PREMIÈRES NOUVELLES DE LA GUERRE, DU 8 AVRIL
« Peschiera est toujours entre les mains des Autrichiens. Une rencontre a eu lieu à Rivoltella, à quelques milles de Dezenzano, entre un corps de volontaires et un détachement d'Autrichiens sortis de Peschiera. Ces derniers ont été battus et forcés de se retirer.
«A la Rezzega , une escarmouche s'est engagée aussi. Un corps franc milanais a mis l'ennemi en déroute, et s'est avancé jusqu'à Ospedaletto de Mantoue.
« Cannetto, Piadena, Bozzoloet Marcaria sont occupés par les troupes piémontaises (1).
« Toute la ligne de l'armée piémontaise avance vers le Mincio.
« L'ennemi, poursuivi à outrance, a fait sauter le pont de Goïto.
(1) L'armée de Charles-Albert s'avançait à cette époque dans la contrée comprise entre le Mincio, le Chiese et l'Oglio.
« Nous avons de Brescia la nouvelle répétée qu'un corps considérable de volontaires doit partir de cette province pour le Tyrol, afin de renforcer les insurgés de ce pays et couper la retraite à l'ennemi.
« A Vienne, on fait les derniers efforts pour réunir une armée à expédier sur l'Italie.
« La garnison de cette ville, renforcée par les volontaires et par les corps de troupes ramenés sur son passage dans les provinces, se trouve en marche sur Goriz (i), pour se réunir sous les ordres du général Nugent.
t Des nouvelles de Pesth, arrivées au gouvernement provisoire, nous annoncent qu'il y a eu dans cette ville des désordres d'un caractère extrêmement hostile à l'Autriche. On en déduit facilement l'explosion d'une révolte.
« L'union forcée de toutes ces races étrangères l'une à l'autre forme et résume le problème de 1 81 5. L'absolutisme l'a posé, les peuples le résolvent.
« Mais poursuivons, et admettons toujours cette armée de renforts, admettons son nombre, son union et sa force.
« Supposons d'ailleurs l'existence de cette armée. Ne laissera-t-elle pas derrière elle la Gallicie prête à se venger des massacres ordonnés par Metternich, la Hongrie qui refuse tout protectorat, les différentes peuplades slaves et allemandes qui rêvent toutes une patrie,
(1) A l'extrémité nord-est de l'Italie septentrionale.
Di
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et qui briseront les étreintes liberticides d'un pouvoir en désarroi?
« D'ailleurs, cette armée ne pourrait avoir de force qu'en opérant sa jonction avec celle de Radetzki, et les passes du Tyrol et de la Ponteba sont soigneusement gardées .
* A Vérone, à Peschiera, les Autrichiens perdent tous les jours du terrain.
« Les dix mille hommes de Mantoue ne peuvent pas suffire à la défense de la forteresse ; toute comm unication entre elle et Vérone est coupée (1). Nugent en Carniole (et par suite en Tyrol), Radetzki à Vérone, Valmoden à Mantoue, ne peuvent pas agir de concert, et ne feront, selon toute probabilité, qu'une faible résistance.
«r L'armée italienne, au contraire, gagne du terrain tous les jours; la révolution du Milanais et du pays vénitien a été le signal d'une guerre italienne, d'une croisade nationale. »
Cette proclamation a un grand tort, c'est de faire l'ennemi plus faible encore qu'il n'est. 11 est vrai qu'on croit ce que l'on désire ardemment, mais rien n'est plus dangereux en politique que de persuader au peuple que ses adversaires sont incapables de lui résister. 11 faut plutôt nous exagérer que diminuer l'importance des puissances contre lesquelles nous avons à combattre.
(1) Celle assertion n'était pas exacte.
PI\E.MIEKS ENGAGEMENTS,
D'après ce que nous avons dit, et grâce à la proclamation qui précède, le lecteur peut se faire une idée de l'état de la guerre au 8 avril.
Radetzki n'avait pu encore faire régner ses armes dans l'enceinte du triangle où il s'était retranché, quoique les communications toutefois n'y fussent pas interceptées.
Une armée s'avançait à son secours sous les ordres do général en chef Nugent, nommé à cet effet par l'Autriche. Cette armée devait joindre le corps de Radetzki par le Frioul, en se frayant un passage à travers le nord des provinces vénitiennes. Nugent ne devait avoir le commandement en chef que jusqu'à l'époque de sa réunion avec Radetzki.
Venise était incapable d'envoyer des troupes suffisantes pour s'opposer à cette jonction ; aussi attendait-on avec impatience le général Durando, qui, arrivé à la limite septentrionale des Etats Romains, s'était arrêté.
Les uns disaient qu'il voulait faire le blocus de Ferrare, où étaient restées les troupes autrichiennes; les autres, qu'il était retardé par des ordres de la cour de Rome, inquiète pour ses intérêts du développement que la révolution avait pris, et en proie aux menées de la diplomatie, de la noblesse et du clergé. Les troisièmes, enlin, allaient déjàjusqu a prétendre qu'il trahissait la cause italienne. Quoique la conduite de Durando fut incompré-
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hensible dans les événements qui suivirent, nous ne saurions admettre une pareille accusation.
Maintenant que nous avons édifié le lecteur sur la situation des opérations militaires, nous allons suivre les différentes phases de la lutte.
Du côté du Mincio, vers lequel se dirigeait l'armée piémontaise, un engagement qui semblait devoir inaugurer heureusement la guerre se produisait le 8 avril à Goïto.
Goïto est un bourg situé à côté du Mincio, -à peu près à égale distance de Peschiera et de Mantoue.
La première division piémontaise, commandée par le général Bava, était venue camper la veille au soir à trois milles de là, par une pluie battante. La nuit fut employée à donner quelque repos aux soldats, et le lendemain, à neuf heures, on leurannonça qu'on marchait sur Goïto.
Au bout d'une heure, les chasseurs (bersaglieri) furent envoyés en éclaireurs; ils rencontrèrent chemin faisant des chasseurs tyroliens cachés derrière les taillis ; quelques coups de fusil engagèrent le combat.
Les tyroliens s'étaient repliés sur le bourg. Les bersaglieri les poursuivirent l'épée dans les reins et s'engagèrent audacieusement avec eux dans la ville. La lutte dès lors devint acharnée. Los Piémontais, excités par leur colonel de la Marmora et par le capitaine Galli délia
Montica, faisaient des prodiges de valeur, et emportaient une à une toutes les positions, lorsque ces deux officiers tombèrent, le premier la mâchoire fracassée par une balle, le second mortellement blessé.
Loin de jeter le trouble dans les assaillants, ce double malheur ne fait que redoubler leur courage. Les Autrichiens sont débusqués de leur retranchemeut et forcés de battre en retraite, malgré une vigoureuse résistance; ils finissent enfin par traverser au pas de course le pont de Goïto, dont ils font sauter une arche derrière eux.
Ce dommage n'était pas considérable. Sur Tordre du général Bava, un détachement du génie répara le pont, et le&bersaglieri, suivis de quelques soldats du bataillon Royal-Vaisseau et de la Reine le traversèrent en poursuivant l'ennemi, qui se réfugia àMantoue.
Les Autrichiens laissaient cent prisonniers et une pièce de canon aux Piémontais. Ce qu'il y eut de remarquable dans ce premier engagement, ce fut l'entrain irrésistible avec lequel les soldats italiens menèrent le combat. Cette ardeur devait se produire à un égal degré pendant toute la première période de la guerre, et elle eût été constante si un général actif et intelligent avait eu la direction des opérations.
Du 9 au 15 avril, la lutte continua par des escarmouches où les Italiens remportèrent les mêmes avantages. Le 15, on avait appris l'arrivée des troupes toscanes qui avaient passé le Pô un peu au-dessous de Mantoue. Charles- Albert partit alors de son quartier-
général de Voila, pour qu'ils pussent opérer la jonction en présence des canons ennemis.
Lorsque les Piémontais arrivèrent, ils trouvèrent les Toscans résistant avec courage contre une partie de la garnison sortie pour les écraser. L'arrivée des troupes piémontaises termina le combat, et les Autrichiens furent poursuivis jusque sous les murs de la ville.
Le 23, 1,500 Parmesans, avec quatre pièces de canon, opéraient aussi leur jonction.
Le 28, l'engagement devint général sur toute la ligne du Mincio. Mais cette fois la plupart des forces étaient en présence devant Peschiera. Les Autrichiens furent repoussés par la brigade du Piémont, et chassés des villages de Pastrengo et de Goïto près du lac de Garde.
Le 29, un autre fait d'armes s'accomplissait aux mêmes endroits.
« A huit heures du matin, dit M. Ferrero, témoin oculaire du combat, on vint prévenir notre major, M. Mudzy, qu'une colonne de près de cinq mille hommes se disposait à nous assaillir pour se frayer un passage à travers les collines et porter secours aux troupes attaquées par la brigade du Piémont. M. Mudzy fait aussitôt prendre les armes, se porte sur les hauteurs, et envoie les tirailleurs en avant. Le feu s'engage avec vigueur; nos soldats sont impatients de se mesurer avec les Autrichiens. On commence par détacher quelques pelotons pour soutenir les éclaireurs; mais la fusillade devient toujours plus vive et les rangs ennemis plus épais; alors tout le 3' bataillon se précipite en avant et se ré-
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pand sur les hauteurs et dans les vallons. Nos braves Savoisiens font des prodiges de valeur, et ils se montrent aussi aguerris que de vieux soldats. Curtelin, chasseur de la 2e compagnie, tombe à mes côtés et expire en me disant: u Que m'importe la mort! j'ai tué deux Autrichiens. » Mercier, de la même compagnie, poursuit vingt Tyroliens. Un chasseur de la 1" compagnie tue un officier qui avait eu la lâcheté d'assommer à coups de crosse un de nos soldats blessés. A une heure et demie» nous avions déjà fait plusieurs prisonniers; la canonnade continuait du côté de l'ennemi; cependant nous avancions toujours. Le capitaine Charbonneau reçoit trois balles (il est bon de faire observer que les Tyroliens visaient spécialement aux officiers). Après six heures d'un combat des plus acharnés, deux bataillons de la brigade du Piémont viennent renforcer les nôtres, et les Autrichiens ne tardent pas à battre en retraite. »
Le 30 avril, Charles -Albert avait envoyé une forte division, sous le commandement du général de Sonnaz, à Pastrengo, village situé entre Sainte-Justine et l'Adige. Pastrengo était la clef de positions avantageuses, et, ce village une fois au pouvoir des Piémontais, Peschiera se trouvait isolée. L'ennemi fut battu malgré la présence du général d'Aspre et de l'archiduc Sigismond. On le poursuivit même jusqu'à l'Adige.
Un trait de courage signala cet engagement. Les ennemis s'étaient réfugiés dans une ferme où une compagnie de bersaglieri les poursuivit. Sans hésiter, un officier court à la porte, et cherche à l'ébranler. Les
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fusils des Autrichiens, couchés en joue sur l'entrée de la ferme, étaient tout prêts à immoler le premier assaillant. Déjà la porte cédait, quand un soldat s'élance devant l'officier, achève ce que celui-ci vient de commencer, et, au moment où la porte vole en éclats, il tombe mortellement blessé de trois balles, et expire en disant à l'officier douloureusement stupéfait : « Je suis trop heureux de vous avoir sauvé la vie. »
Pendant que Charles- Albert manœuvrait sur le Mincio, les volontaires de Brescia et de Milan faisaient à leur tour des prodiges de valeur dans le Tyrol.
Deux mille çTentre eux étaient entrés dans ce pays sans munitions et sans vivres. Ils arrivèrent le 10 avril à Stenico, passèrent le pont de Sarca à la baïonnette, et repoussèrent l'ennemi jusqu'à Trente.
A Arco, les chefs de colonne Molossi et Sedaboni repoussèrent l'ennemi, qui arrivait de l'extrémité du lac de Garde, par Riva. Six cents Autrichiens s'étaient habillés en volontaires, afin de les mieux surprendre; mais leur piège échoua; ils furent battus et mis en déroute.
Bientôt, le manque complet de vivres força les volontaires de Stenico de se replier sur Tyone; ils avaient en vain demandé des renforts, du canon et des munitions à Charles-Albert. Celui-ci, oubliant que le Tyrol était en quelque sorte une des clefs de la guerre, a*ai»
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déclaré qu'il ne pouvait rien distraire de ses forces, à cause des manœuvres importantes qu'il avait à opérer sur le Mincio.
Presqu'au même moment, le gouvernement provisoire décrétait qu'il ne fallait plus combattre dans le Tyrol, et ordonnait à tous les volontaires de se replier sur Brescia.
C'était ajouter une faute nouvelle à celles de Charles - Albert. Les volontaires revinrent tristement ; plusieurs même se dispersèrent découragés, et privèrent d'autant la cause italienne.
Un corps d'entre eux arriva à Brescia dans un état à la faire à fois admiration et pitié. Leurs habits étaient en lambeaux : hâves et maigres, quelques-uns sans souliers, tous le visage hâlé et durci par les intempéries du climat des Alpes, ils attestaient leurs souffrances pendant un mois au milieu des neiges, où ils avaient été sans abri et toujours battus par la pluie et les vents.
Croirait-on qu'au lieu de les accueillir avec l'intérêt et la pitié que méritait leur infortune, le colonel piémontais Crezia les traita avec dureté, leur déclara qu'on avait dissous toutes les colonnes de volontaires, et leur ordonna même de quitter leurs habits de velours et leurs chapeaux à la calabraise, pour endosser la tunique bleue du Piémont !
Ces héroïques martyrs se redressèrent de toute la fierté de leur caractère, et refusèrent d'obtempérer à un ordre aussi grossièrement formulé. Us quittèrent la ville aux
cris de vive la République! vive /' Italie! et se rendirent les uns à Milan, les autres à Côme, où ils furent accueillis et fêtés en frères.
De pareilles scènes, renouvelées à plusieurs reprises, annonçaient assez que le Piémont suivait les maladroits conseils d'une politique jalouse. On eût dit que Charles- Albert craignait que les corps francs ne lui ravissent l'honneur du combat. Ce fut là une des premières causes des futurs revers de l'Italie.
Quand on songe aux services immenses que rendaient les corps francs, on s étonne du peu de cas que les officiers piémontais semblaient en faire. Ces corps, combattant en guérillas, soulevaient les campagnes et armaient les populations pour la cause nationale. Ils faisaient passer dans le cœur des montagnards le patriotique enthousiasme qui les animait. Les populations alors, quoique mal armées, pouvaient organiser une défensive redoutable, car elles coupaient les ponts, les routes, et, avec l'aide de quelques canons, elles eussent fermé les passages qui conduisaient à l'Autriche.
Dans les provinces vénitiennes, l'insurrection, comme on l'a vu, à la nouvelle de la révolution de Venise, s'était étendue rapidement. Tous les gouvernements provisoires formés dans chacune d'elles s'étaient empressés d'offrir leur adhésion à la république.
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Le Frioul lui-même s'était insurge, et le 27 mars on y comptait déjà deux mille Croates désarmés, et quatre cents hulans ou dragons qui avaient abandonné leurs chevaux.
Il était donc certain que l'armée, rassemblée à Goritz sous les ordres du général de Nugent, devait passer sur le corps de l'insurrection pour opérer sa jonction avec Radetzki. Pour cela, il lui fallait emporter d'assaut la ligne de l'Isonzo gardée par les volontaires vénitiens, et en même temps Udine et Palmanuova, qui défendaient cette ligne stratégique.
Manin avait compris l'importance de ces positions. Il savait que les quelques corps de volontaires réunis en Vénétie ne pourraient que difficilement défendre le passage dcl'Isonzo, et que, cette ligne forcée, il fallait reporter la défense à la Piav£ et au Tagliamento.
Malheureusement, Venise ne pouvait organiser une armée capable de défendre ces points stratégiques : sans canons et sans troupes régulières, la défense des provinces vénitiennes devenait difficile, sinon impossible. Il fallait que Charles-Albert intervînt par l'envoi d'un corps assez important pour empêcher la jonction des deux armées autrichiennes.
Le gouvernement piémontais, avec cette lenteur qui le caractérisa dans les premiers jours d'avril, ne s'empressait pas de répondre. On tourna alors les yeux vers les troupes papales et napolitaines; mais ces dernières étaient encore trop éloignées pour arriver à temps. Restait Durando avec quinze mille hommes.
€es quinze mille hommes» réunis aux corps des volontaires, étaient suffisants pour disperser l'armée de Nagent au cas où elle voudrait traverser l lsonzo. Les troupes qui composaient cette armée n'étaient pas fort considérables ; elles avaient été recrutées de paysans et de bandes croates; quelques régiments réguliers formaient la seule force de cette armée indisciplinée.
Cependant le général Durando hésitait aussi. Après avoir dit qu'il devait, au nom du pays, porter secours aux peuples de la Vénétie, il déclara qu'il ne pouvait rien faire sans les ordres du roi de Sardaigne. Il semblait que, engagé secrètement par la cour de Rome à perdre un temps précieux, il voulait de plus rejeter la faute de son inaction sur Charles-Albert.
Le 14 avril, deux bâtiments sardes arrivèrent enfin à Venise; ils amenaient le général La Marmora, mais pas de troupes. La république vénitienne n'avait d'autres généraux que Zucchi et Mazzuchelli capables de diriger la guerre. Mais le premier s'était excusé sur son grandâge, etavait demandé qu'on le laissât au poste de Palmanuova, ville forte située sur l'Isonzo. Le second n'avait pas voulu se mettre au service de la républipue, de peur de perdre sa place en Autriche.
Le général de La Marmora était un vieillard qui avait consacré toute sa vie à la défense de la cause patriotique; mais il n était point l'homme qu'il fallait à Venise.
Eût-il été d'ailleurs le tacticien le plus habile, que sa présence dans les États vénitiens n'aurait pas suffi à empêcher la jonction de Nugent et de Radetzki : s'il fallait un bon général, il fallait aussi des troupes régulières.
Pendant que le temps se perdait ainsi, le générai Nugent rassemblait son armée sur les bords de l'Isonzo. Cette ligne stratégique n était défendue que par deux places fortes, Udine au nord, sans autres remparts que le courage de ses citoyens, et sans autre garnison qu'un corps de volontaires commandés par le colonel Canti ; Palmanuova au midi, commandée par le vieux général Zucchi. Palmanuova pouvait protéger tout le cours méridional de l'Isonzo, mais elle ne pouvait garder ce fleuve jusqu'à Udine. 11 était donc clair que iNugent allait opérer sa traversée entre ces deux villes.
Déjà les colonnes autrichiennes s'engageaient sur le territoire du Frioul; quelques jours encore, et l'armée ennemie allait se mettre en marche. Une fois la ligne franchie, Palmanuova et Udine bloquées devaient infailliblement se rendre. Dans ces circonstances, le général La Marmora écrivit à Ferrari, qui commandait sous les ordres de Durando :
« D'après la copie d'un rapport du comité, en date du 18» Votre Excellence remarquera la position malheureuse de cette province (le Frioul), insurgée avec l'espoir d'être secourue, et laissée maintenant à la merci des Autrichiens par le retard que l'armée pontificale met à passer le Pô. Les troupes vénètes dont la républi-
que peut disposer pour repousser l'invasion consistent en volontaires dits croisés. Ces forces seraient bonnes, unies à des troupes régulières, mais seules elles ne peuvent se mettre en marche, parce qu'elles manquent de canons et de cavalerie. Pour ne pas laisser entièrement sans secours les malheureux insurgés du Frioul, il est indispensable de leur envoyer un noyau quelconque de troupes régulières. Or, les seules forces de cette espèce sur lesquelles la cause italienne dans les provinces vénètes puisse compter en ce moment, sont celles que commande Votre Excellence, et qui sont destinées à opérer dans les provinces de Padoue et de Vicence. Ces troupes sont maintenant plus que nécessaires pour former un centre de résistance contre l'invasion qui menace de prendre à revers toute notre armée par sa jonction avec les troupes ennemies de Vérone. Cette jonction, nous devons à tout prix l'empêcher. Elle est en ce moment la grande question de la campagne... En vous seul, général, on peut trouver dans cet instant suprême le salut de la patrie. Venez, venez en toute hâte; l'histoire et l'Italie vous béniront. »
Le général Ferrari fut vivement touché des sentiments qui dictaient cette lettre. Mais, comme il n'avait que le commandement des volontaires, il écrivit à Durando pour lui exposer avec instance la nécessité de porter secours à Trévise, et le prier de changer une partie de ses troupes régulières contre une partie des volontaires qu'il commandait. Le général Durando ne répondit pas à cette lettre.
Profitant de tous ces pourparlers, Nugent avait achevé de réunir son armée , et s'avançait sur le Frioul. Le 17, une colonne de volontaires, sous les ordres du vieux général Zucchi, était allée faire une reconnaissance sur le territoire illyrien. Zucchi avait conçu le projet d'une diversion ; il espérait retarder quelque temps encore le passage de l'Isonzo et l'envahissement du Frioul ; mais ces troupes étaient trop faibles pour que cette diversion fût efficace.
Les ennemis s'étaient mis sur la défensive, au village de Vizio. L'attaque des Italiens fut menée avec une vigoureuse impétuosité ; la lutte fut longue et acharnée ; les maisons de Vizio devinrent bientôt la proie des flammes, et les Autrichiens durent battre en retraite, en incendiant derrière eux les villages de Frevano et de Salmico. '
Zucchi aurait poursuivi ce premier avantage s'il n'avait craint d'engager sa petite troupe au milieu des masses ennemies. Il revint donc triomphant à Palmanuova, où il apprit qu'on se préparait à faire une sortie à Udine.
Dans la nuit du 1 7 au 1 S, en effet, le colonel Canti voulut reconnaître la position de la ligne droite de l'ennemi ; il entendit le canon de Palmanuova que Zucchi faisait tonner pour protéger sa tentative; mais quel fut son étonnement, lorsque, s'étant avancé dans la campa-
gnc , il se trouva face à face avec les Autrichiens, qui avaient déjà passé en grande partie TJsonzo ; déjà toutes les communications entre Udine et Palmanuova avaient été interrompues. Le colonel Canti dut battre précipitamment en retraite.
A sa rentrée dans la ville, les volontaires et tous les citoyens qui avaient appris la désastreuse nouvelle se mirent à élever des barricades. Cette précaution n'était pas inutile; le lendemain Udine était cernée.
Le 19, l'attaque des ennemis fut impétueuse; les assiégés y répondirent par un acharnement incroyable. Au bout de trois jours que dura la lutte, des pièces de siège furent pointées sur la ville sans défense; les autorités municipales tremblèrent aux premières détonations et envoyèrent proposer une capitulation.
Les troupes autrichiennes augmentaient sans cesse. On apprit que Palmanuova était aussi bloquée. Les habitants cependant ne voulaient céder qu'à la dernière extrémité, et le combat menaçait de se prolonger encore, lorsque le podestat d'Udine déclara la capitulation le 22 mars.
Les héroïques volontaires du colonel Canti et les citoyens qui gardaient les barricades durent abandonner leurs retranchements; ils eurent la douleur de voir les troupes ennemies entrer, eux vivants, dans Udine, qui retombait sous le joug de la domination de l'Autriche.
Le 23 avril, le général Nugent envahissait le Frioul en toute impunité.
Palmanuova tenait toujours et menaçait de tenir long-
temps. Nugent ne crut pas devoir en faire le siège; il se contentadelafairebloquerparuncorpsde5,000hommes, et il continua sa route à travers les Etats vénitiens.
Ainsi, l'impéritiede Charles-Albert et la lenteur calculée de Durando enlevaient à la Lombardie une des chances les plus favorables de terminer le combat/La ligne de l'Isonzo, qui demandait peu de troupes, était rompue; il fallait reporter la défense sur la Piave et sur le Tagliamento, qui exigeaient un déploiement de forces beaucoup plus considérable.
Le 28, le Tagliamento lui-même était envahi par lavant-garde autrichienne, forte de quatre mille hommes, de sept pièces d'artillerie et de six cents chevaux. Elle était en marche pour Sacile ; derrière elle, toute l'armée s'emparait du nord du Frioul, en échelonnant une longue ligne de soldats vers le midi pour réduire les places fortes et faire face aux troupes italiennes, au cas où elles auraient voulu reconquérir leurs positions perdues.
Le 30, Zucchi, sommé de capituler, avait répondu à cette sommation à coups de canon. Les Autrichiens, qui s'étaient avancés presque sous les murs de Palmanuova, furent forcés de se retirer après une lutte meurtrière, emmenant des charretées de blessés et de morts. Malheureusement, cette belle résistance ne pouvait apporter de profit qu'à la gloire du vieux général, et non pas à la cause italienne ; car tôt ou tard la forteresse, placée par l'invasion victorieuse au milieu d'un pays conquis, devait capituler.
Nous devons ajouter que ce fut le plus tard possible.
CIIAIMTUE X.
LOMBARDO-VÉNÉTIli.
L'influence de Charles-Albert dans les affaires de la Péninsule ne fut pas moins malheureuse pour l'Italie du côté de la politique, qu'elle Tétait du côté de la conduite de la guerre. Nous avons vu déjà comment les maladroites menées de Gioberti avaient indisposé les principautés contre la cause italienne ; ces menées furent plus vives en Lombardie que partout ailleurs.
L'idée républicaine, pour laquelle penchait la partie la plus énergique de la nation, était une idée funeste à la réalisation des projets du Piémont. Aussi rien ne fut
ménagé pour calomnier les républicains. Cet acharnement alla si loin, que le ministère sarde laissa courir le bruit que Charles-Albert voulant, pour ainsi dire, punir les Vénitiens de l'acte coupable qu'ils avaient commis en proclamant la république, abandonnait leur territoire à l'invasion de PAutriche.
A Milan, le gouvernement provisoire, appuyé sur les classes aristocratiques, ne restait pas en arrière; il excitait la population lombarde à se réunir au Piémont. Les promesses les plus étranges, les plus fantastiques, circulaient à ce sujet; on assurait, entre autres choses, que, aussitôt la fusion opérée, Gènes seule allait verser pour les besoins de la guerre plus de trente millions.
11 ne faut donc pas s'étonner si les Milanais abusés s'empressaient autour du ministre de Sardaigne pour lui faire les ovations les plus bruyantes. Les personnes qui professaient les doctrines libérales furent sourdement accusées de pactiser avec les Autrichiens. C'est ainsi que le Lombardo, journal qui le premier ait osé critiquer les actes du gouvernement, fut obligé de suspendre sa publication, après avoir vu ses bureaux envahis par le peuple. D'autres journaux encore eurent à subir des scènes semblables.
Les choses en étaient à ce point, lorsqu'on apprit à Milan la réunion de Parme et de Plaisance à la Sardaigne. Aussitôt le gouvernement provisoire de la Lombardie publia la proclamation suivante :
« Le gouvernement provisoire de la Lombardie, formé sur les barricades, tient son mandat du fait de notre héroïque révolution, qui, opérée avec le concours de toutes les forces sociales, a eu surtout pour but de chasser l'Autriche et de conquérir l'indépfendance de l'Italie. Quand le canon tonnait encore dans nos rues, le peuple y répondait par les cris répétés de Vive l'Italie! Le gouvernement, dans ce premier moment où il demandait le secours du généreux roi de Sardaigne, où il était en admiration devant les preuves de maturité politique que donnait ce peuple courageux, discipliné et humain dans les fureurs mêmes dune guerre à mort, ne pouvait proférer d'autres cris que ceux de Vive V Italie! Vive l'indépendance nationale! C'est ainsi qu'il a laissé intactes toutes les questions de forme politique et de constitution définitive. Mais maintenant, citoyens, cette neutralité du gouvernement qui avait été proclamée afin d'éviter des dissensions et des discussions inutiles en face de l'ennemi, cette neutralité qui avait été proclamée en vue de l'intérêt de la patrie italienne, vient d'être accusée d'entretenir et de nourrir des discordes civiles, d'autoriser les espérances ennemies, et enfin de tenir le reste de l'Italie dans une incertitude dangereuse.
« Voui comprenez donc que, en présence d'un tel état