IV
plus que les peuples des autres Puissances catholiques. Car l'Espagne vit de souvenirs, l'Autriche est possédée de l'esprit d'analyse protestant, la France toujours indépendante est encore sous le coup des doctrines voltairiennes. L'Italie est donc, quoi qu'on en dise, la nation la plus éminemment catholique, car sa gloire est attachée à la suprématie religieuse.
Il est vrai que les haines sont d'autant plus vives quelles existent entre les parents les plus immédiats. Mais il appartient à l'expérience de nous conduire en pareil cas à des concessions mutuelles. Les luttes de père à (ils, de frète à frère, doivent expirer nécessairement dans la pratique même des difficultés, et nous pensons que le Saint-Siège, dont la mission est toute d'indulgence, sera le premier à aplanir ces difficultés.
Il n'est pas engagé d'ailleurs dans une ligne de conduite impitoyable; d'abord parce qu'il établirait ainsi une violation flagrante de la doctrine qui fait toute sa force, ensuite parce qu'il n'y a dans ses divisions avec l'Italie que des questions de fait, qu'il est toujours facile et généreux de noyer dans l'oubli de l'indulgence. Ces questions, d'uilleuis,
no portent aucune atteinte à l'autorité réelle du Saint-Siège. Elles se débattent dans des intérêts d'argent, ou d'administration et d'organisation particulières. Si Ton pouvait comparer le Saint-Père à un chef de famille et le cardinal Antonelli à son intendant (celle comparaison ne serait pas éloignée de la réalité), on considérerait le débat établi entre ïe gouvernement de Rome et celui de Turin comme un débat d'intérêts dans lequel on ne conçoit pas l'intervention de l'autorité suprême de la paternité.
Celte hypothèse est si vraie d'ailleurs, que Pie IX a toujours dégagé sa conduite spirituelle de ses intérêts temporels. Si les passions violentes qui s'agitaient autour de lui l'ont entraîné à faire usage des foudres divines, il a -toujours dirigé son tonnerre de façon à épargner ceux qu'on prélendait lui désigner comme victimes. Les excommunications qu'il a prononcées n'ont jamais désigné que des théories et non des individus. Les noms de Victor-Emmanuel, de M. de Cavour, de Garibaldi, de Mazzini même n'y figurent pas. La remarque peut sembler puérile à bon nombre d'esprits, elle nous parait un argument capital en faveur de l'indulgence de Pie IX et d'une possibilité de réconciliation. C'est le cardinal Antonelli qui, en réalité, a fulminé l'excommunication, et le cardinal Antonelli ne pouvait jouer qu'une comédie. Le bon sens public a fait justice de ses prétentions par un rire universel. La parole de l'intendant n'est pas celle du maître.
Aucun catholique éclairé n'a pris au sérieux le cardinal-ministre, quand il a prétendu mettre les intérêts de la caisse catholique au-dessus des intérêts de la catholicité même. Si donc le cardinal Antonelli, qui n'est qu'un accident, cessait d'usurper les fondions fictives de pape temporel, il n'existerait plus d'obstacles à la réconciliation de Victor-Emmanuel et de Pie IX.
Cette réconciliation étant admise entre les personnes, il reste à examiner comment se ferait la conciliation entre les intérêts, puis entre les doctrines.
La conciliation entre les intérêts semble impossible au premier abord. On comprend difficilement que le pouvoir spirituel puisse être dégagé du pouvoir temporel; celte scission semble impraticable. Nous ferons pourtant remarquer qu'elle a existé longtemps dans des sociétés moins civilisées que la nôtre; dans l'Inde, par exemple, où la classe sacerdotale s'est interdit pendant plus de mille ans de se charger des fonctions gouvernementales, qu'elle laissait à la classe des guerriers. Il en a été de même en Egypte pendant plusieurs siècles ; il en est encore de même au Japon, où vivent à la fois
LA QUESTION HOMAIMI.
deux chefs, l'un spirituel el l'autre temporel... Et, pour nous renfermer dans l'histoire du catholicisme même, la papauté n'a-t-elle pas vécu toute-puissante pendant sept siècles, sans avoir l'ombre d'un royaume temporel?
Ce qui a été pratiqué pourrait donc se pratiquer encore, en tenant compte des exigences de la société moderne; il n'y a pas de On de non recevoir en pareille question. Mais en admettant que l'hypothèse d'une abdication temporelle soit écartée, manque-t-il d'autres solutions? Nous avons proposé ici même d'établir le Saint- Siège dans une ile de la Méditerranée, à la portée de tous les peuples catholiques, et sous la garde de toutes les Puissances. Cette proposition n'est-elle pas satisfaisante? La papauté veut-elle garder Rome , sans accepter mén;e la présidence honoraire de l'Italie proposée par l'empereur Napoléon III? Nous avons encore la proposition faite par M. Maxime d'Azeglio, de constituer Florence comme capitale civile de l'Italie, en maintenant à Rome son litre de capitale religieuse ; le contact des deux capitales, les exigences de l'industrie et de l'esprit moderne aplaniraient, avec le temps, toutes les difficultés.
Mais si l'Italie veut réunir toute sa gloire dans une même cité, pourquoi ne pas accepter une organisation qui lui serait propre? Pourquoi une administration commune ne gèrerait-elle pas deux listes civiles inscrites dans la constitution? Pourquoi les
deux autorités de l'Italie ne nommeraient-elles pas des représentants spéciaux pour en régler et en contrôler de part et d'autre les intérêts? En pareil cas le roi ne serait point sous la dépendance du Pape et le Pape ne serait pas sous celle du roi. L'un et l'autre se verraient inscrits en qualité de créanciers sur le grand-livre de la dette publique, et, comme leurs droits seraient représentés par des assemblées, l'un et l'autre seraient dans l'obligation de maintenir rigoureusement les constitutions, gages de la prospérité des peuples, sur lesquelles reposeraient leurs intérêts. A leur défaut, toutes les Puissances catholiques tendraient à maintenir ces constitutions. L'Italie serait alors la nation où la liberté serait la plus assurée, etlaVille Éternelle se retrouverait une fois de plus à la téle de la civilisation.
Les difficultés des deux premiers ordres ne sont donc pas impossibles à résoudre, si la concorde prévaut. Il suffit de signaler les solutions déjà proposées pour rassurer les Italiens sur l'acquisition de leur capitale, en dehors de toute lutte fratricide. Nous allons exposer maintenant quelles sont les théories de la religion, considérées non pas au point de vue de la foi, mais au point de vue de l'histoire
et de la science. Nous suivrons le développement du catholicisme, non pas avec la mauvaise foi du rhéteur qui cherche à le battre en brèche, mais avec tous les scrupules du penseur qui cherche à réhabiliter l'autorité religieuse, non-seulement dans des masses, mais dans des intelligences qui ne savent pas encore quels sont les points de contact entre la science et la foi.
Il est d'autant plus nécessaire de signaler ces points de contact que le clergé ne suivrait pas la papauté dans sa réconciliation s'il les ignorait. On l'a si bien compris qu'on a vu les représentants les plus illustres de l'Eglise moderne s'appliquer à démontrer que les dissidences de cet ordre sont plus spécieuses que fondées. Qui ne se souvient aujourd'hui des prédications auxquelles a assisté en France tout ce que la génération actuelle comptait d'hommes intelligents et avides de paix? On a reproché à ces prédications d'avoir amoindri le débat en le soumettant à la filière des dogmes catholiques. On ne songeait pas que les orateurs ne pouvaient se placera un point de vue impartial; mais, quoiqu'ils aient manifesté par dessus tout l'esprit de prosélytisme et se soient montré les défenseurs les plus ardents de l'Eglise, ils n'ont pas moins fait appel à la concorde. Ils ont ramené les intelligences à un examen plus réfléchi et moins passionné des doctrines religieuses, et l'on peut dire aujourd'hui que la théorie catholique s'est épurée en s'élevant dans
les sphères les plus radieuses de l'entendement humain.
Pour nous, qui ne sommes pas astreint à faire de prosélytisme, et qui ne dépendons que de la science, il nous est permis de revenir sur le débat, sans autre but que d'en faire ressortir la plus grande somme de vérités. Nous allons donc rechercher, non pas au point de vue d'une église ou d'un préjugé, mais au point des intérêts communs, quelles sont les bases et les sources de la foi ; comment la religion s'est accréditée dans le monde; par quels côtés elle se rattache au développement de la société; de quelle manière, enfin, elle peut inspirer l'esprit moderne.
Les idées religieuses ne sont pas le résultat de terreurs chimériques; elles prennent naissance moins dans le sentiment de notre faiblesse que dans la conscience de notre force. Elles ont leur consécration dans les aspirations les plus élevées et les plus légitimes de l'àme humaine.
Toutes les religions sont des fenêtres ouvertes sur l'inconnu ; si elles nous enseignent ce que nous devons craindre, ce n'est que parce qu'elles nous encouragent à aspirer vers un état meilleur. La brute
peut éprouver des terreurs vagues, mais ces terreurs disparaissent toujours avec le danger; elles ne constituent pas une assise solide pour une religion, quelle qu'elle soit ; l'intelligence, au contraire, appelle sans cesse des améliorations nouvelles. Elle les affirme d'une façon permanente. La véritable foi appartient donc à ceux qui espèrent, à ceux-là seuls qui s'efforcent d'améliorer l'avenir. La foi, l'espérance et la charité sont les trois premières vertus théologales : l'espérance, parce qu'elle attend le bien ; la foi, parre qu'elle l'affirme ; la charité, parce qu'elle le provoque. Mais ces vertus ne sont <jue superficielles tant qu'elles n'éveillent pas les vertus plus élevées Je la science et du dévouement.
Toute croyance a ses apôtres et ses martyrs, c'està-dire des hommes intelligents et convaincus. Ce n'est donc pas dans les bas-fonds mais dans les sommets de l'humanité qu'il faut chercher la religion. Les masses tournoient autour des idoles ; elles sont superstitieuses quand leurs intérêts sont en jeu; elles deviennent railleuses quand elles n'attendent de leurs divinités ni souffrances ni jouissances immédiates. Pour peu qu'une de leurs passions, bonne ou mauvaise, soit caressée, tout est dieu pour elles. Elles révèrent au même titre un prêtre, un gendarme ou une tireuse de cartes. Elles croient sans distinction aux saints, aux fées et aux charlatans. Si elles constatent une seule fois l'inanité d'un des objets de leur vénération, elles cont v. 10
fondent tous les autres dans une réprobation commune.
Il importe donc d'introduire la science, c'est-àdire la connaissance des choses dans nos aspirations; car il faut montrer de quel coté on doit diriger la vénération. C'est dans la science, d'ailleurs, que la religion prend racine, car la science est tout ensemble un appel incessant et une confirmation de la foi. Elle invoque la foi au début de l'étude; elle la confirme à la fin. La foi devient d'autant plus vivacc qu'elle a été plus souvent contrôlée par l'évidence. Nous ne croyons à rien tant que nous ne croyons pas aux vérités élémentaires, mais, quand nous avons reconnu ces vérités, nous sommes disposés à croire à des vérités d'un ordre supérieur. La foi grandit donc avec la somme des connaissances. Elle s'arrête au point où s'arrête notre instruction
En réalité, la religion est l'ensemble des intuitions qui succèdent à nos dernières certitudes; elle a toujours renfermé (le catholicisme surtout) les germes des découvertes nouvelles, car ce que les esprits les plus éclairés étaient impuissants à démontrer dans le domaine de fa science, ils Falïir-
LÀ QUESTION ROMAINK.
maient dans le domaine de la foi. Toute vérité entrevue, mais mal étudiée, appartient donc à la foi. C'est par le cœur qu'elle pénètre jusqu'au cerveau.
Envisagée dans ces conditions, la religion se révèle à notre intelligence sous un aspect imprévu ; elle ne se sépare plus du développement humain; elle le dirige de concert avec la science et l'art ; elle devient l'un des trois termes de cette trinitô harmonieuse qui préside à tout progrès. Elle est née avec le premier homme ; en vain, notre ignorance prétend lui assigner un point de départ dans l'histoire, le véritable croyant sait qu'elle est antérieure à toutes les annales. Les prophètes et le Christ ne sont pas ses fondateurs, ils n'ont fait que la révéler. Pour peu qu'on ait étudié l'histoire au delà des limites de l'enseignement secondaire, on ne tarde pas à connaître cette vérité que nous allons essayer de mettre en évidence.
Nos traditions religieuses sont celles du moyen âge, où l'on ne connaissait en fait de peuple oriental que les Hébreux. L'Occident ne se croyait pas d'autres ancêtres; il ne faut pas lire vingt ouvrages du temps pour apprendre que la science historique se bornait à la connaissance du roi Hérode. C'était un fait avéré, et nul ne pouvait le contester sans auathème, que les Juifs devenus chrétiens avaient fait la conquête du monde. 11 existait à la vérité quelque part, dans de rares cellules de couvents, des ouvrages grecs et romains; mais le néophyte
les considérait comme l'œuvre de démons; il est curieux de voir avec quelle terreur il consultait les païens et dans quels flots d'eau bénite il plongeait leurs livres; il s'attendait à chaque instant à voir s'évanouir la beauté idéale des œuvres de l'art antique et la sublimité de ses théories. Les païens n'étaient que des monstres incarnés sous la forme humaine, des damnés dont le squelette, rougi intérieurement du feu de l'enfer, avait été habillé de chairs trompeuses et se mouvait sous le soleil.
Mais on se familiarisa avec la peur. Il ne fallut pas dès lors beaucoup d'attention pour reconnaître que ce paganisme tant redouté cachait des vertus supérieures. La réaction fut d'autant plus vive que les appréhensions avaient été plus grandes. On eût dit que le monde s'éveillait d'un long sommeil. Les Grecs et les Romains reconquirent la terre; les universités retentirent de leurs doctrines, le catholicisme y chercha la consécration de son autorité, et l'art antique décora les temples modernes. Quelques esprits moroses essayèrent de persister dans leur divorce avec le paganisme, mais la papauté ne voulut pas les suivre dans leur obstination aveugle; elle ne voulut pas accepter l'isolement auquel ils piélendaient réduire la foi ; elle n'entendit pas rompre avec la vieille humanité... Pouvait-elle en effet maudire les Tertullien, les Basile, les Grégoire de Naziauze, les Augustin et toutes les grandes intelligences sur lesquelles reposait son autorité?
Elle raisonnait juste; car elle comprenait que son existence était attachée au progrès des sociétés nouvelles.
La curiosité d'un côté, la foi de l'autre, poussèrent à chercher les rapports des sociétés classiques avec l'Orient. Grand fut l'étonnement lorsqu'on remonta des Romains aux Carthaginois et des Grecs aux Phéniciens. Les Phéniciens révélèrent tout à coup l'Egypte antique d'où était sorti Moïse avec le peuple hébreux. Cette révélation, qui remonte au xvr 3 siècle, produisit dans le monde des lettres la stupeur la plus profonde. Un explorateur qui croirait entrer dans une grotte et mettrait le pied sur le seuil d'un édifice immense ne serait ni plus surpris ni plus effrayé que le furent alors les exhumateurs des momies et des sphinx. Les Juifs n'étaient pas encore une tribu que la société égyptienne, après des siècles d'une grandeur inouïe, était déjà en décadence, et quelle décadence!... Ses ruines devaient après quarante siècles servir d'ornement aux places, aux palais et aux musées des villes modernes.
On était sur la trace des nations disparues. Galilée, autorisé peut-être par les révélations des disciples de Pythagore, ou par les rites des mystères
anciens, ou simplement par cet effort du génie qui faisait retrouver parNcwlon les propositions perdues d'Euclide, avait affirmé le mouvement de la terre. Kepler, s'inspirant des découvertes mathématiques de l'école de Platon, avait révélé la loi qui régit les astres : le Dieu étroit du moyen âge faisait place au Dieu éternel et infini qui régne dans l'immensité. La navigation prit un nouvel essor; l'Inde et la Chine, connues seulement par des fables, furent abordées en même temps que l'Amérique. L'Inde et la Chine sont deux civilisations si vieilles qu'on les croirait nées avec le monde, et qui pourtant semblent descendues d'une civilisation plus ancienne encore qui florissait sur le plateau du 'I hibet.
Toutes les traditions de l'extrême Orient s'accordent à faire remonter l'origine du monde à plusieurs centaines de siècles; mais il est certain qu'elles n'entendent point pailer de l'homme. Elles croient que, avant de réaliser l'état humain, l'être a traversé les degrés successifs de l'animalité. Du chaos de la force brutale naquit l'intelligence qui fut la première manifestation de l'égalité divine. Avec elle, surgit l'homme qui purgea la terre de ses monstres
et se prosterna pour la première fois devant Y adorable divinité»
Nous croyons inutile de faire remarquer que ces traditions sont tellement conformes aux résultats obtenus par la science moderne, qu'on les croirait faites à plaisir, si elles ne précédaient de plus de trois mille ans les conclusions de nos grands naturalistes. Constatons seulement que ces croyances se retrouvent dans les mylhologies des peuples du Nord, de l'Amérique et 4e la Grèce, et qu'elles présentent cet accord que les théologiens ont été les premiers à signaler comme un témoignage irrécusable de la vérité. Rama, Pouan-Kou, Odin, Hercule sont les différentes incarnations d'une même idée, la lutte de l'intelligence contre la bestialité, le triomphe de l'homme sur les monstres.
L'Inde est assurément le berceau de la religion pure. Si restreint que soit le nombre des ouvrages qui nous en sont parvenus, il est facile d'y retrouver la source de cette lumière dont les autres croyances peuvent passer pour le reflet. Une lecture, même superficielle, de ce que nous connaissons des Vedas témoignera que cette assertion n'a rien d'exagéré.
L'homme, maître de la nature, se manifesta sous quatre aspects différents ; l'étude et la poésie, la défense et le gouvernement; le commerce et l'agriculture, l'obéissance et la servitude. De là, quatre classes : les brahmanes ou sages, les guerriers, les
2JR CHAPITRE VIII.
industriels, les esclaves. Cette division s'est perpétuée à travers l'Egypte, la Grèce et Rome. Elle subsiste encore, quoique moins tranchée, dans les sociétés modernes.
Les brahmanes étaient sacrés. Ils abusèrent de leur pouvoir; ils oublièrent leur mission pour ne plus songer qu'à leurs prérogatives et ne gardèrent de la science que les formules. Des rites incompréhensibles ne lardèrent pas à se substituer aux idées dont ils étaient les mandataires. 11 se produisit alors un phénomène analogue à celui qu'on constaterait en France si tous les fauteuils de l'Institut n'étaient plus occupés que par des héritiers ineptes, des empiriques et des vendeurs d'orviétan.
De là, une réforme fatale, car l'intelligence n'abdique jamais ses droits. Bouddha dans l'Inde, Confucius en Chine, Socrate en Grèce, les chrétiens à Rome, la révolution dans l'Europe moderne...
Essayons de retracer en quelques lignes cette histoire du progrès.
Les brahmanes devenus riches et puissants, alliés des rois et des guerriers, ayant abandonné leur rôle d'étude elde conciliation, se virent discrédités dans la société. Une réaction se produisit et Bouddha parut.
Il y a plusieurs récils sur l'existence fie Bouddha ; mais le plus complet est celui qui a été rapporté par le père Giorgi de Tordre de Saint-Augustin, et imprimé à Rome en 1751 par la congrégation de la Propagande dans YAlphabetanum Thibctanum.
Notons que ce récit est de plus de huit cents ans antérieur à Jésus-Christ.
Bouddha naît en hiver, d'une vierge de race royale. Sa mère reste pure en l'enfantant, et un astre inattendu annonce la venue du Rédempteur à l'univers. Enfant, il confond les docteurs; jeune homme, il se retire au désert; il y est tenté par l'esprit du mal; il triomphe des obsessions criminelles et propage sa doctrine; enGn il meurt supplicié.
Charité suprême , amour infini pour tous les êtres, tel est le résumé de sa religion. Il se vend pour faire l'aumône à un brahmane, son ennemi ; il se laisse déchirer par une ligresse à qui la faim ne permet plus d'allaiter ses petits; il proclame la loi suprême de l'égalité, le dévouement et l'amour des faibles. Il porte un vase d'or qoe ne peuvent combler les trésors des riches et que remplit une fleur donnée par le pauvre.
Soudain le vieil Orient est ébranlé dans ses fondements. Une religion nouvelle s'est fondée; les parias, les esclaves, les déshérités se sentent reliés à la divinité par la foi nouvelle. Des rois, des prêtres même se convertissent. Le bouddhisme règne
sur deux cent millions d'âmes, el un vicaire, dans lequel le réformateur doit s'incarner jusqu'à la fin des siècles, établit sa résidence sur le plateau du Thibet, avec le titre de Dalaï-Lama. Le Dalaï-Lama règne encore aujourd'hui.
On pourrait croire que nous forgeons ce récit au gré du caprice, car l'histoire du bouddhisme dans l'Inde est absolument la même que l'histoire du christianisme dans l'empire romain. L'identité de deux versions répandues à des époques si éloignées et dans des milieux si différents, est certainement de nature à préoccuper les esprits. Le Christ est-il un mythe issu de la tradition bouddhique qui aurait été apportée à Rome par cette ambassade indienne dont un des membres se brûla sur un bûcher? Nous préférerions encore cette hypothèse à celle que l'on a cherché à faire prévaloir récemment dans le public, en travestissant en héros de roman le type de toutes les vertus humaines. Il y aurait, d'ailleurs, puérilité à discuter sur des faits dont l'importance est nulle en ce qui concerne la doctrine. L'homme intelligent ne s'accroche pas à des questions de détail. Il cherche la vérité sous les apparences; or, la doctrine divine est vraie partout, dans l'Inde, comme à Rome, et dans tous les mondes imaginables. Elle nous présente toujours les mêmes enseignements : la permanence de l'esprit, la fragilité de la créature. L'homme combat, faiblit et tombe; l'idée se retrempe dans la foi, elle
est immortelle; elle triomphe des lâchetés de la périssable humanité. Les réformateurs se brisent comme des outils dans la lutte du progès, mais le progrès persiste et rajeunit sans cesse les sociétés décrépites.
Au fond, la morale, qu'elle soit puisée à l'école de l'expérience, qu'elle tombe des chaires de la science ou des chaires de la foi, est toujours la môme. Nous savons tous ce qu'enseigne le prêtre. L'expérience nous apprend que le corps souffre de ses excès comme l'âme souffre de ses vices. La fausse sagesse a beau faire miroiter à nos yeux toutes les séductions de la matière, il suffit d'interroger les faits pour les apprécier. Quand nous ne savons pas gouverner nos passions, la fortune et la puissance les exagèrent et nous conduisent plus rapidement à notre perte. Les satisfactions qu'elles nous procurent sont restreintes ; on les épuise en s'épuisanl soi-même, et bientôt aux jouissances succède le dégoût. Le spleen est la plus terrible des maladies. Admettons pourtant, hypothèse inadmissible, que l'égoïste ait conservé dans toute sa plénitude le sentiment des jouissances, qu'il n'a plus à désirer, puisqu'il en dispose à son gré; admettons une béatitude
matérielle conquise aux dépens des lois morales. Le monstre né de cette anomalie peut-il ne pas se vanter de son triomphe? Peut- il ne pas devenir l'apôtre de la doctrine à laquelle il doit son bienêtre? Tous ceux qui l'entourent apprendront de lui à conquérir la fortune aux dépens de ceux qui la possèdent? N'est-il pas un de ceux-là? Ne doit-il pas, tôt ou tard, être victime des siens? Comme le bœuf à l'engrais, il est fatalement destiné à être égorgé par ceux-là mêmes qui l'ont nourri.
Ces considérations sont aussi vieilles que l'humanité. L'antiquité classique nous les présente sous toutes les formes; la lecture seule des auteurs classiques suffirait à nous les révéler. Mais, à côté de la morale des faits et de la morale de la tradition, la science moderne a constitué une morale plus impérieuse et plus élevée. Le temps est venu d'éclairer l'humanité sur l'accord des lois de la matière et de celles de l'âme.
Ce que les grands esprits, avons-nous dit, n'ont pas osé affirmer dans le domaine de la science, faute de démonstration suffisante, ils l'ont affirmé dans le domaine de la foi. Or, de toutes les affirmations la principale est l'immortalité de l'être. De celte affirmation découle nécessairement l'idée d'un être parfait, car le temps étant éternel, il y a eu nécessairement possibilité d'une perfection infinie. De celte affirmation découle également la responsabilité de chaque être, et le dogme des récom-
LA QUESTION ROMAIMI.
penses et des peines qui sont proportionnées à nos efforts et à nos faiblesses. Si l'intelligence est indestructible, si la mort n'est pas un anéantissement, mais un simple changement d'état , si en un mot notre individualité persiste dans l'éternité du temps et dans l'infini de l'espace, il demeure évident que nous ne pouvons nous soustraire aux conséquences de nos actions bonnes ou mauvaises, aux avantages ou aux souffrances qui doivent en résulter.
L'homme est un composé de deux éléments : l'un, matériel , se compose de particules solides ou fluides; l'autre, spirituel, préside à l'organisation de ces particules. Le premier est connu sous lo nom de corps, le second sous celui d'âme. Le corps est donc formé d'un ensemble de molécules qui se dissipent et se renouvellent sans cesse; en quelques années , il abandonne presque toutes les parties matérielles qui le constituaient, et cependant il garde, à travers des modifications aussi radicales, la conscience de son individualité.
Pour que de pareilles transformations puissent s'opérer sans altérer l'ensemble, il faut nécessairement admettre l'existence d'un être invisible mais persistant, dont l'être visible n'est que la représentation sensible et passagère. Il en résulte que si toutes les molécules matérielles d'un corps disparaissent, on ne saurait en conclure que l'esprit qui les présidait a disparu.
Voilà pour l'affirmation philosophique; exami-
rions maintenant les faits à un point de vue plus précis, celui de la science expérimentale.
Ce que la raison nous apprend au sujet de l'indestructibilité de Famé, la science nous le démontre par Tindestructibilité de la matière. La chimie a constaté , sans qu'il lui soit resté un seul doute, l'impossibilité d'anéantir les particules matérielles, même les plus grossières, ces particules que tant de personnes considèrent comme l'essence de l'être, et à l'anéantissement desquelles elles subordonnent notre individualité.
Eh bien! ces molécules, cette poussière, cette boue, dont on veut que nous soyons exclusivement formés, résistent à tous les agents de destruction auxquels l'ingéniosité de l'esprit humain a essayé de les soumettre. Elles ont pu être modifiées, transformées, déguisées, mais jamais anéanties.
Prenez un grain de sable, un caillou» un fragment de métal, un peu de boue : livrez-les au marteau, au pilon, réduisez-les en poudre impalpable... l'arrangement qui présidait à leurs molécules disparait, mais aucune de ces molécules n'a perdu ni son action ni ses propriétés primitives.
Le bras de l'homme, aidé des forces de la matière, n'est-il pas assez puissant? Appelez à votre aide les réactifs, la fournaise, la flamme des piles électriques les plus intenses, les commotions même de la foudre : cet atome de sable, de pierre, de fer ou de boue se rira de vos efforts. // est; vous pourrez le faire changer de forme, vous ne pourrez jamais le détruire; vous en ferez une pâte, un liquide, un gaz, une flamme même, mais il ne s'anéantira point, il sera perceptible aux appréciations les plus délicates des sens et, pour affirmer son existence, il se reconstituera le plus souvent sous la forme même que vous lui connaissiez.
L'immortalité n'est donc pas seulement le propre des choses invisibles, elle appartient aussi aux choses visibles; une molécule matérielle persiste à travers le temps et l'espace tout aussi bien qu'une idée. Parce quelle peut entrer dans la composition de formes différentes, elle ne change pas par elle-même, elle ne fait que changer de fonctions. Si donc on veut nier l'âme, si l'on renferme dans la matière même la conscience de l'être, on reste néanmoins soumis aux lois rigoureuses de l'intelligence, on est contraint également de confesser l'immortalité.
Les affirmations de la foi n'ont donc fait que précéder les affirmations de la science; malheureusement on les a réduites à des acceptions trop étroites. Dieu n'est pas enfermé cn'^e le sol et les nuages. Il se
révèle avec plus de grandeur que jamais dans la science moderne, et nous ne comprenons pas pourquoi la religion se refuse à suivre l'intelligence humaine dans ses développements, quand elle a été la première à les provoquer. C'est à la science d'au- Irefois que les prêtres ont du toute leur autorité passée. Qu'ils empruntent à la science d'aujourd'hui leur autorité future. Jusqu'à présent, ils semblent ne connaître, en fait d'enseignement nouveau, que les calomnies d'élèves paresseux et mutins qui trouvent plus facile de nier son efficacité que de la suivre dans ses explorations.
Si donc, au lieu de nous présenter de simples formules, la religion établissait sa théorie, nous la trouverions moins en désaccord avec la science qu'on ne pourrait le croire, et ses dogmes seraient à la science ce que l'énoncé d'un théorème est à sa démonstration. De ce que les vérités professées par le catholicisme sont à l'état d'intuitions ou d'instinct, doit-il s'en suivre que nous ne puissions les vérifier sans cesser d'être religieux? Les contradictions apparentes que nous trouvons entre la théorie catholique et la théorie scientifique sont-elles nécessaires au maintien de la foi? Assurément, le prêtre qui
répondrait par l'affirmative se trouverait en contradiction avec l'esprit réel de l'Église, c'est-à-dire avec les plus grands génies du catholicisme. Si depuis cent ans, l'Église a divorcé avec l'esprit moderne, est-ce à dire que cet esprit établisse une théorie nouvelle et contradictoire? Il faudrait, pour le prétendre, n'avoir fait aucune étude, ni tenté ni vérifié sérieusement aucune synthèse. La vérité est une, éternelle, immuable, également évidente à Rome comme à Paris, à Berlin comme à Londres, dans les planètes de Si ri us comme dans celles qui gravitent autour de notre soleil. Qui conçoit le mouvement, par exemple, le conçoit absolu, c'est-à-dire ne peut lui opposer ni commencement, ni fin, ni limites soit en grandeur, soit en petitesse : or do cette seule conception primitive il est facile de faire dériver toutes les idées et par suite toutes les perceptions possibles. Toute la science moderne repose sur la conception du mouvement comme la religion repose sur la conception de Dieu, c'est-à-dire de la bonté suprême. Tout ce qui est bon est beau, tout ce qui est beau est vrai. Mais pour être bon il faut exister avant tout, et la science, au lieu d'infirmer les conclusions religieuses, leur offre une base inébranlable.
Ne nous laissons pas entraîner dans l'exposition de doctrines qui ne trouveraient pas de prétextes à être développées dans cet ouvrage ; si nous sommes forcé de conclure sans avoir établi toutes
nos raisons, affirmons qu'il n'y a entre les vérités religieuses et les vérités scientifiques aucune contradiction essentielle, affirmons que l'examen attentif des lois de la matière nous conduit à reconnaître leur identité avec les lois de l'ordre moral et celles de l'ordre intellectuel. Nous en appelons à tous les savants qui ne sont pas spécialistes comme à tous les prêtres qui ne sont pas simples officiants. Dieu, qui est partout, préside aux travaux du laboratoire comme à ceux du sanctuaire, et son inspiration descend sur les chaires du professorat comme sur celles du clergé. Sa puissance rayonne sur la tête des gouvernants comme sur celle des pontifes. Toute gloire, toute force, toute persuasion et toute vérité procèdent de lui.
Combien de temps le méconnaîtrons-nous en prétendant que notre univers est le jouet de deux forces contraires? L'Église n'a-t-elle pas fait depuis longtemps justice du manichéisme? Nous entendons aujourd'hui la majorité du clergé mettre Satan en opposition avec le Christ, comme jadis les mages mettaient en opposition Oromane et Ahrimane. Faut -il lui répéter qu'une pareille doctrine est un des plus grands schismes dont ait fait mention notre histoire religieuse? Faut-il lui rappeler que Satan n'existe pas, qu'il n'est qu'une invention de notre folie, que nous avons pris l'ombre de notre ignorance pour l'incarnation du mal, que nous avons voulu peser Dieu dans un des plateaux de nos ba-
no
lances humaines et que nous nous sommes imaginé que le vide de l'autre plateau lui faisait contre-poids? Les ténèbres ne nient pas la lumière, car l'absence de lumière affirme l'existence de la lumière comme l'idée de froid affirme l'idée de chaleur, comme l'inertie affirme le mouvement, comme la mort affirme la vie... Toute négation n'est au fond que l'envers et en quelque sorte un mode d'affirmation.
Entre la nature et Dieu, il y a la raison humaine qu*on ne saurait supprimer. C'est pour l'avoir trop dédaignée que le clergé se trouve dédaigné à son tour. La raison est le seul moteur efficace de tous les actes de l'humanité, c'est par elle que toutes les vérités divines pénètrent dans le monde matériel. La raison seule suffit presque à maintenir les sociétés et les empires, c'est elle qui inspirait les Confucius et les Platon, comme elle inspira plus tard les saint Augustin et les saint Thomas, car elle est une manifestation permanente de la divinité. Si le bas clergé du moyen âge damnait, à l'exception de quelques Hébreux, l'humanité toute entière, la religion moderne ne doit pas craindre de réparer cette injustice. Elle doit s'affirmer avec grandeur.
Elle doit se retrouver dans tous les temps et chez tous les peuples.
Elle doit se réconcilier avec la science à laquelle elle a dû tout son prestige.
S'il est dans le catholicisme quelques esprits sérieux et sincères, nous les conjurons de s'opposer à ce que le clergé moderne renie les enfants, comme le clergé du moyen âge a renié les pères. Ils sauront reconnaître la justice et la sincérité de nos intentions; ils nous aideront à prévenir une crise douloureuse pour les générations futures. Ils auront l'indulgence et la charité que la science ne peut avoir, et nous leur prêterons la force que la science possède. Mais la science ne peut venir en aide aux traditions du moyen âge, la science ne peut soutenir la religion moderne quand elle se manifeste par des revendications trop âpres de ses intérêts matériels. Sa route est tracée; sa marche est fatale, elle la poursuivra comme elle Ta toujours fait, en dépit des révolutions religieuses et sociales, sûre de sa force et de son éternité.
Résumons-nous. L'hostilité personnelle du Pape et du roi d'Italie n'existe qu'à distance et parce que
des intermédiaires hautains et impérieux, toujours disposés à se jeter dans des mesures extrêmes, entourent Pie IX, détournent son attention des intérêts religieux et ne l'entretiennent que d'affaires politiques. Le Pontife, appelé continuellement à se prononcer dans des questions administratives, perd de vue la mission bien autrement élevée que doit incessamment poursuivre le vicaire de Jésus-Christ, l'œuvre de la pacification et do la concorde, la préparation du règne de Dieu sur la terre. Que ces prélats, moitié prêtres, moitié soldats, s'écartent du trône pontifical, et non-seulement Victor-Emmanuel, mais tous ses ministres avec lui viendront rendre hommage au chef de la chrétienté.
En ce qui concerne la question d'indépendance du Pape, nous croyons qu'une liste civile votée par l'Italie et garantie par toutes les nations catholiques la consoliderait plus fortement qu'elle ne l'a jamais été. Le monde catholique ne revendique, en fait de biens, que les églises et les monuments religieux ; il ne saurait se reconnaître un droit de propriété sur les sujets romains, ni croire son existence compromise, parce que le Souverain Pontife cesserait d'être monarque. La monarchie n'est après tout qu'une délégation confiée au cardinal Àntonelli ; son existence doit être considérée comme une source continuelle de dangers pour le Père commun de tous les fidèles.
On se souvient que ce n'est pas le Souverain
Ponlife, mais le roi qui, en 18V9, s'est enfui à Gaête, car la dislinclion des deux personnes a toujours été faite par les révolutionnaires, même les plus exaltés.
Enfin pour ce qui regarde la dissidence des doctrines modernes et des dogmes traditionnels de l'Eglise, nous la considérons comme superficielle. Celle dissidence n'aurait jamais eu lieu si le clergé avait pris une part plus active aux études et aux enseignements scientifiques. Pour la faire disparaître il suffirait de faire revivre l'esprit qui a présidé à tous les développements du catholicisme et ne pas s'obstiner dans une interprétation trop étroite des textes. C'est, en définitive, l'enseignement primaire de la religion qu'on veut faire prévaloir sur l'enseignement supérieur. Le catéchisme prétend avoir raison de la théologie et s'imposer aux enfants comme aux hommes; or, le catéchisme n'est qu'un formulaire dont la théorie doit se trouver constituée de toutes pièces. Il faut mettre cette théorie en évidence si l'on veut que l'enseignement primaire conserve son autorité. La science, qui procède de Dieu, serait-elle moins évidente que la science attribuée aux hommes? la vérité moins radieuse dans le sanctuaire que sur les bancs de l'Université? la foi de l'homme qui ignore, supérieure à la foi de l'homme qui sait? la soumission servile préférable à la certilu ic?... Nous ne croyons pas que tel soit l'esprit de l'Eglise, et, malgré les assertions
je ses prétendus défenseurs, nous persistons à croire que le catholicisme n'a pas vécu dix-huit siècles, pour asservir l'intelligence et travailler à la cristallisation de l'humanité.
SITUATION GÉNÉRALE
Quand on se reporte au début de la révolution italienne, on est moins surpris de la rapidité avec laquelle elle s'est accomplie que de la concorde qui y a présidé. Les chefs des partis les plus exaltés y ont fait abdication de leurs prétentions pour concourir avec une persistance héroïque à la transformation du pays. L'esprit de caste et de cité, enchaîné partout par l'instinct des véritables intérêts de l'humanité, s'est incliné devant la volonté de populations résolues qui ont manifesté leurs tendances avec ce
calme énergique qui triomphe des discordes et fait prévaloir la cause commune sans tomber dans le désordre et dans l'excès.
Mais ce qui surprend par dessus tout, c'est le triomphe soudain d'une idée qui semblait jusquelà noyée dans l'océan des aspirations sociales, l'idée d'unité des peuples. Celte idée, en effet, ne semble avoir été caressée jusqu'au xix e siècle que par des conquérants ou des théoriciens; aujourd'hui elle a jeté de profondes racines dans les masses.
La persistance avec laquelle l'unité a' été acclamée en Italie explique le succès inouï de la révolution actuelle. En vain les partis ont-ils essayé de faire prévaloir leurs systèmes, en vain les gouvernements ont-ils cherché à maintenir leur légitimité, tous les patriotes également éloignés des extrêmes se sont réunis autour du seul drapeau que la civilisation moderne permettait d'arborer en Italie. Garibaldi n'est pas un chef de bandes, ni le représentant d'une faction quelconque, Victor- Emmanuel n'est pas un ambitieux entraîné par le désir d'étendre les frontières de son royaume; l'un et l'autre ne sont que des unitaires.
Lorsque Pie IX monta sur le trône pontifical, ses concessions à l'esprit moderne n'avaient d'autre but que d'étayer le pouvoir temporel du Saint-Siège et de l'assouplir aux exigences de l'époque. L'Italie ne voulut pas s'arrêter à ces premières concessions ; elle voulait son unité. Après lavoir demandée au
SITUATION GÉNÉRALE. 2OT
Souverain Pontife, elle la demanda aux doctrines républicaines, mais elle n'acceptait la république que comme un moyen et non comme un but. Elle ne tarda pas à reconnaître que celte forme de gouvernement était essentiellement nuisible à l'entente extérieure ; elle se retourna alors vers le Piémont qui avait toujours été un des royaumes les plus disciplinés de l'Europe.
Le Piémont ne faillit pas à l'appel, et s'il éeboua à Novare, ce fut pour se relever avec plus d'énergie que jamais contre la domination autrichienne qui maintenait le morcellement de l'Italie. Tout ce qu'il y avait de forces vives dans la Péninsule s'était concentré autour du trône de Victor-Emmanuel; la France jeta son épêe dans la balance : le succès couronna tant d'efforts. Si aujourd'hui Rome et Venise sont encore enchaînées par les liens de l'ancienne politique, on n'en doit pas moins constater que l'Italie est faite.
Le royaume d'Italie a été proclamé par le peuple et reconnu par la presque totalité des gouvernements; il existe en fait pour toutes les nations. Il compte désormais au premier rang des Puissances européennes; il importe donc d'examiner quelle esl
CIIAITHIE IX.
sa politique tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, quelles sont ses ressources et ses destinées.
À l'extérieur, il est évident que la politique italienne est intimement liée avec celle de la France, qu'elle ne subit pas, mais qu'elle doit modifier au point de vue des intérêts communs de la race latine. Elle doit, comme la France, intervenir contre les ambitions qui tendent à troubler la prospérité du monde civilisé, contre les guerres d'usurpation et de conquête, contre toutes les tentatives qui auraient pour but d'entraver l'action du progrès régulier et pacifique sur tous les points du globe. Elle doit faire prévaloir cette politique loyale qui sait subordonner les égoïsmes et les orgueils nationaux aux intérêts communs de l'humanité, politique sans arrière pensée et sans rélicences, seule capable de rassurer les peuples dans les plus grands dangers parce qu'elle sollicite des dévouements qui ont la conscience de leur efficacité.
11 y a là une force morale bien supérieure à toutes les forces physiques, parce qu'elle n'est jamais atteinte dans son essence même et qu'elle provoque toujours de nouveaux et de plus énergiques défenseurs. L'union de l'Italie avec la France représente en effet aux yeux de l'Europe la solidarité des peuples. Si nombreux que soient les ennemis communs, ils ne pourront la battre en brèche ; les hommes qu'ils pourront diriger contre elle sauront toujours qu'ils luttent contre leurs propres intérêts,
SITUATION GÉNÉRALE
et ne tarderont pas à se retourner contre leurs dominateurs.
C'est un fait reconnu d'ailleurs par toutes les Puissances européennes, qu'il faut à une armée autre chose qu'une discipline rigoureuse et de bons officiers ; il lui faut avant tout des soldats convaincus. Or, la conviction ne pénètre dans l'âme du soldat que quand il a été admis à apprécier d'abord la cause pour laquelle il combat. Le principe de l'idée tend donc à prévaloir déûnitivement en Europe, et désormais le soldat citoyen remplacera le soldat mercenaire. On pourra peut-être égarer la conscience des combattants, mais leur conscience n'en sera pas moins en jeu, et se prononcera tôt ou tard en faveur de cette unité dans laquelle doivent se fondre tous les membres de la grande famille humaine.
Les grandes luttes am h rr«r.ce et l'Italie viennent de soutenir pour l'unité ont déjà porté leurs fruits. L'Allemagne, frappée de la puissance que l'entente franco-italienne vient de donner à la race latine, a cherché déjà à réaliser l'entente de toutes les races germaniques. Quoique des esprits chagrins aient prétendu voir dans cet essai une tentative de coalition contre la France, il faut reconnaître que l'Allemagne a obéi à la politique commune, et que la race germanique, en suivant les traces de la race latine, est plus rapprochée d une entente qu'elle ne l'a été à aucune époque de l'his-
toire. Les Allemands, désunis, sont peut-être moins forts, mais ils sont plus hostiles, parce qu'ils se sentent menacés; les Allemands, unis, seront plus résistants, mais moins dangereux, parce qu'ils n'auront plus la crainte de voir leur tranquillité compromise. Le propre de la politique moderne est de faire les peuples puissants, parce que la conscience de la force dissipe la méfiance, prévient les convulsions subites à la première alarme, et permet de juger et de résoudre les querelles politiques au lieu de les irriter et de les éterniser par les interventions violentes.
Si l'Italie est assujettie, non par la reconnaissance ou la faiblesse, mais par son intérêt même, à suivre la politique de la France, elle la modifie de deux manières, en la rendant plus forte d'abord, en concentrant ensuite d'une manière particulière son attention du côté de la Méditerranée. En effet, la politique de l'humanité cessera désormais de s'appeler française, pour prendre le titre d'universelle, car elle ralliera nécessairement à sa cause l'Espagne et toutes les nations qui reposent sur les traditions de la société latine. 11 devient évident dès lors que cette politique, cessant d'être personnifiée par une seule nation, acquiert sur le reste du monde une autorité d'autant plus grande qu'elle se montre plus dégagée d'intérêts égoïstes. En permettant d'ailleurs de grouper toutes les forces de la civilisation, elle a autorisé l'empereur Napoléon III à proposer a
SITUATION GÉNÉRALE
l'Europe ce congrès pacifique, contre lequel luttent si vainement les partisans des vieilles monarchies, qui prétendent gouverner le monde du sein de leur isolement et tenir toutes les nations en tutelle, à l'exception de celles qu'elles représentent.
Il est également évident que la Méditerranée devra à la constitution de l'Italie de redevenir ce qu'elle était aux temps les plus brillants de la civilisation romaine, le plus grand, le plus peuplé, le plus commerçant et le plus riche des lacs du globe. Les flottes combinées de la France et de l'Italie assurent désormais la tranquillité de cette mer; les rivages depuis si longtemps infertiles de l'Afrique et de l'Asie-Mineure commencent à se repeupler, les relations commerciales se multiplient, et quand l'isthme de Suez sera percé on verra se répandre dans ce merveilleux bassin toutes les richesses de l'extrême Orient.
La politique extérieure de l'Italie doit donc concourir d'un côté à la pacification de l'Europe et de l'autre à celle de la Méditerranée. Ses forces isolées ne pourraient suffire à une tache aussi vaste; réunies à celles de la France et de l'Espagne elles remporteront sur toutes les forces du monde» Dans
l'état actuel ces trois Puissances disposent d'un million de soldats aguerris; en cas de danger elles en trouveraient le triple au premier appel. Quelle coalition pourrait triompher d'un aussi grand nombre de défenseurs?
L'Italie seule compte actuellement plus de trois cent mille hommes sous les armes; au premier janvier 1863 son armée comprenait huit régiments de grenadiers, soixante-douze régiments d'infanterie de ligne, trente-six bataillons de bersaglieris, dix-sept brigades de cavalerie, neuf régiments d'artillerie, deux de génie, trois du train et des équipages, quatorze légions de carabiniers royaux, cinq écoles militaires pour tes différentes armes, à Turin, Modène, Ivrée et Pignerol, neuf collèges et instituts divers pour l'armée.
Au commencement de 1863 on voyait déûler à
Milan cinquante-six batteries de campagne et trois cent six bouches à feu au camp de Somma. Ces batteries étaient servies comme le sont celles du Piémont qui a toujours eu la réputation de posséder une des artilleries les plus belles du monde.
A ces forces actives il faut joindre cent vingt mille gardes nationaux mobilisables, de vingt-cinq à trente-cinq ans, faisant le service militaire à cer taines époques de l'année.
La conscription, inconnue ou irrégulière jusque* là dans les pays méridionaux, s'effectua pour la première fois dans les Etats napolitains à la fin de
SITUATION GÉNÉRALE. 273
l'année 1861. On pouvait craindre beaucoup de réfractaires, mais celte crainte s'évanouit quand on vit les levées s'effectuer sans troubles et les contingents rejoindre leurs drapeaux avec enthousiasme. En Sicile, les opérations préliminaires de la conscription ne furent pas rassurantes : les Siciliens avaient été, sous l'ancien régime, exempts du service militaire. La plupart des paysans ne se rendirent pas dans les lieux où il fallait tirer au sort, les fonctionnaires tirèreut pour eux, et ceux qui furent pris vinrent se mettre sans difficulté à la disposition du gouvernement. Siciliens et Napolitains furent dirigés vers le Nord, car on ne pouvait les dresser et les laisser en garnison dans le midi où ils auraient apporté des scrupules dans la répression du brigandage. Cette répartition, excellente au point de vue administratif, n'est cependant pas de nature à encourager les méridionaux à se plier aux exigences militaires, car, élevés en plein air et au soleil du midi, ils souffrent plus que dans les autres pays de la différence des climats. Mais l'administration militaire les répartira sans doute d'une manière plus conforme à leurs besoins lorsque le recrutement des troupes sera devenu normal. Pendant les années 1862 et 1863 on n'a pas eu à signaler de nouvelles difficultés, et tout fait espérer que le pays se fera à la loi martiale qui régit depuis longtemps la France et le nord de l'Italie.
La marine italienne, nous voulons parler de la t. v. \s
marine de guerre, a les plus grandes facilités de recrutement dans les populations du littoral. Ce ne sont donc pas les marins qui manquent. Le gouvernement italien a dirigé toute son attention sur l'accroissement du nombre des bâtiments. A la fin de 1861, le général Menabrea, ministre de h marine, exposait devant le Parlement italien le détail de la flotte de guerre; elle comprenait vingt-et-un bâtiments à voile et soixante bâtiments à vapeur dont vingt-neuf à hélice. Quatorze autres bâtiments étaient en construction, soit à la Spezzia, soit à Castellamarc, soit dans les autres chantiers de l'Etat. On en avait commandé quatre à New-York et Ton se proposait d'en acheter encore s'il était nécessaire. A la fin de 1863 l'Italie comptait donc une centaine de bâtiments de guerre de toute nature.
En ce qui concerne l'instruction publique et les cultes, nous n'avons que peu de choses à dire ici. L'instruction publique jouissait depuis longtemps d'un grand développement en Piémont, en Lom- Lardie et en Toscane; elle a commencé à reprendre vigueur dans les Romagnes, les Duchés, les Marches et l'Ombrie. A Naples, il suffisait de placer l'enseignement dans des conditions plus favorables; car il
SITUATION GÉNÉRALE 275
ne manque pas de professeurs éminents; malheureusement il n'en est pas de même dans la Sicile où l'instruction est encore arriérée.
Nous avons déjà fait l'histoire des diverses modifications introduites dans le département des cultes. Toutes les religions sont tolérées, et le catholicisme reste religion d'Etat, mais avec celte réserve que le clergé ne conserve que sa juridiction ecclésiastique, car, pour tout ce qui concerne la juridiction laïque, il est soumis à la loi commune. Tous les concordats sont abolis, et l'Italie se trouve vis-à-vis du clergé dans une situation analogue à celle de la France. Il faut faire remarquer pourtant que la grande majorité des couvents dont on a décrété la suppression existent encore. On attend que les moines qui en sont possesseurs y achèvent pour la plupart leurs jours. Une caisse ecclésiastique est constituée pour servir des pensions aux moines rendus à la société.
Ces dernières mesures ont été prises sans exciter le fanatisme méridional dont on faisait tant de bruit. La liberté dont on jouit d'ailleurs dans les couveuts d'Italie n'est pas de nature à solliciter celte ferveur austère et cet amour farouche de l'isolement qui fait fuir la Société. Il suffirait d'offrir aux moines un dédommagement pour les voir rentrer dans la population active. Ce que certaines personnes regrettent le plus dans l'ancien ordre de choses, c'est la faculté de pouvoir voyager à peu de frais dans toulo
l'Italie en se faisant héberger gratuitement dans les monastères ; mais, en regard des inconvénients de la suppression des couvents , il faut signaler la source nouvelle de richesses livrées à l'agriculture et à l'industrie. Les moines ne cultivaient des domaines très-étendus qu'à proportion de leurs besoins, et, s'ils tiraient quelques profits de leurs terres en dehors de leur consommation personnelle, ces profits étaient de beaucoup inférieurs à ceux qu'en tireront les agriculteurs, qui ne laisseront pas sommeiller un des sols les plus fertiles du monde. Il faut ajouter en outre que les monastères, pour la plupart francs de toutes redevances, obéraient l'Etat sans compensation, tandis qu'ils sont soumis aujourd'hui à l'impôt et supportent une partie des charges qui pesaient sur les particuliers.
En somme, on n'a laissé subsister que les communautés religieuses dont les membres sont utiles à la société, soit dans l'enseignement, soit dans le service des diverses administrations de charité publique et privée. Il est certain que ces dispositions, que le clergé présente aujourd'hui comme scandaleuses, réhabiliteront la religion dans la population Italienne en supprimant ces moines dont les masses ne peuvent comprendre l'oisiveté studieuse ou frivole.
SITUATION GÈNE IULE
Les efforts qui tendent à faire renaître la prospérité agricole en Italie ne prennent pas seulement leur source dans les antagonismes de la religion et de l'État. Si les domaines du clergé sont de nouveau livrés à l'exploitation laïque plus active et plus intéressée, il reste à défricher des bois dans les vallées, à pacifier les campagnes éloignées des grandes villes, à faire disparaître les eaux stagnantes qui, sur différents points, couvrent le sol de l'Italie, enfin à solliciter l'activité publique en créant des voies de communication qui permettent l'écoulement des produits et multiplient les relations des différents peuples les uns avec les autres.
Nous avons vu déjà qu'autour de Rome les marais Pontins ne sont qu'en partie desséchés, et qu'à chaque époque de l'année les miasmes qu'ils exhalent rendent le pays inhabitable pour une partie de la population. Le gouvernement pontifical n'a pas encore pris l'initiative d'un dessèchement définitif. Les incertitudes politiques s'opposent, d'ailleurs, à la constitution des grandes compagnies industrielles qui pourraient rendre à la culture une bonne partie des terrains inféconds. Il faut d'abord solliciter
l'activité individuelle, et rétablissement des chemins de fer peut seul faire aboutir à un résultat efficace.
Au moment de la paix de Villafranca, l'Italie n'avait, en réalité, qu'une seule grande ligne ferrée, celle qui reliait Turin à Milan, à Venise, à Trieste et à Vienne. Cette ligne a été prolongée jusqu'à Suze, au pied du mont Genis qu'elle doit percer sur une étendue de 12 kilomètres pour rejoindre Lanslebourg, Saint Jean de-Maurienne, Chambéry et Aix-les-Bains, puis la ligne française de Lyon à Paris.
Le percement du Mont-Cenis sora un des plus grands et des plus merveilleux Ira vaux de notre époque. Victor-Emmanuel, jaloux de voir son règne signalé par des entreprises d'utilité publique, a voulu que le percement du Mont-Cenis fût réservé aux ingénieurs italiens. La difficulté de l'œuvre est d'autant plus grande que, sur toute la longueur du tunnel à établir, il faut renoncer à pratiquer des puits ou prises d'air à cause de la baulcur de la montagne.
On sait qu'il est d'autant plus difficile de pousser les mines, que l'on se trouve à une plus grande profondeur, et que la ventilation ou le renouvellement d'air est une condition indispensable à l'existence des travailleurs. Il a donc fallu, à l'entrée du tunnel en percement, établir une machine qui, faisant fonction de pompe pneumatique refoulante, chassât avec une grande force l'air dans des tuyaux
SITUATION GÉNÉRALE
jusqu'au fond du tunnel. Un cours d Van, qui passe à quelque distance, a permis d'obtenir ce résultat. D'énormes pistons, mis en mouvement par le courant, fonctionnent sans cesse dans l'intérêt des mineurs.
L'autre difficulté, non moins grave, consiste dans la nature même du sol ou il faut pratiquer la percée. Les Alpes sont des terrains d'éruption, rocheux dans toutes leurs parties et résistant à l'action des outils tranchants. Des machines à forer seules peuvent y pratiquer des Irous horizontaux pareils à des trous de mine. Sur toute la surface à enlever, ces trous sont ménages de distance en distance, et, grâce à la force mécanique dont on dispose, ils peuvent pénétrer à la profondeur d'un mètre. Il faut neuf heures pour arriver à ce résultat. Au bout de ces neuf heures, on dispose dans chaque trou des paquels de poudre qui font sauter les blocs sur toute l'étendue de la surface. On déblaie aussitôt; les débris sont enlevés sur des railways et déposés à l'entrée du tunnel, puis l'opération du forage recommence.
Ces données établies, on comprendra plus facilement le rapport qui fut fait sur cette gigantesque entreprise lors de la visite du prince Napoléon aux travaux du mont Cenis le 30 juin 1863.
«Ce fut par une loi de juillet 1857, dit ce rapport, que le percement du mont Cenis entre Modane et Bardanèche a élé décidé. Jusqu'en 18G0 on s occupa d établir les routes, les bâtiments d'administration, les logements d'ouvriers, les ateliers, les dérivations deau et les machines qui, mues jar l'air comprimé, devaient forer le tunnel.
«Ce n'est qu'en 1861 que Ton a commencé à l'orifice du tunnel, à Bardonèche, sur le versant italien, les premiers travaux à l'aide des machines perforatrices, et c'est seulement le 25 janvier 1863 que Ton a commencé les travaux à l'aide de ces machines, à l'orifice du tunnel, sur le versant fi ançais, à Fourneaux près de Modane. Jusque-là on avait procédé par les moyens ordinaires; il n'a pas été possible d'établir des puits selon l'usage, pour faciliter l'aérage et multiplier les points d'attaque du tunnel, parce que ces puits auraient dû avoir une profondeur de 1500 à 2000 mètres.
SITUATION GÉNÉRALE