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Le projet proposé par M. Ricasoli comprenait les douze articles suivants :
I. Le Souverain Pont fe conserve la dignité, l'inviolabilité et toutes les autres prérogatives de la souveraineté, et en oulro les prééminences établies par les coutumes à l'égard du roi et des autres souverains. Les cardinaux de la sainte Eglise conserveront le litre de prince et les honneurs qui y sont attachés.
IL Le gouvernement de Sa Majesté le roi d'Italie prend l'engagement de ne mettre aucun obstacle, en aucune occasion, aux actes exercés par le Souvevain Pontife, en vertu du droit divin comme chef de l'Eglise, et en vertu du droit canonique comme patriarche d'Occident et primat d'Italie.
III. Le gouvernement reconnaît au Souverain Pontife le droit d'envoyer des nonces à l'étranger, et s'engage à les proléger tant qu'ils seront sur le territoire de l'Etat.
IV. Le Souverain Ponlife aura pleine liberté do communiquer avec tous les évôques et les lidèles, et réciproquement, sans ingérence de la part du ^ouvernemenl. Il pourra également convoquer dans les
lieux et les formes qu'il jugera convenable, les conciles et les synodes ecclésiastiques.
V. Les évêques dans leur diocèse, et les curés dans leur paroisse, seront indépendants de toute ingérence gouvernementale dans l'exercice do leur ministère.
VI. Ils demeureront néanmoins soumis an droit commun, dans le cas de délits punis par les lois du royaume.
VII. Sa Majesté le roi d'Italie renonce atout droit de patronage sur les bénéfices ecclésiastiques.
VIII. Le gouvernement .italien renonce à toute ingérence dans la nomination des évoques.
IX. Le gouvernement s'oblige à fournir au Saint- Siège une dotation fixe et insaisissable, dont la somme sera réglée d'un commun accord.
X. Le gouvernement de Sa Majesté le roi d'Italie, aiin que tous les peuples catholiques puissent concourir à l'entretien du Saint-Siège, ouvrira avec ces Puissances les négociations opportunes pour déterminer la quote-part de chacune d'elles dans la dotation dont il est parlé à l'article précédent.
XI. Les négociations auront aussi pour objet d'obtenir les garanties pour ce qui est établi dans les articles précédents.
XII. D'après ces conditions, le Souverain Pontife et le gouvernement de S. M. le roi d'Italie en viendront à un accord par le moyen de commissaires désignés à cet effet.
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Il est inutile de dire que ces propositions ne furent même pas prises en considération par le Saint- Siège. Le cardinal Antonelli déclara qu'il ne fallait attendre aucune cession du pouvoir et des biens temporels, puisque le Souverain Pontife et les hauts dignitaires de FÉtat s'étaient engagés par serment à défendre et à conserver le territoire ou siégeait le chef de la catholicité.
La lettre de M. Ricasoli au Saint-Père et les articles de la négociation furent livrés à l'appréciation de la Chambre, lors de sa nouvelle session. Ils provoquèrent une discussion où M. Ralazzi fit connaître les intentions de la France à l'égard de Rome. On ne pouvait préciser combien de temps durerait encore l'occupation française ; mais la France, en reconnaissant le royaume d'Italie avec la déclaration que Rome en était considérée comme capitale, attestait assez que l'unité italienne était reconnue en principe par l'empereur Napoléon III. L'intention du gouvernement français était de voir les Italiens arriver à l'apogée de leur force pour avoir des alliés naturels et puissants en cas de danger. La présence des troupes françaises à Rome était à charge à tout le monde, à la France qui avait à
solder les dépenses de l'occupation, à l'Italie qui aspirait à rentrer en possession de sa capitale, au Saint- Siège enfin qui ne voulait pas séparer sa politique temporelle de celle de l'Autriche. Mais on pourrait compter que les Français resteraient jusqu'au moment où la plupart des catholiques reconnaîtraient que la suppression du temporel ne portait aucune atteinte à la dignité ou à l'indépendance du chef de l'Eglise.
M. Ratazzi concluait enfin à la nécessité de la paix pour compléter l'organisation du royaume, et particulièrement l'affermissement de l'autorité dans les provinces méridionales.
Il y eut des diatribes violentes à ce sujet. On entendit émettre les opinions les plus contradictoires: les radicaux prétendirent comme toujours qu'il n'y avait qu'un seul chemin pour aller a Rome, la révolution. M. Bertani proposa d'envoyer une ambassade qui lirait à Pie IX les douze articles, et il ne doutait pas que Pic IX se soumît à celte ambassade et à celle lecture. Pas un orateur ne proposa de solution pratique. On examinait la question en vue du but seul, et non des moyens. La Chambre enfin adopta un ordre du jour du député Conforti; elle déclarait confirmer le vole du 27 mars précédent, dans lequel on avait proclamé Rome capitale de l'Italie. Elle ajoutait que le gouvernement devait en outre apporter tous ses soins à compléter le plus rapidement possible l'armement national et l'organisation du royaume.
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Le ministère Bicasoli n'était sympathique à personne; il se trouvait d'ailleurs placé dans la situation la plus défavorable, car il succédait au ministère Cavour. On doit cependant reconnaître qu'il rendit de grands services à l'organisation et à l'unification de l'Italie, car il suspendit les pouvoirs extraordinaires dans le midi, s'opposa à la division de l'administration proposée par M. Minghetti, fit une démarche dans les véritables conditions de succès vis-à-vis du Pape, et contribua pour sa part au développement des forces de terre et de mer du royaume. Il surveilla en outre et fit procéder avec rapidité aux travaux publics, et surtout à l'établissement de cette voie ferrée qui réunit aujourd'hui Turin à Ghieti et doit bientôt réunir celte dernière ville à Brindisi.
On a vu dans le récit de l'affaire d'Aspromonle comment tomba le ministère Bicasoli en mars 1863. Ce ministère fut remplacé par celui de M. Batazzi qui devait prendre une attitude si délibérée lors de la tentative de Garibaldi contre Borne. Mais le ministère Batazzi devait tomber à son tour à cause de son impopularité.
m CHAPITRE VI.
A Rome cependant, la scission devenait de plus en plus marquée entre le pouvoir temporel et ses administrés. Les bourgeois, les étudiants, une partie de l'aristocratie et du clergé même se déclaraient ouvertement contre l'administration. Nous avons déjà vu un prélat disgracié pour avoir révélé les vices de l'administration financière. Dans l'enseignement, on avait voulu exiger des étudiants qu'ils payassent d'avance toute l'année de leurs cours ; la plupart s'y étaient refusés, prétendant que le gouvernement pontifical n'avait peut-être plus un an à vivre, et qu'ils ne voulaient pas s'exposer à perdre leur argent. Des comités nationaux s'étaient constitués en secret. On y imprimait des journaux et des publications qui échappaient à toutes les recherches de la police. L'armée était complètement désorganisée depuis la prise d'Ancône et pouvait à peine lutter contre les volontaires de Masi, qui faisaient des excursions perpétuelles en deçà de la frontière. Au milieu de tant de difficultés on ne témoignait pas même de sympathie au corps d'occupation, seul étai de ce gouvernement en ruines. Le général de Goyon était en hostilité sinon avec le Pape, au moins avec ses ministres, et parliculière-
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ment avec Monseigneur de Mérode, qui avait été chargé du département de la guerre; peu s'en fallut môme que les querelles ne dégénérassent en voies de fait.
Au commencement de Tannée 1861, Pie IX, dans sa réception officielle, déclara au général de Goyon qu'il priait pour toutes les familles de France, sans vouloir nommer celle de Napoléon III. On attribuait cette boutade à l'intervention du général de Goyon dans une démonstration préparée par le clergé en faveur du Pape : celui-ci devait se rendre, comme d'habitude, le 31 décembre, à leglise du Gesù. La partie de la population qui acclamait toujours le Souverain-Pontife aux cris de : Vice le Pape-Roi, avait été avertie de se porter sur le passage du cortège. Espérait-on provoquer des cris opposés et une émeute, ou tromper seulement le Pape sur les sentiments de ses administrés? Quel que soit le motif de cette démonstration, la police française en eut connaissance et résolut de l'empêcher. Elle ne pouvait tolérer des perturbations, qu'elles provinssent de la faction cléricale ou de la faction révolutionnaire. Le comité national s'était engagé d'ailleurs à inviter la population au plus grand calme; mais il ne répondait pas des représailles, dans le cas où elles seraient provoquées. Un déploiement suffisant de forces coupa court à toute manifestation.
Ce petit fait n'expliquerait pas l'irritation de
riUPlTRK VI.
Pie IX d'une manière satisfaisanle. C'était l'époque des annexions, et le Pape avait eu connaissance de l'impopularité de son gouvernement, puisque la majorité des habitants s'était prononcée contre lui. Il condamnait ouvertement la doctrine sur laquelle reposait la conduite de Napoléon III, doctrine qui sanctionnait le droit des peuples à choisir leur gouvernement et là sans doute était la véritable cause de son mécontentement.
Le comité national romain prenait une part active à la lutte des Italiens contre le gouvernement pontifical. Il avait créé deux journaux : l'Italie avec Home et l'Écho du Tibre; il présidait à diverses manifestations où se signalait Fesp: i t malicieux des Romains. Nous nous contenterons d'en signaler quelques-unes.
Les premières eurent lieu dans les théâtres où l'on applaudissait avec frénésie les passages qui renfermaient quelque allusion contre la cour de Rome. Quand un auditoire est préoccupé d'idées d'opposition, il ne lui est pas difficile de témoigner son hostilité. Les opéras de Verdi, qui se jouaient au théâtre d'Apollon, servirent de prétexte. On faisait répéter les vers du Trovators où il était ques-