‹ Histoire de l'Italie 1789-1863Chapitre 25 sur 32 · VII · texte numérisé non relu

VII

Ce discours était loyal et sincère. Il devait servir désormais de ligne de conduite à l'Italie, car il signalait à la fois les dangers de la situation et les moyens de les éviter. Garibaldi déclara qu'il ne se souciait en aucune façon de la politique de M. de Cavour; il se bornait à demander des explications sur l'armement de la nation. Là, prétendait-il, était la seule chose eflicacc, le reste n'avait aucune valeur. On aurait pu lui répondre qu'il y avait présomption à poursuivre isolément une entreprise à laquelle les forces militaires de la France unies à toutes celles de l'Italie avaient renoncé. M. de Cavour se contenta de fournir des explications ; Garibaldi déclara qu'il n'était pas satisfait. La Chambre passa au vote, Garibaldi s'abstint; mais la majorité fut pour le ministère; elle permit pourtant au député Mellana de se signaler par une protestation intempestive contre sa décision.

Garibaldi voulut prendre sa revanche dans la session suivante ; il savait le général Fanti impo-

CIIAPITHK V.

pulalre el résolut de l'attaquer. Il croyait, disait-il, à l'innocence de M. de Cavour, mais non pas à celle du minisire de la guerre. Le général Fanti, peu exercé à la discussion, ne se renfermait pas dans les limites parlementaires, et avait déjà déterminé par des paroles un peu trop vives la démission des quatre lieutenants de .Garibaldi. Il fallut que la Chambre se prononçât. Le général Fanti fut maintenu à la majorité de cent dix-sept voix ; mais, grâce à l'intervention de M. de Cavour, la démission des quatre généraux de l'armée garibaldienne fut retirée.

Cette séance eut en Europe un grand retentissement, tant à cause de la véhémence des discussions que des conséquences politiques qui devaient en résulter. Le vote de la majorité fut d'autant plus heureux que l'on pouvait craindre de voir l'Italie s'aliéner l'Europe entière par ses violences. Les patriotes ne songeaient point qu'en s'isolant des Puissances amies, ils s'isolaient du reste du monde; ils semblaient honteux d'être à la tète des affaires de leur pays avec le consentement des autres nations et paraissaient regretter de n'être plus martyrs. Il est difficile en effet de dépouiller le vieil homme

des sympathies ou des antipathies dont il se plait à obscurcir sa raison. Les membres extrêmes de la majorité, ne tenant pas compte de ces faiblesses, montrèrent plus d'irritation qu'il ne convenait à leur dignité, et le général Cialdini, emporté par son impétuosité, se chargea de faire la leçon à Garibaldi. Il lui adressa donc une lettre dans laquelle, sous prétexte de lui dire ses vérités, il l'attaqua sans mesure, mêlant des querelles de détail aux accusations les plus graves. « J'ai toujours applaudi à vos triomphes, dit-il, j'ai admiré votre puissante initiative militaire, j'ai toujours témoigné partout de ma très-haute estime pour vous, je me suis déclaré incapable d'essayer ce que vous avez si habilement accompli à Marsala. Ma confiance en vous était telle que lorsque Sirtori prononça de funestes paroles dans le Parlement, j'étais sûr que vous sentiriez le besoin et que vous trouveriez la manière de les démentir. Lorsque j'appris votre arrivée à Turin, j'ai cru que c'était pour cela. Votre réponse aux adresses des ouvriers m'a très-péniblement, maiscomplèlementdésabusé.Vous n'êtes pasThomme que je croyais, vous n'êtes pas l'homme que j'aimais. L'affection qui me liait à vous a disparu avec l'enchantement; je ne suis plus votre ami, et franchement, ouvertement, je passe dans les rangs de vos adversaires politiques. Vous osez vous mettre au niveau du roi, dont vous parlez avec la familiarité affectée d'un camarade; vous entendez vous placer

au-dessus des usages en vous présentant à la Chambre dans un costume très-étrange; au-dessus du gouvernement, en appelant traîtres les ministres parce qu'ils ne vous sont point dévoués; au-dessus du Parlement, en couvrant d'injures les députés parce qu'ils ne pensent pas comme vous; au-dessus du pays en le voulant pousser où et comme il vous plaît. Il y a des hommes qui ne sont pas disposés à supporter tout cela, et je suis avec eux; ennemi de toute tyrannie, je combattrai à outrance même la vôtre. Je connais les ordres que vous et les vôtres aviez donnés au colonel Tripoli pour nous recevoir dans les Abruzzes à coups de fusil; je connais les paroles de Sirtori et les vôtres prononcées dans le Parlement, et sur ces traces successives je marche sûrement et j'arrive à connaître l'intime pensée de votre parti. 11 veut se rendre maître du pays et de l'armée, nous menaçant en cas contraire d'une guerre civile. J'ignore ce que le pays pense, mais je vous assure que l'armée ne craint pas vos menaces, elle craint seulement votre gouvernement.

« Vous avez raison de vous vanter de la grande et merveilleuse entreprise que vous avez accomplie avec vos volontaires, mais vous avez tort quand vous en exagérez les véritables résultats. Lorsque nous arrivâmes, vous étiez sur le Volturne dans de mauvaises conditions. Capoue, Gaëte, Messine, Civitella ne sont pas tombées par votre œuvre; cinquante-six mille bourbonniens ont été battus, dis-

perses, faits prisonniers, non par vous, mais par nous.

« Il csl donc inexact de dire que le royaume des Dcux-Sicilcs a été délivré par vos armes. Dans votre orgueil légitime, n'oubliez pas que notre armée et notre flotte y prirent quelque part en détruisant beaucoup plus que la moitié de l'armée napolitaine et en prenant quatre forteresses en état complet de défense.

« Je ne prétends pas vous parler au nom de l'armée; mais je crois la connaître assez pour être sûr qu'elle partagera le sentiment de dégoût et de douleur que vos intempérances et celles de votre parti ont soulevé dans mon àme. »

Cette lettre était d'une violence excessive; mais quand on est lancé dans une résolution extrême, il est difficile de s'arrêter. Cialdini, dans son emportement, la livra à la publicité, ce qui acheva de mettre la désunion dans la nation. Garibaldi cependant donna l'exemple du-calme.

« Général, répondit-il, moi aussi j'ai été autrefois votre ami et l'admirateur de vos faits militaires. Aujourd'hui je serai ce qu'il vous plaira» car je ne descendrai certainement pas à me justifier des im-

T. V. Il

CHAPITHE V.

putations que renferme votre lettre, quand vous m'accusez de manquer de convenance envers le roi et envers l'armée. Je me sens dans ces deux points fort de ma conscience de soldat et deciloyen italien.

« Quant à la façon de me vêtir, je la conserverai jusqu'à ce qu'on me dise que je ne suis plus dans un pays libre où chacun a le droit de s'habiller comme il l'entend.

« L'ordre que j'aurais donné au colonel Tripoli est une chose neuve pour moi. Je ne connais d'autres ordres que ceux qui sont émanés de moi-même, et ceux que j'ai donnés ont été d'accueillir fraternellement les soldats italiens de Tannée du Nord, bien que chacun sût que celte armée venait pour combalire la révolution personnifiée en Garibaldi (paroles de M. Farini à Napoléon III).

« Comme député, je crois n'avoir exposé à la Chambre qu'une bien faible partie des torts du ministère envers Farinée méridionale, et je crois en avoir eu le droit. L'armée italienne verra dans ses rangs un soldat de plus, quand il s'agira de combattre les ennemis de l'Italie, et ce ne sera pas une chose neuve. Tenez pour calomnieux tout ce qu'on m'aurait prêté de blessant vis-à-vis de l'armée.

« Sur le Volturnc, nous étions au soir de la victoire la plus magnifique, remportée dans l'Italie méridionale. Avant votre arrivée, par conséquent, nous étions loin d'être dans une position mauvaise. Selon mes informations, Farmé3 a applaudi aux pa-

rôles pleines de liberté et de modération d'un so.dat député, pour qui l'honneur italien a été le culte de toute sa vie.

« Au surplus, si quelqu'un se lient pour offensé de ma manière d'agir (je le dis en mon nom seul et en répondant de mes paroles), j'attends avec calme qu'il vienne m'en demander satisfaction. »

C'était accepter la lutte, lutte d'autant plus sur prenante qu'elle semblait armer les deux bras de l'Italie l'un contre l'autre; les officiers des deux ar mécs avaient déjà échangé leurs cartes, et on allait avoir affaire à une guerre civile de nouvelle espèce quand le roi intervint dans le débat. Il exigea, au nom de l'intérêt commun, une réconciliation immédiate et com|lète entre M. de Cavour et Garibaldi. M. Trccchi, aide-de-camp de ce dernier, parvint à mettre en présence les deux généraux dans les salons de M. Pallaviccini, et là, grâce à l'intermédiaire d'amis dévoués, il se fit une seconde réconciliation. On voulut donner à Garibaldi, en échange de sa modération, toutes les satisfactions désirables. On fit môme mettre à 1 étude un projet sur l'armement; mais le général comprenant, à l'enthousiasme de la population qui le saluait à l'entrée comme à la sortie des Chambres, qu'il serait toujours dans le Parlement un ferment de passion plutôt qu'un élément de paix, quitta obscurément Turin pour se retirer à Caprcra. 11 voyait que l'impatience patriotique lui réclamait l'accomplissement de ses promesses,

et il avait pu s'assurer que si Ton n'accom plissait pas l'armement désiré, il y avait des raisons majeures pour suspendre toute éventualité de guerre. Placé ainsi entre les nécessités du gouvernement et l'impatience publique, il revint plusieurs fois s'entretenir à Turin avec le roi et M. de Cavour, jusqu'à ce que ce dernier succombât à la maladie dont il commençait à souffrir.

Cil A PITRE VI.

ORGANISATION DE L'ITALIE

Ce fut au premier Parlement italien, quelques jours après la discussion de M. de Cavour el de Garibaldi, que M. Bastogi, nouveau ministre des finances, proposa de régler le budget de l'Italie. M. Bastogi n'était pas orateur, mais il s'était pénétré de la situation, et révélait la situation précaire du royaume naissant. Comme il y avait eu de grandes dépenses militaires, de nombreuses annexions, des occupations plus nombreuses encore, et peu de régularité dans le prélèvement des impôts,

fC3

on s'attendait à la nécessité d'émettre des bons du trésor pour une somme assez considérable, trois cents millions. M. Baslogi annonça qu'il en fallait cinq cents. Il convenait en effet de n'avoir recours qu'à de rares intervalles à l'opinion publique, et de solliciter la plus grande somme de sacrifices au moment du triomphe de l'unité italienne.

Le ministre proposa ensuite la création d'un grand-livre où seraient inscrites les dettes de tous les Etals italiens. Il voulait augmenter l'impôt foncier en IVlevant dans les pays où il était moindre, au niveau des pays où il était le pins fort ; on inaugurait ainsi l'unité financière dans les contributions directes. Il proposait également un impôt sur le revenu, une régularisation et une application générale des droits de timbre et d'enregistrement, une législation sur les biens de main morte, et comme le mode de perception était en grande partie irrégulier et défectueux, il espérait réaliser de grandes économies en le régularisant.

1 e grand-livre de la dette italienne no devait devenir le seul titre des créanciers que par le consentement successif des intéressés.

M. Bastogi signalait particulièrement la nécessité de réduire les dépenses dont h lieulcnance de Naples tvait obère le trésor. Il devenait impossible de înninteuir tous les emplois, pour la plupart fictifs, qui étaient alors rétribués. Il fallait donc, au risque de multiplier les mécontentements, réduire ces

ORGANISATION DE l/JTAUE. Wi

charges, et l'on pouvait prévoir que l'organisation financière allait créer de nouveaux ennemis au pays.

Le déficit du budget général se montait à trois cent quatorze millions. Les États du nord en supportaient la plus grande part, car ils avaient toutes les charges militaires. La Sicile, qui possédait un grand livre distinct de celui de Naples, ne présentait qu'un déficit de sept millions.

En somme, la situation financière était loin d'être mauvaise, puisque la totalité des renies payées aux créanciers des différents États ne s'élevait qu'a quatre-vingt-sept millions.

On commençait donc à espérer une ère de paix lorsqu'une maladie inattendue vint frapper l'homme qui avait le plus contribué à la grandeur du pays. M. de Cavour, épuisé par le travail, mourut le 6 juin 1861, au sein même de son triomphe. Ce fut dans la nuit du 29 au 30 que M. de Cavour ressentit les premières atteintes de l'indisposition qui devait remporter. 11 était depuis longtemps sujet à des douleurs d'entrailles déterminées par l'excès du travail et l'alimentation Irop irritante à laquelle il avait recours pour surexciter ses forces. Les saignées, dont on abusa dans son traitement, lecondui-

sirent rapidement à la dernière extrémité. Le 5, !c roi l'avait visité deux fois ; à huit heures du soir on avait administré les derniers sacrements au malade; à onze heures il avait perdu connaissance. Il rendit le dernier soupir le lendemain dans la matinée. Depuis deux jours d'ailleurs il était en proie à un délire ardent auquel succédait un abattement profond. Il reconnaissait alors ses amis, et savait que son dernier moment était proche, car la veille de sa mort il engagea sa nièce, la marquise Alfîeri, à se retirer.

Ce fut le curé de la Midonc-des-Anges qui fut appelé à son chevet. M. de Cavour lui prit la main et dit : « L'heure de partir est arrivée.» Lorsque Victor- Emmanuel, accompagné du prince de Carignan, vint faire sa dernière visite au malade, il le trouva dans le délire, parlant de guerre, de marine, de finances, et répétant à plusieurs reprises le mot de Naples.

« A onze heures, dit un témoin oculaire, les médecins se retirèrent, sentant bien que tout était perdu. M. Faiini et quelques amis restèrent dans la chambre du malade toujours agité par la fièvre et dont la respiration était de plus en plus pénible. Je me trouvais à une heure du matin dans le salon attenant à la chambre du malade, -lorsqu'on vint nous annoncer que la vie se retirait peu à peu et que la paralysie gagnnit le cœur. A cinq heures du malin la fièvre cessa. L'agonie commençait. La connaissance n'était pas entièrement revenue au ma-

ORGANISATION DE L'ITALIE

ladc, mais au délire succédait le calme des derniers moments. A sept heures moins quelques minutes, le grand homme d'État, le grand citoyen que l'Italie pleureaujourd'huirendait le dernier soupir: Cette vie si pleine d'activité, tout entière consacrée à la grandeur et à la liberté de son pays, s'est terminée dans la conscience du devoir rempli. M. Furini, qui est resté auprès du malade jusqu'au dernier moment, a été frappé de son calme vis-à-vis de la mort, et plus encore de la confiance du mourant dans la durée de son œuvre. « L'Italie est faite et bien faite, a-t-il « dit, j ? ai la conscience d'avoir rempli mon devoir. »

La nouvelle de celle catastrophe se répandit avec une étonnante rapidité; l'émotion publique attesta l'immensité de la perte qu'on venait de faire. Le 7 juin, jour de l'enterrement, toute la population prit le deuil. A Gènes, à Milan, à Bologne comme à Turin, toutes les boutiques se fermèrent, et des dépulations partirent de différentes villes de l'Italie pour accompagner l'illustre ministre à sa dernière demeure. A Turin, les maisons furent tendues de deuil ; on en trouvait peu qui n'eussent des draperies noires. Toutes les troupes de la garnison marchèrent en tête du convoi. MM. Ratazzi, président de l'Assemblée Têgislalive, et Sclcpis, président du Sénat, se tenaient de chaque côté du cercueil. Les sénateurs cl les dépulés, sans dislinction.de parti, venaient ensuite, puis les grands corps de l'Etal, enûn toutes les députations des villes de l'Italie-

On remarquait surtout les émigrés romains et véniliens qui portaient des drapeaux aux couleurs de leurs capitales. Le cortège comptait plus de soixante mille personnes.

Victor-Emmanuel offrit une sépulture pour le comte de Cavonr dans la basilique de Superga, où sont ensevelis les rois et les princes de la maison de Savoie. G était un honneur unique et qui témoignait de l'extrême considération du roi pour son ministre. Mais la mort du corn le frappait tout le pays. L'abattement était tel que la municipalité de Turin engagea par une procl amation les citoyens à ne pas désespérer de la patrie. 11 y avait un peu d'exagération, il est vrai, dans cette proclamation, mais elle n'en attestait pas moins la grandeur de laperte.

Camille Benso, fils du marquis de Cavour, naquit à Turin en 1809. Il était destiné à être soldat et fit ses éludes à l'Académie royale militaire; mais il se laissa entraîner vers les études économiques qui étaient alors en grande vogue. Après la révolution de 1830 il voyagea à l'étranger et séjourna particulièrement en Angleterre. Il revint à Turin en 1847 au moment où Charles-Albert venait de rétablir la libeité de la presse. Là, il fonda le lUsorgimento

ORGANISATION DE L'ITALIE. 471

avec MM. Santa-Rosa, Balbo et Boncompagni.

Pendant les événements de 1848, il fut nommé député par un collège électoral de Turin, et signala des les premiers jours son éloquence. En 1850, après la bataille dcNovarc, il fut nommé au ministère de l'agriculture et du commerce en remplacement de M. Sanla-Rosa qui venait de mourir. Victor-Emmanuel présageait dès ce moment l'avenir de M. de Cavour. « Ce petit homme, aurait-il dit àscs ministres, vous supplantera tous. »

Il est inutile de suivre M. de Cavour dans sa carrière politique, car elle fait corps avec l'histoire même de l'Italie; il suffira de mentionner quel était son caractère. « Comme homme privé, dit un de ceux qui Font connu, M. de Cavour était d'une simplicité extrême. On le voyait tous les jours, seul la plupart du temps, lu malin et le soir, se rendre à pied de son hôtel au ministère. Il se frottait les mains quand il était satisfait de la marche des affaires. Tout le monde le saluait, mais on n'avait pas l'indiscrétion de l'aborder; cependant personne n'était plus aimable... Sa conversation était bienveillante et enjouée; il permettait au premier venu pour ainsi dire de lui donner son avis sur la poli tique. Il était à" la Chambre tout à fait à son aise et absolument comme chez lui; il ne se gênait pas pour prendre les altitudes les plus familières, et ce sansgène no déplaisait pas... Le plus souvent ses discours étaient des conversations, dites d'un ton lent

et exprimées avec une certaine difficulté; mais les idées étaient si claires, si bien enchaînées, que la Chambre était convaincue. Il semblait à tout le monde que les choses ne pouvaient aller autrement que le voulait le ministre. Aussi, arrivait-il souvent qu'après une longue discussion on ûnissait par voter à l'unanimilé. Ce fut précisément ce qui arriva le dernier jour où il parut à la Chambre. L'opposition avait cru trouver un champ de bataille admirable en demandant la reconnaissance des grades des officiers nommés par la république romaine. Elle se croyait sûre de la victoire. M. de Cavour réussit à faire voter à l'unanimilé que « ceux qui avaient combattu pour l'Italie avaient bien mérité de la patrie. » C'était à peu près comme si Ton avait vote qu'il fait jour en plein midi. M. de Cavour avait si bien expliqué les choses que personne ne trouvait rien à redire. Les membres de l'opposition disaient en riant qu'ils avaient été mystifiés ; mais ils en avaient si bien pris l'habitude qu'ils trouvaient cela tout simple, et ils ont plus témoigné de regrets à la mort de M. de Cavour que la plupart des membres de la majorité. »

Ce qu'il y a de certain, c'est que l'illustre ministre était universellement respecté et ne comptait guère d'ennemis, si ce n'est parmi les rédacteurs des icuilles ultramontaines, qui le poursuivirent de calomnies au delà de la tombe. Cette mort hâta la reconnaissance du royaume d'Italie par la France*

ORGAMSATION UE L'ITALIE.

Le Tape, qui était lui-même malade au moment où il apprit que M. de Cavour n'était plus, se contenta de dire : « Mon Dieu ! faites miséricorde à celte âme égarée. »

Page 1