‹ Histoire de l'Italie en 1848-49Chapitre 26 sur 50 · II · texte numérisé non relu

II

« Citoyens,

de choses, le gouvernement provisoire de Lombardie ne puisse plus avoir confiance dans le principe de cette neutralité qu'il avait proclamée pour se consacrer tout entier à la guerre et à la défense du pays, et être uniquement un gouvernement guerrier et administrateur. Le voilà maintenant distrait par la préoccupation d'incessantes disputes politique9f-et contraint chaque jour de se défendre contre l'insistance des opinions les plus opposées. En présence d'une guerre périlleuse, sanglante, longue, armement de tout le pays, levée et organisation d'une armée lombarde, finances qui ont besoin de remèdes, de secours prompts et efficaces ; complications politiques imprévues., influences hostiles de la diplomatie étrangère, les provinces vénitiennes en grande partie occupées par les barbares : voilà les graves conditions où il se trouve placé et qui conseillent une décision. Quelle sera cette décision? Certainement, celle qui sera le plus favorable à la grande cause de l'Italie, et de nature à amener le plus promptement possible la fin de la guerre de l'indépendance. Et d'abord, comme Lombards, au nom et dans l'intérêt de ces provinces ; comme Italiens, et dans l'intérêt de toute la nation, nous devons reconnaître comme très-sage la pensée d'associer nos terres à notre voisin et belliqueux roi de Piémont, comme la manière la plus convenable de sauver les communes garanties de la liberté, et de former de la Haute-Italie un inexpugnable boulevard contre toutes les invasions étrangères, sous le sceptre constitutionnel de cette illustre maison de Savoie à qui

l'histoire a assigné le titre glorieux de gardienne des portes de l'Italie. Déjà Parme et Modène nous ont devancé dans la manifestation plus ou moins explicite de ce vœu qui initie ce pays à la grande idée d'unité italienne. La Sicile également a suivi cette voie. À vous aussi à décider, 6 citoyens ! à vous à peser si, dans les circonstances présentes, il faut persister dans une résolution qui, une fois prise, pourrait peut-être devenir un foyer de discordes. Votre gouvernement ne peut rester spectateur indifférent devant le péril d'une guerre civile, et c'est avec la pensée de vous rendre unis et forts qu'il a déterminé de faire appel au peuple entier, afin que sa toute-puissante voix confonde toutes les opinions en une seule.

« D'après ces considérations, le gouvernement provisoire de la Lombardie décrète :

« Art. 1er. Les registres seront ouverts dans toutes les paroisses des communes de Lombardie, à l'effet de recevoir les votes des populations lombardes.

«Art. 2. Tout citoyen âgé de 21 ans accomplis aura le droit de voter.

« Art. 3. Ceux qui ne sauraient pas écrire feront une croix en présence du curé et de deux délégués désignés aux articles 5 et 6.

a Art. 4. Les registres seront irrévocablement fermés le 22 du courant. »

Cette proclamation était un démenti à la déclaration

du 23 mars. Le gouvernement provisoire avait beau alléguer sa position critique , il avait beau mettre en avant la guerre, l'embarras des finances, les discussions civiles, il n en commettait pas moins un forfait de parole.

D'ailleurs, quelles étaient les causes qu'il invoquait ? Ces causes résultaient toutes plus ou moins de la mauvaise conduite des affaires. — La guerre d'Italie devenue longue? Pourquoi n'avoir pas ordonné la levée en masse, et permis aux prêtres d'aller prêcher l'insurrection dans les campagnes? Pourquoi avoir dissous les volontaires du Tyrol? Pourquoi avoir fait si peu que d'envoyer à peine quinze mille hommes mal équipés renforcer la cause sainte ? — L'embarras des finances ? Pourquoi avoir aboli des impots qui n'auraient pas plus pesé sur le peuple qu'auparavant, et pourquoi ne pas les avoir remplacés par d'autres plus équitables? Pourquoi avoir ensuite pris les mesures les plus funestes? Pourquoi avoir taxé l'industrie, le commerce, l'exercice des professions savantes et les dettes hypothécaires? Pourquoi avoir fait des retenues forcées sur les traitements des employés de l'État? Pourquoi, là où il fallait imposer le peuple, n'avait-il invoqué que sa charité, et là où il ne fallait invoquer que la charité d'une classe particulière, avait-il imposé le dévouement? — Les relations diplomatiques hostiles? Pourquoi avoir accusé à haute voix le désir de servir l'ambition de Charles-Albert? Oubliait-on que l'extension de la Sardaigne était un acte hostile aux partis et aux nations gouvernées par

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les régimes les plus différents? Les royaumes Be Souciaient peu de voir s'élever un royaume rival ; les républiques ne pouvaient prêter main-forte à l'extension d'une monarchie. Il fallait peut-être que le gouvernement provisoire imposât à Ferdinand, à Pie IX ou à Léopold II la soumission à la cause italienne représentée par la monarchie de Charles-Albert! Ne pas voir, en effet, que reconnaître la monarchie constitutionnelle du Piémont serait rejeter le secours de toutes les autres contrées et celui du monde entier pour ne conserver que celui de la Sardaigne, c'était, il faut en convenir, se montrer bien aveugle.

Ce fut le 29 mai qu'on dut recueillir les signatures. Tous les journaux, même les plus modérés, protestèrent contre cet acte inique; tous l'appelaient illégal. Mais que pouvaient les journaux sur un peuple trompé par la faction albertiste ?

D'ailleurs, la majorité des masses devait incontestablement se réunir à la proposition du gouvernement provisoire. Une partie des républicains voulurent fairo acte d'abnégation en votant comme tout le monde, pour éviter des discussions civiles si dangereuses à un pareil moment» Le gouvernement ne s'attendait pas à une telle concession, et il avait pris les mesures nécessaires pour réunir une majorité respectable. Chacun sait comme cela se fait en pareil cas. A Milan et dans la Lombardie, le suffrage universel fut l'organe des volontés du gouvernement; il est si facile de lui faire dire ce que Ton veut! Les paysans apposèrent leurs noms là

où ils virent le nom de leurs curés, qui agissaient d'après les ordres de leurs évêques respectifs. Les officiers piémontais incorporés dans les régiments lombards, les vieux de l'hospice Trivulzio, les condamnés au cachot, les soldats assistés de leurs officiers, tous durent voter.

Tel fut même le zèle des commissaires collecteurs, que dans plusieurs bourgades on recueillit plus de signatures et de croix qu'on ne comptait d'habitants.

Le peuple avait été horriblement abusé. On n'avait reculé pour cela devant aucun moyen, et, n'eût été leur infamie, beaucoup d'entre eux portent le cachet d'un ridicule incroyable.

Cette malheureuse affaire, si bien emportée pourtant par les menées des agents albertistes, n'aboutit à aucun résultat favorable; car à peine fut-elle réalisée, que l'indépendance de l'Italie périclita plus que jamais.

Avant de reprendre l'historique des opérations militaires, donnons un aperçu de la part prise par la diplomatie européenne dans les événements de la Péninsule.

Nous ne parlerons pas de l'Autriche; sa position de puissance belligérante se justifie de soi-même. Nous dirons seulement que la plupart des cours d'Allemagne, et surtout la Bavière, servaient chaudement ses intérêts sous une apparence de neutralité parfaite.

La Russie, de son côté, était aussi intéressée que l'Autriche à comprimer, partout où il se produirait, tout mouvement révolutionnaire et national.

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Le gouvernement français avait assez de soutenir la république en France, et il craignait la guerre, car, à la faveur de la guerre, les partis monarchiques pouvaient remuer. En outre, les hommes d'argent, qui circonviennent toujours le pouvoir, étaient parvenus, à Paris, à faire prévaloir leur égoisme intéressé : ces gens-là ne voient que le présent; chez eux, l'utilité du moment est tout; ils ne pensent pas au lendemain.

Ces principes sont aussi ceux qui dirigeaient la commerçante Angleterre, dont le gouvernement, d'ailleurs, était très-lié, à cette époque, avec la Russie. Cependant elle ne pouvait, elle n'osait se mettre en contradiction ouverte avec ses principes de liberté, et s'exposer à perdre ainsi les sympathies des peuples. Elle se bornait donc à déclarer tout bas qu'elle reconnaîtrait les faits accomplis : mais, en attendant, c'était l'Angleterre qui faisait le plus de tort à la cause italienne. Elle ne voyait d'ailleurs pas d'un bon œil la perspective de l'unité italienne, groupant 25 millions d'habitants, et restaurant cette puissance maritime, jadis souveraine sur la Méditerranée et l'Adriatique ; elle ne pouvait prêter la main à la réédification de ces forces navales, qui peut-être un jour viendraient lui disputer la possession des îles Ioniennes et le commerce du littoral des deux mers. Aussi cherchaitcelle, par tous les moyens, à entraver l'établissement de l'unité italienne, même sous un roi. Elle eût consenti à la victoire de l'Italie sur l'Autriche, mais à condition que la Péninsule restât morcelée comme auparavant. Charles-Albert était son homme : d'une main,

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elle le poussait à conquérir la Lombardie, et elle se servait de l'autre pour comprimer le mouvement républicain, et empêcher ainsi la réalisation de l'unité italienne. A Rome, à Naples, en Toscane, au dedans et au dehors de l'Italie, ses efforts tendirent à ce but. L'insurrection de la Sicile, cause principale de l'absence du roi de Naples dans la croisade contre l'Autriche, fut favorisée par l'Angleterre, et cela dans un double but. Charles-Albert, vainqueur sur l'Adige, aurait reçu de T Autriche la cession de la Lombardie, et l'Italie serait restée, comme par le passé, divisée en plusieurs États, et par conséquent impuissante. Charles-Albert vaincu, au contraire, l'Italie continuait à demeurer une nation nulle. Dans Tune ou l'autre alternative, l'Angleterre entrevoyait la réalisation d'un de ses rêves séculaires, la domination sur la Sicile ; elle se voyait appelée par les Siciliens eux-mêmes, qui, il faut le proclamer, eurent assez de noblesse et de magnanimité pour ne pas solliciter l'appui de l'étranger.

Nous le reconnaissons, du reste, l'Angleterre a un intérêt évident à posséder la Sicile. D'abord, cette île est toujours ce grenier d'abondance qui nourrissait la Rome antique, et la nation anglaise, qui a rendu le monde entier tributaire de son industrie, est, à son tour, pour l'alimentation, à la merci de vingt puissances, qui, à un jour donné, peuvent l'affamer complètement. En outre, l'Angleterre a intérêt à multiplier ses stations sur la route des Indes et à maintenir sa prépondérance dans la Méditerranée ; autrement, s'intéresserait-elle au

percement de l'isthme de Suez? On sait de quel œil jaloux elle a vu jadis le drapeau français flotter sur les rivages de l'Afrique septentrionale : est-il donc étonnant qu'en face de ces possessions elle cherche à établir une ligne de postes militaires qui permette à ses vaisseaux de se rendre en tous temps, sans obstacles, dans la mer des Indes, et de disputer à la France l'empire de la Méditerranée ?

Quoi qu'il en soit, dans les événements dont la Péninsule a été le théâtre, les hommes d'Etat anglais nous paraissent s'être mépris sur les véritables intérêts de leur pays. L'Italie, sous une confédération de rois, ou sous une république unitaire, ou même régie par des républiques autonomes, pouvait sans doute devenir une grande puissance maritime, et par suite menacer les intérêts anglais dans la Méditerranée ; mais cette hypothèse, en supposant qu'elle dût se réaliser, ne pouvait l'être que dans un temps éloigné; et puis, l'existence de l'Angleterre et ses immenses relations au-delà du détroit n'avaient rien à redouter de sérieux de la part de l'Italie. Les nations, ainsi que les individus, se laissent guider d'ordinaire par un principe égoïste, la satisfac-. tion de leurs intérêts, et ce sont les intérêts opposés qui créent les rivalités entre nations Voisines. Or, si l'Italie avait à craindre une rivale, elle la verrait certainement dans la France et non dans l'Angleterre, dont elle est une amie et une alliée naturelle; et cette alliance, rendue étroite par des liens d'intérêts communs, proûterait à la politique et au commerce anglais, et sauvegarderait

l'indépendance et la prospérité des deux nations. Si, par exemple, les flottes russes et françaises combinées attaquaient la reine des mers, l'Angleterre serait-ello bien sûre de n'être pas vaincue, conquise même? Où, dans ce péril, trouverait-elle un appui, un secours? Quelle rivalité susciterait-elle contre ses ennemis? On objectera peut-être que cette supposition est inadmissible : mais l'histoire est là pour faire justice de ces prétendues impossibilités politiques. L'Italie, réunie sous une même direction, pourrait seule, en combattant pour sa propre cause, secourir l'indépendance britannique menacée.

La politique anglaise, du reste, semble déjà voir clair dans l'avenir qui posera tôt ou tard cette grande question : n'est-ce pas pour en conjurer les périls, qu'en ce moment même elle rêve la destruction de la flotte russe? Dans quelques années, nous le croyons, elle reconnaîtra la lourde méprise de sa diplomatie, qui nous paraît avoir pris le contre-pied de son rôle naturel dans les événements de la révolution italienne.

Nous allons reprendre maintenant le cours des opérations militaires pendant le mois de mai en Lombardie et en Vénétie.

Le 13 avril, c'est-à-dire avant les combats de Goïto et de Pastrengo dont nous avons parlé plus haut, le siège de Peschiera avait été entrepris; seulement, faute

de batteries suffisantes (1), on avait dû mettre la plus grande lenteur dans les opérations.

Après les dernières journées d'avril, une semaine s'écoula presque tout entière en escarmouches, sans amener de part ou d'autre aucun avantage marqué. Le 6 mai, Charles-Albert voulut engager l'ennemi à livrer une grande bataille, croyant décider ainsi du sort de l'Italie, comme le déclare le bulletin du chef d'étatmajor général Salasco. Mais une pareille tentative pouvait tout au plus amener un combat meurtrier. Radetzki n'était disposé à prendre l'offensive que lorsqu'il saurait Nugent arrivé dans la province de Vérone .

Quoi qu'il en soit, Charles-Albert donna l'ordre à une forte division de se porter sous les murs de Vérone, et d'emporter d'assaut les villages de Santa-Lucia, de Croce-Bianca, et de San Massimo.

L'armée quitta ses retranchements et descendit dans la plaine qui s'étend jusqu'à l'Adige, s'avançant du centre sur deux ailes. L'aile droite était commandée par le général de Ferrère, qui avait sous ses ordres les brigades de Casalet d'Acqui avec douze pièces de canon. La gauche, sous les ordres du général Broglia, comprenait la troisième division de la cavalerie, qui, à part trois

(1) On attendait de Turin les douze Apôtres ; c'étaient des pièces de canon d'un fort calibre. Le retard que les douze Apôtres mirent à arriver défrayèrent pendant longtemps les plaisanteries de la Péninsule.

bataillons laissés devant Peschiera, assistait tout entière à ce mouvement.

Le centre, composé des brigades du bataillon Royal- Vaisseau, de la brigade d'Aoste et de la compagnie Graffini, s'avança sous les ordres du roi, en laissant les deux ailes échelonnées en arrière.

Les Autrichiens, qui gardaient les trois avant-postes, étaient retranchés derrière des murailles de pierre sèche, contre lesquelles s ouvrit le feu du canon et la fusillade. A Santa-Lucia, un bataillon s'empara d'un poste ennemi au milieu d'une grêle de balles, et un régiment de la brigade d'Aoste marcha à l'assaut des murailles d'un cimetière derrière lesquelles les Autrichiens s'étaient abrités. Les troupes italiennes firent des prodiges de valeur, et la conduite de Charles- Albert, dont le corps était engagé le plus avant, fut admirable de bravoure.

A Croce-Bianca, après avoir soutenu deux heures durant à découvert le feu des ennemis, les Piémontais ne rétrogradèrent que sur l'ordre du roi. Charles-Albert n'avait pu forcer Radetzki à sortir des murs de Vérone. Il ordonna donc la retraite, après avoir vu la plus grande partie des troupes ennemies se réfugier sous la protection des canons de la ville. Cette retraite fut exécutée en bon ordre. Charles-Albert surveilla luimême le transport des blessés, et les Piémontais abandonnèrent la position de Santa-Lucia qu'ils avaient conquise, emmenant avec eux bon nombre de déserteurs italiens qui avaient pu se soustraire à la discipline autrichienne.

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L'ennemi, croyant pouvoir prendre sa revanche, occupa de nouveau Santa-Lucia, et dirigea un feu nourri sur les troupes. Ce fut alors que le fils de Charles-Albert, le prince de Savoie, suivant l'élan d'un bouillant courage, revint sur ses pas à la tête de la brigade Cuneo, et délogea une seconde fois les ennemis de la position abandonnée.

Cette affaire n'eut d'autres résultats que des pertes nombreuses de part et d'autre. Parmi les Piémontais, nous citerons la mort du colonnel Coccia, des lieutenants Colli etdel Caretto, et du chevalier Bulbis, aidede-camp du général Sommariva.

En Vénétie, l'armée de Nugent se composait au premier mai de vingt-cinq mille hommes. Il est vrai que, sur ces vingt-cinq mille hommes, quinze mille étaient dispersés sur le territoire du Frioul ; mais la capitulation d'Udine permettait de concentrer une partie de ces troupes de façon à ne laisser que cinq mille Autrichiens à Palmanuova, et quelques corps destinés à garder les positions conquises. De plus, l'arrivée incessante des renforts vepus de Goritz permit bientôt à Nugent de former un corps de vingt mille Autrichiens, et deVavancer à marches forcées sur le Tagliamento, et du Tagliamento surlaPiave. # é

Vers la fin d'avril, le général Durando, qui, d'après les instructions du pape, s'était mis sous les ordres de

Charles-Albert, avait enfin passé le Pô. Ferrari l'avait précédé avec ses colonnes de volontaires pour se porter sur la Piave.

Venise faisait tous ses efforts pour conserver à l'Italie septentrionale les dernières chances de la lutte. Le 2 mai, le gouvernement provisoire avait supprimé le comité de défense pour le remplacer par le comité de la guerre, avec le général Armandi pour président. Le général Armandi était en même temps ministre de la guerre par la cession que Paolucci avait faite d'un de ses deux portefeuilles. Les membres dece comité étaient au nombre de quatre: G. Milani, G,-B. Cavedalis, Alnoro Fredigo, et Golvazzo Fontana.

Le père Gavazzi, ce barnabite que nous avons vu fanatiser par ses prédications les colonnes de volontaires romains partant pour la défense de la cause sainte, les avait suivis jusqu'à Bologne, puis il était parti seul de cette ville pour se rendre à Venise. Il y renouvela ses éloquents appels à l'indépendance.

Une colonne italienne devait être formée à Paris dans le courant d'avril. Elle arriva à Venise aux premiers jours de mai, augmentée de volontaires lombards sous les ordres du jeune colonel Antonini. On attendait aussi la venue d'une colonne de partisans suisses et l'arrivée prochaine de la flotte napolitaine.

Le général Durando avait suivi Ferrari pour l'appuyer au bes|dn dans la défense de la Piave. Il avait demandé à Charles- Albert des troupes pour renforcer son armée. Le roi, qui avait pris le commandement des

corps napolitains, envoya au général Guillaume Pépé l'ordre de se porter sur la Vénétie. Il déclarait en même temps que c était à tort qu'on l'accusait d'avoir abandonné Venise, qu'il combattait avant tout pour la cause italienne, et que, dût-il n'en retirer aucun profit, il lutterait jusqu'à l'heure où le dernier Autrichien serait sorti de la Péninsule.

Toutefois, les troupes napolitaines n'étaient pas encore arrivées sur le Pô. Durando, sous le motif spécieux que ses forces n'étaient pas suffisantes, suivit la tactique la plus incompréhensible ; il semblait toujours aller chercher l'ennemi là où il était sûr de ne pas le trouver.

Dans un bulletin de la guerre publié à Milan le 8 mai, on lisait au sujet du général romain cette singulière phrase : « Dans la matinée du 7, Durando s'étant avancé de Montebelluse sur Feltre, fit la rencontre d'un corps autrichien qui surprit Bellune. » On eût dit, en effet, que ce corps n'avait été salué par Durando que pour occuper plus aisément Bellune, Feltre et Cornuda deux ou trois jours après.

Le secret de cette conduite n'en était pas un pour ceux qui connaissaient la fameuse allocution que Pie IX prononça dans le consistoire secret vers la fin d'avril ; il était clair que, tout en mettant ses forces au service de Charles- Albert, le pape cherchait autant que possible à lui rendre la partie plus difficile, et à retarder ainsi les funestes conséquences d'une trop prompte victoire.

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Quoi qu'il en soit, pendant que Durando exécutait ses insaisisssables contre-marches, les colonnes romaines de Ferrari eurent, le 8 et le 9, des engagements meurtriers à Molinetto et à Cornuda. Quoique les volontaires n'eussent jamais vu le feu, ils soutinrent bravement la lutte ; mais privés d'artillerie, et attaqués par des forces trop supérieures en nombre, ils durent se replier sur Trévise. L'extrême gauche de la Piave fut alors tournée par Nugent.

Trévise, attaquée bientôt, avait vu arriver à son aide le brave colonel Antonini avec ses volontaires, malgré le refus de Durando. La légion lombardo-française et les colonnes romaines soutinrent dignement l'attaque des Autrichiens. Les ennemis durent abandonner le siège et se replier sur le corps d'armée que Nugent dirigeait sur Vicence.

Ce beau fait d'armes, auquel Ferrari et Antonini avaient eu la plus grande part, valut à ce dernier l'honneur d'être nommé commandant de la ville et de la forteresse de Venise.

Le 12 mai, les troupes napolitaines arrivaient à Bologne avec leur brave commandant, le général Pépé. Mais, au moment de passer le Pô, elles s'arrêtèrent subitement.

La cause de ce temps d'arrêt était indépendante de Pépé. 11 sentait toute la nécessité de porter secours aux provinces vénitiennes,

Seulement, on avait appris qu'une réaction sanglante contre le libéralisme s'était produite à Naples. Ferdinand II, vainqueur, en avait profité pour ordonner à ses soldats de revenir sur leurs pas.

Le général Pépé ne reconnut point cet ordre : il était Italien avant tout; et il se refusa non-seulement à l'exécuter, mais il ordonna même à ses soldats de franchir le Pô.

L'armée napolitaine se vit alors engagée dans une cruelle alternative. Plusieurs officiers supérieurs avaient pris parti pour l'obéissance, et représentèrent qu'obéir aux ordres de Pépé, c'était se rendre coupable du crime de rébellion. De son côté, Pépé avait déclaré que tout homme qui retournerait en arrière serait considéré comme déserteur devant l'ennemi, et traité comme tel.

Comme complément à cette déclaration, le général en chef avait fait mettre aux arrêts le général Statella, qui s'opposait avec le plus de violence à la guerre.

Malgré tant d'efforts et une conduite aussi téméraire, les Napolitains hésitaient plus que jamais entre la discipline et l'obéissance. Pépé, alors, voulut tenter un dernier moyen. Il lit rassembler les troupes, et leur dit en leur montrant le Pô : « D'un côté, l'honneur ; de l'autre, l'infamie; choisissez! » Et il s'élança le premier en avant.

Quinze cents hommes le suivirent, le reste demeura de l'autre côté du fleuve, et reprit bientôt la route de Naples. Il faut dire qu'on vit à ce sujet plusieurs officiers pleurer de rage, et que l'un d'eux, en rentrant

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dans les Etats de Ferdinand, le colonel Lahalle, se brûla la cervelle.

La flotte napolitaine, sous les ordres de l'amiral de Cosa, était arrivée à Venise avant que les troupes ellesmêmes ne fussent parvenues à Bologne. Aussi, de concert avec l'escadre sarde et l'escadre vénitienne , avait-elle été mettre le blocus devant Trieste pour réclamer des autorités de cette ville la flotte sur laquelle on avait embarqué le maréchal Zichy.

Trieste est en quelque sorte l'entrepôt de l'Autriche vis-à-vis de l'Italie, sa seule place maritime de quelque importance dans l'Adriatique; aussi se prépara-t-elle à la plus vigoureuse résistance.

A la première nouvelle de ce blocus, l'escadre autrichienne, remorquée par lespyroscaphes du Lloyd, s'était empressée d'aller se mettre à couvert sous les batteries du port. Le blocus fut commencé ; mais bientôt les nouvelles de Naples parvinrent à l'amiral de Cosa, qui se prépara à la retraite.

L'envoyé extraordinaire de Naples auprès de Charles- Albert, Pierre Léopardi, imitant la conduite du général Pépé, avait voulu prévenir cette retraite. 11 envoya à l'amiral une note dans laquelle il déclarait que c'était faire acte de lâcheté et de rébellion que d'abandonner la lutte. Il lui ordonnait même de rester devant Trieste, au nom de la puissance dont il était investi. Mais toutes ses

démarches furent inutiles. L'amiral de Cosa repartit pour Naples, et le blocus de Trieste dut être abandonné.

Ce n'était pas le seul malheur qui devait affliger la Vénétie ; un plus grand allait l'assaillir encore, et les autres n'en étaient en quelque sorte que la préface. Ce fut l'adhésion des provinces vénitiennes à la fusion. Venise elle-même vit son peuple libre se soulever dans les rues et demander à grands cris le joug d'une monarchie constitutionnelle. Triste aveuglement des masses qui se laissent aller aux engouements et aux caprices du jour sans réfléchir jamais! Pouvait-on se plaindre, après une pareille folie, de l'indifférence de la Toscane, de l'inaction de Durando, et de la retraite des Napolitains?

Si toute la Vénétie demanda cette jonction, elle en fut bien punie, en ce sens qu'elle retomba presque aussitôt au pouvoir de l'Autriche. Il semble que la puissance tutélaire qui veillait aux destinées de l'Italie ait attendu jusqu'à cette heure pour retirer sa main protectrice, se voiler la face, et disparaître.

Pendant que, dans la Vénétie, Nugent franchissait à marches forcées les lignes de l'Isonzo, du Tagliamento et môme de la Piave, Charles-Albert perdait son temps à faire le siège de Peschiera.

Peschiera, située à l'extrémité méridionale du lac de Garde, est une place de guerre très-capable d'organiser une vigoureuse résistance. La garnison était composée

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de 2,000 hommes sous le commandement du général Rath, officier supérieur d'une grande bravoure. Ces deux mille hommes, toutefois, n'étaient pas à craindre en rase campagne ; aussi nous devons nous étonner que l'armée piémon taise se soit arrêtée devant cet obstacle au lieu de passer outre et de mettre le blocus devant Vérone, qui était en réalité le cœur de la guerre.

Ce fut une faute insigne ; car le temps perdu à manœuvrer sur le Mincio et autour de la petite forteresse était activement employé par Radetzki, qui avait conservé ses communications avec Mantoue par l'Isola délia Scalla, du côté de l'Adige, que les Piémontais ne passèrent jamais.

Une seule tentative avait été faite à ce sujet. Un corps de troupes sardes , ayant voulu traverser la rivière à Ronca, avait rencontré un corps autrichien considérable. Une action meurtrière s'était engagée, mais elle n'avait eu pour résultat que de signaler une fois de plus la valeur des Italiens, sans leur donner aucun avantage important.

Le siège de Peschiera avait été entrepris dès le milieu du mois d'avril ; mais pendant une vingtaine de jours les travaux furent à peu près nuls; on attendait I artillerie de siège, qui avait été retardée par le mauvais temps.

Aux premiers jours de mai, les pièces étant arrivées, les travaux furent repris avec ardeur. On présumait que la canonnade allait être commencée le 6. En attendant, l'armée qui entourait Peschiera de façon a

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ne laisser aucuue issue, soit par terre, soit par le lac de Garde, setait postée sur les hauteurs pour prévenir efficacement toute attaque de l'ennemi. 11 est inutile de dire que ces précautions auraient dû être prises à Vérone même.

Radetzki, heureux de cette lenteur de l'armée italienne, se tint toujours sur la défensive; il se contentait de protéger les positions qui lui conservaient ses communications avec Mantoue, et envoyait estafettes sur estafettes à Nugent, afin qu'il eût à presser sa marche.

Cependant, au 1 2 mai, le feu contre Peschiera n'avait pas encore commencé, bien que le fils de Charles-Albert, le prince de Savoie, dirigeât les travaux avec une grande activité. Le général commandant du génie Chiodo veillait sur les opérations des sapeurs, et faisait ouvrir des tranchées à portée du fort Mandella, le point le plus avancé de la citadelle.

Le \ A, la garnison, qui s'était jusque-là contentée d'être spectatrice des préparatifs, commença à tirer le canon contre les ouvrages avancés, et continua jusqu'au 47, mais sans succès. Le 17 était fixé par Charles- Vlbert pour ouvrir le feu contre la petite citadelle. Des pluies tofrentielles vinrent une fois encore retarder l'attaque.

Enfin le 20, après avoir posté dans des positions favorables des mortiers destinés à inquiéter l'intérieur de la ville, Charles- Albert commanda le feu. Le tonnerre de deux cents pièces de canon retentit à une heure de l'après-midi à droite et à gauche du fort Mandella, et

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avec une telle violence, que la canonnade fut entendue jusqu'àBrescia même ; la première décharge avait abattu le clocher de la citadelle. Le feu continua toute la journée du 20 ; le 21 , l'incendie se déclara sur plusieurs points. Le duc de Savoie fit preuve, pendant toute cette journée, de la plus grande valeur. Cet état de choses dura jusqu'au 26. Charles-Albert, s'apereevant alors que le fort Mandella ne tirait plus que quelques coups de canon à de rares intervalles, envoya un parlementaire au général Rath pour lui proposer une capitulation. Celuici demanda vingt-quatre heures pour réfléchir, et voulut envoyer une estafette à Radetzki. Bien qu'il correspondît avec Mantoue et Vérone par des signaux, il croyait que le feld-maréchal ignorait la position désespérée de la ville.

Charles-Albert accorda les vingt-quatre heures, mais il ne permit pas l'estafette. Le général Rath put cependant connaître de Radetzki qu'il eût à tenir le plus longtemps possible, et, à la fin de la trêve, il répondit: Que, comme la brèche n'était pas encore ouverte, et qu'il lui restait des munitions, il ne pouvait capituler.

Le bombardement recommença donc avec furie le 27 dans la soirée. *

Sur ces entrefaites, le feld-maréchal, inquiété parles signaux du général Rath, et certain que Nugent ne tarderait pas à arriver, se décida à reprendre l'offensive.

H sortit donc de Vérone dans la nuit du 27 au 28 mai, et se dirigea, à la tête d'une grosse artillerie et d'un corps de vingt mille hommes, sur Mantoue. Grâce à une marche forcée, il put y arriver secrètement au commencement du jour.

Il avait conçu le projet de passer sur le corps des volontaires qui entouraient cette ville, et de prendre par le flanc et à l'improviste Tannée de Charles-Albert, qui n'avait organisé une sérieuse défense que du côté de Vérone.

Voici quelles étaient, à cette époque, les positions de l'armée autrichienne aux environs de Mantoue. A Villa- Franca, l'extrême droite des Piémontais; à Robervella, la légion Graffini avec cinq mille cinq cents Toscans, tant réguliers que volontaires , parmi lesquels on comptait le bataillon universitaire de Pise, arrivé depuis quelques jours ; trois cent cinquante chevaux occupaient le Mincio de Goïto aux Grazie, et poussaient leurs manœuvres jusqu'à Saint-Sylvestre.

Le 29 mai, vers dix heures du matin, Radetzki sortit de Mantoue par la porte Pradella avec quinze mille hommes et soixante pièces de canon. A la nouvelle de ce mouvement, le général Laugier donna à ses

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traite. Il voulait se replier sur Goïto avec l'aile droite de l'armée piémontaise. Déjà les caissons étaient chargés, lorsqu'on annonça la présence de l'ennemi. Radetzki attaquait à la fois les points de Curtatone aux Grazie et le village de Montanara.

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Aux Grazie, l'armée autrichienne trouva les volon-

taires toscans qui opposèrent une résistance héroïque. On eût dit que ces jeunes gens avaient été élevés au milieu des combats. Malgré le feu autrichien, le bataillon universitaire fit des prodiges de valeur, et arrêta pendant plus de dix heures des forces disciplinées,, armées d'une artillerie formidable et bien supérieures en nombre. Les artilleurs italiens n'avaient que dix pièces de canon; une bombe qui tomba sur un de leurs caissons le fit éclater, et blessa ou tua presque tous les servants des pièces. On vit alors un artilleur, Joseph Elbano, noir de poudre, dépouiller ses habits enflammés, et, le corps couvert de brûlures, servir, malgré ses souffrances, trois pièces a la fois.

La légion universitaire, commandée par le professeur Mosotti, fut admirable de courage. M. Pilla, chimisted'uu grand mérite, futfrappé par unboulet, et expira en disant: « Je n'ai qu'unregret, c'est d'avoir faitsi peu pour la cause italienne. » M. Montanelli, blessé très-grièvement, fut ramassé sur le champ de bataille par les Autrichiens, qui le gardèrent prisonnier pendant plusieurs mois.

Cependant l'incendie du caisson avait détruit les munitions. Les universitaires et les Toscans répondirent par la fusillade aux coups de canon de l'ennemi. Une résistance si disproportionnée dura quelque temps encore. Il fallut enfin battre en retraite. Les canons furent encloués, les retranchements abattus, et une retraite admirable permit à toutes les forces italiennes de se concentrer sur Goïto.

A Saint-Sylvestre et à Montanara, la résistance avait été la même. L'ennemi dut renoncer au projet de surprendre l'ar niée piémontaise par les derrières ; et Radetzki disait, en parlant des volontaires toscans et du bataillon universitaire : Non mi aspeltava tanta resislenza da queiragazzil (Je ne m attendais pas à taat de résistance de la part de ces garçons.) 11 lit lui-même aux prisonniers des compliments sur la brillante valeur qui avait sauvé Charles-Albert, et rendit pleine justice au caractère courageux des Italiens.

On a bien souvent en France accusé les troupes italiennes d être pour la plupart composées de mauvais soldats Cette assertion doit disparaître devant ce simple exposé des faits. On doit condamner le peu d'expérience des généraux qui dirigeaient les troupes ; mais contester l'héroïsme individuel des combattants imprime au caractère des hommes qui risquent de pareilles accusations une tache ineffaçable. S'il y a de la lâcheté quelque part, elle est bien certainement chez ceux qui crachent des calomnies aussi odieuses à la face d*un peu pie écrasé.

Ainsi, la seule bravoure de cinq mille hommes, pour la plupart volontaires, ûtéchouer le dessein de Radetzki, et sauva l'armée piémontaise d'une ruine presque certaine. Il était clair que le plan des Autrichiens avait été communiqué au général Rath; car le lendemain, ne voyant pas le siège interrompu, il signa la capitulation de Peschiera.

L état de la garnison était d'ailleurs pitoyable ; il ne restait plus que seize cents hommes, tant Croates que

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chasseurs et canonniers ; depuis plus de huit jours, les soldats ne mangeaient que du cheval. Les habitants de Peschiera, pour se mettre à l'abri du bombardement, avaient été s'enfouir dans les caves de leurs maisons.

Le 30 mai, dès la matinée, les troupes autrichiennes sortirent de la ville et déposèrent les armes entre les mains des Italiens, ainsi qu'il avait été convenu dans la capitulation. On les reconduisit jusqu'à Ancône, et on leur rendit leurs armes en les embarquant pour l'Autriche. Cent dix-huit pièces de canon tombèrent au pouvoir des Italiens.

Cependant Radetzki, après avoir dû renoncer à surprendre l'ennemi par les derrières, voulut continuer la lutte. Il se sentait assez fort pour livrer une bataille décisive. Aussi, le lendemain de l'affaire de Curtatone, il attaqua les troupes sardes à deux heures de l'après-midi dans les environs de Goïto. Après une tentative infructueuse sur la gauche, les Autrichiens dirigèrent toutes leurs forces contre l'aile droite des Piémontais. A cet assaut, le désordre s'étant mis dans la brigade Cuneo, les gardes, le duc de Savoie en tête, s'élancèrent en avant et repoussèrent vigoureusement l'ennemi. Le duc fut blessé à la jambe dans la mêfée, mais il ne voulut pas descendre de cheval, et paya de sa personne pendant toute la journée.

Charles-Albert combattait de son côté avec un cou-

rage admirable. Blessé à l'oreille, il avait vu sans semouvoir une bombe éclater aux pieds de son cheval. La brigade d'Aoste prit, avec les gardes, une des plus grandes parts au combat. Enfin, après une lutte acharnée, l'armée autrichienne fut forcée de battre en retraite, laissant prisonnier le prince de Bentheim avec plusieurs officiers supérieurs, et emmenant trois mille hommes hors de combat.

Plusieurs traits de bravoure signalèrent cette journée. Nous citerons entre autres celui d'Ernest Riccardi, dont la compagnie s'était élancée en avant pour appuyer la retraite de la brigade aux gardes, au commencement du combat.

« La brigade était déjà à une assez grande distance (1), lorsque Riccardi, se décidant enfin à la rejoindre, commande à ses soldats, disposés en tirailleurs, le feu en retraite. Un caporal vient alors l'avertir qu'ils sont tournés : Eh bien ! mon ami, répond-il avéc un admirable sang-froid, nous nous battrons jusqu'à la dernière extrémité. Le danger devenait de plus en plus pressant ; Riccardi s'empare d'un fusil qu'il trouve à terre, et, à la tête d'une poignée de braves, il se fraie un passage à travers l'ennemi. Il allait franchir la ligne de leurs tirailleurs, lorsqu'un soldat du régiment Gappert, d'une taille gigantesque, s'avance contre lui, la baïonnette croisée. Riccardi, dont le fusil n'était pas

(i) Journal d'un officier de Savoie sur la campagne de Loinhardie.

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chargé, le lui lance en guise de javelot, le frappe à la poitrine et le renverse. Dans ce moment, une balle vient frapper la poignée de son épée et y reste enchâssée; un second coup est dirigé contre lui, mais il atteint le lieutenant Balbiano. Iliccardi se précipite vers son camarade et veut le transporter hors de la mêlée, mais il est lui-même blessé d'un coup de feu qui lui brise l'index de la main droite. 11 confie alors M. Balbiano à ses soldats, et tous sont assez heureux pour se soustraire à l'ennemi. »

Ainsi fut remportée la victoire de Goïto, victoire qui aurait du éclairer Charles- Albert sur le parti qu'il avait à tirer de son armée. Cette bravoure bouillante , les marches et les contre-marches autour d'un même point ne pouvaient que la paralyser. Les soldats italiens demandaient à aller en avant: intrépides à l'attaque, ilsdevenaient moins forts dans l'expectative. Cependant, malgré tant de preuves de l'impétuosité de ses troupes, Charles-Albert commit encore une fois la faute de laisser refroidir cette impétuosité dans les champs de Goïto.

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