‹ Histoire de l'Italie en 1848-49Chapitre 21 sur 50 · TOSCANE ET SARDA1GNE · texte numérisé non relu

TOSCANE ET SARDA1GNE

événements de 1848 ne saurait être autre chose qu'une énigme.

Il nous reste encore un mot à dire sur la situation deMilan et sur la politique du gouvernement provisoire. Ce dernier, à part les noms deBorromeo et de Strigelli, ne présentait que des personnages plus ou moins dévoués à la cause albertiste. Il faut dire aussi qu'une partie de la ville, la plus influente, puisqu'elle avait en quelque sorte décidé la victoire par son énergique intervention, l'aristocratie aimait beaucoup mieux adopter la fusion avec le gouvernement sarde que de proclamer une démocratie qui lui eût enlevé l'influence de ses titres. Pour elle, Charles-Albert était donc réellement l'homme intéressé par-dessus tous les autres à combattre les idées de république, si dangereuses à cause du voisinage des provinces vénitiennes.

Le gouvernement provisoire, placé, par la nature de ses tendances, dans une fausse position, prit, le lendemain de la victoire, plusieurs mesures impolitiques, parmi lesquelles il faut compter l'abolition des délégations provinciales, pour les concentrer dans la congrégation centrale, et l'institution d'une espèce de police avec le nom de garde de sûreté publique. Le peuple, %qui abhorrait tant les anciens poliziotti, accueillit avec un déplais ir marqué la nouvelle garde. Quoique le décret qui l'instituait annonçâtqu'elleseraitcomposéede probes

m COMBATS.

et honnêtes citoyens, il craignait instinctivement que les noms seuls fussent changés, et que Ton ne revînt h l'ancien système d'espionnage et d'abitraire; aussi manifesta-t-il ouvertement sa mauvaise humeur. Et, il faut le dire, il ne se trompait guère. Au bout de quelque temps, l'ancien personnel de la garde fut changé, et le personnel nouveau fut recruté parmi les individus dévoués au gouvernement piémontais, qui lui donnèrent une grande ressemblance avec la police autrichienne. La presse, ce fléau de l'arbitraire, était un fantôme qui épouvantait jour et nuit ce corps nouvellement créé. On chercha donc à diffamer sous main les journalistes. Le bas peuple, toujours crédule envers ceux qui proclament avec fracas l'intention de faire son bonheur, accueillait avec naïveté tous les mensonges débités sur leur compte. Il y croyait de bonne foi, en voyant l'aristocratie tout entière se prononcer pour le régime monarchique, après avoir coopéré si vigoureusement à la délivrance de la Lombardie ; et, suivant l'impulsion du gouvernement et des classes supérieures, il qualifiait les malheureux publicistes du titre de républicains, que les agents albertistes avaient rendu synonyme de celui d'Autrichiens.

Toutes ces menées dénotaient, au début de la révolution, la pernicieuse influence des partisans de la fusion; mais ce ne fut pas là seulement qu'elles eurent de funestes résultats. Elles firent perdre à la Lombardie l'intervention de l'armée française, intervention qui n'aurait pas été refusée à cette époque aux patriotes qui ira-

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