CHAPITRE XXV
D'après les notes échangées par les puissances, on a pu se faire une idée aussi juste que possible de l'influence extérieure des événements de Rome. 11 nous reste maintenant a faire l'histoire des trois derniers mois pendant lesquels la république romaine lutta contre l'Europe entière pour conserver son indépendance et réaliser, par la formation d'un État central, l'unité de la Péninsule. Nous allons faire ce récit uniquement au point de vue auquel était placé le gouvernement romain.
Aussitôt que la république avait été proclamée, la
r>8 DERNIÈKES LUTTES.
Constituante, reconnaissant la nécessité d'organiser l'État le plus rapidement possible, nomma une commission exécutive destinée à suppléer la junte suprême. Mazzini, qu'on a considéré à tort comme le grand meneur de la révolution de Rome, n'était pas encore entré à l'Assemblée au 1er mars. Ce ne fut que le 6, c'est-à-dire un mois après la proclamation de la république, qu'il vint s'asseoir au milieu des représentants.
Par suite de l'embarras des questions financières, le ministre des finances, Giuccioii, avait donné sa démission : plusieurs autres membres du conseil s'étaient retirés avant lui, et, le 9 mars, le cabinet romain se trouvait composé de la façon suivante :
A l'intérieur, Aurelio Safli ; à l'extérieur, Rusconi ; à la justice, Lazzarini ; aux finances, Manzoni ; à la guerre, Calandrelli ; aux travaux publics, Montecchi; à l'instruction publique, Sturbinetti.
Ce ministère, de concert avec la commission exéeutive, avait fait tous les préparatifs nécessaires à l'organisation d'une défense vigoureuse, et déjà le triumvir Armellini , résumant la tache du gouvernement au mois de février, avait assuré que dans peu on pourrait mettre sur pied une armée de 30,000 hommes. Pour réaliser cette promesse, il fallut former des cadres de légion étrangère et mobiliser quatorze bataillons de la garde nationale. Mais c'était peu encore.; les armes manquaient, les finances ne permettant pas qu'on pût 9e procurer rapidement les munitions nécessaires. Mai-
zini, dans un discours à l'Assemblée, fit ùn appel à la générosité publique. Ce discours eut un prompt effet : une pluie de bijoux, jetés des tribunes par les damea romaines, vint rendre hommage à l'éloquence du célèbre tribun. Quelques jours après, 310,000 écus furent apportés par les familles riches à la caisse de l'État.
Le 29 mars, un nouveau triumvirat fut formé ; il était composé de Mazzini, du ministre de l'intérieur Safli, et de l'ancien triumvir Armellini.
Ce triumvirat, qui résumait en lui tous les pouvoirs gouvernementaux, publia à son entrée en fonctions un remarquable manifeste dans lequel on lisait les paroles suivantes :
<r Ni intolérance, ni faiblesse); la République est conciliatrice et énergique. Le gouvernement de la République est fort, aussi ne craint -il rien; le gouvernement populaire doit avoir le calme de la générosité et non présenter les abus du triomphe. Inexorables quant aux principes, tolérants et impartiaux vis-à-vis des personnes, nous ne voulor^ ni transactions, ni défiances, ni lâchetés, ni provocations. Tel doit être un gouvernement qui veut se montrer digne de l'institution républicaine.
« Economie dans les emplois publics, moralité dans le choix des employés, préférence toujours donnée à la capacité dans la sphère administrative; ordre et sévérité de vérification ét de censure dans la sphère financière ; limitation des frais ; guerre à toute prodigalité ; emploi de tout denier public pour le bien public.
« Pas de guerre de classes, pas d'hostilité contre les richesses acquises, pas de violation imprévoyante ni injuste de la propriété ; mais tendance continuelle vers l'amélioration matérielle des citoyens les moins favorisés de la fortune, et volonté ferme de rétablir le crédit de l'État.
« Des lois en petit nombre; mais bonne et rigoureuse observation de ces lois; enfin, force et discipline de l'armée régulière consacrée à la guerre de la nation pour l'indépendance et la liberté de l'Italie. »
Ce manifeste, dont les triumvirs ne s'écartèrent point, malgré les nombreuses calomnies qu'on fit circuler contre eux dans l'Italie même, produisit une impression favorable sur la population romaine ; les actes du triumvirat pendant la première quinzaine du mois de mars furent tous consacrés à l'organisation du gouvernement et aux mesures les plus nécessaires à la tranquillité du pays. Les cercles ronfains, subissant l'influence du triumvirat, se fondirent les uns dans les autres, afin de donner plus d'unité au mouvement politique. Certes, pour une poignée de factieux, ainsi que l'Europe abusée nommait les républicains de Rome, le gouvernement institué dans la ville sainte présentait des caractères d'ordre et d'énergie que les puissances les moins factieuses n'offraient point à cette époque. Aussi, dans une séance de la Constituante, un député,
M. Mazi, put-il s'écrier, en présence des calomnies dont Rome était le texte : « Il importe que nous protestions contre l'accusation d'anarchie qu'on fait peser sur notre pays, et contre cette supposition que nous sommes seulement un parti qui domine Rome et l'Etat. L'ordre le plus parfait n'a pas seulement régné dans la capitale, mais il s'est étendu à toutes les campagnes; Ascoli seule nous a montré quelques prêtres réactionnaires suscitant des troubles, et il a suffi de quelques soldats pour réprimer ce mouvement. Nous devons proclamer, afin que nul ne l'ignore, que le gouvernement actuel et l'ordre de choses actuel sont l'expression de la volonté générale de la population. »
On connaissait à Rome la décision prise par la France d'intervenir dans les affaires de la République. Le 42 avril, une lettre de l'ancien député de Naples, M. Ricciardi, informa le triumvirat que la flotte française allait bientôt apparaître dans les eaux du territoire romain. Le triumvirat ne croyait pas que la France pût intervenir dans un but hostile. Cependant, lorsque M. Manucci, préfet de la ville, lui demanda des ordres, il lui enjoignit de résister à outrance. Déjà, dès le 19 mars, le ministre de la guerre et de la marine avait concentré entre les mains d'un comité le soin de fortifier Civita-Vecchia et de défendre son port contre toute attaque. Ce comité avait organisé la résistance par terri* et par mer, et la population tout entière n'aurait pa* manqué d'y coopérer activement , si les dépêches adressées par le général Oudinot aux autorités le-
HI UKKMEUES LUTTF.S.
çales, et se 3 proclamations, ne levaient pendue indifférente au débarquement des Français. Voici, du reste, une de ces proclamations, qui fut affichée sur les murs de Civita^Vecchia \
Déclaration du corps expéditionnaire au gouverneur
de Civitq^Vecchia.
« Le gouvernement de la République française , animé d'intentions libérales, déclare vouloir respecter le vœu de la majorité des populations romaines, ne venir qu'en ami, dans le but d'y maintenir son influence légitime, et décidé à n'imposer aux populations aucune forme de gouvernement qui ne soit désirée par elles.
« En ce qui concerne le gouverneur de Civita,- Vecchia, il sera maintenu dans toutes ses attributions, et le gouvernement français pourvoira à l'augmentation des dépenses résultant de l'accroissemént de travail que le corps expéditionnaire pourra occasionner.
v Toutes les denrées, toutes les réquisitions nécessaires à l'entretien du corps expéditionnaire, seront soldées argent comptant.
. Civita-Vecchia, le Î4 avril 1848.
« Lç chef d'escadron, aide-de-camp du commandant m chif,
« ESPIVENT. •
Le préfet réunit sur-le-champ un conseil de guerre; mais ayant trouvé M. Bersanti et quelques autres peu disposés pour la défense, et voyant, d'autre part, qui
SIÈGE ET PUISE DE HOME. Bft»
le peuple ne Tétait guère mieux, il consentit, le 24 avril, à rendre la ville aux Français sans tenter aucune résistance.
L'occupation de Civita-Vecchia, opérée sans coup férir, effraya l'Assemblée et le gouvernement de Home ; deux jours se passèrent encore sans qu'on reçût aucune communication officielle qui fût de nature à rassurer la population sur l'intervention française.
Un moment, le général Oudinot avait cru que l'accueil fait par la population de Civita-\ ecchia au corps expéditionnaire était la preuve du désir que la Romagne avait de se débarrasser du gouvernement républicain ; mais il ne tarda pas à être détrompé à ce sujet, quand il vit que les habitants, abusés un moment par un regrettable quiproquo, lui montraient une défiance hostile. Civita-Vecchia fut alors mise en état de siège; sa garnison fut désarmée, et 10,000 fusils que la République romaine avait fait acheter, et qui se trouvaient encore dans le port, furent séquestrés. Cependant, malgré le caractère hostile que prenait l'intervention française dès son début, il n était pas suffisant encore pour accuser la conduite que le corps expéditionnaire allait tenir ; ce ne fut que dans la nuit du 25 au t>6 avril que les aides-de-camp du général Oudinot vinrent annoncer officiellement l'intervention française au triumvirat, et discutèrent avec lui les raisons de cette agression.
Le 26 au matin, un grand silence se produisit dans l'assemblée, lorsque Mazzini, montant à la tribune» vint
ûf>4 DERMÈRES LUTTES.
rendre compte des pourparlers engagés pendant la nuit entre le triumvirat et l'armée expéditionnaire.
« Vous connaissez, dit-ii (1), le débarquement des troupes françaises à Civita-Vecchia, et vous savez qu'elles ont été accueillies comme amies et sans la moindre résistance, ce qui, suivant moi, est un tort, le commandant en chef de l'expédition ayant déclaré, dans une proclamation , que la France n'envoyait ses soldats sur notre territoire que parce que l'anarchie régnait et que le gouvernement établi était l'œuvre d'une faible minorité. Le préfet de Civita-Vecchia fit d'énergiques représentations qui amenèrent une déclaration d'un des aides-de-camp du général français, rédigée dans un sens tout-à-fait opposé à la proclamation de ce même général.
a Hier soir, vers minuit, le triumvirat a reçu trois envoyés du général Oudinot.
« Ils ont déclaré d'abord que les Français avaient été accueillis à Civita-Vecchia avec les signes les plus vifs de fraternité et même de joie; que l'intention du général était de marcher sur Rome, espérant y trouver le même accueil.
« Interpellés sur le but de l'envoi de leur corps d'armée sur le territoire de la République, ils ont répondu :
« 1° Que c'était d'abord pour protéger l'État romain
(i) Extrait du Moniteur.
contre une invasion dont les Autrichiens faisaient les préparatifs ;
« 2° Que le gouvernement français avait voulu s'assurer des sentiments précis de la population au sujet de la forme de gouvernement qu'elle croit la plus convenable, et chercher à amener une réconciliation entre Pie IX et les Romains.
« On leur fit observer que l'intervention autrichienne que l'on mettait en avant ne paraissait qu'un prétexte, et que d'ailleurs le peuple romain aurait pu se défendre lui-même ; ensuite, une occupation pareille à celle qui avait eu lieu ne semblait pas de très-bon augure, puisqu'elle n'avait été précédée d'aucune communication, et que, loin de là, le général Oudinot avait publié une proclamation menaçante. Qu'il serait plus juste de dire que la France, sous prétexte d'empêcher une intervention, intervenait elle-même à l'improviste, et sans avoir donné aucun avis de la conduite qu'elle entendait tenir.
« Que, quant à la forme actuelle de gouvernement, à la proclamation de la république et à la déchéance perpétuelle de la papauté temporelle, ces faits étaient l'expression constante de la volonté générale des populations, manifestée pleinement par le suffrage universel.
« Les envoyés ayant objecté que tous les électeurs n'ayant pas voté, on ne pouvait augurer de la volonté générale, il a été répondu que si des électeurs n'avaient pas voté, c'était de leur faute, ou parce qu'une in-
fluence étrangère leur avait probablement ordonné de s'abstenir, et que, comme aucune protestation contre le vote de la majorité n'avait eu lieu, il paraissait juste de conclure que les non votants s'étaient volontairement soumis à ce qui avait été consacré par la majorité.
« Il fut aussi ajouté que, malgré le fait déplorable de l'occupation, les autorités françaises pouvaient consulter l'opinion publique par des moyens légaux, et s'assurer que. comme c'était l'opinion du triumvirat, les populations manifesteraient encore leurs sympathies pour la forme républicaine, et la ferme volonté de voir à jamais le pouvoir spirituel des papes séparé du pouvoir temporel.
« On déclara en outre énergiquemettt que l'occupation d'un pays qui jouissait d'une paix profonde et d'un ordre parfait pouvait avoir pour effet de susciter l'anarchie, le désordre et la guerre civile.
a On rappela les protestations constantes de l'Assemblée, les manifestations si nombreuse des populations, tous faits qu'on ne pouvait révoquer en doute.
a Quant à la question religieuse sous le point de vue philosophique, elle fut à peine abordée. Le pape, a-til été dit, a quitté Rome volontairement et a toujours été libre d'y rentrer comme pape, mais non plus comme prince temporel ; que le pontife, en sa qua^ lité, n'était ni Français, ni Italien, ni Espagnol, qu'il appartenait à toute la chrétienté; que chaque puissance catholique pouvait chez elle donner autant de développement quelle l'entendait à l'opinion religieuse,
mais qu'elle n'avait pas le droit d'imposer son opinion h un peuple indépendant.
« Les envoyés français étant revenus aur l'acdueil qu'ils avaient reçu à Civita-Vedchia pour parler des sympathies des populations pour l'intervention française, il leur a été répondu que le peuple de cette ville a été trompé par la pensée que cette intervention était toute fraternelle et n'avait pour but que de sanctionner la république romaine et son indépendance, et qu'en dernière analyse il était facile de voir aujourd'hui que la question n'était qu'une affaire de force, dans laquelle le fort voulait opprimer le faible.
« Les envoyés français parlèrent alors des malheurs qu'entraînerait la résistance, ajoutant que la France voulait une réconciliation entre le pape et la nation, et qu'elle se porterait garant de l'accomplissement des conditions qui seraient arrêtées. Ils demandèrent ensuite si les Français seraient accueillis à Rome comme à Ci* vita-Vecchia.
« Il leur fut répondu que le triumvirat protestait de nouveau contre l'intervention. — Quant à mon opinion personnelle, ai-je ajouté, je ne me prêterai jamais à permettre aux Français l'entrée de Rome. »
Après avoir entendu ce compte-rendu, modéré et tout à la fois énergique de Mazzini, l'Assemblée romaine, qui, dans plusieurs des séances précédentes, avait un
moment laissé s'introduire des discussions violentes, sembla se recueillir en elle-même, et délibéra longuement avec la dignité qui convenait en pareille occurrence; enfin, elle résolut à l'unanimité qu'on remettait au triumvirat le soin de sauver la république et de repousser la force par la force. Cette décision fut prise aux applaudissements bruyants des tribunes surchargées de spectateurs.
La sanction unanime et éclatante du décret de l'Assemblée par le peuple romain, eut lieu le jour même, sur la place des. Saints- Apôtres. Le général Galetti, président de l'Assemblée, s 'étant placé sur un balcon, proposa au choix du peuple romain, ou une défense honorable, quoique inutile, ou une soumission déshonorante. Trente mille voix, parmi lesquelles dix mille gardes nationaux, s écrièrent, comme un seul homme : La défense et la guerre! Vive V Assemblée! Et, non content de cette manifestation, et le cœur débordant de ces sentiments passionnés qui éclatent au jour de grandes émotions, le peuple se précipita pour embrasser les représentants qui descendaient sur la place, Galetti en tête. De tous côtés, des paroles émouvantes, des actes enthousiastes consacrèrent ce jour solennel, qui, secouant la poussière des siècles, semblait ressusciter les anciens maîtres du monde.
Ceux qui n'étaient pas de Rome même, et particulièrement les habitants de la province, durent revenir sur l'opinion accréditée que la populatiou romaine avait dégénéré, et reconnaître qu'il y avait encore à
Rome des Romains d'autrefois, auxquels il n'avait jusqu'alors manqué que l'occasion pour déployer leur caractère guerrier, et leurs généreux instincts pour ce qui est bon et grand.
L'Assemblée eut-elle raison de décréter la résistance à l'armée française? Machiavel, et avec lui tous les publicistes de l'Europe , particulièrement ceux de la France, ont admis que la rédemption italienne est impossible tant que subsistera en Italie un gouvernement théocratique dont l'existence intéresse tous les peuples qui ont avec lui la même communion de foi ; car sa conservation sert de prétexte aux interventions étrangères. Le peuple romain devait donc saisir l'opportunité de protester par les armes. La défaite même allait consacrer sa protestation, et rendre désormais inattaquable le principe du salut italien.
Le triumvirat prit toutes les mesures pour mettre Rome à l'abri d'une attaque du côté de Civita-Vecchia. Mais la défense n'était pas encore organisée, lorsque, le 1er mai, le général Oudinot se porta en avant avec la première partie du corps expéditionnaire. A une lieue de Rome, les Français rencontrèrent les éclaireurs du général Garibaldi : tout en tenant tête à des forces toujours croissantes, ceux-ci se replièrent sur le corps principal, qui opposa une vigoureuse résistance à un mille environ de la ville, et se déploya presque jusque sous les murailles.
Pendant que les tirailleurs français étaient aux prises avec les gens de Garibaldi, une colonne marcha directe-
S7ê DERNIÈRES LUTTÈS.
ment à l'assaut des remparts du côté du Jardin du Pape, croyant pouvoir facilement escalader les murailles, et, disent quelques-uns, trouver ouverte une porte qui conduit des remparts au cœur du Vatican* Mais la colonne fut accueillie par les décharges de mitraille d'une batterie placée sur les remparts, et par une fusillade très-nourrie. Après trois attaques infructueuses, elle fut obligée de battre en retraite à travers un terrain sans issue et planté de vignes.
C'est dans cette retraite que quelques compagnies françaises du 2* de ligne, égarées au milieu de maisons et de tuileries, foudroyées par l'artillerie et le feu des remparts , entourées d'ailleurs de tous côtés par les soldats de Garibaldi, furent contraintes de mettre bas les armes. *
Le commandant français avait espéré surprendre Rome sans coup férir, aidé par la réaction du dedans; mais il dut bientôt s'apercevoir que la résistance était formidablement organisée, et que la réaction, si elle existait, était impuissante à rien faire.
De retour au camp, le général Oudinot déclara qu'il ne s'attendait pas à un aussi redoutable accueil. En même temps, on fit afficher et publier dans Rome la proclamation suivante :
« Citoyens, l'Assemblée nationale romaine s'est émue de la menace d'une invasion qui n'a été ni provoquée par la conduite de la République envers l'étranger, ni précédée par aucune communication de la part du gou-
vernement français, invasion qui vient apporter l'anarchie dans un pays tranquille et bien ordonné.
« L'Àfcsemblée se repose sur la conscience dé ses propres droits et sur la concorde de ses citoyens en présence d'un acte qui viole en même temps tous les droits des nations et les engagements pris par la nation française elle-même dans sa constitution, en brisant le lieti de fraternité qui devrait naturellement unir les deux Républiques.
<* L'Assemblée proteste donc, au nom de Dieu et du peuple, contre cette intervention inattendue ; elle déclare son ferme dessein de résister, et elle rend la France responsable de toutes les conséquences.
« Salicetti. »
Dans leur attaque, les Français avaient perdu plus de trois cents prisonniers; deux de leurs compagnies avaient été presque détruites, et un millier d'hommes environ, parmi lesquels un colonel et plusieurs officiers, étaient hors de combat.
Le bruit avait couru que des Italiens lombards avaient été fusillés par les Français ; aussi, lorsque les premiers prisonniers entrèrent à Rome, le peuple, exaspéré par ce bruit mensonger, menaçait d'exercer sur ces braves gens de sanglantes représailles. Il fallut pour les retenir l'intervention respectée de M. Montanari, membre de la Chambre et de la commission de l'instruction publique, qui, au milieu des dangers auxquels l'exposaient des passions alors en ébullition, arracha deux
«72 DERNIÈUES LUTTES.
des prisonniers des mains de quelques forcenés, et, an nom du triumvirat et de l'Assemblée, au nom de l'humanité et de la justice, apaisa la colère du peuple et convertit en gardiens bienveillants de ces braves militaires ceux qui, tout-à-l'heure, voulaient s'en faire les bourreaux. Désormais à l'abri de tout danger, ils furent conduits aux quartiers qu'on leur destinait. Trois jours après, un ordre du triumvirat leur rendait la liberté sans rançon.
Si le général Oudinot avait voulu retarder de quelques jours cette expédition, il est probable qu'il aurait réalisé, sans effusion de sang, l'occupation de Rome par les troupes françaises. Les Romains, plus forts qu'il ne fallait pour résister à une invasion partielle, ne devaient plus l'être assez lorsque, au commencement d'avril, les troupes autrichiennes envahirent la Romagne au nord, pendant que les troupes napolitaines, réunies au corps d'armée envoyé par l'Espagne, faisaient invasion du côté du midi. Il est probable que le triumvirat, volontairement ou sous la pression du sentiment public, aurait accepté le concours d'une armée qui déclarait venir pour s'opposer à l'intervention de l'Autriche.
La conduite que tint le gouvernement romain après cette première rencontre montre assez qu'on eût adopté ce parti ; car, dégarnissant alors les positions en gar-
SIÈGE ET PRISE DE HOME. m
dant la ville du côté de Civita-Vecchia, le triumvirat envoya Garibaldi avec des troupes nombreuses surveiller la frontière napolitaine, pendant qu'il organisait rapidement la défense dans les places du nord pour arrêter l'invaàion autrichienne.
A la nouvelle des luttes qu'on allait avoir à soutenir, plusieurs hommes de la populace romaine voulurent profiter de la consternation générale pour semer des dé» sordres dans la ville et profiter des difficultés causées au gouvernement pour s'approprier les richesses de l'Etat ou des citoyens ; mais ils rencontrèrent dans le triumvirat une infatigable énergie. Le gouvernement prit les mesures les plus sévères à l'égard de tous ceux qui manifestaient l'intention d'attenter aux propriétés des particuliers, et mit sous la protection et la sauvegarde des patriotes toutes les propriétés nationales.
Jamais les lois de la discipline militaire- ne furent plus sévères qu'à ce moment, et, pour tenir les soldats sous un joug aussi dur, il fallait que le triumvirat fût assuré de l'honnêteté et du patriotisme des hommes qui défendaient la ville. La 10e légion, qui se composait de volontaires romains, parmi lesquels on ne pouvait faire régner la même autorité que dans le reste des troupes, fut dissoute et remplacée par un régiment régulier à la solde de l'État. Les légions étrangères, formées des Ita. liens venus de toutes les parties de la Péninsule, au nombre de quinze cents environ, furent aussi licenciées, et, malgré ces mesures de sévérité, aucun sou-
UEKfllÈRES LUTTES.
lèvement militaire ne se produisit dans la ville; si donc les défenseurs de la république avaient été des aventuriers et des brigands, ils n'eussent point reconnu la uécessité de se soumettre pour l'intérêt commun à un régime aussi rigoureusement imposé.
Le drapeau rouge, qui avait été arboré sur les murs de la ville, n'était point, comme on la prétendu, le drapeau de la république j il n'était autre chose que le signal du combat, et, lorsque les Français furent repoussés et la trêve conclue, le drapeau italien aux trois couleurs flotta sur le sommet des édifices.
Le 7 niai, le triumvirat rendit un décret de nature à prouver aux Français qu'il déplorait autant que qui ce fût la douloureuse lutte qui avait eu lieu eutre les troupes des deux Républiques, Ce décret était ainsi conçu :
a Considérant qu'entre le peuple français et Rome il ne peut y avoir d'état de guerre; que Rome défend par droit et devoir sa propre inviolabilité, mais que le peuple romain ne rend pas responsables des fautes d'un gouvernement trompé les soldats qui n'ont fait qu'obéir en combattant, le triumvirat décrète :
a \ o Les Français faits prisonniers dans la journée du 3 avril sont libres.
« 2° Le peuple romain saluera par une démonstration fraternelle à midi les braves de la République française.
« Rome, 7 mai 1S49. »
Si l'attitude du gouvernement romain vis-à-vis des Français fut plus que généreuse, le triumvirat montra contre les intervenions autrichienne et napolitaine une haine implacable.
Pendant que Bologne et Ancône résistaient contre l'envahissement des troupes de l'Autriche, le gouvernement protestait devant toutes les puissances de l'Europe au nom de la nationalité violée, et, d'un autre côté, il publiait oontre l'intervention napolitaine la pièce suivante, remarquable par son énergie :
a Le roi de Naples arbore la bannière du despotisme et de la tyrannie illimitée; ses premiers pas laissent des traces de sang. Des listes de proscription sont écrites en lettres sanglantes ; l'heure désicive a sonné. Esclavage tel que vous ne l'avez jamais eu, ou liberté digne des antiques gloires, longue sécurité, admiration de toute l'Europe ! Que ce soit ici une guerre universelle, inexorable. Puisqu'ils la veulent, elle sera courte.
« Pendant que l'ennemi attaquera Rome de front, inquiéte**le, harcelez-le sur les flancs ; que des guérillas s'organisent] cinquante hommes formeront une bande, et que tout homme qui réunira cinquante hommes soit capitaine. La République se montrera reconnaissante : argent, terres, honneurs, la République en dotera ses braves.
« Enlever à 1 ennemi ses vivres, son sommeil, sa confiance, le démoraliser, l'étreindre d'une ceinture de fer, voilà notre devoir. Que l'insurrection devienne le cri normal, le pouls, l'haleine de chaque patriote. Honte aux tièdes, mort aux trailresl
t Donné à la résidence du triumvirat, le 3 mai. »
vu.
L'intervention napolitaine ne fut pas très-efficace; Garibaldi battit les troupes de Naples à Vellelri et à Palestrino. Pendant ce temps, le gouvernement romain négociait avec M. de Lesseps, chargé d'affaires de la France. Les négociations n'avaient été toutefois sérieusement menées qu'à partir du 19 mai. Après avoir proposé plusieurs fois des conditions que le triumvirat jugea inacceptables, M. de Lesseps signifia, le 29 du même mois , un ultimatum auquel le général Oudinot donna son adhésion ; mais le triumvirat sollicita de nouvelles conditions de l' ambassade française, et le 31 mai, à huit heures du soir, une nouvelle pièce fut signée par les négociateurs. Cette pièce, qui reconnaissait l'assistance française, mais non l'occupation de Rome, fut reniée par le général Oudinot, et il déclara à M. de Lesseps qu'il avait outre-passé ses pouvoirs ; il écrivit même au ministre plénipotentiaire que les négociations entamées avaient paralysé les mouvements de l'expédition. En même temps, pour justifier le refus de sa signature, il annonçait aux Romains que M. de Lesseps,
ayant été remplacé par M. de Corcelles, n'avait plus aucun pouvoir pour traiter, et que lui, commandant du corps expéditionnaire, ne laissait que vingt-quatre heures pour accepter T ultimatum proposé quelque» jours auparavant.
Le triumvirat, qui ne pouvait se résoudre à l'occupation de Rome, dut donc subir une nouvelle attaque de l'armée française. Le 1er juin, une des positions qui protégeaient Rome, la villa Pamphili, fut enlevée et occupée par les Français. Mazzini écrivit alors la lettre suivante au secrétaire de l'ambassade française à Rome, M. de Gérando, qui représentait le nouveau ministre de la France auprès du saint siège, M. de Corcelles. Nous reproduisons la partie de cette lettre qui peut renseigner le lecteur sur le quiproquo résultant de ces négociations et les faits qui suivirent.
« Monsieur, la lettre que M. de Corcelles vous écrit en date du 13, et que vous avez bien voulu me communiquer, n'infirme en rien, vous l'avez vu d'abord, le sens de la réponse de l'Assemblée constituante romaine. Peu importe que M. Lesseps fût ou non révoqué au moment de la signature apposée par lui à la convention du 31 mai. Il y a un mot qui répond à tout : l'Assemblée n'en a rien su ; elle n'a jamais eu communication officielle de ces dépêches. La question diplomatique est donc ainsi posée pour nous : M. Lesseps était miuistre plénipotentiaire de France en mission à Rome. 11 était tel pour nous le 31 mai comme avant. Rien n'était venu nous avertir du contraire. Nous traitions UAL. :û
donc en pleine bonne foi avec lui comme si m ma traitions avec la France, et cette bonne foi noua a valu l'occupation de Monte-Marciodans la nuit du 28 au 29 mai .
« Engagés dans une discussion pacifique avec M. Les* seps, ayant à cœur d éviter tout ce qui aurait pu précipiter les esprits vers une solution contraire à nos vœux, et ne pouvant nous résoudre à croire que la France voudrait inaugurer sa mission protectripe par le siège de Rome, nous regardâmes faire. A chaque mouvement de troupes, à chaque opération de détail tendant à restreindre l'enceinte militaire et à se rapprocher pas à pas des positions que nous aurions pu fort bien défendre, M. Leascps nous disait qu'il ne s'agissait du côté des Français que de donner satisfaction à 1 "excitation fiévreuse des troupes fatiguées de leur immobilité; il nous suppliait, au nom des deux pays et de l'humanité, d'éviter toute rencontre hostile, de mettre toute confiance en lui, et de ne rien craindre pour les conséquences. Nous cédâmes de bon gré.
« Je m'en repens pour ma part. Je m'en répons, non que je craigne pour Rome, mais parce que ce sont dos poitrines de braves qui défendent ce que de bonnes positions auraient pu détendre. Le 31 mai, à 8 heures du soir, la convention entre M. Lesseps et Rome fut signée . Il l'apporta au camp en disant qu'il regardait la signature du général Oudinot comme une simple formalité sans laquelle le moindre acte ne pouvait exister. Nous étions tous dans la joie; les choses allaient reprendre entre la France et Rome leur cours naturel.
« La dépêche du général Oudinot contenant le refus d'adhérer à la convention, et affirmant sa conviction que M. Lesseps, en la signant, avait dépassé ses pouvoirs, nous arriva, je crois, pendant la nuit.
« Une seconde dépêche, datée du 6 juin à 3 heures et demie de L'après-midi, et signéa par le général, nous déclara de sa part que l'événement avait justifié sa détermination, et que, dans des dépêches émanées du ministre de la guerre et du ministre des affaires étrangères, sous la date des 28 et 29 mai, le gouvernement français lui déclarait que la mission de M. Lesseps était terminée.
« Vingt-quatre heures nous étaient accordées pour accepter l'ultimatum du 29 mai.
« Le même jour, vous le savez, M. Lesseps nous adressait une communication dans laquelle il était dit :
« Je maintiens l'arrangement signé hier. Je pars pour « Paris pour le faire ratifier. Cet arrangement a été « conclu en vertu de mes instructions qui m'autorise saient à me consacrer exclusivement au x négociations « et aux rapports à établir avec les autorités et les « populations romaines. »
« Le même jour, le général Oudinot nous déclarait que les hostilités recommenceraient, mais que, sur la demande du chancelier de l'ambassade de France, l'attaque de la place serait différée jusqu'au lundi matin au moins.
« Le dimanche l'attaque avait lieu, et la conséquence de ce manque de foi était pour nous l'occupation de la
villa Pamphili et l'enlèvement de deux compagnies coupées, et dont le chiffre • figure sans doute dans le bulletin de la journée du 3. Ces deux cents hommes, surpris pendant leur sommeil, sont maintenant, avec les vingt-quatre prisouniers faits pendant la journée, à Bastia en Corse.
« Maintenant que nous fait, je vous le demande, Monsieur, la dépêche du 26 mai, citée pour la première fois dans la lettre de M. de Corcelles? Que font au gouvernement romain les dépêches citées par le général Oudinot ? Nous n'avons jamais vu ces dépêches ; leur contenu ne nous est nullément connu ; il ne nous a pas été communiqué officiellement.
« Nous avons, d'un, côté, les affirmations du général, de l'autre, celles du ministre plénipotentiaire français; elles se contredisent. Que la France arrange tout cela, si elle le peut, de manière à couvrir son honneur. Entre un ministre et le général d'un corps d'armée, notre Assemblée a cru pouvoir se rattacher à la tradition des faits établis par le plénipotentiaire. Je trouve qu'elle a bien fait, et je vous ferai observer, Monsieur, que c'est aujourd'hui seulement, le dixième jour du siège de Rome, que la présence de M. de Corcelles au camp en qualité de ministre envoyé nous est officiellement, bien qu'indirectement, connue.
« Pesez les dates des notes officielles, comparez-les à la date de l'occupation de Monte-Marcio et des opérations de l'armée française, et dites-moi, Monsieur, si, eu examinant froidement la question diplomatique,
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l'Europe ne sera pas conduite à dire : « Le gouvernement français n a voulu que jouer le gouvernement romain. Le général Oudinot a déloyalement profité de la bonne foi des hommes qui le composent pour resserrer le cercle de l'intrigue, pour occuper des positions favorables, pour se ménager la possibilité de surprendre la ville, d Ou la dépêche du 26 n'existe pas, ou bien elle n'a pas été communiquée à temps à M. Lesseps.
a La dépêche du 29 mai était en effet connue au camp français dans la matinée du 1er juin ; celle du 26 pouvait donc se trouver dans ses mains dès le 29 mai. Si le général en chef ne la produisit pas à cette époque pour suspendre toute négociation et le négociateur luimême, on pouvait penser qu'il voulait se prévaloir du semblant de négociations qui paralysait la surveillance et les forces du peuple romain pour s'emparer, sans rencontrer de résistance, peu à peu, des meilleures positions, sûr qu'il était, en produisant la dépêche du 26, de faire cesser à sa volonté toute négociation ^ui ne lui plairait pas, ou tout armistice dès qu'il serait prêt à agir. » )
Le général Oudinot, devenu maître des positions qui permettaient d'attaquer Rome, fit les préparatifs nécessaires pour s'emparer de la ville, en évitant, autant que possible, l'effusion du sang; il commença donc plusieurs tranchées, et établit deux parallèles en avant de la porte de Saint-Pancrace.
La résistance des assiégés devait être plus longue à Ja porte Saint-Pancrace que. sur les autres points 4es fortifications.
Mais, en attaquant de ce côté, les Français suivaient la tactique de toutes les armées qui ont cherché à s'emparer de Rome; ils savaient que, les remparts une fois conquis, la ville ne pouvait prolonger sa défense; et qu'en portant l'attaque sur un autre point il eût fallu forcément, pour gagner le centre de la ville, côtoyer de nombreux monuments et des palais aussi solides que des forteresses, et traverser un réseau de rues formidablement barricadées sur une étendue de plusieurs kilomètres.
On se tromperait donc en attribuant le choix de la porte Saint-Pancrace comme point d'attaque au seul désir de respecter les monuments, qui, suivant la pittoresque expression d'un écrivain moderne, font de la ville éternelle « un reliquaire sacré. »
Nous n'avons pas d'ailleurs l'intention de nier que l'armée française n'ait cherché à ménager le plus possible les glorieux restes de Rome et les objets d'art dont son sol est couvert.
A ce moment, l'énergie du triumvirat sembla tenir de la fièvre ; il avait à combattre à la fois les menées de la réaction dirigées par la Cour de Gaëte, l'exaltation de quelques libéraux, l'émotion naturelle d'une population qui n'avait jamais entendu tonner le canon, et qui commençait à souffrir des privations de toute espèce Cependant, de tous côtés on vit les combattants
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prendre les mesures les plus efficaces pour Bauvor les ouvrages d'art qui illustraient la ville, et transporter à l'abri des boulets les chefs-d'œuvre qui étaient exposés au canon des assaillants. 11 est juste aussi dédire que ceux-ci ne dirigeaient jamais leurs projectiles sur les musées du Capitole et du Vatican.
La tranchée fut ouverte vers la fin du mois de juin, et le bombardement foudroya pendant douze jours les fortifications.
La brèche fut pratiquée aux derniers jours de juin. Les Français, s'avançant à l'abri des balles, rencontrèrent néanmoins la plus héroïque résistance ; mais ils purent s'emparer des remparts, d'où ils dominaient la ville. Alors toute lutte devenait impossible; Mazzini remit entre les mains du pouvoir municipal la démission du triumvirat, conçue dans les termes suivants :
« L'Assemblée, après le succès obtenu par l'ennemi, mue par le désir de soustrairo Rome à des périls extrêmes, et d'empêcher que d'autres vies précieuses ne soient sacrifiées sans fruit pour la défense, a* décrété la cessation de la résistance. Les hommes qui ont gouverné pendant la lutte ne peuvent que mal gouverner dans les nouveaux temps qui se préparent. Le mandat qui leur avait été confié a cessé de force; ils s'empressent de le résigner entre les mains de l'Assemblée.
« Romains, frères! vous avez tracé une page qui restera dans riiistoire comme un monument du degré d'énergie qui dormait en vous. Vous avez donné le baptême de la gloire et la consécration d'un sang généreux
à la nouvelle vie qui s'ouvre pour l'Italie, vie collective, vie d'un peuple qui veut être peuple, et qui le. sera. Réunis sous le drapeau républicain, vous avez racheté l'honneur de la patrie commune souillée par les actes des malveillants, et tombée par l'impuissance monarchique. Vos triumvirs, descendus parmi vous comme de simples citoyens, emportent avec eux la consolation suprême de n'avoir eu que des intentions pures, et l'honneur de voir leurs noms associés à vos actes héroïques.
« Un nuage s'élève aujourd'hui entre votre avenir et vous, c'est un nuage d'un instant. Soyez constants dans la force de notre droit et dans la foi pour laquelle sont morts, apôtres aimés, beaucoup des meilleurs d'entre vous. Dieu veut que Rome soit libre et grande, et elle lésera. Ce n'est pas une défaite que vous avez subie, c'est la victoire des martyrs pour qui le sépulcre est un degré qui conduit vers le ciel. Quand royonnera l'astre de votre résurrection, quand le prix du sacrifice que vous avez fait sans hésitation à l'honneur vous sera payé, puissiez-vous alors rappeler les hommes qui, pendant des mois entiers, ont vécu de votre vie, qui souffrent aujourd'hui de vos douleurs, et qui, s'il le faut, demain, dans vos rangs, combattront dans de nouvelles batailles. Vive la république romaine !
« Les triumvirs : J. Mazzini,