‹ Histoire de l'Italie en 1848-49Chapitre 46 sur 50 · TA · texte numérisé non relu

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Les choses en étaient là, et personne encore, au 30 janvier, n'avait pris l'initiative, lorsqu'une nouvelle note fut adressée au nom du souverain pontife, par le cardinal Antonelli, à toutes les puissances. Cette note était destinée à presser le départ des forces que les différents gouvernements catholiques étaient convenus d'envoyer pour rétablir le gouvernement temporel du pape. Nous la rapportons tout entière.

« S. S., depuis les premiers jours de son pontificat, n'a eu rien autre chose en vue que de prodiguer ses bienfaits à tous ses sujets, en pourvoyant à leur plus grand bien. Aussi, après avoir prononcé les paroles de pardon sur ceux qui, à cause des délits politiques, étaient exilés ou se trouvaient en prison; après avoir érigé la consulte d'État, et institué le conseil des ministres, ayant, sous l'impérieuse nécessité des circonstances, accordé l'institution de la garde civique, une nouvelle loi pour une honnête liberté de la presse, et enfin un statut fondamental pour les Etats de la sainte Eglise, S. S. avait bien droit à la reconnaissance que ses sujets doivent à un prince qui ne les regardait que comme des fils, et ne leur promettait qu'un règne d'amour. Mais bien différent fut le retour qu'elle reçut en échange de tant de bontés et d'une si prodigieuse condescendance. A la suite de courtes démonstrations, d'applaudissements, démonstrations dirigées par ceux qui avaient

déjà dans le cœur les plus coupables intentions (et que le S. P. s'efforça de faire cesser par tous les moyens que lui suggérait son cœur paternel), bientôt il recueillit le fruit amer de l'ingratitude.

a Poussé, par la violence effrénée d'une faction, à entrer en guerre contre l'Autriche, il se trouva contraint de prononcer une allocution dans le consistoire du 29 avril de l'année écoulée, allocution où il déclara au monde entier que son devoir et sa conscience ne pouvaient consentir à cette guerre. C'est alors que les machinations préparées d'avance éclatèrent en atteintes ouvertes portées à l'exercice de son plein et libre pouvoir, en le forçant à diviser le ministère d'État en ecclésiastique et civil, division qu'il n'a jamais reconnue.

tToutefois, le S. P. espérait que, plaçant dans les divers ministères des personnes capables et amies de l'ordre, les choses pourraient prendre une meilleure tournure, et qu'il verrait s'arrêter en partie les maux qui menaçaient déjà. Mais un poignard homicide, guidé par la main d'un assassin, brisa par la mort du ministre Rossi les espérances que le S. P. avait conçues. Ce crime, exalté comme un triomphe, inaugura imprudemment le règne de la tyrannie. Le Quirinal fut entouré de gens armés, des tentatives d'incendie furent essayées, des coups de fusil tirés contre les appartements qu'occupait le souverain pontife, et le S. P. eut la douleur de voir un de ses secrétaires tomber victime des agresseurs. Enfin, on voulut forcer le palais par le

canon, pendant qu'il refusait d'admettre le ministère qu'on voulait lui imposer.

« Ayant dû, par une série de faits épouvantables, comme chacun sait, céder à la violence de la force, le pontife se vit dans la dure nécessité de s'éloigner de Rome et de l'Etat Pontifical, afin de recouvrer la liberté qui lui était ravie, et dont il devait jouir dans le plein usage de sa puissance suprême. Par une disposition de la divine Providence, il se retira à Gaete, et, accueilli par l'hospitalité d'un prince éminemment catholique, entouré d'une grande partie du sacré collègeet des représentants de toutes les puissances avec lesquelles il est dans des relations amicales, il ne tarda pas un moment à élever la voix et à proclamer dans l'acte pontifical du 21 novembre dernier les motifs de saséparation momentanée d'avec ses sujets, la nullité et l'illégalité de tous les actes émanés du ministère issu de la violence, et à nommer une commission de gouvernement qui devait prendre la direction des affaires publiques durant son absence de ses Etats.

<* Sans avoir aucun égard à la manifestation des volontés du Saint-Père, et parvenant, par des prétextes mensongers, à tromper sur leur valeur la multitude inexpérimentée, les auteurs des violences sacrilèges passèrent à de plus coupables attentats, s'arrogeant les droits qui n'appartiennent qu'au souverain, en instituant un illégitime fantôme de gouvernement sous le nom de Junte provisoire et suprême d'Etat. C'est contre ce grave et sacrilège forfait que le Saint-Père a pro-

testé par son acte du 47 décembre dernier, où il déclare que cette junte d'Etat n'est autre chose qu'une usurpation du pouvoir souverain, et ne peut avoir aucune autorité.

« Le Saint-Père espérait que ses protestations rappelleraient ses sujets égarés à leur devoir de fidélité et d'obéissance; mais, au contraire, un nouvel et plus monstrueux acte de félonie patente et de rébellion criante vint mettre le comble à son affliction : ce fut la convocation d une Assemblée générale nationale de» États Romains, ayant pour but d établir la nouvelle forme politique à donner aux États du Saint-Siège. Aussitôt, par un molu proprto du 1er janvier dernier, le Saint-Père protesta contre cet acte, et le condamna comme un énorme et sacrilège attentat commis au préjudice de son indépendance et de sa souveraineté, digne des châtiments décernés par les lois divines el humaines , et il défendit à chacun de. ses sujets d'y prendre part, les avertissant que quiconque oserait attenter à la souveraineté temporelle des pontifes romains encourrait les censures, et spécialement l'excommunication majeure, peine qu'il déclara être encourue déjà par ceux qui , en quelque manière que ce fût et sous des prétextes mensongers, avaient violé et usurpé son autorité pontificale.

« Lorsque ces protestations et ces condamnations si

solennelles furent connues du parti anarchique. il fit tous les efforts possibles pour en empêcher la divulgation ; il soumit à des peines ceux qui osaient les faire connaître au peuple et qui les secondaient par des détestables yues. Toutefois, à la suite d'une si odieuse violence, la majorité des sujets demeura fidèle à son souverain, et s'exposa aux sacrifices et au péril même de la vie, plutôt que de manquer à ses devoirs de sujets catholiques. De plus en plus exaspéré en voyant ses desseins avortés, ce même parti multiplia de mille manières la violence et la terreur, sans avoir égard ni à la condition, ni à la dignité, ni au rang; mais voulant consommer jusqu'au bout l'œuvre de sa félonie, il eut recours aux plus viles et aux plus misérables trames.

« Passant ainsi d'excès en excès, abusant des bienfaits et des concessions du pontife, et spécialement convertissant la liberté de la presse en une ignoble licence, après les plus impies proclamations destinées à solder leurs complices et à repousser les hommes d'honneur et de conscience ; après tant de meurtres commis sous leur égide; après avoir répandu partout la rébellion, l'immoralité, l'irréligion; après avoir séduit une jeunesse imprudente, ne respectant ni les lieux sacrés, ni les asiles de la paix et de la retraite, ni même les écoles d'enseignement public, en les convertissant en casernes à l'usage de la milice la plus indisciplinée, ramas de réfugiés et de scélérats des pays étrangers, ces malheureux ont voulu réduire la capitale du monde catho-

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lique, le siège des pontifes, à n être qu'un repaire d'impiétés, en détruisant, s'il était possible, l'idée même de la souveraineté de celui que la Providence a placé au gouvernement de l'Église universelle, et qui, pour exercer librement l'autorité qui lui appartient sur tout l'univers catholique, jouit d'un État comme patrimoine de l'Église.

a A la vue de cette désolation et de ces ruines, le Saint-Père n'a pas pu ne pas demeurer profondément affligé, en même temps qu'il était touché des cris de ses fidèles sujets qui réclamaient son aide et son secours pour être délivrés de la plus atroce tyrannie.

« Sa Sainteté, comme on le voit, peu de temps après son arrivée à Gaëte, éleva la voix le 4 décembre dernier, et s'adressa à tous les souverains avec lesquels il est en relation, en leur faisant part de son éloignement de sa capitale et de l'État Pontifical, des causes qui l'avaient déterminé, et invoqua leur protection pour la défense des domaines du Saint-Siège. Il a«la douce satisfaction de déclarer qu'il a reçu les plus affectueuses réponses, et que tous les souverains l'ont assuré qu'ils prenaient la part la plus vive à ses afflictions et à sa situation pénible, lui témoignaient les plus favorables dispositions, et lui exprimaient en même temps les sentiments les plus profonds de dévouement et d'attachement.

« Dans l'expectative de si heureuses et de si généreuses dispositions, et pendant que Sa Majesté la reine d'Espagne, avec tant de sollicitude, provoquait un congrès des puissances catholiques pour arrêter les moyens

les plus prompts de rétablir le Saint-Père dans ses États et dans sa pleine liberté et indépendance, proposition à laquelle avaient adhéré les diverses puissances catholiques, et pour laquelle on attendait l'adhésion des autres, il est triste de dire que les affaires de l'État Pontifical sont demeurées en proie à un incendie dévastateur, et livrées à un parti subversif de toute institution sociale, lequel, sous de spécieux prétextes de nationalité et d'indépendance, n'a rien négligé pour atteindre le comble de l'iniquité.

« Le décret soi-disant fondamental émané le 9 de ce mois de l'assemblée constituante romaine, est un acte qui respire en tout la plus noire trahison et la plus abominable impiété. Il déclare particulièrement la papauté déchue de fait et de droit du gouvernement temporel de l'État romain; il proclame une république, et un autre décret ordonne la destruction des insignes du Saint- Père. Sa Majesté, en voyant ainsi outrager sa suprême dignité de pontife et de souverain, a protesté, à la face de toutes les puissances, de toutes les nations, et de tous et de chacun des catholiques du monde entier, contre cet excès d'irréligion, contre un crime si violent de spoliation de ses droits imprescriptibles et sacrés. Si cet attentat n'est pas suivi d'une prompte réparation, le secours n'arriverait que quand les États de l'Église, exposés aujourd'hui à leurs plus acharnés ennemis, seraient complètement réduits en cendres.

« C'est pourquoi le Saint-Père, ayant épuisé tous les moyens qui étaient en son pouvoir, poussé par le devoir qui le presse, en face de tout le monde catholique, de conserver dans toute son intégrité le patrimoine de l'Église et la souveraineté qui y est annexée comme indispensable pour maintenir la pleine liberté et l'indépendance du chef de cette Église; touché d'ailleurs des gémissements des gens de bien qui réclament humblement aide et secours, et ne peuvent supporter plus longtemps un joug de fer et une main tyrannique; le Saint-Père se tourne de nouveau vers ces mêmes puissances, spécialement vers celles qui sont catholiques, et qui, avec une si grande générosité de cœur et d'une façon non équivoque, ont manifesté leur volonté arrêtée de défendre sa cause, tenant pour certain qu'elles voudront concourir avec la plus yive sollicitude par leur intervention morale à le rétablir sur son siège et danâ la capitale de ses domaines qui lui ont été constitués pour maintenir sa pleine liberté et indépendance, et qui sont garantis d'ailleurs par tous les traités qui forment la base du droit public européen.

« Et puisque l'Autriche, la France, l'Espagne et le royaume des Deux-Siciles se trouvent, par leur position géographique, en situation de pouvoir promptement concourir par leurs armes à rétablir dans les domaines du Saint-Siège l'ordre troublé par une horde de sectaires, le Saint -Père, se fiant à l'intérêt religieux de ces puissances, filles de l'Église, demande avec une entière assurance leur intervention armée pour délivret

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principalement l'État du Saint-Siège de la faction de misérables qui y exerce, par toutes sortes de crimes, le plus atroce despotisme..

« De cette manière seule, Tordre pourra être restauré dans les États de l'Eglise, et le Saint-Père rétabli dans le libre exercice de sa suprême autorité, ainsi que l'exigent impérieusement son auguste et sacré caractère, les intérêts de l'Église universelle, et la paix des peuples. C'est ainsi qu'il pourra cônserver ce patrimoine, qu'il a reçu à son avènement au trône pontifical pour le transmettre dans son intégrité à ses successeurs.

<c Sa cause est celle de Tordre et du catholicisme. C'est pourquoi le Saint-Père a la confiance que toutes les puissances avec lesquelles il entretient des relations amicales, et qui, dans les diverses phases de la situation où il a été réduit par un parti de factieux, lui ont manifesté le plus vif intérêt, donneront leur appui moral à l'intervention armée que la gravité des circonstances Toblige à invoquer. Les quatre puissances ci-dessus nommées n'hésiteront pas à lui prêter la coopération qu'il requiert d'elles, rendant ainsi un immense service à Tordre public et à la religion.

a Le soussigné, cardinal pro- sec rétaire de Sa Sainteté, réclame de Votre Excellence qu'elle ait l'obligeance de porter la présente note le plus promptement possible à la connaissance de son gouvernement, et, dans la confiance du bienveillant accueil qu'il attend, il a Thonneur de vous confirmer ses sentiments de considération distingués. « Cardinal Antonelli. »

Ce fut cette dernière pièce qui décida de la quadruple intervention de la France, de l'Autriche, de l'Espagne et de Naples. Le cabinet Sarde, depuis l'échec de Novare qu'avait précédé la démission de Gioberti, ne pouvait prendre part à l'expédition destinée à rétablir la papauté; mais la conduite des autres puissances, la France exceptée, fut ouvertement dirigée contre la République romaine. Le cabinet français, tout en se conformant au programme tracé plus haut par le prince Schwartzenberg, dissimula le but de son expédition à Civita-Vecchia, et annonça qu'il ne prenait part à l'expédition que pour s'opposer à l'intervention des puissances étrangères.

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