‹ Histoire de l'Italie 1789-1863Chapitre 6 sur 32 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

primées, les passe-ports à l'intérieur abolis, les taxes postales, les monnaies, les poids et mesures et l'administration télégraphique assimilés à ceux du Piémont.

Les études universitaires, tant primaires que secondaires, avaient été refondues conformément aux besoins de l'époque; de nouvelles chaires de droit et de sciences naturelles avaient été créées à Bologne.

Une armée forte et bien organisée s'était constituée; elle se composait de quinze mille hommes d'infanterie et d'un millier de chevaux; les colonnes mobiles avaient été transformées en corps permanents.

Les finances étaient en bon état; malgré les dépenses nécessitées par l'organisation militaire et la création de nouvelles institutions, il restait un bénéfice de trois cent mille écus; cet état de choses témoignait assez que le gouvernement de la révolution avait fonctionné d'une manière régulière et conformément aux intérêts du pays.

L'idée d une ligue de l'Italie centrale ne pouvait pas aboutir; on y substitua celle de la constitution d'un royaumed'Etrurie, dont la régence serait conférée au prince de Carignan; mais cette nouvelle organi-

LE PAPE

sation n'était qu'un acheminement vers l'annexion au Piémont. Elle permettait en outre au général Fanti d organiser une armée dans les Etats du centre.

11 devenait évident que toutes les populations du centre allaient se prononcer pour la constitution d'un royaume de la haute Italie, sous le gouverne, ment de Victor Emmanuel. Des députalions de la Toscane et des Romagnes vinrent témoigner de ce désir, dont l'unanimité avait été préalablement constatée par le suffrage universel. Victor-Emmanuel déclara qu'il ne pouvait satisfaire sur-le-champ aux désirs des députés; mais il s'engagea à défendre leur cause devant l'Europe.

La papauté considéra cette réponse comme une déclaration de guerre. Elle signifia au chargé d'affaires piémonlais de quitter les États de l'Église, et celle signification fut accompagnée de la remise des passe-ports. Le chargé d'affaires, M. Délia Minerva, demanda huit jours, pour prendre avis de son gouvernement et se retira chez l'ambassadeur de France.

A la nouvelle de son départ, la population romaine voulut témoigner ses sympathies au repré sentant de la Sardaigne : elle se pressa à la porte de l'ambassade, dans l'espoir d'arrêter M. Délia Minerva à sa sortie ; un banquet même avait élé préparé, mais le départ fut avancé de deux heures, pour ne pas provoquer les manifestations de la foule.

Fendant que la population de Home protestait ainsi contre le pouvoir temporel, la bourgeoisie, dont les 'principaux membres constituaient la consulte des finances, protestait de son côté contre l'administration du pays. Le 3 décembre, la consulte se réunit, et son président, le cardinal Savclli,dans le discours d'ouverture prononcé devant le Pape, déclara que les finances étaient déplorables. Le Saint-Siège « s'embarquai.', disait-il, dans un passif énorme, intolérable, qui rendrait de jour en jour plus difficile sa marche économique. * Deux budgets seulement, celui des armes qui était de 2 200 000 écus, et celui de la dette publique, qui montait déjà à 5 000 000 d'écus, tendaient encore à s'accroître. En outre, on n'avait encore pu terminer, par suite des difficultés créées par le gouvernement, l'examen des comptes de l'année 18C1. Ce discours fut interrompu à plusieurs reprises par le Saint-Père, qui s'irritait de voir un cardinal faire cause commune avec la bourgeoisie. Monseigneur Savelli fut destitué; défense lui fut signifiée de se présenter jamais devant le souverain. On le remplaça par le cardinal Camci lingue Altiéri qui, tenant les clefs du trésor, no se plaindrait pas du désordre des finances. C'était paralyser Faction de la consulte.

Cependant le prince de Carignan avait refuse la régence du royaume d'Etrurie. Il était alors question d'un congres, pour mettre un terme à la question italienne. Mais la papauté ne voulait entendre

f>: PAi'i-:.

parler d'aucune conciliation. L'Europe, tout en acceptant le fait de la révolution romagnole, n'en reconnaissait pas la légitimité. La France, encore au lendemain de Villafranca, espérait sauvegarder les intérêts des princes et des peuples par son projet de confédération, qui sans doute eût abouti sans l'obstination du Pape. L'Autriche déclarait subordonner au maintien des archiducs la constitution promise à la Vénétie : le comte de Rcchberg déclara à lord John Russel que la cession de la Lombardie faite après Villafranca ne pouvait être acceptée en droit par son gouvernement qu'après la restauration des duchés. Cette restauration n'ayant pas lieu, le traite devenait nul, et, en pareil cas, le cabinet de Vienne, tout en déclarant qu'il ne ferait pour l'instant aucune tentative contre la Lombardie, réservait sa liberté d'action pour le moment qu'il jugerait opportun. Les résultats de la grande guerre allaient donc se trouver compromis par l'inexécution même du traité de Villafranca.

La situation était extrêmement compliquée. En cas de guerre, le Piémont se trouvait abandonné à ses seules ressources. Avec l'armée de la ligue, il pouvait à peine espérer de mettre cent cinquante mille hommes sur pied ; encore ne pouvait-il compter que sur soixante mille soldats éprouvés. Les forces réunies de l'Autriche, de Rome et de NapleF, pouvaient s'élever au double. Le mieux était d'attendre.

Page 1