‹ Histoire de l'Italie en 1848-49Chapitre 43 sur 50 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Après la trop fameuse journée du i5 mai, Ferdinand II dut être effrayé de l'indignation générale. Les nombreuses marques de réprobation qui lui parvinrent de toutes les parties de l'Europe lui prouvaient qu'il serait dangereux de pousser jusqu'au bout sa victoire et de rétablir l'ancien état de choses.

L'insurrection des Calabres, l'incertitude où l'on était du triomphe de la cause italienne dans les champs de la Lombardie, et l'amour-propre des ministres à maintenir une constitution qu'ils avaient rédigée eux-mêmes, telles furent les causes principales qui arrêtèrent le

pouvoir de Naples dans la voie réactionnaire où il s'était si brutalement engagé.

Le 24 mai 1848, Ferdinand déclara qu'il était le premier à déplorer une lutte dont les conséquences avaient été si désastreuses, et, après avoir rejeté tout l'odieux sur les libéraux du parti extrême, il annonça qu'il était prêt à maintenir dans toute leur intégrité les formes constitutionnelles qu'il avait accordées au pays.

Un décret royal parut en même temps pour ordonner la convocation d'une nouvelle assemblée. Afin de donner à cette mesure une couleur plus libérale, on avait réduit le cens électoral pour les électeurs et pour les éligibles.

Le 25 mai, un nouveau décret confirma la liberté de la presse, tout en la limitant dans les lois de la monarchie constitutionnelle. Le décret confiait à la police la répression des délits en matière politique.

L'état de siège qui pesait sur Naples fut levé vers la fin de juin, et la garde nationale fut organisée sur un nouveau pied. Il faut dire ici qu'on prit toutes les mesures nécessaires pour rendre à peu près inutiles les concessions faites à l'esprit libéral ,

Les collèges électoraux, en sas semblant pour procéder à l'élection d'une nouvelle Chambre des Députés, déclarèrent pour la plupart qu'ils confirmaient les premières élections. Les autres nommèrent des représentants libéraux, et la nouvelle Chambre, malgré les efforts de la réaction , fut animée du même esprit que l'assemblée qui l'avait précédée.

Si EMISSION DE LA SICILE. , 493

La cérémonie d'ouverture eut lieu le 1er juillet. Le duc de Serra Capriola vint lire le discours de la couronne; ce discours n'était que le commentaire des proclamations de Ferdinand après la journée du 15 mai. 11 ne faisait aucune allusion à la cause italienne, et ne parlait pas des troupes rappelées à Naples. Le premier acte des Députés fut de rédiger une adresse en réponse à ce discours. Ils demandaient qu'on revînt sur la mesure de rappel qu'on avait prise à 1 égard des troupes napolitaines. Mais cette adresse, quoique applaudie par le peuple, ne put même parvenir au roi ; il. refusa nonseulement de la prendre en considération, mais même de la recevoir.

Dès lors, la guerre fut déclarée entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif; les Députés traitaient avec colère les membres du nouveau cabinet, et particulièrement M. Bozzelli, qui leur rendit, il est vrai, dédains pour dédains. Les discussions s'engagèrent avec vivacité sur la réorganisation de la garde civique; un rapport de M. Imbriani s'attacha à démontrer l'illégalité du désarmement des premières milices pendant que l'on protestait en faveur de la cause italienne. La trihune retentit d'accusations sans nombre, et le ministère obtint enfin qu'on prorogerait les Chambres jusqu'au 1er décembre.

Ce décret, qui parut le 1èr septembre, n'avait d'autre but que de laisser à Ferdinand la liberté d'entreprendre en toute sécurité une expédition contre la Sicile.

Les Siciliens avaient voulu sanctionner définitive- • ment leur séparation d'avec le royaume de Naples; il y avait pour cela un moyen bien simple, c'était de proclamer la République; mais ils ne se sentaient pas dis- • posés à accepter cette forme de gouvernement.

Le 1 1 juillet, le parlement sicilien crut avoir résolu la question en donnant la couronne au second fils de Charles- Albert. Il restituait donc le gouvernement de l'île à la maison de Savoie.

Le décret était conçu en ces termes :

Art. 1er. Le duc de Gênes, deuxième fils du roi actuel de Sardaigne, est appelé, avec sa descendance, à régner en Sicile selon les statuts constitutionnels du 10 juillet 1848.

Art. 2. Il prendra le nom et le titre d'Albert-Amédée, premier roi de Sicile par la constitution du royaume.

Art. 3. Il sera invité à accepter et prêter le serment indiqué par Part. 40 des statuts.

Quant aux statuts de la nouvelle constitution , à laquelle devait se conformer le nouveau monarque , ils renfermaient les particularités suivantes :

« Le roi de Sicile ne pourra régner sur un autre pays, autrement il serait déchu par le fait même.

« La souveraineté réside dans l'universalité des citoyens. L'exercice ne saurait en être attribué à des classes ou à des individus spéciaux.

« Tous les citoyens ayant vingt et un ans révolus et sachant lire et écrire, sont électeurs.

a Tout électeur peut être député à vingt-cinq ans et sénateur à trente-cinq;

« Le parlement se réunira de droit à Palerme le 1er ■ janvier de chaque année.

a Pour que la Chambre des Députés soit légalement constituée, il faut que le nombre des représentants s'élève au moins à soixante.

« Le nombre de sénateurs assigné à la validité des délibérations du sénat est fixé à trente.

« Le pouvoir exécutif doit être exercé par le roi, et par l'intermédiaire de ministres responsables qu'il nommera lui-même.

« Le roi représentera la nation devant les cours étrangères.

« La descendance du premier roi pourra régner sur la Sicile. Mais, s'il décédait sans enfants mâles, la nation serait appelée, par le suffrage universel, à se choisir une nouvelle dynastie.

« Toutes les questions de succession seront décidées par le parlement.

t La majorité du roi est fixée à dix-huit ans.

« La formule du serment à prêter par le roi sera celle-ci : « Moi, roi des Siciliens, je jure et je proa mets devant Dieu et les saints Évangiles cTobsero ver et de faire observer la constitution du royau- « me de Sictle, en vertu de laquelle je suis appelé à « régner. »

ITAt. 5*

m DERNIÈRES LUTTES.

« Le domicile des citoyens est inviolable.

« La parole et la presse sont libre»,

« Ruggiero Settimo, nommé lieutenant-général des armées de Sicile, et déclaré avoir bien mérité de la pa- • trie par Imminence des services rendus à la cause nationale, sera sénateur de droit et pour la vie avec es honneurs de président. 11 sera aussi affranchi de toute taie quant à ee qui regarde sa correspondance personnelle. »

Ainsi qu'on peut le voir, cette singulière constitution était un mélange d'institutions républicaines et de règlements qui appartenaient à la monarchie constitut tonnelle «

Ferdinand protesta avec vivacité contre le décret du parlement sicilien ; il déclara que la Sicile ne pouvait être considérée par lui que comme une nation révoltée, et qu'elle serait traitée comme telle.

En eonférant le pouvoir au due de Gênes, le parlement sicilien commettait une faute insigne; il eât mieux valu confier la royauté à Charles-Albert ou proclamer la république; on ne se serait pas isolé par là de la grande cause nationale pouf le triomphe de laquelle Fanion était devenue si nécessaire. C était d'ailleurs, comme le fait fort justement observer M. Riccîardi, une provocation trop directe au roi de Naples pour que celui-ci pût rester plus longtemps inactif.

SOUMISSION DE LA SICILE m

À peine la Chambre napolitaine avait-elle été prorogée, que l'expédition ordonnée par le gouvernement partit pour la Sicile ; le commandement en chef avait été donné au général Filangieri, et, le 3 septembre au matin, la flottille*ennemie apparut devant Messine. Le feu des batteries fut aussitôt ouvert contre la ville : le fort de Mare-Grosso, canonné à la fois par la citadelle, dont les Napolitains étaient restés maîtres, et par les bateaux à vapeur des forces navales, ne put lutter plus longtemps ; les soldats débarquèrent alors et s'avancèrent à l'attaque de Messine. Le bombardement avait été ordonné sur tous les points; néanmoins, les habitants se défendirent avec une énergie remarquable. Quoique, sous l'action des fusées et des bombes, la ville prît feu à plusieurs endroits, les Messinois repoussèrent ù différentes reprises les soldats de Filangieri. Pendant quatre jours, la lutte présenta le même caractère d'acharnement de part et d'autre; enfin, le général Filangieri résolut d'en finir, et ordonna un débarquement sur uq des points de la côté qui se trouvait hors de la portée des batteries siciliennes.

Les Messinois soutinrent avec une sorte de rage cette dernière attaque des assaillants; mais, les forces ennemies devenant de plus en plus imposantes, ils durent battre en retraite vers la ville et se fortifier dans les rues ; il fallut que les Napolitains enlevassent une 5 une toutes les barricades. Le combat dura plus de trent heures ; les troupes de Ferdinand perdirent 46 officiers eH,033 hommes; elles ne purent entrer dans la ville

Soo DEKNIÊKES LUTTLS.

que quand le bombardement en eut fait une immense fournaise.

Le combat présenta tous les caractères d'une guerre à mort ; de part et d'autre on déploya une égale férocité. Napolitains et Messinois fusillaient et torturaient sans pitié ceux d'entre leurs ennemis qui leur tombaient entre les mains. Vainqueurs et vaincus, tous se déshonorèrent par des actes d'une cruauté aussi sauvage qu'inutile. Cependant, sur l'intervention de l'Angleterre et de la France, les hostilités furent suspendues entre les deux pays, et on conclut de part et d'autre un armistice qui, loin de pouvoir amener la conciliation entre les deux peuples, ne servit qu'à ménager les moyens d'une lutte plus effrayante encore qu elle ne l'avait été jusque-là.

Ce fut sur ces entrefaites que la Chambre des Députés se réunit de nouveau le 1er février 1849. Le ministère, redoutant les interpellations qu'il devait subir, avait prolongé la prorogation de deux mois.

L'armistice entre la Sicile et Naples durait toujours, et rien n'annonçait que Ferdinand voulût y mettre fin. C'était le moment où l'on sentait que l'Italie allait tenter les derniers efforts pour recouvrer son indépendance et réaliser son unité. Les Siciliens avaient pris toutes les mesures nécessaires pour se défendre vigoureusement en cas d'attaque. On comprenait qu'il

soumission m: i.a sicile. soi

n'y avait pas de merci à espérer de Ferdinand. Celuici, marqué au front du titre de Bomba sur toutes les pièces à son effigie, insulté par tous les pamphlets, ridiculisé par toutes les caricatures, était devenu un monarque insupportable à ses sujets eux-mêmes.

Aussi, la veille du jour où devait se faire l'ouverture des Chambres, des désordres très-graves éclatèrent à Naples : une bande de lazzaroni qui avait parcouru les rues de la ville, drapeau en tête et au cri de : Vive le roil Vive la constitution! fut attaquée par une autre bande qui criait : A bas la police! La population napolitaine s'apprêtait à prendre part à la lutte, mais une prompte intervention des soldats vint heureusement empêcher Ferdinand de renouveler les massacres du 15 mai.

Les Députés, qui se réunirent le lendemain, furent vivement applaudis par le peuple des tribunes ; ils voulurent rester fidèles à la cause libérale, et, de concert avec la Chambre des Pairs, ils demandèrent le renvoi du ministère.

Le 1 3 février, la Chambre tout entière prit parti pour cette mesure, et demanda qu'il fût formé un nouveau cabinet.

Ferdinand ne tint aucun compte de cette résolution ; il n'attendit même pas que l'adresse lui fût présentée : le 12 mars, sur un rapport des ministres, la Chambre fut dissoute. Ce rapport était motivé sur des considérations singulières. Les ministres y disaient que l'assemblée chargée de représenter le pays n'était point l'ex-

Tm BERX1ÈRES LUTTES.

pression des vœux du peuple ; ils faisaient observer que lors des élections la plupart des collèges avaient déclaré vouloir maintenir les représentants précédemment nommés; ils disaient en outre que, dans leurs premières séances, les Députés avaient omis à dessein de prêter serment à la Constitution du pays ; ils ajoutaient enfin que la Chambre, loin d'être un gage de sécurité pourlâ nation, n'était qu'un foyer de discordes et une sorte de club de factieux; qu'il y avait donc intérêt à se débarrasser au plus tôt de représentants dont on ne pouvait reconnaître ni le mandat, ni la conduite.

Quelques désordres signalèrent cette dissolution; mais les mesures avaient été trop bien prises pour qu'une révolution radicale pût triompher. .

Ferdinand, de concert avec le cabinet, s'attacha donc à diriger désormais tous ses efforts vers la Sicile; déjà, le 28 février, il avait déclaré à cette île, dans un ultimatum daté de GafHe, qu'elle devait se soumettre à sa domination ; mais il lui avait proposé des conditions inacceptables.

M. Amari, auteur d'une brochure en faveur des Siciliens, prononçait en 4848 ces paroles mémorables !

« Pourrait-on se figurer, dit-il en parlant de Ferdinand, pourrait-on se figurer encore une fois roi delà Sicile ce vieil ennemi vaincu, condamné par la représentation nationale, par tous les corps politiques consti-

tués, chasse, insulté de mille manières, marqué au front du titre de Bomba sur les pièces à son effigie, reproduit dans mille caricatures, mutilé dans ses statues, surchargé des noms les plus odieux, maudit par les enfants quand leur langue peutà peine balbutier quelques mots? Supposons-le religieux et non bigot, généreux et non rancunier, philosophe au lieu d'être imbu de préjugés; supposons-lui enfin toutes les vertus qu'il n'a pas, comment pourrait- il gouverner encore une fois la Sicile ? Y rentrera-t-il par un arrangement? Dans quel cas pourrait-il y avoir jamais de confiance entre lui et les Siciliens, entre ceux-ci et Tannée napolitaine, la cour, le ministère et tous leurs satellites? Non, la Sicile flétrie, foulée aux pieds, surchargée de dettes que trente parlements ne pourraient pas lui épargner, tomberait dans la plus affreuse désorganisatioo sociale; les vengeances appelleraient les vengeances} la tyrannie nécessaire* inévitable, appellerait de nouvelles révolutions, de nouveaux malheurs sur tous, princes et peuples, et les Siciliens ont déjà mesuré de leur regard cet abîme. Ce serait de leur part un calcul plutôt qu'un mouvement de rage de se laisser tuer, de se faire hacher, avant de saluer comme leur roi Ferdinand le Bombardeur. »

Ces paroles exprimaient à cette époque la haine des Siciliens pour le gouvernement de Naples; aussi ne doit-on pas s'étonner que le parlement refusât avec indignation l'ultimatum proposé par Ferdinand,etsemîtaussitôt en mesure d'organiser une vigoureuse résistance.

Cette dernière mesure n'était pas vaine; on savait que le roi de Naples ne voulait point ménager un pays sur lequel il croyait avoir des droits imprescriptibles.

On attendait donc d'un jour à l'autre la dénonciation de l'armistice, lorsque les événements de la Lombardie et du Piémont vinrent suspendre pour quelque temps encore la reprise des hostilités.

Charles-Albert, en jouant sa dernière partie contre l'Autriche, laissait entrevoir aux Siciliens une dernière chance de salut. Au cas où cette chance eût prévalu, Ferdinand ne pouvait dégarnir son royaume de troupes, sachant bien que la majeure partie de ses sujets faisait cause commune avec les autres peuples de l'Italie.

Mais quand tout fut perdu avec la bataille de Novare, quand Charles-Albert, vaincu pour la dernière fois, dut, en abdiquant, renoncer à défendre la cause qu'il avait voulu protéger jusque-là, le roi de Naples , rassuré sur l'avenir, tourna les yeux du côté des Siciliens révoltés, et fit les plus rapides préparatifs.

Ce fut le 24 mars qu'il dénonça l'armistice.

Certes, le moment était bien choisi. Une partie des Siciliens , effrayée par le dernier échec que venait de subir à Novare la cause libérale , tomba dans un profond découragement: l'organisation militaire ne répondait pas au besoin et à la haine des libéraux décidés;

SOUMISSION DE LA SICILE. m

plusieurs fractions de l'aristocratie et de la bourgeoisie, tout en continuant à se montrer ouvertement hostiles à Ferdinand, soupiraient en secret pour le rétablissement de la monarchie napolitaine. Les énormes sacrifices qu'il avait fallu et qu'il fallait faire encore pour l'indépendance de l'île, leur semblaient trop coûteux; ils manquaient de dévouement.

Cés discordes intestines offraient donc aux troupes napolitaines de grandes chances de succès. Malgré l'enthousiasme ardent des vrais patriotes , il était certain que tôt ou tard le roi bombardeur allait reconquérir le pays révolté.

Le général Filangieri s'était trop bien acquitté la première* fois de son expédition contre Messine pour ne pas être confirmé de nouveau dans le commandement des troupes royales; il fut chargé de réduire la Sicile à une soumission complète, et, après être sorti de Messine avec toutes les forces navales du royaume et une armée imposante, il vint, le 29 mars, mettre le siège devant Catane.

Catane était gardée par plusieurs corps de volontaires sous le commandement du général polonais Mierolawitz. Les habitants de cette ville, animés par le courage de la petite armée, s'y étaient unis pour repousser avec vigueur toutes les tentatives de l'ennemi, et la résistance avait été organisée avec la rapidité du désespoir.

Après avoir essayé à plusieurs reprises de s'emparer de Catane en l'attaquant du côté de la mer, le général

Filangieri, repoussé avec de fortes pertes, dut changer son plan d'attaque. Il alla débarquer à quelque distance de la ville, et envoya de forts détachements d'infanterie et de Suisses pour surprendre les Catanais par derrière.

Ceux-ci apprirent bientôt le stratagème de Filangieri, et, forts de leurs premiers succès, ils n'attendirent pas que les ennemis vinssent attaquer la ville, lis se précipitèrent à leur rencontre, et un combat acharné s'engagea.

Cependant, devant les forces toujours fraîches des Napolitains, les habitants de Catane et les soldats de Mierolawitz durent battre en retraite. Ils le firent avec un courage héroïque, et la bataille ne fut pas un instant interrompue.

Les habitants avaient barricadé les portes de la ville, résolus à mourir jusqu'au dernier. Le général Filangieri fit alors commencer le bombardement à la fois du côté de la terre et du côté de la mer. La résistance fut désespérée. Le feu fut mis à toutes les maisons de Catane, et ce ne fut que lorsque la ville entière fut devenue la proie des flammes que les habitants crurent devoir céder.

Les Suisses et les soldats napolitains se précipitèrent alors dans la place, saccageant tout ce que le feu n'avait pas encore atteint : forts de la retraite de leilri ennemis, et exaspérés pas la longueur du combat qu'ils avaient dû soutenir, ils commirent des atrocités inouïes.

La prise de Catane sembla annoncer aux Palermitains que toute résistance allait devenir impossible. Ni les atrocités commises par les soldats de Ferdinand, ni l'indignation de quelques patriotes, ne purent relever le courage des habitants de la capitale. L'amiral Baudin s'entendit alors avec l'amiral anglais pour intercéder en faveur de la Sicile et prévenir les représailles auxquelles on était en droit de s'attendre de la part de Ferdinand.

Cependant le gouvernement provisoire, fidèle jusqu'au bout à son devoir, mit tous ses efforts à empêcher que l'ordre ne fût troublé à Palerme; la garde nationale lui prêta une aide efficace, et ce ne fut qu'à la dernière extrémité qu'il crut devoir remettre en d'autres mains le soin de traiter avec le général Filangieri.

En conséquence, on convoqua une assemblée générale composée des curés des paroisses, des supérieurs de couvents, des officiers de- la garde nationale, des banquiers, des négociants et des industriels de toutes les classes, pour décider du sort de l'île.

Cette assemblée opina, comme on devait s'y attendre, pour une soumission complète, et déclara qu'il serait envoyé une députation au général Filangieri pour lui remettre les clefs de la ville.

Les membres du gouvernement provisoire durent

m ' DEUXIÈMES LUTTES.

alors songer à leur salut. Après avoir remis leurs pouvoirs entre les mains de l'assemblée, ils se réunirent aux personnes compromises, et s'embarquèrent pour l'île de Malte le 22 avril.

La députation envoyée par les Palermitains au commandant en chef de l'expédition fut favorablement accueillie, et le 6 mai la soumission fut acceptée.

Les troupes napolitaines se préparèrent, en conséquence, à faire leur entrée à Palerme. Mais quelques patriotes, indignés de la lâcheté de leurs concitoyens, s'étaient formés en corps, et accueillirent les envahisseurs à coups de fusil; les 8 et 9 mai, deux engagements meurtriers eurent lieu aux environs de Palerme, à Abate et à Massagno. Ces patriotes, après des prodiges de valeur, furent dispersés, et la Sicile fut complètement soumise aux soldats de Ferdinand.

L'assemblée, effrayée des conséquences que pouvait avoir cette dernière lutte, s'était hâtée d'envoyer une nouvelle députation au général Filangieri. Le 9, après quelques pourparlers, celui-ci consentit à accorder une amnistie pleine et entière, à la condition d'une soumission complète et irrévocable.

Désormais la Sicile était vaincue. Ferdinand ratifia les conventions passées entre l'assemblée palermitaine et le général Filangieri ; il eut soin, toutefois, de faire quelques exceptions à l'amnistie accordée ; mais, instruit par l'expérience, il n'osa pas se venger par de trop violentes représailles.

Le général Filangieri, traité à Naples avec tous les

honneurs du triomphe, fut récompensé par le titre de duc de Taormine et le don d'un majorât de 12,000 ducats (plus de 50,000 francs de rentes) à la charge du peuple.

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