‹ Histoire de l'Italie 1789-1863Chapitre 24 sur 32 · VII · texte numérisé non relu

VII

« Voici, dit le président du conseil, la politique du ministère : Nous avons fait entendre à tous quel est notre but final, il n'y a pas d'ambiguïtés, pas d'obscurité là dessus. La question italienne ne sera pas terminée tant que l'indépendance ne s'étendra pas à toute la Péninsule, tant que les ques-

tions de Venise et de Rome ne seront pas complé* temenl résolues.

« Mais nous avons dit aussi que la question de Rome devait être résolue pacifiquement et sans hostilités avec la France. Quant à la situation de Venise, elle est incompatible avec une paix stable; mais nous avons dit que nous ne devions pas allumer une guerre européenne.

« Je comprends bien qu'il y ait une autre politique consistant à dire que nous sommes en élat de guerre, que ce repos n'est qu'une trêve tacite de part et d'autre, qu'il faut pourvoir dans ce sens. C'est un autre système, les voilà tous deux en présence. Or nous croyons que le premier est le seul qu'il convienne à la nation de suivre, parce qu'il continue la politique que prit l'Italie à Novare, et la porta à vingt-deux millions de citoyens, et qui la conduira au but que nous voulons tous, sans exception.

« Si vous songez à ce que le général Rixio vous a dit de l'opinion de l'Europe, car c'est l'opinion de l'Europe qu'il a pu entendre à Paris de divers côtés, vous serez de mon avis. Certes, j'ai confiance dans les ressources et l'énergie de notre pays; mais une étincelle partie d'ici peut mettre le feu à l'Europe, une imprudence peut tourner contre uous des Puissances qui pourraient dans le cas contraire nous ap^ porter le plus grand secours... L'Angleterre, dont on m'accuse d'être l'ennemi, nous dit : Malheur aux

provocateurs! et son influence morale serait contre eux. Or si celte influence est considérable en temps de paix, elle pourrait s'exprimer de toutes sortes de façons en temps de guerre avec les deux fortes flottes de Malte et de Corfou.

« Je ne parle pas de l'Allemagne et de la Russie. Disons pourtant que l'opinion des gouvernements est incertaine, en Allemagne surtout, mais qu'une provocation de notre part déciderait la question contre nous. Je demande s'il faut suivre une politique propre à former une coalition contre l'Italie. Ce serait fatal.

« Voilà ce que nous disons : si c'est une erreur, qu'on le démontre en décidant pour l'une ou l'autre politique. Si, comme le veut le général Garibaldi, vous déclarez qu'il faut mettre les cadres en activité, les armer, les garnir de soldats, je dis qu'en cela vous entrerez dans une voie qui n'est pas la nôtre. Notre désir de concorde ressort de tout ce qui s'est passé dans cette discussion; mais il est impossible au ministère de ne pas accepter l'ordre du jour Ricasoli. Cet ordre du jour approuve la formation des volontaires en corps d'armée; le décret du il avril, qu'il appuie, donne au ministère la facilité de partager les officiers de l'armée méridionale en officiers en service actif et en officiers en disponibilité. Ainsi il y en aura en activité réelle sous les ordres des généraux de l'armée occupés dans les dépôts en attendant un commandement effectif.

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S'il convient qn'un grand nombre d'officiers soient ainsi employés pour qu'ils n'oublient pas leur métier et ne se rouillent pas dans l'oisiveté, j'admets parfaitement qu'un très-grand nombre d'entr'eux soient reçus dans les cadres aux termes du décret; mais nous ne voulons pas de corps de volontaires en activité réelle. Nous voulons conserver les cadres pour le besoin, montrer la sympathie et la reconnaissance du pays envers ces officiers, les préparer à faire leur devoir, lorsqu'il le faudra, avec l'ardeur qui les dislingue et les connaissances qu'ils auront acquises dans les dépôts. Voilà en quoi l'ordre du jour Ricasoli est parfaitement acceptable par tous.

« Il est admissible d'ailleurs q'ue la deuxième politique puisse réussir, quoique bien périlleuse; mais il faut se décider, toute tergiversation serait fatale. L'Europe, l'Angleterre surtout» nous pardonneront peut-être une folie, mais non une tromperie, un mensonge.

« Si la Chambre accepte la politique du ministère, qu'elle vole l'ordre du jour! Si elle veut modifier celte politique, qu'elle le dise, nous respecterons cet arrêt. En cessant de siéger au ministère, nous combattrons l'autre politique jusqu'à ce qu'elle entre en application ; mais, à ce moment, nous en serous les aides, les soldats les plus ardents, et ce que nous traitons aujourd'hui de témérité nous rappellerons une politique généreuse. Quoi que la Chambre décide, celle discussion aura porlé d'heureux fruits;

elle aura diminué la distance qui nous sépare. Si elle ne nous a pas rapproches entièrement, elle aura fait connaître au pays et à l'Europe quelle politique veut la majorité parlementaire. »

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