‹ Histoire de l'Italie en 1848-49Chapitre 41 sur 50 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

L'armistice était dénoncé; on allait recommencer la guerre, et chacune des puissances avait fait ses préparatifs. Deux armées avaient été échelonnées en face Tune de l'autre de chaque côté du Tessin : Tune forte de 70,000 hommes* celle de Charles- Albert; l'autre de 50,000, celle de Radetzki.

Au 16 mars, jour auquel commença la campagne, voici quelle était la situation des deux, armées :

L'armée piémontaise appuyait sa gauche sur Novare, et sa droite sur Voghera, de l'autre côté du Pô; son centre était établi en même temps que le corps de ré-

serve à Alexandrie et à Casale. Les avant-gardes étaient postées : celle de la gauche, à Bufifalora, en deçà du Tessin, et vis-à-vis de Magenta, qui mène à la route de Milan; celle du centre à Vigevano, sur la route qui mène de Turin à Pavie; enfin, celle de la droite à Castel-San-Oiovannif sur la route qui conduit d'Alexandrie à Crémone.

Le général Chrzanowski était investi du commandement en chef de l'armée piémontaise, sous l'autorité de Charles-Albert; il avait à sa disposition 260 bouches à feu. Chrzanowski, malgré sa réputation, était entièrement inconnu aux soldats -, son armée, composée d'hommes mariés pour la plupart, avait été réunie avec peine, et on ne pouvait espérer de la part des Piémontais une longue résistance dans le pays même. On sait généralement que les hommes qui ont femmes et enfants sont de mauvais soldats lorsque la guerre est portée dans le pays habité par leurs familles; la facilité qu'ils ont de trouver un refuge et un abri, leur permet de se disperser au premier échec; il faut ajouter aura que, malgré tous les efforts des officiers piémontais, lt discipline n'était pas fortement organisée dans les troupes. «

L'armée deRadetzki occupait, de l'autre côté du Tessin, toute la partie qui s'étend de Milan à Magenta et à Pavie; sa droite, appuyée à Magenta, faisait face à h gauche des Piémontais; son centre était établi entre Milan et Pavie, sa gauche s'étendait de Pavie à la Trébîa ; il avait échelonné sa réserve de Lodi à Crémone,

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Si Ton considère la position respective des deux armées, on conviendra que Charles-Albert avait pour lui bien des avantages. Radetzki, au milieu d'une population toute prête à s'insurger contre ses troupes, devait craindre que l'invasion de l'armée piémontaise ne remuât toute la Lombardie et ne la soulevât contre lui. Le vieux feld-maréchal, connaissant l'impéritie de Charles- Albert, s'était décidé pour un plan audacieux, et il avait déclaré dans son manifeste qu'au lieu d'attendre l'ennemi sur le territoire de Milan, il le pousserait jusqu'à Turin et transporterait la guerre dans le Piémont. Ce manifeste parut une bravade à Chrzanowskii il semblait que le vieux tacticien ne pouvait s'avancer ainsi à la légère dans un pays où toutes les chances de retraite devaient lui être enlevées en cas de défaite; d'ailleurs, au cas où Radetzki voudrait exécuter son manifeste en laissant dans le Piémont des forces suffisantes pour le tenir en échec, on pouvait envahir la Lombardie et chercher à opérer une jonction avec les troupes de Venise. J,e plan était d'autant plus facile à exécuter, que Charles-Albert, en dénonçant l'armistice, avait tous les avantages. Quelque préparé que fût Radetzki à la lutte, il était clair que, s'il eût eu affaire à un général aussi actif que lui, tous les désavantages auraient été de son côté. Mais Charles- Albert semblait toujours sous l'influence de cette hési-

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tation qui avait tant de fois déjà compromis la cause italienne.

Le 20 mars, toute l'aile gauche piémontaise, au nombre de 20,000 hommes, et commandée par le roi, passa le Tessin entre Buffalora et Magenta, sur la route de Milan. Les Piémontais ne rencontrèrent aucune résistance; l'aile droite des Autrichiens avait évacué Magenta et s était repliée vers Milan. Du 16 au 20, Radetzki avait fait concentrer secrètement le gros de ses forces du côté de Pavie, en sorte que, quand on croyait encore son centre appuyé sur Lodi, il traversait le Tessi n en face de Mortara, et marchait droit sur Turin. Ses calculs avaient été si bien pris, qu'il trouva libre toute la ligne comprise entre Vigevano et Pavie.

Le général Ramorino, commandant la division lombarde, était chargé de garder le bas Tessin; de là, il devait observer le débouché de Pavie et arrêter l'ennemi au passage. Dans le cas où il n'aurait pu tenir, il avait l'ordre de se replier sur Mortara ou San-Nazaro.

L'évacuation de Magenta par les troupes autrichiennes et le passage du Tessin laissé entièrement libre, auraient dû éclairer Chrzanowski : il était évident qu'en permettant aux Piémontais d'étendje ainsi leur aile gauche, Radetzki avait l'intention de couper en deux l'armée de Charles-Albert.

Ramorino ne s'était pas porté sur la position qu'on lui avait assignée ; il s'était tenu à distance du Pô et du Tessin, se contentant d'abandonner sur la rive gauche du premier fleuve un régiment de cavalerie et deux ba-

taillons. La petite troupe dut donc supporter toute l'attaque du centre autrichien qui s'avançait, formant la pointe d'un triangle dont les deux ailes, échelonnées sur les côtés, devaient s'écarter à mesure que l'armée autrichienne pénétrerait dans le Piémont.

Le régiment de cavalerie et les deux bataillons, après avoir bravement soutenu pendant deux heures le feu meurtrier des Autrichiens, durent se retirer devant les forces sans cesse croissantes de l'ennemi.

Dès lors, rien ne pouvait plus empêcher le feld-maréchal de s'établir en sûreté derrière le Pô.

Chrzanowski comprit enfin le stratégie de l'ennemi; il donna l'ordre à deux divisions piémontaises de se porter l'une sur Mortara, et l'autre en avant deVigevano. Les autres divisions reçurent Tordre de se mettre en marche le 21 à la pointe du jour, la première vers le pont de Buffalora, la seconde dans les environs de Gambolo, et la troisième sur Vigevano. La division de réserve devait occuper Mortara.

Malheureusement, ces mouvements n'étaient indiqués qu'au cas de l'apparition des Autrichiens à Vigevano et à Mortara, et l'on ne pensait pas qu'ils pussent y apparaître avant la journée du 21 .

Mais le 20 au soir, le maréchal était déjà à Garlasco, et le 21 au matin Mortara était attaqué par l'ennemi ; une avant-garde commandée par l'archiduc Albert pré-

La Lombardie était toute prête à l'insurrection; les places fortes de Casale, de Coni et d'Alexandrie pouvaient paralyser le danger du mouvement audacieux de l'ennemi; il ne s'agissait donc plus que d'enfermer le feld-maréchal dans le Piémont, et de lui couper la retraite en favorisant le soulèvement des provinces lombardes. Les corps de réserve échelonnés de Lodi à Crémone devenaient impuissants contre les forces imposantes de l'armée sarde ; mais Charles-Albert, voyant les symptômes de démoralisation qui se manifestaient dans son armée, et craignant à ju6te titre que la mauvaise organisation de l'administration militaire ne le privât des

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manquer, prit la résolution de concentrer ses troupes sur Novare. Une pareille tactique était malheureuse. Toutes les forces piémontaises se trouvant ainsi à une énorme distance de l'aile droite, et jetées sur la gauche de Hadetzki, pouvaient craindre à bon droit de voir la retraite fermée sur Turin et d être acculées par les Autrichiens vers la Savoie.

Néanmoins, le 12 mars, l'armée piémon taise, renforcée des deux divisions battues la veille, occupa Novare sans avoir été inquiétée. Kadetzki s'était ouvert, il est vrai, la route d'Alexandrie et de Turin ; mais il ne pouvait laisser sur ses derrières une armée qui, bien que démoralisée, comptait encore 50,000 hommes et 111 pièces de canon. Il était donc important pour lui de précipiter la campagne et d'empêcher, par un mouvement rapide, l'armée italienne d'opérer sa jonction surPavie et sur

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Vigevano. Aussi le feld-maréchal marcha-t-il sans hésiter sur Novare. — Tout faisait pressentir la grande bataille où allaient se jouer en un seul jour les destinées de la cause italienne.

Dès la matinée du 23 , Chrzanowski rangea ses troupes en bataille dans la plaine qui s étend en face de Novare et que sillonnent les deux routes de Mortara et de Vercelli. Il avait appuyé sa gauche à un fort mamelon qui domine Novare et sur lequel est bâti le village de la Bicocca ; la droite était assise sur le plateau de Nuova-Corte, et le flanc de cette aile était protégé par un canal qui longe l'Agagna, affluent du Pô ; le centre s appuyait sur un petit village nommé la Citadella ; quant à la division de réserve, elle était rangé en arrière de l'aile droite, près de la ville et de la route de Vercelli, quelle était chargée d'éclairer. La clef de la bataille était le monticule de la Bicocca ; aussi Radetzki dirigeat-il sa plus forte attaque sur l'aile gauche qui l'occupait. La rapidité avec laquelle cette manœuvre fut exécutée sembla du premier coup assurer le succès aux Autrichiens. L'aile gauche fut chassée jusqu'au cimetière de la Bicocca. Pour protéger ce mouvement, Radetzki fît du même coup charger vigoureusement le centre de l'armée piémontaise ; mais le régiment de Gênes-Cavalerie se précipita sur les Autrichiens, et, par une charge brillante, permit à l'aile gauche de reconquérir le terrain perdu.

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