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dans une église, on y plaçait son image et on la promenait dans les rues. Liborio Romano fut ensuite le plus favorisé par les Napolitains. En Sicile, les membres du gouvernement La Farina et Cordova se virent nommés.
Ce résultat n'eût pas été obtenu dans les provinces méridionales, si Pélection avait été constituée sur la base du suffrage universel ; mais il fallait pour être électeur payer un cens de 40 lires. Il en résulta que, malgré les agitations des masses et l'exaltation politique, ce fut le parti conservateur qui l'emporta. On en fil un crime au gouvernement ; mais l'historien plus équitable doit considérer ce résultat comme un de ceux qui devaient contribuer le plus efficacement au maintien de l'ordre et à la constitution de l'unité.
A côté de l'Assemblée législative, la constitution qui était toujours celle du Piémont reconnaissait un Sénat. Grâce à l'extension du royaume, il fallait nommer de nouveaux membres et remanier également ce corps de l'Etat. On nomma donc Ruggiero Seltimo, Michel Arnari, le général Desauget, Trivalzio Pallavicino et plusieurs autres personnages. La présidence honoraire fut décernée à Ruggiero Settimo, ancien président de la république sicilienne en 1848, et descendant des anciens rois de Sicile. Ruggiero Seltimo, alors aux dernières limites de l'âge, résidait à Malle et ne pouvait supporter la fatigue du voyage, mais sa nomination produisit un excellent effet.
Les Chambres s'ouvrirent le 18 février. Le discours de Victor-Emmanuel ne répondit pas aux espérances que les patriotes fondaient sur une action énergique à l'extérieur. Le roi ne toucha pas un mot des questions de Rome et de la Vénétie; il insista au contraire sur la nécessité de ne pas compromettre la cause italienne. Le danger, en effet, n'était pas au dehors, mais bien au dedans, car les patriotes se fondaient sur la parole de Garibaldi qui avait promis la guerre pour le printemps.' Victor-Emmanuel essaya de faire valoir la nécessité d'organiser l'armée et l'administration. Il était certain qu'en cas d'attaque contre l'Autriche, le gouvernement n'aurait pu soutenir la guerre, et qu'un mouvement offensif des volontaires, soit sur Rome, soit sur Venise, aurait isolé l'Italie et tout remis en question. Les partis extrêmes ne témoignèrent cependant aucun mécontentement; ils ne virent dans les recommandations du discours que des précautions oratoires destinées à tromper l'Europe. Les événements qui suivirent devaient montrer combien ces appréciations étaient fausses.
M. de Cavour voulut donner des garanties à la concorde en faisant nommer M. Urbain Ratazzi à la présidence de la Chambre. En investissant ainsi son adversaire politique de la dignité présidentielle, il écartait les ferments de dissolution qui pouvaient surgir entre les partisans de M. Ratazzi et les siens.
La première délibération du Sénat fut assez bit v. lo
zarre. Il s'agissait de savoir si l'on proclamerait Victor-Emmanuel roi d'Italie, sous le nom de Victor- Emmanuel I er ou de Victor-Emmanuel II. C'était discuter sur des futilités. La majorité désirait qu'à l'exemple du premier roi des Deux-Siciles, Victor- Emmanuel abdiquât les litres qui le rattachaient à la dynastie piémontaise pour inaugurer une nouvelle dynastie italienne; mais le roi ne voulut point souscrire à ces exigences. Il voulut conserver son nom, et le Sénat le proclama sous le nom de Victor- Emmanuel II, roi. d'Italie.
A la Chambre des députés, les premières séances furent consacrées à la vérification des mandats. Ces préliminaires, assez longs d'ordinaire dans les assemblées nouvellement constituées, le furent davantage dans celle-ci, car les listes avaient été dressées avec précipitation. Plusieurs élections furent invalidées, et l'on constata qu'il fallait un nouveau vole pour que Bertani, Guerrazzi et Montanelli pussent siéger à la Chambre.
Le ministre de l'intérieur. M. Minghetti, proposa alors quatre projets de loi pour créer un systèmo d'administration par régions. Il voulait que l'administration Se modifiât suivant les anciens gouverne-
mcnts. Mais la Chambre était d'avis que l'administration, comme l'autorité jnililaire, devait être uniforme pour tout le pays, car tout pouvoir naissant voit dans l'unité la base de sa stabilité. L'introduction d'administrations de différentes natures tend à produire une division inoffensive pour les pays qui sont fortement constitués , mais dangereuse pour ceux où il s'agit de couper court à toutes les rivalités provinciales. Celait au fond favoriser la créalion d'autant de nationalités qu'il y aurait d'administrations différentes.
L'opposition se manifesta lors de la ratification du projet de loi qui accordait à Victor-Emmanuel le titre de roi d'Italie. M. Ricciardi prétendit qu'il • n'y avait pas d'Italie, tant que Rome et Venise ne seraient pas libres. Il ne voulait pas comprendre que nier l'unité italienne équivalait à saper la base même de cette unité. Si l'Italie ne s'était pas théoriquement affirmée, serait-elle parvenue au point où elle est aujourd'hui? La Chambre ne tint pas compte des protestations de M. Ricciardi et confirma le vote du Sénat.
Là nouvelle licutenance du prince de Carignan à Naples surgissait dans des circonstances trop dilB-
ci les pour qu'elle fût accueillie avec la faveur quelle méritait. On se défiait de M. Nigra qui accompagnait le prince. M. Nigra avait été ambassadeur à Paris, et on en concluait qu'il apportait la politique de Napoléon III. Dans le but de rétablir l'influence gouvernementale, on nomma un nouveau conseil de lieutenance , composé presque exclusivement de Napolitains, avec M. Liborio Romano pour président. On devait s'apercevoir, mais un peu tard, que M. Liborio Romano était plus ambitieux encore que politique, et que son principal mobile était un désir excessif de popularité. C'était à celle ambition personnelle que s'était accrochée l'autorité pendant la révolution napolitaine, et M. Liborio Romano qui s'était emparé du pouvoir le garda avec un soin jaloux jusqu'à l'arrivée de Garibaldi.
M. Liborio Romano venait d'être nommé dépulé par six collèges; il pouvait donc se croire un personnage gouvernemental, et son plus vif désir fut d'annuler l'autorité du chevalier Nigra. Il écoula les plaintes, justes d'ailleurs, formulées par les Napolitains contre l'ancienne administration qui avait donné les places à des étrangers ou à des hommes depuis longtemps exilés du pays. M. Liborio Romano favorisa l'élément napolitain; il restitua les grades aux militaires que le gouvernement des Bourbons avait cassés, et nomma les indigènes à une grande quantité d'emplois qui n'avaient aucune raison d'èlre, mais qui obéraient le trésor public.
Comme il était vivement blâmé par MM. Nigra et de Cavour, il voulut tenir tète et se jela dans les actes les plus étranges. Il ouvrit des souscriptions de pain et d'huile pour le peuple, et créa des gardes nationales dans tous les villages comme s'il eût voulu se constituer une armée. Ces abus devaient avoir leur terme; quelques jours après la chute de Gaëlc, une ordonnance royale de Turin vint suspendre les pleins pouvoirs qui avaient été accordés jusque-là au président du conseil de lieutenance à Naplcs. Après quelques jours d'efforts pour faire prévaloir son autorité, M. Liborio Romano recourut aux moyens extrêmes; il fit mutiner en sa faveur les ouvriers du port, mais cette mutinerie, ayant été réprimée par la force, le président du conseil de lieutenance donna sa démission (12 mars 1861).
Il signala sa retraite dans des proclamations au public qui étaient autant d accusations contre ses collègues; s'il ne réussit pas à remonter au pouvoir, il eut du moins la satisfaction d'entraîner le conseil de lieutenance da s sa chute, car la plupart des membres donnèrent leur démission.
Ces événements devaient déterminer une nouvelle révolution de la politique de M. de Cavour. On avait écarté les interpellations relatives aux affaires napolitaines; le président du conseil déclara devant la Chambre que les membres de la lieutenance ayant donné leur démission, il devenait nécessaire de régulariser l'action administrative en la