Le matériel de guerre de tout genre restera à Venise
Le transport des troupes aura immédiatement lieu pour Trieste, par tous les moyens possibles et par la voie de mer.
5. Les familles des officiers et des soldats qui doivent partir seront sauvées; les moyens de transport leur seront procurés par le Gouvernement qui va se constituer.
6. Tous les employés civils, italiens et non italiens, seront garantis dans leurs personnes, leurs familles et leurs biens.
7. Son Excellence M. le comte Zichy donne sa parole d'honneur de ne quitter Venise que le dernier, comme garantie de ce qui est dit plus haut. Un navire à vapeur sera mis à la disposition de Son Excellence pour le transport de sa personne, de sa suite et des soldats qui resteraient les derniers.
8. Toutes les caisses devant rester ici, on ne donnera que l'argent nécessaire à la paie et au transport des susdites troupes. La paie sera faite pour trois mois.
Fait en double original.
Comte Zichy,
Lieutenant-maréchal commandant la place.
Témoins : Jean Correr , — Louis Michiel, — Dataico-Medin , — Pierre Fabris, — Jean-François Avesani, — Ange Mengaldo, commandant,— Léon Pincuerle, — Constantin Alberti, —François, doct.y — Beltrame, — Antoine Nczani.
Le lendemain, 23 mars, Manin composa la liste des membres du gouvernement provisoire. Son nom et celui de Tommaseo étaient en tête.
La ville avait été évacuée par les troupes autrichien-
VENISE ET MANIN
nés. La garde civique fit bénir sa nouvelle bannière par le patriarche-cardinal Monico, -sur la place de Saint- Marc. Le prélat fit un discours où il prouvait son amour pour la république de Venise, et il le termina en disant que la croix était devenue un symbole de liberté, et que celui qui la portait, Pie IX, était le plus grand des hommes.
Aussitôt après la cérémonie, le commandant de la garde civique, Mengaldo, monta sur une estrade, et proposa au peuple la liste des membres du gouvernement provisoire; en voici les noms :
Nicolo Tommaseo, au département de l'Instruction publique et des Cultes;
Jacopo Castelli, au département de la Justice;
Francesco Camehata, au département des Finances ;
Francesco Solera, au département de la Guerre;
Antonio Paolucci, au déparlement de la Marine;
Pietro Paleocapa, au département de l'Intérieur et des Travaux publics.
Leone Pincherle, au département du Commerce ;
Angelo Toffoli, membre du gouvernement, sans portefeuille;
Daniele Manin, au département des Affaires étrangères.
Castelli était un des plus célèbres avocats de Venise; Camerata, Solera, Paolucci et Paleocapa n'étaient pas moins distingués tant pour leurs sentiments républicains que pour leurs aptitudes à régir chacun leur département spécial. Léon Pincherle, israélite, était destiné à
ITAL. t>
Président : Daniele Manin.
représenter la liberté des cultes, comme Angelo Toffoli, tailleur, devait représenter la participation du peuple au pouvoir. Somme toute, le gouvernement était sagement et habilement composé. L'acclamation populaire le confirma.
Pie IX lui-même, comme pour répondre à la voix de son représentant, envoya sa bénédiction à la nouvelle république. Cette pièce était signée de sa main : « Que Dieu, disait-il, bénisse Venise, en la délivrant des maux qu'elle craint, et que, dans les ressources infinies de sa toute-puissance, il daigne conserver à son peuple le bonheur qu'il mérite. »
Ainsi, dans des conditions différentes, la révolution de Venise se terminait à la même heure que celle de Milan ; mais dès lors aussi les contrées lombardes et les contrées vénitiennes formèrent deux peuples différents et subirent des directions particulières.