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Casati et la majorité des membres de la municipalité, séduits parles offres du feld-maréchal, penchaient pour l'armistice, lorsque les membres du conseil de guerre, auxquels cette nouvelle était parvenue, se précipitèrent dans la salle, Cataneo en tête, et déclarèrent qu'une telle proposition ne pouvait être acceptée.
Casati , fidèle a sa 1 igne de condu ite, répondit qu'il fallait rester dans la légalité, que les soulèvements de l'Italie et de l'Autriche offraient aux prétentions des Milanais des chances favorables, et qu'il était probable que la cour de Vienne, pouréviterles conséquences funestes d'une révolution générale, accéderait aux vœux de ses sujets.
Cette réponse n'était pas de nature à convaincre le conseil de guerre. Cataneo prit la parole :
LES CINQ JOUKS. 103
« Quoi ! s ecria-t-il, c'est au moment où les chances du combat semblent se décider en notre faveur ; c'est au moment où la Lombardie va réaliser son indépendance, que vous voulez tout remettre en question, et confier nos libertés au caprice d'une domination étrangère! Vons oubliez donc que si Radetzki propose une trêve, c'est qu'il sent toute son impuissance; c'est qu'il a vu mourir ses soldats décimés par les balles de nos concitoyens ; c'est qu'il vient d'apprendre les avantages successifs que nous avons remportés; c'est qu'il a vu enfin la campagne tout entière marcher en armes pour renfermer l'armée autrichienne entre la révolution de Milan et la révolution de la Lombardie !
« Ne vous y trompez pas! cette proposition n'est autre chose qu'une ruse de guerre. Vous connaissez assez le feld-maréchal pour savoir qu'il mettra tout en œuvre afin d'arriver à son but; et son but, c'est la soumission de Milan. A l'heure qu'il est, nous jouons tous notre tête. Si nous sommes vaincus, c'est la mort qui nous attend, ou tout au moins la proscription. Cet armistice, d'ailleurs, serait non-seulement une faute, mais un crime; c'est livrer pieds et poings liés les Milanais à l'absolutisme du gouvernement militaire. Radetzki vous demande quinze jours ; mais il n'en faut pas huit pour affamer Milan ; et en supposant d'ailleurs que cette hypothèse soit fausse, ce délai suffira incontestablement à attiédir l'ardeur qui pousse la ville tout entière à la conquête de sa liberté.
« La proposition qu'on vous fait n'est donc pas acceptable. Je dirai plus, elle est impossible. Croyez-vous
pouvoir répondre d'une insurrection qui se sait victorieuse? Vous signerez lacté avec votre plume, les Milanais le déchireront de leurs balles. Lorsqu'une révolution éclate, quelques hommes ne peuvent l'arrêter. S'ils se lient à l'obéissance que les insurgés leur accordent, ils doivent se souvenir que cette obéissance ne leur est prêtée que parce qu'ils marchent à la tête du mouvement. Vous ne pouvez rien pour comprimer l'insurrection; la conclusion d'une trêve ne servirait donc qu'à vous attirer à la fois et l'indignation des Milanais qui ne voudraient pas la reconnaître, et la colère des Autrichiens qui vous reprocheraient, à juste titre, de n'avoir pas exécuté votre engagement. »
Ce discours était trop palpable de vérité pour ne pas faire naître l'hésitation parmi les membres de la municipalité. La majorité était déjà de cet avis, qu'il fallait rejeter l'armistice, lorsqu'une circonstance vint couper court à toute discussion nouvelle. Un prêtre s'introduisit dans le lieu de la délibération ; c'était le desservant de l'église Saint-Barthélemy. 11 annonça que les Croates venaient de commettre d'horribles assassinats, et qu'ils , avaient tué le prêtre chargé de prêcher le carême.
Ce fut à ce moment que les consuls étrangers, qui avaient protesté contre le bombardement et sollicité l'armistice, se présentèrent; ils étaient venus demander a Casati lui-même quelles étaient les conclusions prises
sur la suspension d'armes. Le conseil de guerre et le conseil municipal répondirent, à la presque unanimité des voix, que l'armistice était rejeté. Dès ce moment, la municipalité se forma en gouvernement provisoire. A côté d elle, plusieurs comités s étaient organisés; outre le conseil de guerre, nous citerons le Comité de vigilance pour la sûreté personnelle, le Comité des finances, le Comité des subsistances, et le Comité de la défense publique.
Ce dernier était composé de plusieurs citoyens dont les noms reparurent plus tard dans le comité de la guerre. Les voici :
Directeur en chef : Ricardo Ceroni ; — Antonio Lissoni, Anfossi, Camevali, Luigi Torelli, Biardi, Narducci.
Il était situé maison Vidiserti, rue del Monte.
Aussitôt après le rejet de l'armistice, le gouvernement provisoire et le comité de la guerre faisaient afficher les décrets suivants :
« Citoyens !
« L'armistice que l'ennemi nous avait offert, nous l avons rejeté sur l'instance du peuple, qui veut combattre.
« Nous combattrons avec le même courage qui nous rendit vainqueurs dans quatre jours de lutte, et nous vaincrons encore.
« Citoyens! recevons de pied ferme ce dernier assaut
10* HtVEIL.
de nos oppresseurs, avec cette foi calme qui naît de la certitude de la victoire.
« Les cloches répondent joyeusement à la fureur des canons, et, vienne l'ennemi, nous saurons le combattre gaîment, et gaîment nous saurons mourir !
« La patrie adopte pour ses fils les orphelins des morts sur le champ de bataille, et elle assure aux blessés sa reconnaissance et leur subsistance.
« Citoyens ! cette publication vous est faite par les soussignés; ils se sont constitués en gouvernement. Cette conduite leur a été dictée par la nécessité des circonstances et par le vœu des combattants.
« Casati, Président.
« VlTALIANO BoRROMEO, GuiSEPPE DcRINI , PoMPEO
Litta, Gaetano Strjgelli, Mario GreppIi Alessandro Porro, Cesare Correnti, secrétaire général. »
« Citoyens!
a Vos frères persistent dans leur résolution. L'armistice offert par l'ennemi a été rejeté par nous. Courage et perévérance, la victoire est assurée !