OHUAMSATIO.N DE LU A LU
tion de monter à l'assaut, ou ceux de la Traviata où l'on disait que l'héroïne n'avait que peu de temps à vivre. La première allusion était en faveur des Tiémontais qui assiégeaient Gaëlc; la seconde, contre le pouvoir temporel auquel on n'accordait que peu de jours à vivre. Au théâtre Alibert, un acteur, nommé Satoia, fut, à cause de son nom, l'objet des acclamations populaires. Le théâtre d'Apollon avait été fermé par la police romaine. Les opposants se portèrent alors dans les églises les jours où le rituel contenait quelques mots latins qu'on pouvait interpréter en faveur du roi d'Italie,
Le jour de la prise de Gaële, il y eut une illumination publique. La foule encombrait les rues, sans d'ailleurs opposer de résistance aux patrouilles qui la dispersaient; des prêtres même se mêlèrent aux groupes, et l'on en vit jusque sous les fenêtres de la résidence pontificale.
A la Saint-Pierre, qui est une des plus grandes fûtes de Rome, on tira un feu d'artifice sur la place du Peuple. La foule, en rentrant chez elle, applaudit plusieurs transparents où se lisaient des inscriptions en faveur de l'unité de l'Italie. Ces inscriptions se répètent à grands cris; les gendarmes pontificaux interviennent le sabre nu et l'un d'eux est tué d'un coup de poignard. Des recherches actives aboutirent à l'arrestation de plusieurs personnes, et bientôt toutes les charges tombèrent sur le romain Localelli. Quoiqu'il fût impossible d eta-
blir sa culpabilité d'une manière bien concluante, l'assassin présumé fut condamné à mort. Le Pape ne voulut pas le gracier. Quelques jours après, on apprit qu'un Romain, nommé Caslrucci, qui venait de se réfugier à Florence, se donnait comme l'auteur du crime, prétendant qu'il avait agi dans le cas de légitime défense. Ce dernier événement surexcita la colère publique. On fit circuler des pièces dans lesquelles on protestait contre le pouvoir temporel. Ces pièces étaient adressées à Napoléon III et à Victor-Emmanuel. En peu de jours, elles se couvrirent de plus de neuf mille signatures.
Ces agitations se traduisaient d'une manière plus efficace encore dans les livres, et ceux qui firent le plus de scandale provenaient de membres du clergé. Nous ne mentionnerons qu'en passant le mémoire de M. Pepoli sur les prisons de Rome, où se renouvelaient toutes les accusations qu'on portait contre les prisons des Puissances civilisées avant l'organisation actuelle. Nous nous arrêterons davantage sur les ouvrages des ecclésiastiques qui invitaient le Pape à abdiquer son autorité temporelle au profit do l'autorité spirituelle. Le premier de ces ouvrages était écrit par Mgr Liverani, proto-
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notaire apostolique. Sous le litre de : Le Pape, l'Empire et le royaume d'Italie, Mgr Liverani proposait la constitution d'un empire qui serait conféré à Victor-Emmanuel, et permettrait au Pape de conserver son domaine. L'auteur fut traité de fou par la cour de Rome; mais comme il attaquait le cardinal Antonelli, il ne tarda pas à se voir destitué.
Peu de temps après, parut une lettre d'un professeur de philosophie à l'Université romaine, le P. Passaglia. Celle lettre avait été imprimée en latin, afin d'éviter le scandale ; elle était adressée à tous les évêques catholiques, et on dit qu'avant de l'écrire, son auteur s'était concerté avec M. de Cavour. Dans son écrit, le père Passaglia, examinant la question au point de vue théologique, s'appliquait à démontrer que le pouvoir temporel n'était pas de dogme, et que son maintien pouvait entraîner un schisme dans la catholicité. Le Ferment prêté par les papes de le conserver intact n'avait été instilué qu'au moment où l'on craignait la division du territoire de l'Eglise, quand on voyait les papes donner des duchés à leurs parents. Le père Passaglia fut condamné par la cour de Rome et destitué de sa chaire de philosophie. Il alla occuper une autre chaire dans les Etats de Victor-Emmaoucl.
Le chanoine Reali, de Ravenne, ne fut pas plus heureux que le père Passaglia. En examinant quels étaient les rapports de la liberté de conscience avec le pouvoir temporel des papes, il signalait l'action
lyrannique du gouvernement romain qui s'était séparé de l'esprit de l'Eglise; le prêtre véritable, disait-il, souffre de cette tyrannie, mais il craint, en cas de protestation, d'être chassé du sanctuaire. Ce fut précisément ce qui lui arriva.
Un bibliothécaire de l'Université de Rome, l'abbé Perfelli, publia enfin une brochure qui eut uu grand retentissement. Cette brochure était intitulée : Des nouvelles conditions de la papauté. L'abbé Perfetti déclarait que l'esprit moderne s'était prononcé contre le droit divin des trônes, jusque-là sanctionné par la domination temporelle du pape ; il proposait simplement l'évacuation de Rome par les troupes françaises, persuadé que tout s'arrangerait pour le mieux. On détruirait ainsi l'influence des monarchies qui enchaînent l'action religieuse du Saint-Siège, en lui imposant des intérêts étrangers à sa mission. Il était facile d'ailleurs de constater que la papauté n'était nullement indépendante, puisqu'il lui fallait avoir perpétuellement recours à l'intervention armée des Puissances étrangères. L établissement d'un gouvernement italien à Rome ne pouvait produire le même effet, car ce gouvernement, enchaîné par la surveillance
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de toutes les Puissances catholiques, ne pouvait attaquer les privilèges du chef de l'Eglise. Selon l'abbé Perfctti, le pape, qui n'est ni gouvernant ni administré, serait le seul représentant de celte religion dont le fondateur disait : Mon royaume n'est pas de ce monde.
Tous ces ouvrages, malgré les condamnations qu'ils attiraient à leurs auteurs, produisaient un grand effet sur les consciences et paiticulièrement dans le clergé. Il est hors de doute que beaucoup de prélats condamnent le pouvoir temporel, et qu'en cas où ce pouvoir disparaîtrait, on les verrait se * soumettre aux exigences de la société nouvelle. Le clergé d'ailleurs, quand on en exclut les ambitieux et les remuants, est beaucoup plus disposé à la conciliation qu'on ne semble le croire. Il faut constater qu'il a élevé bien peu de protestations en ce qui concernait l'occupation des territoires de l'Eglise parles Piémontais. Peu de prêtres ont refusé leur ministère à la nouvelle Italie. La crainte d'un schisme manifestée par le père Passaglia est donc sérieuse, car il est probable que si le Souverain Pontife persistait à faire intervenir son autorité spirituelle dans la revendication de ses domaines et qu'un concile fut appelé à juger la question, les défenseurs du pouvoir temporel seraient condamnés.
Quoi qu'il en soit, la présence des troupes françaises à Rome a pour effet de permettre une discussion qui, timide d'abord, prendra chaque jour plus t. v. 13
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d'extension. Il est permis de croire qu'après avoir donné librement cours à leur colère, les partisans les plus exaltés du pouvoir temporel reviendront au calme et écouteront les conseils de ceux d'entre leurs collègues qui ont déjà fait preuve de sagesse. Le Saint-Siège ne peut s'en tenir à la décision qu'il a prononcée jusqu'ici : Tout ou rien!
Les décisions extrêmes surgies du paroxysme de la lutte s'évanouissent d'elles-mêmes après quelques jours de paix.
Il faut excuser d'ailleurs l'irritation du Saint-Siège en se voyant enlever la plupart des ressources réelles de l'Eglise par la suppression des communautés religieuses et de leurs droits à posséder; mais ces communautés étaient en tel nombre dans l'Italie et se faisaient le centre de tant d'agitations, qu'à défaut des précédents établis par la Révolution française, une nécessité impérieuse en exigeait la suppression. Les lois sur les couvents, depuis longtemps édictées dans la haute Italie, n'avaient pas encore reçu d'application complète ; cependant dans les Duchés, les Romagnes, les Marches et l'Ombrie la loi avait été appliquée à plusieurs reprises et dans le sens le plus radical.
OUGANlSAflON DE L'ITALIE,
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Da^s les provinces do Naples, après le départ de M. Liborio Romano, un des membres du conseil de régence, M. Mancini, chargé des affaires ecclésiastiques, avait cru pouvoir mettre à profit l'absence d'ua contrôle supérieur pour appliquer la loi sur les couvents. Il décréta l'abolition du concordat do 1818, proclama la liberté des cultes, enleva aux prêtres l'administration des bénéfices vacants ou des biens du clergé pour en charger des fonctionnaires diocésains, supprima tous les couvents qui n'avaient pas de rapports directs et profitables avec la société, et créa enfin une caisse ecclésiastique pour se libérer vis-à-vis des fondateurs, et payer des pensions aux religieux que les nouvelles dispositions privaient de leurs moyens d'existence.
Toutes ces mesures irritaient le clergé, qui trouva le moyen de manifester son mécontentement lors de la fête nationale destinée à célébrer l'unité de l'Italie, le premier dimanche de juin. Une partie du clergé avait consulté le Pape pour savoir s'il était licite do participer à cette fête; la commission nommée à cet effet répondit par la négative. M. Minghctti , alors ministre de l'intérieur, ne voulut pas tenir compte de ce refus; il engagea les autorités municipales à se concerter avec le clergé pour la célébration. Le clergé se divisa en deux camps, et la population fit des démonstrations contre les prêtres qui refusaient de participer à la fête nationale. A Milan, le peuple se livra à des semblant d'émeute autour de la maison