponte-Corvo se soulevèrent; Ponte-Corvo seul retomba au pouvoir des papalins.
Le 22 septembre, le parc de siège fut débarqué, puis installé sur Monte-Acuto. On avait notifié le blocus. Le bombardement fut ouvert contre le faubourg Pietro del Croce, sur lequel on dirigea la brigade de Bologne et deux bataillons de bersaglieri. La lutte fut assez vive; les assiégés laissèrent sept pièces d'artillerie entre les mains des Piémontais. Deux autres colonnes occupèrent le bourg de Porta- Pice et le Lazaret. La flotte sarde, de son côté, ne restait pas inactive ; dans la nuit du 27 au 28, l'amiral Persano arma les grosses chaloupes de son escadre et s'avança audacieusement jusqu'à Fentrée du port. Là, au milieu d'une pluie de projectiles, il essaya de couper la grosse chaîne qui fermait le passage du port; mais après des efforts infructueux, il fallut renoncer à celte entreprise et regagner l'escadre. On n'était parvenu qu'à mettre le feu à quelques pontons; quant à la chaîne, elle était plongée trop avant dans la mer pour être relevée par les chaloupes. Lamoricière déploya une grande énergie dans la défense. A l'avant de la porte Pia,
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les posilioos furent perdues et reconquises cinq fois.
Dans la matinée du 28, des bâtiments sardes s'avancèrent sous les murailles à portée de canon et détruisirent deux batteries qui dans la nuit avaient empêché le succès de l'expédition. Le bombardement continuait du côté de la terre avec plus d acharnement que jamais. Une redoute, dont la poudrière avait été embrasée par une bombe, fit explosion. Les habitants d'Ancone, épouvantés d'une lutte qui menaçait de faire de leur ville un monceau de ruines, demandèrent la capitulation. Lamoricière envoya proposer un armistice de huit jours à l'amiral Persano; mais celui-ci refusa, déclarant qu'il se considérait déjà comme maître de la position. 11 faisait en effet tous ses préparatifs de débarquement, lorsque le 29 au malin, Lamoricière, à bout de ressources, se rendit à discrétion. 11 fut reçu à bord de la flotte sarde, non-seulement avec tous les honneurs dus à son rang, mais aussi avec une courtoisie chevaleresque.
Quinze cents hommes avaient succombé. On trouva cent vingt pièces de canon dans la place. La garnison mit bas les armes et se constitua prisonnière; elle comprenait trois généraux, seize officiers supérieurs, trois cents officiers subalternes et environ sept mille soldats. La plupart des prisonniers furent licenciés après avoir fait serment de ne pas combattre pendant un an contre les Piémontais.
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Quant on apprit la reddition d'Àncône, toutes les villes des Marches et de l'Ombrie se livrèrent d'ellesmêmes aux vainqueurs. Dans les premiers jours d'octobre, les Piémontais étaient en état de franchir le Tronto et d'entrer dans les Etats napolitains. Il y a peu d'exemples d'une conquête aussi prompte et aussi radicale. Sur les rapports du général Fanti, Victor- Emmanuel prit la détermination de se mettre à la tête des troupes pour prendre possession de l'Italie méridionale, à laquelle étaient rattachés les États de la haute Italie.
L'unité de la Péninsule était constituée à parîir de cette époque, et la terrible question du pouvoir temporel se trouvait transformée. Désormais ce n'était plus à la guerre, mais aux tempéraments de l'ordre diplomatique et religieux qu'on devait en demander la solution.
C'est ce que ne comprenaient pas encore les deux partis extrêmes, les volontaires italiens et le gouvernement d'Antonelli. Les volontaires italiens prétendaient s'emparer de toutes les villes sises à l'occident des Apennins et de Rome elle-même; ils s'avançaient donc le long du Tibre et commençaient à inquiéter la Ville Eternelle, lorsque le général de
Goyon se porta sur Viterbe, disposé à repousser énergiquement tout mouvement offensif. Les volontaires ne tardèrent pas à battre en retraite devant les gendarmes pontificaux qu'encourageait la présence des troupes françaises.
Le cardinal Antonelli, de son côté, adressait une protestation au corps diplomatique et faisait insérer dans le journal de Rome que la France s'était engagée à repousser par la force toute tentative d'invasion piémontaise; mais celte assertion fut contredite par l'ambassadeur français à la cour de Rome, M. de Grammont, dans une lettre datée du 25 octobre. Le Saint-Siège, de son côté, avait délié les prisonniers de leur serment de ne pas porter les armes contre le Piémont. 11 prétendait les faire rentrer dans l'armée active; mais, comme la plupart n'étaient pas encore mis en liberté, M. de Cavour déclara qu'il Les garderait tous, à moins que le gouvernement romain ne délivrât ses détenus politiques. M. Pepoli, nommé commissaire des Marches, organisa une forte ligne de douane du côté des États pontificaux.
On ne tarda pas enfin à recevoir le rapport de Lamoricière sur sa courte et lamentable campagne. Ce rapport attestait de l'incapacité temporelle du Saint-Siège. L'administration était en proie au plus grand désordre; le désaccord s'était manifesté de la manière la plus évidente' entre le gouvernement et les différentes parties de la nation ; il y avait dans
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toute la population une hostilité presque toujours sourde et souvent manifeste contre le gouvernement temporel; la France n'était que médiocrement perlée à soutenir la cause pontificale, et semblait en réalité plus favorable au Piémont qu'au Saint-Père; il fallait attribuer enfin l'altitude de l'armée française dans les derniers événements à l'alliance du sacré collège avec l'Autriche, alliance plus étroite à Rome qu'elle ne l'était à Vienne même.
Les volontaires de Garibaldi venaient de soutenir l'attaque des royaux sur les bords du Voiturne lorsque M. deCavourdéclaraqu'ildevenaitnécessaire d'entrer dans le territoire des Deux-Sîciles; en conséquence, il informa M. le baron Winspearc, ministre de Naples à Turin, de la nécessité où il se trouvait d'occuper militairement les Etats napolitains. Les raisons de celte intervention étaient que le départ de François Il avait laissé le trône vacant, et que l'autorité locale ayant disparu il devenait nécessaire d'en établir une autre. M. Winspeare répondit avec beaucoup de logique que la raison n'était pas valable, mais il ajouta un commentaire inutile sur la justice et sur les représailles de laProvidence. Il invoquait
la vengeance divine et donnait sa démission. L'indécision dans laquelle se trouvaient alors les membres du gouvernement napolitain explique l'insignifiance de la protestation de M. Winspeare. Il partit en effet de Turin après avoir présenté à M. de Cavour un agent destiné à lui transmettre simplement les communications de François II, déclarant que le gouvernement de son maître ne pouvait plus être représenté vis-à-vis d'une Puissance usurpatrice.
La vérité fut exprimée dans le manifeste de Victor-Emmanuel aux peuples de l'Italie méridionale. Le roi déclara, aussi ouvertement qu'il pouvait le faire, son désir de soumettre l'Italie entière à l'unité d'une seule politique et d'un seul gouvernement; il rappelait les efforts tentés par son père et par luimême pour atteindre ce but. « J'ai, disait— il, raffermi la liberté dans des temps peu favorables à la liberté et j'ai voulu, en agissant ainsi, qu'elle jetât de profondes racines dans les mœurs des peu pies J'ai cherché à accroître le bien-être par une réprésentalion libre, l'instruction du peuple, . les grands travaux publics, la libertéde l'industrie etdu commerce; mais toulenlais. sant la liberté de conscience, je veux qu'on respecte la religion catholique, et que l'autorité civile résiste ouvertement à cette faction obstinée et provocatrice, qui se pose comme la seule amie et tutrice des trônes, mais qui entend au nom de Dieu commander aux rois, et interposer entre le prince et le peuple la barrière de son intolérance passionnée. Ce mode
OCCUPATION DES MARCHES
de gouvernement ne pouvait être que d'un funesle effet pour le reste de l'Italie.
« La concorde entre le prince et les peuples dans le fait de l'indépendance nationale, la liberté civile et politique, la liberté de la tribune et de la presse, l'armée qui vient de faire revivre les traditions militaires de l'Italie sous le drapeau tricolore, feront du Piémont le porte-étendard et le bras de l'Ilalie. La force de mon gouvernement n'est pas le résultat d'une opinion occulte, mais de l'influence des idées et de l'opinion publique. Aussi j'ai pu maintenir dans la partie du peuple italien restée fidèle à mon autorité la pensée d'une unité nationale et sainte, d'où devait naître pour les provinces divisées l'union en une seule nation.
« L'Italie s'est montrée à la hauteur de ma pensée, lorsqu'elle ma vu envoyer mes soldats sur les champs de la Crimée, à côté des soldats des deux grandes Puissances occidentales; j'ai voulu acquérir à l'Italie le droit de prendre part aux actes de politique générale et à tout ce qui concerne les intérêts de l'Europe.
« C'était une chose toute naturelle que les événements survenus dans l'Italie septentrionale et centrale, soulevassent plus ou moins les esprits dans l'Italie méridionale. En Sicile, celte inclination des esprits a éclaté par une révolte ouverte. On combattait pour la liberté en Sicile, lorsqu'un preux guerrier dévoué à l'Italie et à moi, le général Ga-
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CHAPITKE III.
ribaldi, accourait à son secours. Les combattants étaient Italiens ; je ne pouvais, je ne devais pas les retenir. La chute du gouvernement de Naples a confirmé ce que mon cœur savait : combien est nécessaire aux rois l'amour, aux gouvernements l'estime des peuples.
« Dans les deux Siciles le nouveau régime s'est inauguré en mon nom ; mais quelques actes ont donné lieu de craindre que cette politique ne fût pas bien interprétée ; toute l'Italie a craint qu'à l'ombre d'une glorieuse popularité et d'une probité antique, ne se renouât une faction prête à sacrifier le prochain triomphe national aux chimères de son ambitieux fanatisme. Tous les Italiens se sont adressés à moi pour que je conjurasse le danger. Il était de mon devoir de le faire, parce que dans l'état actuel des choses ce ne serait pas de la sagesse, mais de la faiblesse et de l'imprudence que de ne pas assumer d'une main ferme la direction du mouvement national, dont je suis responsable devant l'Eu rope. »
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Ce manifeste, dont nous avons reproduit déjà les parties les plus saillantes dans notre histoire de la révolution des Deux-Siciles, inaugurait en effet un nouveau droit politique où tout devait se faire
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au grand jour. Aune époque où l'instruction gagne toutes les classes delà société, il devient nécessaire de ne plus dérober les actes des gouvernements à la curiosité publique, qui n'étant pas satisfaite, se transforme en malignité. On a peur de tout ce qui se cache, et les actes les plus justes et les plus loyaux sont considérés comme hostiles lorsqu'ils sont soustraits à la discussion. Les peuples se tranquillisent, au contraire, en voyant qu'on ne les tient pas à l'écart de tout contrôle ; les gouvernants, de leur côté, ne sont plus sujets à s'arrêter à des conceptions spécieuses, à des politiques égoïstes et à des systèmes impraticables. Le manifeste de Victor-Emmanuel eut pour effet de lui rallier toutes les ambitionslégitimes et toutes les forces vives de l'Italie.
Les protestations de François II, inspirées encore par le désir de passionner les esprits en sa faveur, n'eurent aucune influence sur l'opinion publique, et pourtant la cause qu'il défendait était plus accessible à l'entendement vulgaire; mais si tous les hommes n'ont pas un égal degré d'instruction, ils sont pour plupart doués de ce sens qui leur permet de discerner la sincérité des plaideurs. Presque toutes les personnes sérieuses des Etats napolitains commencèrent à se rallier ouvertement à un gouvernement qui savait, sans hostilité, s'affranchir de la tutelle religieuse, tout en dominant les passions qui conduisent à l'anarchie.
La frontière fut donc franchie par les Piémontais. L'armée de François II, renfermée à Capouc et à Gaële, ne pouvait résister longtemps. Capoue dut se rendre le 1 er novembre 1860, au bout de quarante-huit jours de siège, après plusieurs sorties aussi sanglantes qu'infructueuses. L'armée de François II tenait à prouver qu'elle avait le courage et la discipline militaires. Elle ne voulait pas rester sous le coup des calomnies qui l'avaient représentée comme mal aguerrie. Elle se battait pour l'honneur.
< IIAP1TRE IV.
Les généraux et les soldats napolitains qui acceptaient le drapeau de l'unité commune ne voulaient pas qu'on les accusât de le subir parlàcheté. Les troupes se retirèrent à Gaëtc, résolues à se défendre jusqu'à la dernière limite du devoir.
Toute résolution généreuse adroit à la sympathie. La France ne manqua pas à sa dignité dans celte circonstance; une escadre, commandée par l'amiral Le Barbier de Tinan, vint s'opposer au blocus de Gaële du côté de la mer. Elle ne voulait pas que la guerre faite pour les principes dégénérât en une guerre d'extermination. L'amiral Le Barbier de Tinan s'opposa à ce que les batteries de la flotte sarde tirassent sur les troupes napolitaines campées aux environs de l'embouchure du Carigliano. Celte mesure fut considérée parles partis extrêmes comme un acte d'hostilité, une violation du principe de nonintervenlionet un déni de la politique suivie jusquelà par Napoléon III. On ne manqua pas de prétendre qu'elle mettait en danger les destinées de l'Italie par la prolongation de la guerre; on lui imputa dans la suite la responsabilité des brigandages qui désolèrent les Deux-Sicilcs ; mais on ne fit pas res-r sortir que trente mille Napolitains purent se disperser sans avoir recours aux dernières extrémités. Si, plus lard, une faible partie de ces troupes contribua à grossir les bandes légitimistes, la majorité se rallia à l'armée italienne ou rentra dans la vie civile, car un grand nombre de soldats qui ne s'étaient pas
défendus contre les Piémontais ne voulurent pas être exposés à combattre quelques-uns de leurs anciens compagnons d'armes.
L'intervention de la flotte française à Gaëte était d'ailleurs subordonnée à cette condition, que la résistance ne se prolongerait pas au delà de certaines limites. L'amiral Le Barbier de Tinan avait fait savoir, des le mois d'octobre, à François II, qu'il eût à prendre toutes les dispositions de retraite qu'il jugerait convenables. Il l'engageait à ne pas prolonger une lutte sans résultats, dans laquelle un sang précieux serait inutilement versé.
François II ne croyait pas à un délai. Se faisant illusion sur les sentiments qui avaient déterminé l'intervention de la flotte française, il crut qu'on voulait l'aider à reconquérir son royaume. Il prit donc toutes ses mesures pour se foi titier devant Gaëte, dans l'attente d'un secours, soit de la France soit de l'Autriche. Il n'avait jamais entendu renoncer à ses droits; déjà, dans une protestation datée de Gaëte, il avait invoqué l'appui des Puissances européennes. Il annonçait que la chute du gouvernement napolitain ouvrait une nouvelle phase politique pour l'Europe ; les anciens traités étaient détruits, un nouveau
m CHAPITRE IV.
droit public consacré. « Dans l'espace de quatre mois, disait-il, l'Europe a vu avec surprise, mais sans s'émouvoir, des milliers de soldats de la révolution passer au milieu df s escadres de toutes les nalions maritimes, sur des bâtiments chargés d'armes et de munitions; les ports d'une Puissance amie du royaume des Deux-Siciles servir de refuge inviolable à ceux qui venaient envahir notre territoire ; le drapeau de la marine sarde protéger impunément la flotte et les bataillons du chef de la révolution, dont le gouvernement du roi de Sardaigne avait désapprouvé les actes en les qualifiant d'attentats et d'usurpalions.
« Cet exemple ne sera pas perdu, et en présence de la sanclion donnée par les événements à cette destruction des anciens droits et du droit public, tous les Etats indépendants doivent se sentir également menacés. Les conséquences ne se feront pas attendre et, en effet, bien que le renversement de la dynastie et du gouvernement des Deux-Siciles ne soit pas encore accompli tout à fait, les armées piémontaises, sans faire valoir aucun motif, sans autre prélexle que de venir en aide à la révolulion, envahissent déjà les Etats de l'Eglise. »
François II signalait particulièrement la lettre du général Fanti à Lamoricière comme la preuve la plus évidente de la suppression du droit des gens. Après avoir accompli, ajoulait-il, dans la mesure de ses forces , la difficile mission que lui avait confiée le sort, soit en combattant à la fois la révolulion in-
térieure et l'invasion extérieure, qui s'appuyaient l'une sur l'autre, son dernier devoir était de protester vis-à-vis de toutes les cours européennes, de constater la légitimité de sa cause, de signaler recueil contre lequel il faisait naufrage et où devaient échouer d'autres trônes. Il terminait enfin par un appel à l'opinion publique.
L'opinion publique, tout entière à ses aspirations vers l'unité, était hostile à François II, dont les ancêtres s'étaient isolés du mouvement général. Considérée en elle-même , à l'écart des intérêts communs, la cause était spécieuse; mais, si elle était condamnée au dehors, le jeune roi tenta de la gagner auprès des siens; dégagé alors des soucis et des exigences de l'extérieur, il retrouva une véritable éloquence. L'historien qui sait enregistrer tous les actes- serait accusé de faiblesse et de partialité s'il n'enregistrait pas celui-ci. La supériorité de la cause qu'il défend lui permet d'être juste vis-à-vis de ses adversaires.
« Je suis Napolitain, disait François II. Né parmi vous, je n'ai pas respiré un autre air, je n ai pas vu d'autres pays, je ne connais pas d'autre sol que le sol natal. Toutes mes affections sont dans le
royaume, vos coutumes sont mes coutumes, votre langue et vos ambitions sont les miennes. Héritier d'une antique dynastie qui, pendant de longues années, régna sur ces belles contrées, après en avoir reconstitué l'indépendance et l'autonomie, je ne viens pas, après avoir dépouillé les orphelins de leur patrimoine et l'Eglise de ses biens, m'emparer par la force étrangère de la plus délicieuse partie de l'Italie. Je suis un prince qui est vôtre, et qui a tout sacrifié à son désir de conserver parmi ses sujets, la paix, la concorde et la prospérité. Le monde entier l'a vu; pour ne point verser le sang, j'ai préféré risquer ma couronne.
« Les traîtres payés par l'ennemi étranger s'asseyaient dans mon conseil, à côté des fidèles serviteurs. Dans la sincérité de mon cœur, je ne pouvais croire à la trahison. Il m'en coûtait trop de punir, je souffrais d'ouvrir après tant de malheurs une ère de persécutions; c'est ainsi que la déloyauté' de quelques hommes et ma clémence ont facilité l'invasion qui s'est opérée d'abord par des aventuriers, puis a paralysé la fidélité de mes peuples et la valeur de mes soldats.
« En butte à de continuelles conspirations, je n'ai pas fait verser une goutte de sang, et l'on a accusé ma conduite de faiblesse. Si l'amour le plus tendre pour mes sujets, si la confiance naturelle de la jeunesse dans l'honnêteté d'autrui, si l'horreur instinctive du sang, méritent ce nom, oui certes,
j'ai été faible. Au moment où la ruine de mes ennemis était sûre, j'ai arrêté le bras de mes généraux pou* ne pas consommer la destruction de Païenne. J'ai préféré abandonner Naples, ma maison, ma capitale chérie, sans être cbassé par vous, pour ne pas l'exposer aux horreurs d'un bombardement, comme ceux qui ont eu lieu plus tard à Capoue et à Ancône. J'ai cru de bonne foi que le roi de Piémont, qui se disait mon frère et mon ami, protestait qu'il désapprouvait l'invasion de Garibaldi, et négociait avec mon gouvernement une alliance intime pour les vrais intérêts de l'Italie, n'aurait pas rompu tous les traités et violé toutes les lois pour envahir mes Etats, en pleine paix, sans motifs ni déclaration de guerre. Ce sont là mes torts ; je préfère mes infortunes aux triomphes de mes adversaires.
« J'avais donné une amnistie; j'avais ouvert les portes de la patrie à tous les exilés; j'avais accordé à mes peuples une constitution; je n'ai certes pas manqué à mes promesses. Je me préparais à garantir à la Sicile des institutions libres qui auraient consacré, avec un Parlement séparé, son indépendance administrative et économique, et écarté d'un seul coup tous les motifs de défiance et de mécontentement. J'avais appelé dans mes conseils les hommes qui me semblaient les plus acceptables pour l'opinion publique en ces circonstances, et, autant que l'a peimis l'incessante agression dont je suis victime, j'ai travaillé avec ardeur aux réformes,
au progrès et à la prospérité de notre commun pays.
« Ce ne sont pas les discordes intestines qui m'arrachent mon royaume, mais je suis vaincu par l'injustifiable invasion d'un ennemi étranger. Les Deux-Siciles, à l'exception de Gaëte et de Messine, ces derniers asiles de l'indépendance, se trouvent au\ mains du Piémont. Qu'a donc procuré aux peupies de Naples et de la Sicile cette révolution? Voyez la situation que présente le pays. Les finances, naguère si florissantes, sont complètement ruinées; l'administralion est un chaos; la sécurité individuelle n'existe pas. Les prisons sont pleines de suspects. Au lieu de la liberté, l'état de siège règne dans les provinces; un général étranger publie la loi martiale, décrète la fusillade instantanée pour tous ceux de mes sujets qui ne s'inclinent pas devant le drapeau de la Sardaigne. L'assassinat est récompensé. Le régicide obtient une apothéose; le respect du culte saint de nos pères est appelé fanatisme ; les promoteurs de la guerre civile, les trailres à leur pays reçoivent des pensions que paye le pacifique contribuable. L'anarchie est partout. Dos aventuriers étrangers ont mis la main sur tout pour satisfaire l'avidité ou les passions de leurs compagnons. Des hommes qui n'ont jamais vu celte partie de l'Italie, ou qui, dans une longue absence en ont oublié les besoins, constituent notre gouvernement. Au lieu des libres institutions que je vous avais
données et que je desirais développer, vous avez eu la dictature la plus effrénée, et la loi martiale remplace maintenant la constitution. Sous les coups de vos dominateurs disparaît l'antique monarchie de Roger et de Charles III ; les Deux-Siciles ont été déclarées provinces d'un royaume lointain; Naples et Palerme seront gouvernées par des préfets venus de Turin.
« Il y a un remède à ces maux et aux calamités plus grandes encore que je prévois : la concorde, la résolution, la foi dans l'avenir. Unissez-vous autour du trône de vos pères; que l'oubli couvre poui toujours les erreurs de tous; que le passé ne soit jamais un prétexte de vengeance, mais une leçon salutaire pour l'avenir. J'ai confiance dans la justice de la Providence, et quel que soit mon sort, je resterai fidèle à mes peuples, comme aux institutions que je leur ai accordées. Indépendance administrative et économique entre les Deux-Siciles, avec des Parlements séparés, amnistie complète pour tous les faits politiques, tel est mon programme. Hors de ces bases, il ne restera pour le pays que despotisme et anarchie.
« Défenseur de l'inicpendance de la patrie, je demeure et combats ici pour ne point abandonner un dépôt si saint et si cher. Si l'autorité retourne dans mes mains, ce sera pour proléger tous les droits, respecter toutes les propriétés, garantir les biens de mes sujets contre toute sorte d'oppression
el de pillage. Si la Providence, dans ses profonds desseins, permet que le boulevart de la mouarchie tombe sous les coups d'un ennemi étranger, je me retirerai avec la conscience sans reproche, avec une foi inébranlable, avec une résolution immuable el, en attendant l'heure de la justice, je ferai les vœux les plus fervents pour la prospérité de ma patrie, pour la félicité de ces peuples qui forment la plus grande et la plus chère portion de ma famille. »
Pour celui qui ne connaît plus rien au delà de la patrie, ce manifeste dut produire une impression profonde ; mais il n'en est pas de même pour celui qui s'élève à la conception désintérêts généraux de l'humanité. Si l'intérêt du royaume doit primer celui des provinces, l'intérêt du monde doit primer les intérêts du trône; le patriote est un égoïste aussi dangereux que l'individu quand il se détache du milieu commun. À mesure qu'on s'élève, les horizons deviennent plus vastes, le milieu dans lequel on est placé est d'autant mieux connu qu'il est agrandi. Le manifeste de François II, exact au point de vue de la patrie napolitaine, cesse de l'être au point de vue do la société; les peuples pardonnent difficilement à leurs administrateurs de les
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isoler de ce monde. Est-ce un tilre pour un gouvernant de n'avoir pas respiré un autre air que celui de ses sujets, de ne pas connaître d'autre sol que le sol natal , de ne vouloir chercher jamais d'amis que dans son entourage, et d'ignorer la langue et les ambitions des autres hommes ? Le citoyen moderne n'est pas le citoyen retranché des sociétés antiques; sa maison a des portes ouvertes pour ses inférieurs et des fenêtres ouvertes sur les horizons lointains. S'il est particulièrement accessible à ses amis, il ne ferme pas son seuil aux étrangers. Il ne cherche pas à faire prévaloir ses caprices; il consulte les intérêts généraux avant de consulter ses intérêts particuliers, et s'applique à concilier les uns et les autres dans le but de réaliser sa prospérité privée dans la prospérité commune; il jouit ainsi du bien-être de tous, et se glorifie de la gloire de la société..
La fin du manifeste attestait suffisamment que François II cherchait à exciter le mécontentement de ses peuples pour ressaisir, au milieu du conflit, l'autorité qui venait de lui échapper. Nous ne nous attacherons pas à démontrer combien celte politique était contraire à ses véritables intérêts. Dans les moments de trouble les esprits hésitants se rallient aux seuls pouvoirs restés debout, et leur confient toutes leurs destinées. Désireux de ne pas retomber dans les crises passées, ils chargent des hommes nouveaux de leur préparer la paix dans lo présent et la prospérité dans l'avenir.
Ce n'était pas, après tout, l'invasion piémoutaise qui avait créé les difficultés du pays; c'était la révolte intérieure, puisque les États napolitains acceptèrent sans combat 'le nouvel ordre de choses. Garibaldi seul, sans entourage, aurait-il pris possession de la capitale, si l'immense majorité de la population ne s'était pronoucée en sa faveur? Fallait-il attendre les réactions, et les soulîrances qui suivent tous les changements de gouvernement? L'expérience et l'histoire n'avaient elles pas appris qu'un pays sans administration énergique est ouvert à toutes les tentatives des ennemis? Il était donc nécessaire et profitable qu'uue Puissance nationale prit la direction du royaume, et le mit en contact avec toutes les autres nationalités italiennes. La cause de l'humanité y gagnait si la naine devait en souffrir.
Elle eut à souffrir toutefois, car il n'y a pas de croissance rapide sans .maladie. Tous les partis se disputaient le pouvoir, Garibaldi se sentait débordé. Mazzini était à Naples, espérant encore, malgré ses protestations, substituer sa république idéale et mystique à la hiérarchie gouvernementale. Les patrioles semblaient peu disposés à se livrer aux Piémontais, qu'ils ne considéraient pas comme Italiens ; les légi-
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timistes, divisés en trois ou quatre camps, contribuaient à exciter les esprits. A l'arrivée de Victor- Emmanuel dans la capitale des Deux-Siciles, on ne se mit d'accord que parce qu'il surgissait une force plus considérable et un programme mieux défini. Le roi d'Italie représentait l'ordre et l'unité, il paraissait en mesure de faire face à toutes les tempêtes. Les ambitions égoïstes se jetèrent à ses pieds afin d'obtenir une part dans le gouvernement; il ne reçut pas moins de cinquante mille pétitions, tendant à obtenir des places ou des récompenses.
Garibaldi s'était retiré à Caprera, laissant son armée de volonlaires dans un tel état de mécontentement qu'il fallut suspendre la démolition des forts pour la tenir en respect. Les soldats royaux, dans leur lutte ou leur retraite, avaient semé les armes et les munitions partout. Le baut clergé était hostile, les ambitions déçues se plaignaient, les Puissances étrangères menaçaient, l'agriculture et l'industrie en souffrance laissaient inoccupés des bras qui ramassaient les armes pour les employer au brigandage. Il fallait non-seulement faire face à toutes ces difficultés, mais procéder à l'assimilation des Dcux- Siciles. M. Farini, qui s'était signalé lors de l'annexion de l'Italie centrale, fut nommé lieutenant du royaume en Sicile ; on l'assista d'un conseil de régence, dont MM. Mancini et Carraciola faisaient partie sans être chargés d'altiibu lions spéciales. Les anciens miuistères furent remaniés et placés sous
les ordres de directeurs. L'intérieur était confié à M. Vinlimiglia, l'instruction publique an chimiste Piria, l'agriculture et le commerce à M. Vicenzi, les travaux publics à M. d'Afïlitto. Le choix n'était pas de nature à satisfaire les Napolitains, car ces administrateurs étaient étrangers ou depuis longtemps en exil ; mais on ne savait à qui se fier, et la direction politique devait appartenir provisoirement aux hommes de l'Italie septentrionale.
Un décret avait reparti la marine en trois divisions comprenant, Tune le littoral de l'Adriatique, avec Ancône pour centre; l'autre,, le littoral de la Sardaigne, du Piémont et de la Toscane, avec Gênes pour centre; la troisième enfin, s'étendait sur toutes les autres côtes de la Péninsule et comprenait môme la Sicile. Celte dernière division, qui avait Naples pour chef-lieu, était la plus importante; elle fut donnée à l'amiral Persano, qui reçut en même temps le titre de ministre de la marine pour les Deux-Sicilcs.
A Palerme, on avait nommé MM. Lafarina et Cordova à la direction des affaires; il fallait être bien pressé pour choisir deux personnages que leur hostilité contre Garibaldi avait rendus impopulaires. Le gouvernement d'ailleurs n'était que provisoire, et Victor-Emmanuel le savait si bien qu'il restait à Naples dans l'attente d'une organisation militaire.
On commençait alors à souffrir du brigandage qui couvrait ses- violences du prétexte de la politique.
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Un colonel Lagrangc avait réuni des paysans et les soldats dispersés; il mettait le pays à contribution et prétendait n agir que dans l'intérêt de François II* La campagne était d'autant plus facile à tenir, qu'en cas d'attaque sérieuse on pouvait se replier derrière la frontière des Étals Romains. Les succès du colonel Lagrange lui valurent de nombreux imitateurs.
Gaële, où s'était retranché François II, peut être considérée comme une des plus fortes places de l'Italie, et la plus forte des États napolitains. C'est un port situé sur la mer Tyrrhénienne, à quelque distance au sud de Terracine et de la frontière méridionale des États Romains. Ses remparts sont laillés dans le roc, qui l'entoure de tous côtés sur un rayon assez étendu pour rendre impraticables, ou du moins très -pénibles, les tranchées d'approche. Grâce à celte assise, la ville peut soutenir un long siège du côté de la terre. Elle est protégée du côté de la mer par des batteries rasantes qui ne s'élèvent qu'à fleur d'eau, et, comme la marée méditerranéenne est presque nulle, ces batteries ne sont jamais à découvert.
Ferdinand II, frappé des avantages de celte si*
tuation, avait apporté tous ses soins à fortifier la place. On y avait fait construire de nombreuses casemates; les poudrières et les magasins étaient à l'abri des bombes, et le matériel de guerre ainsi que les munitions y étaient très-considérables.
Le lecteur se souvient que ce fut dans cette dernière place que se réfugia le pape Pic IX lors de la révolution de Rome en 1849. François II espérait que, comme le Souverain Pontife, il pourrait y attendre la réaction qui devait lui rendre ses Etats. Il s'y élait donc installé avec sa femme, fille du roi de Bavière, ses principaux généraux et les ministres des Puissances étrangères qui le considéraient comme roi légitime; c'étaient les ambassadeurs d'Autriche, de Portugal et de Saxe. Un certain nombre de volontaires, appartenant aux familles légitimistes, étaient venus lui offrir leur concours.
C'était le général Cialdini qui s'était chargé du siège; mais il en avait confié la direction au général d'artillerie Manebrea. Les tranchées, comme on le prévoyait, furent bien difficiles à pratiquer. On dut tourner le mont Conca, pour aboutir de chaque côté aux positions de Sainte-Agathe et de Mont Secco. d'où l'on pouvait ouvrir le feu sur la place.
Il y eut de la part des Napolitains plusieurs sorties infructueuses et sanglantes. A celle d'Intro, notamment, ils perdirent seize cents prisonniers. Les batteries taillées dans le roc par les Piémonlais étaient inaccessibles. La division régnait d'ailleurs
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parmi les officiers supérieurs de Gaëte; plusieurs avaient donné leur démission ; c'étaient les généraux Salzano, Barbalonga, Palizzi et Colonna; ce dernier déclara même que s'il n'était pas congédié, il passerait avec ses troupes du côté des patriotes. Ce seul fait témoignait assez que l'idée de l'unité italienne triomphait même à Gaëte.
Le blocus fut établi du côté de la terre, et, comme la mer était activement surveillée par la flotte, il devint effectif en ce qui concernait au moins les opérations militaires. L'amiral Le Barbier de Tinan ne prétendait pas que son intervention allât jusqu'à favoriser la résistance.
Au mois de novembre, l'amiral français fit savoir à François II que si la résistance se prolongeait, il quitterait le port de Gaëte. Il proposa de servir d'intermédiaire entre les assiégeants et les assiégés pour la conclusion d'un armistice. Sa demande fut accueillie dans les deux camps, car il invoquait la nécessité de cesser le feu pour traiter. Mais le roi n'entendait la trêve que comme un délai de plus.
Le 19 décembre, cet armistice fut violé du côlé de Gaëte. On prétendait de part et d'autre que les conventions n'avaient pas été rigoureusement observées. L'amiral Le Barbier de Tinan comprenant que sa médiation devenait impuissante, et qu'une plus longue intervention l'exposerait à prendre parti pour les uns ou pour les autres, ne voulut pas ac-
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ccpter le rôle de juge dans le procès et éloigna son escadre, à la grande surprise de François II.
A Naples, malgré la présence de Victor-Emmanuel, on parvenait difficilement à s'entendre. M. Farini, qui jusque-là avait fait preuve des plus belles qualités administratives, semblait épouvanté de la grandeur et des difficultés de sa mission ; il manquait d'initiative. Son rapport au roi, quand il prit la direction des affaires, attesta de sa perplexité. 11 y témoignait des intentions excellentes, mais générales et vagues, sans proposer aucune solution efficace. Toute son œuvre se résuma dans la préparation des prochaines élections au grand Parlement italien. Il semblait attendre de la future Assemblée l'énergie qu'il devait déployer lui-même. Au lieu de concentrer l'administration, ce qu'on doit toujours faire dans les moments de trouble, il l'éparpillail pour satisfaire un plus grand nombre d'ambitions. Les comités consultatifs, qui auraient dû se fondre en un conseil d'État, se multipliaient de plus en plus. Chacun prétendait tenir le gouvernail. Il no sortit de ce chaos que des mesures insignifiantes, la création de quelques écoles gratuites, de quelques caisses d'épargne et de quelques salles d'asile.
Comme on n'apercevait pas le pouvoir, les partis redoublaient d'audace. Les uns criaient Vive Mazzinil les autres]Fwe Garibaldi! d'autres Vive François H! Viva il sangue di Christol Vive l'Immaculée Conception! A bas Farini! A bas les ministres t A bas le fort Saint-Elme! Chaque jour donnait le spectacle d'une nouvelle manifestation, plus bruyante au fond que dangereuse, mais qui témoignait que les Napolitains semblaient être non pas en révolution mais en camp. val. Le nom seul du roi d'Italie était rarement proféré; il y avait donc, au fond de toutes ees turbulences, un respect réel de l'autorité.
Bientôt Farini submergé renonça à lutter contre le torrent; il prétexta une maladie pour donner sa démission. Sa politique s'était bornée à des changements de ministère. M. d'Afflitto avait remplacé M. Ventimiglia à l'intérieur; M. Vicenti, déjà directeur de l'agriculture, ce qui pour le moment était une sinécure, prit la direction des travaux publics, auxquels on ne songeait guère. On avait créé un ministère des affaires étrangères pour le marquis Villamarina, et l'on se demandait comment ce ministère pouvait s'entendre avec celui de Turin pour la solution des difficultés extérieures; mais le roi étant à Naples, M. Villamarina pouvait être considéré comme son représentant provisoire vis-à-vis des Puissances.
Somme toute, M. Farini avait voulu accomplir son devoir dans les limites les plus rigoureuses. 11
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ne songeait pas qu'au lendemain d'une révolution on ne peut différer les mesures immédiates. Habile et exercé en ce qui concerne les évolutions régulières, il avait perdu la tète au milieu du désordre. On ne doit pas moins lui savoir gré de la loyauté de ses intentions et de la libéralité dû ses doctrines; il restera toujours un des hommes d'État les plus éminenls de l'Italie.
Il fut remplacé au commencement de Tannée 1861 parle prince deCarignan, qu'assistait le chevalier Nigra, ancien ambassadeur de Victor-Emmanuel à Paris. Le prince de Carignan était nommé lieutenant-général du royaume des Deux-Siciles. Liborio Romano était chargé de l'intérieur et de . l'agriculture, Spaventa de la police, Mancini des affaires ecclésiastiques, La Terza des finances, Imbriani de l'instruction publique, Oberty des travaux publics et Àvossa de la justice. Ce nouveau ministère devait encore déplaire aux Napolitains.
En Sicile, Victor-Emmanuel remplaça La Farina et Cordova par M. Monlezemolo. Le roi vint luimême à Païenne, mais il n'y resta que trois jours, laissant deux cent mille francs de sa cassette pour l'instruction publique. C'était le moment où l'on se préparait à célébrer les fêles de l'Immaculée Conception. Victor-Emmanuel ne voulait pas assister aux cérémonies.
Le siège traînait en longueur à Gaëte. Malgré le départ de l'amiral Le Barbier de Tinan, il était impossible d'approcher du côté de la mer à cause des batteries rasantes. On fit néanmoins quelques tentatives, mais sans succès. La plus brillante fut exécutée par la frégate Garibaldi, sous les ordres du commandant d'Amico : cette frégate s'approcha des forts à portée de canon et les cribla de bombes ; mais les dégâts furent insignifiants.
Au commencement de Tannée 1861, quand François II était bloqué à Gaëte, on organisait sur le territoire romain une série de représailles contre les Piémontais. Le général de Sonnaz ordonna d'occuper le couvent de Casamari, qui se trouvait de l'autre côté de la frontière, et fit main basse sur plusieurs agents. Le cardinal Anlonelli ne réclama pas contre celte invasion, cardes prêtres se trouvaient mêlés aux conspirateurs. A la fin de janvier, les tranchées atteignaient Borgo di Gaëla, à quatre cents mètres de la place. Dans les premiers jours de février, l'artillerie destinée à ouvrir la brèche commença le feu. Les canons rayés des Piémontais portaient plus loin et plus juste que l'artillerie de la placei Ils exercèrent do grands ravages. Le 8 février
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une courtine sauta. Les assiégés, qui avaient obtenu un second armistice au mois de décembre, en demandèrent un troisième. Ils commençaient à souffrir de la disette et du blocus. L'armistice fut accordé d'abord par Cialdini,puis retiré presque aussitôt quand on apprit que les Napolitains profitaient de la trêve pour réparer la brèche. Le ministre de François II protesta contre ce refus, mais la canonnade n'en continua pas moins. Plusieurs casemates furent enfoncées, deux batteries complètement démantelées, le peu de constructions qui pouvaient servir de point de mire étaient en ruines. Le roi et la reine de Naples visitaient les blessés et supportaient avec courage les fatigues du siège; ils étaient réduits aux dernières privations. La jeune reine surtout semblait prendre plaisir à son rôle, et elle aurait été vraiment admirable d énergie, si elle n'avait choisi pour le jouer des costumes excentriques. Mais il était impossible de tenir davantage. On demanda un armistice pour traiter; Gialdini refusa, prétendant que les négociations pouvaient se faire pendant le bombardement.
Il fallait passer par toutes ces conditions. Une commission mixte, composée d'un nombre égal d officiers supérieurs des deux camps, délibéra sur les conditions de la reddition. Après de nombreux pourparlers, il fut convenu que François II s'embarquerait sur un bâtiment français, la Mouette, alors en rade de Naples, et qu'il pourrait se retirer où il
le désirerait; il choisit Rome, où il était assuré de trouver un accueil favorable en retour de l'hospitalité accordée jadis au Pape à Gaële. .
François II avait prétendu d'abord se faire suivre à Rome de toute sa garnison avec armes et bagages ; mais une telle demande ne pouvait être accueillie, on lui permit seulement de partir avec les généraux Riedmatten, Schuhmacher et Bosco.
Tout le reste de l'armée napolitaine était considérée comme prisonnière de guerre ; elle se composait de onze mille nommés et de vingt-cinq généraux, qui furent en effet privés de la liberté jusqu'à la reddition de Messine et de Givita del Tronto.
La résistance de Gaëte avait été très-énergique et très-honorable; mais il faut regretter qu'il y ait eu tant de sang versé et tant de munitions dépensées en pure perte. Gaële avait vu toutes ses provisions de guerre et de bouche disparaître en quelques jours ; il y eut plus de deux cent cinquante mille quintaux de poudre brûlés de part et d'autre. On trouva dans la place huit cents canons et soixante mille fusils. La plupart des constructions élevées par le génie étaient en bon état, mais tout ce qu'avait pu atteindre le tir de l'artillerie piémontaise se trouvait en ruine.
Plusieurs Italiens se réunirent pour offrir une couronne civique àGialdini, qui en définitive avait eu la plus grande part dans la conduite de cette affaire; mais il eut le bon goût de refuser l'ovation. Il
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déclara qu'on ne devait point donner de récompense à des triomphes remportés sur des Italiens, et que glorifier de telles victoires n'aboutissait qu'à encourager des luttes fratricides. Cialdini témoignait ainsi de la noblesse de son caractère et delà générosité de ses actes ; son nom doit figurer assurément parmi ceux des généraux les plus remarquables de notre siècle.
La reddition des places encore occupées par les partisans de François II ne tarda pas à s'effectuer, et il fallut remettre les prisonniers de guerre en liberté. Ils durent s'engager par serment à ne pas porteries armes pendant un an en Italie. Quelquesuns, mais en petit nombre, prirent du service dans l'armée italienne.
La chute de Gaëte était le dernier acte officiel de la révolution italienne dans les Etats napolitains ; mais à la guerre ouverte devait désormais faire place une guerre sourde, d autant plus redoutable qu'elle devait disperser dans tout le pays les forces des deux partis. Les préoccupations politiques, les troubles et la révolution avaient atteint le peuple dans sa prospérité ; la souffrance était générale et le brigandage se réveillait sur tous les points.
L'occasion était favorable pour montrer que Tad-
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ministration piémontaise ne pacifierait pas le pays. On savait d'ailleurs que l'Eglise, servant de refuge contre les poursuites et d'asile aux les aventuriers de tous pays , prétendait exploiter la situation à son profit. 11 est hors de doute que si quelques partisans de François II prirent une part effective aux soulèvements des Àbruzzes, ils trouvèrent tous les mécontents déjà réunis et n'eurent qu'à les organiser. L'opinion publique a néanmoins exagéré l'influence des légitimistes dans ces circonstances, car la restauration de François II fut plus souvent le prétexte que la cause des troubles.
11 importe cependant de signaler les manœuvres du parti bourbonien. Le 12 janvier, il se produisit une sorte d'émeute dans les rues de Naples. Des bandes de lazzaroni avaient poussé les cris de Vice François II! La police fit une enquête à la suite de laquelle plusieurs anciens généraux furent arrêtés. L'un d'eux, qui revenait de Gaëte, Barbalonga, avait été trouvé possesseur de trois cent mille ducats ; cependant on ne put établir sa culpabilité.
Dans certaines campagnes, l'esprit des populations était hostile aux Piémonlais et à leurs partisans. A San-Severo, dans la Gapitanate, un jeune homme fut massacré par la population pour avoir voulu calmer une émeute. A Civilella del Tronto, lieu escarpé et presque inaccessible, il se forma une réunion de conspirateurs sous les ordres d'un certain (jiovine qui prenait le titre de général et semblait
uigui,
envier la gloire du colonel Lagrange. Ce Giovine tenait la campagne avec deux cents carabiniers. 11 lui était d'autant plus facile de se livrer à tous les excès qu'il avait des partisans dans les villages et prenait le parti des mécontents. La retraite qu'il avait choisie était située sur un rocher escarpé où il était impossible de l'atteindre.
Le comte de Trapani, qui se trouvait à Frosinone, ne dissimulait pas la part qu'il prenait à ces agitations. 11 expédiait successivement dans les Abruzzes tous les soldats de l'ancienne armée napolitaine en leur donnant des mots d'ordre et en leur distribuant de l'argent. A la fin de janvier, un nouveau chef de bande, portant également le titre de général, exerçait ses ravages sur toute la frontière des Etats ponlificaux. Les couvents devinrent dès lors autant de quartiers généraux où se réunissaient les perturbateurs, et comme le gouvernement d'Antonelli fermait les yeux, avec indulgence peut-être, sur ces réunions, on ne tarda pas à l'accuser d'en être le principal instigateur. 11 est certain que dans beaucoup de cercles romains on se félicitait des difficultés que le brigandage créait aux Piémonlais, et l'esprit de parti, faisant taire les sentiments d'humanité, on considérait les crimes commis dans les Abruzzes comme un dédommagement des victoires remportées par la révolution.
Quand François II fut à Rome, le brigandage piil des proportions plus considérables que jamais.