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CHAPITRE XVII

Quand un gouvernement est sur la pente du progrès, il ne faut pas qu'il cherche à s'arrêter dans sa marche ; en pareil cas, chacun des efforts qu'il fait ne peut que le précipiter avec plus de violence vers la réalisation des libertés exigées par les peuples ; et alors, au lieu de rester au niveau du mouvement social, il est toujours entraîné au-delà. C'est cette vérité que le gouvernement de Toscane ne voulut pas comprendre. Après s'être montré admirablement disposé à favoriser le mouvement réformateur qui agitait toute l'Italie en 1848, il

s'est effrayé, comme le gouvernement pontifical, des conséquences de ses premières concessions.

Il faut rappeler ici ce que nous avons dit dans plusieurs endroits de cet ouvrage. Il est probable que ce qui contribua le plus à arrêter l'archiduc Léopold au milieu des réformes, ce fut moins l'ambition des peuples que celle de Charles-Albert.

Quoi qu'il en soit, le gouvernement toscan, dès le mois d'avril, semblait craindre de poursuivre la voie dans laquelle il s'était engagé. Mais il hésita longtemps à manifester ses tendances rétrogrades. 11 fallait pour cela que la Toscane éprouvât le contre-coup des événements qui agitaient alors le pays le plus rapproché, c'est-à-dire la Romagne.

Les idées d'indépendance que Charles-Albert avait voulu personnifier en lui dans l'Italie septentrionale s'étaient formulées, comme nous l'avons vu, d'une façon toute différente à Rome. L'Italie centrale, plus sage et meilleur juge des circonstances, avait conçu l'indépendance italienne comme le résultat d'une fédération de tous les peuples de la Péninsule; elle avait récusé l'efficacité d'une monarchie constitutionnelle, quelque fa* vorable qu'elle fût.' Ces idées, qui, dès le mois de juin, étaient déjà accréditées à Rome, ne tardèrent pas à 1 être en Toscane ; l'Assemblée nationalo, convoquée par le grand-duc, comptaitdans ses membres plusieurs hommes de génie qui avaient compris toutes les difficultés de la situation. Mais, parmi tous ces hommes, on distinguait l'avocat Guerawi.

Guerazzi, un des plus ardents défenseurs de l'indépendance italienne, voyait avec peine Charles-Albert accaparer la gloire de constituer l'indépendance de la Péninsule; il reconnaissait la pernicieuse influence que la politique piémon taise avait sur le cours des choses. Un des premiers, il s'était aperçu que l'ambition de CharleS'Albert avait arrêté tous les princes italiens dans leur manifestation en faveur de l'indépendance, et il n'avait pas tardé à combattre la politique du ministère toscan, qui cédait si facilement à la crainte inspirée par l'ambition de Charles-Albert.

Lorsque les premières fautes commises en Lombardie par l'armée piémontaise furent connues en Toscane, le peuple ne considéra plus Charles-Albert que comme un obstacle à l'affranchissement de l'Italie. Le contre-coup de cette indignation ne tarda pas à retomber sur le ministère, qui, tout en faisant parade de sa bonne volonté en faveur de Charles- Albert, apportait dans l'organisation de la défense de la cause sainte une lenteur condamnable.

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Le 30 juillet, lorsque la nouvelle du désastreux événement de la Lombardie parvint à Florence, l'irritation gagna tous les esprits.

A onze heures du matin, un rassemblement s'était formé et avait promené dans les rues un drapeau tricolore couvert d'un crêpe.' Ce rassemblement parcourut

Florence tout entière, et se grossit bientôt (Tune foule immense.

Devant le palais grand-ducal, les cris de : Vive l'indépendance italienne ! À bas les ministres ! sortirent de toutes les bouches. Le grand-duc était absent ; l'agitation croissait de plus en plus. On entendait dans tous les quartiers de la ville battre la générale. Le pouvoir exécutif voulut rassembler la garde nationale, afin de prévenir les conséquences de ce premier désordre. Mais quelques hommes à peine se réunirent; tous les autres déclarèrent qu'ils ne voulaient pas prêter leur concours à un ministère déchu dans l'estime publique. Les quelques gardes nationaux qui arrivaient sur la place furent accueillis par des menaces ; on criait de toutes parts que ces hommes étaient des traîtres et qu'ils venaient tourner leurs fusils contre le peuple. Devant la colère devenue de plus en plus menaçante, ils furent forcés de se retirer dans le corps-de-garde.

On vit alors, au milieu du tumulte, plusieurs hommes proposer à haute voix la déchéance du grand-duc, et la formation d'un gouvernement provisoire. On ne sait jusqu'où cette agitation serait allée, si un orage violent, survenu dans l'après-midi, n'avait brusquement dissipé le rassemblement.

Cet incident ne fit que suspendre toutefois le mouvement gênerai; quelques instants après, de nouveaux rassemblements se formèrent, et se dirigèrent vers la Chambre des Députés; le flot populaire envahit la salle dans laquelle quelques représentants s'étaient réunis

pour délibérer sur l'urgence de la situation. Le peuple réclamait à grands cris qu'on votât la déchéance du ministère et qu'on proclamât l'indépendance italienne. Après avoir fait de vains efforts pour calmer le tumulte qui se produit en pareil cas, les députés durent abandonner leur place et se retirer les uns après les autres. Le peuple n'en resta pas moins dans la salle jusqu'à ce qu'un bataillon de la garde nationale vînt la lui faire évacuer. La foule refluant dans les rues y renouvela l'agitation de la matinée. La générale fut battue de nouveau, et on força l'habitation du gonfalonieï.

Devant ce soulèvement général, le ministère crut devoir céder, et Ridolphi, après avoir promis au peuple qu'on prendrait des mesures énergiques en faveur de l'indépendance, annonça que lui et ses collègues donnaient leur démission.

« Dans la gravité des circonstances actuelles, disaitil , le ministère, pouvant craindre que sa présence aux affaires soit un obstacle au bien qu'il souhaite au pays et accroisse les difficultés du moment, juge de son devoir de mettre le prince en pleine liberté d'aviser au salut public, et lui remet respectueusement sa démission. » Toutefois, Ridolphi ajoutait que, tant que le prince n'aurait pas fait un nouveau choix, lui et ses Collègues resteraient à la tète des affaires, j

Le grand-duc revint à Florence dans la soirée; il ao

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eepta, mais non sans quelque peine, la démission des ministres. Il confirma la déclaration que Ridolphi avait laite de rester au pouvoir jusqu'à la formation d'un nouveau cabinet, et se contenta, pour constituer le ministère, de déplacer seulement deux portefeuilles. Les anciens membres du cabinet restèrent donc au pouvoir; la présidence seule du conseil fut changée, et confiée à l'un d'eux, le ministre Capponi.

Le 6 août, Léopold II voulut prévenir par des mesures énergiques toute nouvelle tentative de désordre. De concert avec le ministère, il suspendit momentanément les lois constitutionnelles, et investit le cabinet de pouvoirs extraordinaires. En cas d'attentat contre l'ordre public, le gouvernement pouvait, d'après son décret, procéder à des arrestations préventives, empêcher et dissoudre les réunions qui paraîtraient offrir du danger.

Le peuple vit de mauvais œil l'adoption de ces mesures inconstitutionnelles; les pouvoirs conférés au gouvernement lui semblaient trop arbitraires. Quant à la Chambre des Députés, il se produisit dans son sein d'ardentes discussions. Guerazzi voulait mettre en accusation le ministère démissionnaire : c'était attaquer directement le ministère actuel ; aussi ne doit-on pas s'étonner si sa proposition souleva de violentes rumeurs.

Renonçant alors à son opposition contre le nouveau cabinet, Guerazzi transporta la question politique sur le terrain de l'indépendance italienne; il demandait que la Toscane prît l'initiative d'une Assemblée Con s-

utuante. Ud député, M. Panattoni, l appuya vivement» et la Chambre décréta, le 22 août, qu'on soumettrait au ministère un programme composé des articles sui- • vants :

1° Guerre en faveur de l'indépendance italienne.

2° Les bases de la paix ne pourront être assises qu'après la conquête de la nationalité et de l'indépendance de l'Italie.

3# Formation d'une ligue entre les peuples et les princes de la Péninsule.

4° Demande d'intervention à deux grandes puissances européennes, l'Angleterre et la France,

Ces mesures étaient d'autant plus urgentes, que la capitulation de Milan, en rendant aux Autrichiens toute la terre ferme de la Lombardo-Vénétie, laissait la Toscane entièrement découverte en cas d'invasion des troupes étrangères. Déjà Lucques et Modène étaient envahies par les Autrichiens, et nous avons vu que Welden avait marché sur Bologne dansles États Pontificaux.

A l'occasion de cette dernière affaire, le ministère Cappoui, qui était déjà perdu dans l'opinion publique, vit, par une mesure arbitraire, se soulever contre lui une partie du territoire toscan. Nous voulons parler d'un insurrection qui éclata à Livourne à l'occasion du père Gavazzi.

Le père Gavazzi, en apprenant la tentative des Autrichiens sur Bologne, sa ville natale, voulut se rendre chez les Bolonais, afin de disposer par ses prédications les habitants à soutenir avec énergie la guerre contra

4ÛÙ RÉACTIONS.

les Autrichiens, dans le cas où ceux-ci auraient manifesté l'intention de tenter une nouvelle attaque. Dans les premiers jours d'août, le célèbre bartoabite était en rade de Livourne, où il avait manifesté l'intention de débarquer.

Le ministère toscan, redoutant l'influence que pourrait avoir le père Gavaezi sur les populations, donna l'ordre de s'opposer à son débarquement ; mais une députation de Livournais, sans tenir aucun compte de cette mesure, alla chercher le père Gavazzi, et l'amena à son hôtel au milieu d'une foule immense qui poussait de joyeuses acclamations.

Après un court séjour dans la ville, le barnabite se mit en devoir de traverser le territoire de la Toscane pour arriver à Bologne le plus tôt possible. Plusieurs Livournais se réunirent à lui pour l'accompagner jusqu'à la frontière.

Le ministère Capponi, irrité de voir ses ordres ainsi méprisés, voulut faire un coup d'éclat, et fit arrêter la petite troupe à quelque distance de Florence.

La nouvelle de cette arrestation ne fut pas plus tôt parvenue à Livourne, que le peuple se souleva brusquement. Le 25 août, des rassemblements armés coururent à la poudrière pour s'en emparer. La garde civique, qui défendait ce poste, engagea la lutte, et fit un feu de peloton sur la foule. Plusieurs hommes tombè-

rent dangereusement blessés ; trois d'entre eux restèrent morts sur la place. La lutte dura toute la journée; les Livournais brisèrent le télégraphe, saisirent les dépêches envoyées à Florence, et sonnèrent le tocsin. Le gouverneur, forcé de se retirer devant la colère populaire, fut chassé jusque dans la forteresse, où les Livournais le retinrent prisonnier. La garde civique qui avait fait feu sur le peuple fut désarmée, et un gouvernement provisoire se forma sous la présidence du Sicilien la Sicilia.

L'influence du cercle populaire et l'intervention d'un moine dominicain que les Livournais aimaient beaucoup, le père Meloni, contribuèrent à apaiser le soulèvement général. Toutefois, on résolut d'envoyer à Florence une députation nommée par le peuple ; cette députation était chargée de demander au gouvernement s'il était vrai qu'on eût emprisonné le père Gavazzi, ainsi que les Livournais qui l'accompagnaient. Elle devait réclamer en même temps la dissolution de la garde civique, et sa reconstitution sur un pied plus libéral. Le ministère toscan ne répondit que vaguement à ces réclamations. Le grand-duc menaça de sa colère les agitateurs, et un corps de troupes, sous le commandement du colonel Cypriani, fut dirigé sur Livourne.

Les habitants cle cette ville, qui, aussitôt l'insurrection terminée, s'étaient préparés à repousser l'intervention à main armée du gouvernement toscan, refusèrent d'abord de laisser entrer les soldats; mais une grande partie de ces derniers ayant assuré les Livournais qu'ils

ITAL. î«

ne voulaient pas 86 battre contre eux, on laissa le co- 1 lonel Cypriani et ses troupes prendre paisiblement possession de la ville.

Le nouveau commandant militaire voulut alors exécuter les ordres qu'ils avait reçus du gouvernement. Cette conduite était maladroite ; la population livour* naise, une des populations les plus irritables de l'Italie, s'agita bientôt.

Une proclamation menaçante de Cypriani, qui fut affichée sur tous les murs de la ville, amena, le 5 septembre, un nouveau soulèvement. Un jeune homme qui avait lacéré l'une de ces affiches provocatrices fut grièvement blessé par les agents de police. Le peuple prit fait et cause pour la victime ; une nouvelle mêlée s'engagea. La troupe, au lieu de faire feu sur les Livournais, tira en lair; les carabiniers seuls voulurent tenir tète, et cent douze soldats furent tués dans la lutte.

Le député Guerazzi vint alors de son propre mouvement à Livourne pour s'emparer de la direction des affaires. Il engagea les habitants à nommer une nouvelle députation qui demanderait au grand-duc la suspension des pouvoirs extraordinaires accordés au gouverneur, l'amnistie complète pour les troubles de Livourne, et l'engagement de n'envoyer aucune force contre la ville.

Cette députation partit immédiatement pour Florence, Guerazzi en tète. Le 7, les députés étaient de retour; plus de 5,000 personnes attendaient avec impatience devant l'Hôtel-de-Ville. Guerazzi parutenfin au balcon.

« Citoyens! dit-il, dans notre Italie il y a déjà trop

TOSCANE. 4o:

d'un roi bombardeur ; notre prince déplore le sang qui a été versé contre sa volonté et contre ses ordres ; il en* verra parmi nous, non pas des soldats, mais des magistrats civils qui sauront se concilier vos sympathies. Tout dépendra de la prudence du gouvernement que vous vous choisirez , soit que vous vouliez armer ou désarmer la ville, garder ou abandonner les forts, et con* courir ou non à la guerre de l'indépendance italienne. La municipalité vous proposerais hommes qui devront gouverner, et vous les approuverez, si vous lojugez à propos, ou vous en nommerez d'autres vous-mêmes.

« Citoyens, que la paix, la confiance et la concorde Soient parmi vous, et les jours de lutte pourront se changer en jours de joies, telles que Livourne n'en aura jamais éprouvées d'aussi grandes. *

Ce discours fut accueilli avec enthousiasme par les habitants; une commission exécutive fut formée aussitôt, et Guerazai en fut nommé le président. Cette commission s'occupa immédiatement à rétablir Tordre; elle opéra la dissolution et la reconstitution de la garde civique. Le 10, une légion de volontaires fut formée et dirigée sur Venise; le 12, Tordre était parfaitement rétabli : une proclamation signée par Guerazzi avait apaisé les dernières rumeurs qui agitaient encore la ville.

Le gouvernement toscau, tout en approuvant les me-

sures prises pour rétablir l'ordre, ne voulait pas tou- • tefois reconnaître comme légale la commission exécutive, en sorte que Livourne paraissait détachée, sinon en fait, du moins officiellement, de la Toscane. Le ministère Capponi jugeait de son devoir de ne pas céder devant la volonté des habitants ; il était en contradiction formelle sur ce point avec la Chambre des représentants. Ceux-ci avaient retiré plusieurs fois la parole au député Malenchini, qui avait voulu faire des interpellations à l'occasion de la révolution de Livourne; et chaque fois que ce député manifestait l'intention de prendre la parole sur ce point, des discussions très-vives étaient entamées contre le ministère. On voulait qu'il abdiquât les pouvoirs extraordinaires que le grandduc avait étendus non-seulement à Livourne, mais aussi à toute la Toscane. Les improvisations chaleureuses du député Panattoni à ce sujet montraient combien le pouvoir exécutif était en contradiction avec le pouvoir représentatif. Cependant, malgré une opposition aussi générale et aussi formelle, le ministère Capponi voulut, de sa propre autorité, renverser le gouvernement de Livourne, et le remplacer par des hommes qu'il nommerait lui-même.

Le 28 septembre, trois personnes furent chargées d aller prendre en main la direction des affaires; ces commissaires s'appelaient Tartini, Bandi et Ducoqué; ils se mirent aussitôt en route pour Livourne. Aquelque distance de la ville, ils furent arrêtés par Guerazzi et flftf le gonfalonierFabri. Ceux-ci leur annoncèrent qu'à la

première nouvelle de leur nomination les Livournais s étaient disposés à prendre les armes, et leur déclarèrent qu'il y aurait danger pour eux à vouloir pénétrer dans une ville indisposée contre le ministère.

Les commissaires durent revenir sur leurs pas, et, à peine de retour à Florence, ils rédigèrent une protestation contre le mauvais vouloir des Livournais. Le ministère Capponi, prenant faite et cause pour eux, déclara, le 29 septembre, que les communications officielles avec Livourne étaient désormais interrompues.

Le 30, Montanelli monta à la tribune pour faire au sein de la Chambre de vives interpellations au ministère; il représenta que ce n'était point par la rigueur qu'on pouvait soumettre Livourne; il insista sur la nécessité de ne pas provoquer de discussion dans un moment aussi critique pour la cause italienne, « Autrement, dit-il en terminant, Radetzki s'en réjouira, lui qui a déjà tant profité de nos divisions intestines ; il se réjouira, lorsqu'il saura que les communications officielles sont interrompues avec une ville comme Livourne; il se réjouira, car cet homme a deux armées en Italie : ses soldats d'abord, nos discordes civiles ensuite, et c'est à celles-ci plutôt qu a ceux-là qu'il doit la victoire. »

Le ministère répondit par des échappatoires ; il déclara qu'il était loin de vouloir favoriser en quoi que ce fût la désunion au sein du pays, et il ajouta que si les communications avec Livourne avaient été interrompues, c'était uniquement pour rechercher en toute

m RÉACTIONS.

sécurité les moyens de faire rentrer cette ville dans l'ordre.

Le 1er octobre, un grand nombre de citoyens et de magistrats se réunit dans la cathédrale de Livourne. Guerazzi, appuyé par legonfalonier, proposa, au milieu des acclamations unanimes, l'adresse suivante î

« La population de Livourne entend, comme elle l'a toujours entendu, demeurer Adèle à la famille toscane et réunie au pouvoir constitutionnel. Elle entend obtenir du pouvoir exécutif l'amnistie de tout pour tous, militaires et bourgeois. Le ministère devra résigner ses pouvoirs exceptionnels, et la constitution rentrer dans l'état normal. »

La députation arriva le lendemain à Florence ; elle fut reçue par le ministère. Mais Capponi se récusa et déclara vouloir en référer au prince. Le grand-duc, vers lequel les délégués furent conduits, déclara que, si la population livournaise voulait accepter un gouvernement nommé par lui, il accepterait en échange toutes les conditions proposées. 11 ne demandait pas à choisir le gouvernement de sa propre autorité; il priait les délégués de se réunir et de choisir un homme dont il ratifierait la nomination.

Le premier mouvement de la députation fut de proposer Guerazzi; mais elle craignait que ce choix ne suscitât des obstacles, et elle proposa Montaneili.

Des désordres qui se produisirent à ce moment même k Florence montrèrent au grand-duc combien il serait dangereux de ne pas confirmer la demande des délégués. MontanelH fut agréé par le gouvernement, et Guerazzi revint à Florence, après avoir laissé aux Livournais L'adresse suivante en signe d'adieu :

a Amis et frères l

« Vos demandes ont été accordées; l'amnistie avec la formule complète que vous désiriez a été concédée; les pouvoirs exceptionnels, jetés comme un voile sur la face de la liberté, seront levés pour n'être jamais plus étendus. Je pense que vous avez ainsi bien mérité de la Toscane; elle vous en sera reconnaissante. Je m'éloigne en personne de cette terre livournaise ; mais mon cœur reste avec vous ! Vous allez avoir pour vous gouverner Joseph Mottfanelli, nom cher aux gens de bien et ornement de la patrie, tant par ses paroles que par ses dotes généreux. Si vous avez foi en lui comme il a foi en vous, l'œuvre de liberté sera confirmée i cette œuvre à laquelle non pas moi, mais la modération du grandduc et votre beau caractère ont si puissamment contribué. Adieu.

« Livoume, 4 octobre 1848.

f G.-D. Guerazzi. §

U * 4 octobre, huit jours après l'entré* de Montanelli

m hêactions.

à Livourne, une immense démonstration se produisit devant l'Hôtel-de- Ville. Cette démonstration était toute pacifique ; la foule, drapeaux et tambours en tête, vint déboucher sur la place, portant une énorme pancarte sur laquelle étaient écrits ces mots : Vive la Constituante italienne l A bas les ministres !

Une députation du peuple monta auprès de Montanelli pour lui demander que la diète se réunît en Toscane ; elle déclarait que le grand-duché étant le seul pays de l'Italie où le gouvernement était favorable à la réunion d'une Constituante.de la Péninsule, nul autre pouvoir ne pouvait prendre cette mesure. Montanelli renvoya les députés avec une réponse favorable, et, se montrant au balcon, il prit la parole au milieu d'un grand silence.

<c Frères, dit-il, il m'est doux de voir combien votre intelligence a saisi rapidement l'idée d'une Constituante, et a compris l'importanco de la prompte mise à exécution de ce projet. Le ministre Rossi a promis, il est vrai, aux deux Chambres d'inviter les autres gouvernements à se joindre à lui dans ce but ; mais cela entraînerait trop de lenteur, et, quant à moi, je pense qu'il est on ne peut plus urgent pour le salut de l'Italie que les représentants de la nationalité italienne se réunissent au plus tôt dans une ville quelconque de la Péninsule.

« Certes, si Rome, ou Turin, ou tout autre gouvernement nous offait un point de réunion, nous irions volontiers à Rome, à Turin, ou ailleurs; mais nous ne

Digitizetftiy Go

pouvons forcer ces gouvernements à prendre une telle décision contre leur gré. Prenons donc nous-mêmes l'initiative que le pouvoir qui nous régit proclame hautement; réalisons cette idée d'une Constituante italienne ; que la Toscane nomme tout d'abord ses représentants, et nous verrons les autres peuples italiens, même par notre exemple, forcer leurs gouvernements à entrer dans cette même voie et concourir avec nous à l'accomplissement du grand œuvre.

« Oui, citoyens, je le répète, je me réjouis de voir que votre agitation a un but, une idée pour point de départ ; car vous savez que les mouvements sans but et désordonnés des masses sont une des plus grandes calamités de Pétat social. Vive donc le peuple de Li- 1 vourne 1 qui a si bien compris le sentiment de son devoir, et vive l'Italie ! »

La nouvelle de cette scène jeta Florence dans une grande agitation et imprima une sorte de terreur au ministère Capponi. Il était à craindre, en effet, que la politique suivie par le cabinet ne formât un contraste trop frappant avec l'attitude libérale du gouvernement de Livourne. Le 23 octobre au matin, le ministère Capponi vint remettre sa démission entre les mains du grand-duc. Il se contenta d'avoir entendu déclarer, pour sa satisfaction personnelle, qu'il n'était pas sorti de la légalité.

410 11ÉACTIONS.

Sous la pression de l'opinion publique, le grand-duc forma un nouveau ministère qui était composé des noms suivants : Montanelli aux affaires étrangères, Gueraizi à la guerre, Mazzoni à la justice.

Le premier acte de ce nouveau cabinet fut de soumettre au grand-duc la ratification d'une Constituante italienne. Léopold II accorda aussitôt son autorisation. On forma en môme temps des corps de troupes destinés à soutenir la cause de l'indépendance. Une légion étrangère fut créée, pour qu'on y pût enrôler les citoyens chassés des pays reconquis par l'invasion autrichienne. L'abolition du gouvernement militaire fut proclamée ; on réunit les pouvoirs du commandant entre les mains du ministre de la guerre, et on proclama la mise à néant de tous les pouvoirs exceptionnels accordés jusqu'alors au gouvernement exécutif.

Le 7 novembre, le ministère toscan adressait à tous les gouvernements de la Péninsule une circulaire dans laquelle il les invitait à concourir à la formation d'une Constituante italienne; il offrait le territoire toscan comme résidence de la diète; il engageait vivement chacun des cabinets à réaliser aussitôt que possible l'institution de cette nouvelle assemblée, et, afin que cette mesure ne préjudiciât en rien à l'autonomie des différents États, il déclara que les questions relatives à tout régime intérieur ne seraient discutées qu'après la libération de la Péninsule.

Nous avons vu comment la révolution romaine, qui survint quelques jours après, empêcha la Toscane dé

mettre à exécution le projet développé par Montanelli.

En attendant, le gouvernement qui régnait à Florence voyait, dans toute la Toscane, la paix et la confiance rétablies. Toutefois, des troubles s'étant produits au sujet de l'élection des nouveaux Députés, le ministère fit afficher dans les rues une proclamation qu'on peut considérer comme une page unique dans ce genre. Cette proclamation, signée par tous les ministres, déclarait que les citoyens devaient annoncer leurs déterminations, non par la violence, mais par des manifestations paisibles ; elle se terminait en ajoutant que si Ton ne voulait pas se rendre à ces représentations, tous les ministres donneraient leur démission.

Cette dernière phrase fit plus d'effet que les menaces les plus violentes, et le calme se rétablit aussitôt dans la Toscane tout entière.

Tels furent les événements qui s'accomplirent à Florence pendant Tannée 1848. On était loin alors de prévoir la révolution qui, au commencement de 1849, devait éclater par la fuite de Léopold.

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