‹ Histoire de l'Italie en 1848-49Chapitre 19 sur 50 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

TOSCANE ET SÀRDA1GKE.

Toutefois, avant de continuer cette histoire, nous devons résumer en quelques lignes la situation des deux pays dont nous n avons pas parlé jusqu'ici, la Toscane et la Sardaigne.

La Toscane, de tous les pays de la Péninsule le moins malheureux, était gouvernée par un prince un peu faible, mais sincèrement épris du désir de se concilier l'affection populaire. Le grand-duc Léopold H n'avait aucun de ces antécédents qui ont pesé sur la vie des autres princes italiens ou de leurs prédécesseurs. Loin de là, sous son aïeul, la Toscane avait été administrée par des

lois qui admettaient les principes proclamés plus tard en France par la révolution de 89 ; la peine de mort en était même bannie. Le Code Léopoldin, devançant les réformes sociales des autres pays, démontrait donc que si Tltalie, toute morcelée, ne pouvait pas, comme la France, faire triompher les réformes dans l'Europe entière, elle en avait du moins la première compris les nécessités et appliqué les principes. C'était là la source du gouvernement paternel et intelligent qui régissait Florence.

Lorsque les réformes de Pie IX vinrent améliorer le sort malheureux des Etats Pontificaux, le grand-duc Léopold, assuré de ne pas être en opposition avec l'es prit général des princes et des sujets italiens, suivit le premier le souverain Pontife dans la voie du progrès ; il créa une consulte royale d'Etat et réforma les lois sur la presse.

Ces deux institutions, opérées en 1847, étaient plutôt un essai du régime libéral que la réalisation elle-même de la liberté. Nous l'avons dit, Léopold était bon, mais faible ; il voulait en quelque sorte sonder le terrain sur lequel il allait s'avancer ; il élargissait le cercle des réformes avec une inquiète timidité. Mais il témoigna son bon vouloir en remettant en vigueur le décret qui avait aboli la peine de mort sous son prédécesseur, et en amnistiant généreusement toutes les personnes condamnées pour les troubles de Pise(i).

(1) C'est à cette occasion que le professeur MoiHancIli, qui de-

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Après quelques mois d'essai employés à s'assurer de l'efficacité de ses premières réformes, il créa une garde nationale, et, le 1er février 1848, il annonça, par un motu proprio spontané, qu'il allait étendre la liberté de la presse et constituer de nouveau la consulte d'Etat.

Quelque temps avant ce motu proprio, il avait opéré la réunion du duché de Lucques à ses États. C'était l'infant Charles-Louis qui régnait sur ce duché.

Cette réunion fut accomplie peu de mois avant la mort de Marie-Louise, qu'il remplaça d'une manière si malheureuse sur le trône de Parme, Plaisance et Guastalla.

Lorsque la révolution de Milan fut connue en Toscane, le peuple s'abstint de toute insurrection. Il savait que, par sa modération vis-à-vis du gouvernement, celui-ci n'hésiterait pas à s'associer aux efforts de toutes les autres parties de l'Italie septentrionale pour reconquérir l'indépendance de la Péninsule. Ce fut, en effet, ce qui arriva. Léopold mit toutes ses forces au service de la cause italienne.

La Sardaigne, qui se composait de la régence de l'île et du Piémont, était gouvernée par Charles-Albert.

Charles-Albert, dont l'influence devait être si grande dans les luttes de l'Italie, n'avait pas d'heureux antécé-

vait être si célèbre plus tard dans le mouvement révoluUonnaire de la Toscane, improvisa un magnifique discours qui attira sur lui tous les regards du peuple.

dents. Libéral ardent lorsqu'il n'était que prince royal, il fut inexorable contre les conspirateurs quand il fut assis sur le trône. Son gouvernement resta stationnaire depuis 1831 jusqu'en 1847, époque à laquelle, poussé par la nécessité, il réalisa quelques améliorations administratives.

Le portrait de ce roi n'est pas bien long à tracer. Soldat courageux, aventurier déterminé mais sans génie, il avait tous les défauts et toutes les qualités des hommes destinés par la faiblesse de leur esprit à remplir dignement un rôle subalterne. Son caractère était chevaleresque; il personnifiait en lui les preux du moyen âge, il ne lui manqua que d'en suivre les maximes.

Nous sommes à une époque où la plume et la pensée sont devenues les seules armes redoutables. Une épée solide et un caractère belliqueux viennent échouer avec toute la logique de leur force devant le silence du cabinet et devant la science actuelle. Charles-Albert n'était ni administrateur intelligent ni tacticien habile. C'était un homme courageux, et rien de plus. Son intervention dans les affaires de 1 848 et de \ 8 'i9 nous apparaît comme un événement digne de l'intérêt et de la sympathie générale, mais sa conduite n'appartient pas plus au dixneuvième siècle que Jean-le-Bon n'appartient à la France actuelle. 11 semble même qu'en voyant se dérouler les faits qui signalèrent la guerre du Piémont et de l'Autriche, on fasse un rêve étrange et invraisemblable.

Ce fut, sans aucun doute, ce caractère à la fois étroit et chevaleresque qui valut à Charles-Albert l'enthousiame

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sympathique et les reproches amers de ses sujets et de ses alliés. Mais si, avant de lire l'histoire d'Italie, on constate que Charles- Albert était incapable de réaliser l'unité italienne, on déplorera la destinée qui lui mit sur les épaules un rôle politique supérieur à ses forces. On ne se laissera emporter ni par l'enthousiasme ni par la colère. On plaindra l'Italie et on plaindra Charles- Albert, perdus l'un par l'autre. On conviendra même que la conduite du soldat rachète suffisamment l'incapacité du roi.

Charles-Albert, cependant, combattait les Autrichiens de bonne foi pour les chasser de l'Italie, et il fut poussé en avant par deux esprits supérieurs, MM. Gioberti et Balbo, dont il est nécessaire de dire ici quelques mots.

Gioberti fut un de ces hommes qui, venus cinquante ans plus tôt, eussent présidé au mouvement intellectuel de la société. Prêtre et philosophe, il n'avait ni l'obstination routinière du premier, ni la libérale intolérance du second. Catholique éclairé, apôtre des libertés gouvernementales, il avait fondu la religion et la philosophie dans un système politique qui visait au régime constitutionnel plutôt qu'à la démocratie. 11 aimait la liberté, mais il voulait la dominer et ne pas se laisser dominer par elle; — c'était de l'amour, moins la confiance. Là peut-être fut tout son tort.

Quelque temps avant l'avènement de Pic IX, il se signala comme écrivain et comme penseur par un ouvrage remarquable intitulé // primato; ce livre fit dans la Péninsule un effet prodigieux. Le style ample et coloré qui le caractérisait était d'un admirable secours pour le développement d'une thèse étrange mais vraie, quoiqu'elle fût contredite par les faits contemporains. 11 y exposait cette idée, que l'Italie devait attendre tout son bonheur de l'influence pontificale. Le libéralisme dont il semblait revêtir la cour de Rome fut une des armes les plus puissantes en faveur de la popularité de Pie IX. Il semble, en effet, qu'après avoir tenté de réaliser la politique contenue dans le livre de Gioberti, le pape, effrayé de l'immensité d'un pareil rôle, ait voulu, par sa conduite ultérieure, enlever, de dépit, à ses successeurs une tâche qu'il a voulu être seul à tenter comme à perdre. Quoi qu'il en soit, Il Primato avait admirablement préparé les esprits et aplani la route au futur pontife. 11 avait réveillé dans les cœurs italiens le désir de l'indépendance et le goût des discussions politiques, et c'est à ce dernier titre surtout qu'on doit de la reconnaissance à Gioberti.

Le Jésuite moderne, qu'il fit paraître quelque temps après, eut un égal retentissement. 11 y attaquait d'une plume vigoureuse et sensée la déplorable conduite de certains prêtres, que leur ardeur à accumuler les richesses de la terre dépouillait du caractère sacré dont la religion les avait revêtus aux yeux des peuples.

L'élève, et en quelque sorte l'émule de Gioberti»

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