‹ Histoire de l'Observatoire de Paris de sa fondation à 1793Chapitre 11 sur 61 · M. DC. LXVII · texte numérisé non relu

M. DC. LXVII

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/i» En 36"™ réduction de la médaille précédente. C. W.

l8 CHAPITRE I. — FONDATION DE l'oBSERVATOI RE .

Les Comptes des bâtiments du Roi ne donnent à ce sujet que l'indication suivante :

i4 May 1679 : A la veuve Ballin, orphèvre, pour vingt-quatre médailles de l'Observatoire, pour servir à l'Histoire du Roy 245** i4'

Au dire de De Fer, on plaça dans les fondations de l'Observatoire deux exemplaires, l'un en or, l'autre en argent, d'une autre médaille, du module de deux pouces (54 millimètres), dont il donne le dessin ( * ). Elle représente le buste de Louis XIV, tête nue, grande perruque, revêtu d'une cuirasse, avec la légende : LudovicoJCIV, régnante et œdificante. Au revers, l'Observatoire sur une double terrasse, surmonté d'une grande lunette, avec la légende : Sic itur ad Astra. De Fer n'indique ni date ni signature.

( ' ) Description de l'Observatoire Royal de Paris, dans : « L'atlas curieux ou le Monde représenté dans des Cartes générales et particulières du Ciel et de la Terre, divisé tant en ses quatre principales parties que par États et Provinces et orné par des plans et description des Villes capitales et principales et des plus superbes Édifices qui es embelissent («ic). . ., par N. De Fer, géographe de Monseigneur le Dauphin, v Un volume in-4*' oblong, Paris, 1706.

PLAN DE l'observatoire

Influence contradictoire de Perrault et de Cassini. — Comparaison du plan de Perrault avec ceux des Observatoires de Copenhague et de Greenwich. — Modifications exigées par Cassini. — La grande salle du deuxième étage. — Le grand escalier. — Conséquences fâcheuses de ces modiflcations.

La forme donnée au bâtiment de l'Observatoire a été dès l'origine l'objet de nombreuses critiques, malheureusement trop justifiées.

« Rien n'est plus mal entendu que cet édifice, dit M. Joseph Bertrand {L'Académie des Sciences et les Académiciens de 1666 à 1798, p. 20 et 21). Perrault, malgré tout son talent, s'y montra plus curieux de l'harmonie et de la régularité des formes que des besoins véritables de la Science. Des dispositions réclamées par les astronomes et dont Colbert lui-même avait reconnu Futilité furent obstinément repoussées par lui, comme incompatibles avec la beauté de Tcnsembie. L'art d'observer éprouvait d'ailleurs à ce moment une véritable révolution, et les astronomes les plus habiles n'étaient d'accord eux-mêmes ni sur la nature, ni sur le choix des instruments à y installer.

» Picard et Auzout auraient voulu tout disposer pour l'astronomie de précision, prendre jour par jour des mesures régulières et exactes, et au catalogue minutieux des étoiles joindre les tables des mouvements planétaires et des positions de la lune; mais leur influence devait céder au erédit de Dominique Cassini. C'était Picard lui-même qui, sur l'estime qu'il avait conçue de ses talents, avait récemment attiré les bienfaits de Colbert sur ce redoutable rival. Homme d'esprit et homme de qualité, facile et agréable d'humeur, habitué à la représentation et à l'éclat extérieur, Cassini obtint aisément la faveur du Roi; habile à la ménager, il excellait à charmer son imagination, à exciter sa curiosité et à la satisfaire quel qu'en fût l'objet avec une merveilleuse assurance. »

Ce passage résume très exactement l'opinion généralement admise sur la fâcheuse influence de Claude Perrault d'une part, de

Jean-Dominique Cassini de l'autre, dans la conslruclion du massif monument do l'Observatoire. Il importe d'en discuter les divers points.

L'époque de la construction de l'Observatoire était, ainsi que le dit très justement ^1. Bertrand, une époque de transformation de r Astronomie. Aux anciens instruments de Tjcho-Brahé allaient se substituer ceux de Picard et d'Auzout. Mais il est nécessaire de se reporter aux dates exactes des innovations qui devaient fonder l'Astronomie de précision. C'est en 1668 que l'abbé Picard observe pour la première fois les étoiles en plein jour; c'est en 1668 qu'il applique les lunettes aux instruments divisés : nous avons vu les astronomes de l'Académie fixer l'orientation de l'Observatoire le 21 juin 1667 avec des alidades à pinnules. C'est à la même époque qu'il a l'idée de faire servir l'heure du passage des astres au méridien à la détermination des ascensions droites. Comment Perrault aurait-il pu tenir compte en 1666 et 1667, dans son dessin de l'Observatoire, de procédés et de méthodes d'observation qui n'existaient pas encore? Le seul Observatoire existant à cette époque était la Grande Tour de Copenhague (i63^i-4656). L'Observatoire de Greenwich fut bâti sur les plans de Flamsteed et de Wren, les deux premiers astronomes de l'Angleterre, huit ans après la fondation de celui de Paris: eh bien! Flamsteed et Wren firent construire une tour octogonale à deux étages; l'étage inférieur devait servir d'habitation à l'astronome royal ; l'étage supérieur, formé d'une seule pièce, percée de hautes fenêtres et décorée d'arabesques d'un grand stjle, était destiné aux observations. C'est bien ainsi qu'il est figuré dans le frontispice de l'Ouvrage de Flamsteed intitulé : Historia Cœlestis Britannica, hcs astronomes de l'Académie ne pouvaient donc demander, et Perrault ne pouvait dessiner, autre chose qu'un bâtiment élevé, très solidement construit, d'où l'on pût apercevoir tout le ciel ; on ne voit nulle part trace de réclamations que T^icard et Auzout auraient élevées contre les plans de Perrault. Tout au contraire, Auzout semble les avoir approuvés, car c'est lui qui fut chargé de les apporter à Jean-Dominique Cassini et qui les lui présenta le 20 octobre 1668 (Vie de Cassini, p. 286). Le seul passage des procès- verbaux de l'Académie des Sciences où il soit question des plans de l'Obser-

PLAN DE l'observatoire. 21

vatoîre m'a été signalé par M. Ludovic Lalanne : « 22 avril 1667, M. Âuzout a donné à M. Perrault un plan pour l'Observatoire. » {Procès-verbaux , t. II, p. 2o5.) Il eût été très intéressant de retrouver ce plan; je n'ai rien trouvé dans les Archives de l'Académie et les papiers d'Auzout paraissent avoir été perdus depuis longtemps ('). On sait qu'Auzout s'occupait beaucoup d'architecture.

11 faut ajouter encore, à la décharge de Perrault, que l'Observatoire ne devait pas être uniquement astronomique. C'est là, nous l'avons vu, que l'Académie des Sciences devait tenir ses séances hebdomadaires. Il y fallait donc des salles pour les assemblées, pour la conservation des machines, pour la dissection des animaux, des laboratoires de Chimie ; et c'est bien sous cet aspect que l'Observatoire est représenté dans la gravure de Defer, qui nous a conservé le souvenir de la visite qu'y fit Louis XIV, le i'^'"mai 1682 (^). Sans doute ce premier dessein de Colbert ne reçut pas son exécution entière, mais les plans avalent été conçus sous cette inspiration et, une fols les fondations jetées, il n'y avait plus à y rien changer.

Jean-Dominique Cassini paraît avoir été le seul astronome qui ait élevé la voix contre les plans de Perrault; fut-il bien inspiré dans ses réclamations? C'est ce qu'il faut examiner en se reportant aux documents de l'époque même qui nous ont été conservés.

Nous n'avons plus les plans primitifs de PeiTault, j'ai dit comment ils ont été détruits en 1871, mais voici ce que nous lisons dans les Mémoires de Charles Perrault, son frère :

« Mon frère eut ordre de M' Colbert de faire le dessein de cet Observatoire, qu'il approuva et qui a été exécuté sans y rien changer, si ce n'est qu'à l'arrivée de M' de Cassini en France, M»* Carcavi qui voulait se faire valoir, lui mit dans l'esprit de faire changer quelque chose. M*" Le Vau,

(') Lister écrivait en 1698 : « Je reçus la visite de M. Cunningham, gouverneur de milord Lorne, homme fort instruit et fort curieux de livres. Je m'informai auprès de lui, tout particulièrement, des papiers de M. Auzout, car je savais qu'il arrivait de Rome. Il me dit qu'il l'avait vu moins de six mois avant sa mort, et que pendant toute une année il avait vécu avec lui dans une grande intimité et qu'il l'avait vu très fréquemment ; ni M. Cunningham, ni personne à Paris ne purent me dirent ce qu'étaient devenus ses papiers. (Lister, Voyage à Paris, p. 97.)

(') Cette gravure est reproduite en tôte de ce Volume.

a^ CHAPITRE II.

premier architecte du Roi, chagrin qu'un autre que lui donnât des desseins pour les bâtimens, appuya la pensée de M*" de Cassini, ce fut de changer le plan de Tétage noble et d'y faire une grande pièce qu'il prétendait nécessaire aux. observations. Mon frère eut beau représenter que cela ne pouvait se faire sans hausser le bâtiment, ce qui était impossible, la grande corniche étant posée, à moins que de surbaisser extraordinairement la voûte de cette grande pièce, ce qui rapetissait la moitié de la cage du grand escalier, et le rendait fort rude et peu agréable, de très beau et très magnifique qu'il était, et que d'ailleurs cette grande pièce ne paraissait pas nécessaire. 11 fallut en passer par l'avis de M*" de Cassini et de M*" Le Vau, et faire une espèce de petit attique au-dessus de la grande corniche pour donner plus d'élévation au bâtiment. L'escalier fut gâté, et la grande pièce n'a jamais servi à aucune des observations auxquelles on la destinait. Il est même arrivé que, pour avoir fait cette pièce trop grande, la voûte s'est fendue, de même que le massif, et qu'il a fallu ra> commoder et la voûte et la terrasse de ciment qui est au-dessus. Ce fut une grande faute à laquelle mon frère ne consentit jamais. M^ de Cassini a encore eu l'entêtement de ne vouloir point qu'on représentât au naturel les douze signes du zodiaque, en marbre et par pièces de rapport, quoique M*^ Golbert y eut consenti. Cette résistance qu'on n'a jamais comprise a empêché que cette pièce n'ait été toute pavée de marbre : car les guerres q«iLsont venues depuis ont fait abandonner ces sortes de dépenses. M'' de Roberval, qui n'aimait pas M' de Cassini et qui le regardait comme son concurrent en mathématiques, dit assez plaisamment sur l'empressement qu'avait M*^ Carcavi de faire valoir les avis de M' Cassini : a M** Carcavi » ressemble à un écuyer qui veut faire valoir le cheval qu'il met dans l'é-. » curie de son maître. » Lorsqu'on commença à bâtir l'Observatoire vers le mois de mars de l'année 1667, i^ y ^vait déjà du tems qu'on travaillait au bâtiment du Louvre. ...» (^Mémoires de Charles Perrault, de l'Académie Françoise et premier Commis des bâtimens du Roi. Avignon, MDCCLIX, iu-i2, page 55.)

P. Clément nous a conservé encore une Note de CI. Perrault qni se trouvait en marge du plan principal de l'Observatoire et qui montre bien l'esprit dans lequel avait été conçu le plan de l'édifice.

« Le bastiment de l'Observatoire est construit de telle sorte qu'il peut suppléer tout seul à tous les principaux instrumens d'Astronomie dont on se sert pour les observations.

» Sa situation donne une ligne méridienne dans l'étage haut, depuis la fenestre du milieu qui regarde le midy jusqu'à celle qui regarde le septentrion, de dix-sept toises de longueur, la plus juste qui se puisse faire.

» Les deux pavillons octogones sont coupés de manière qu'un de leurs pans donne le lever du soleil au solstice d'hyver et l'autre son coucher au

PLAN D£ L^OBSERVATOIBE. 23

mesme solstice; qu'un autre donne le lever du soleil à Téquinoxe et l'autre le coucher au mesme équinoxe; que les deux autres pans donnent, l'un, le lever du soleil d'esté et, l'autre, le coucher du mesme soleil (*).

») Le trou ou ouverture qui perce l'Observatoire depuis le fond des carrières jusqu'au-dessus de la terrasse donne juste le zénith, sans qu'on ayt besoin pour tout cela de quarts de cercle ni d'aucun autre instrument. » (Clément, Lettres de Colbert, i. V, p. 5i5 et suiv. )

Ecoutons maintenant Jean-Dominique Cassini. Dés le premier aperçu des plans que lui apportait Auzout, en 1668, il en dit ceci : « 11 me parut que l'on avait eu pour le moins autant d'égard à la magnificence qu'à la commodité des observations. » ( Vie de Cassini, p. 287, dans Mém. pour servir,,,^ par Cassini IV. Voir aussi Extrait des obseri\ faites à VObs, lî, en 1780. Mém. de VAcad, des Sciences, 1786, p. 3i8, en note). Dans une lettre au comte d'Angiviller (sans date, mais c'est la réponse à une lettre de ce ministre du 2.4 mai 1785), Cassini IV raconte l'anecdote suivante :

a Jean-Dominique Cassini arriva à Paris le 4 avril 1669; il n'eut pas plustùt été présenté à Louis quatorze, que Sa Majesté ordonna qu'on lui communiquât tous les plans et projets de l'Observatoire qui n'était encore élevé qu'au premier étage, afin qu'il put en dire son avis. Cassini comme de raison, trouva que le plan n'avait pas le sens commun; jour pris avec M' Perrault pour en raisonner devant le Roy et M*" Colbert, l'éloquent Perrault défendit en fort jolies phrases son plan et son architecture; mon grand-père, qui ne sçavait que fort mal le françois, écorchait les oreilles du Roy, de M' Colbert et de Perrault en voulant plaider la cause de l'Astronomie, et ce fut au point que Perrault dans la vivacité de la dispute dit au Roy : c Sire, ce Baragouineur^là ne sçait ce qu'il dit, » Mon bisaïeul se tut et fit bien; le Roy donna raison à Perrault et fit mal. D'où il en a résulté que l'Observatoire n'a pas le sens commun. » {Archives de V Observatoire, Correspondance générale et administrative j D. 5.40) («).

(') Cette assertion de Perrault n'est point tout à fait exacte, les côtés d'un octogone régulier bien orienté comme sont les deux tours ne correspondraient à ces directions que pour une latitude de 55''44'>3>

(') En i87i,Delaunay lut à l'Académie des Sciences celte lettre de Cassini IV, qu'il avait rencontrée en rangeant les Archives de l'Observatoire et dont il arguait pour démontrer le vice fondamental de la construction de Perrault. Chasles lui répondit en produisant les notes de Charles Perrault que j'ai citées tout à l'heure. La discussion se prolongea pendant plusieurs séances, sans aboutir d'ailleurs à aucune conclusion, les deux antagonistes ne connaissant ou ne voulant

Quels étaient les desiderata de Cassini ?

« Le bâtiment de l'Observatoire que le Roi faisait construire pour les observations astronomiques était élevé au premier étage lorsque j'arrivai. Les quatre murailles principales avait été dressées exactement aux quatre principales régions du monde. Mais les trois tours avancées que l'on ajoutait à Tangle oriental et occidental du côté du midi et au milieu de la face septentrionale, me parurent empêcher l'usage important qu'on aurait pu faire de ces murailles en y appliquant quatre grands quarts de cercle, capables par leur grandeur de marquer distinctement, non seulement les minutes, mais même les secondes; car j'aurais voulu que le bâtiment même de l'Observatoire eut été un grand instrument : ce que l'on ne peut pas faire à cause de ces tours qui, d'ailleurs, étant octogones, n'ont que de petits flancs coupés de portes et de fenêtres. C'est pourquoi je proposai d'abord qu'on n'élevât ces tours que jusqu'au second étage, et qu'en dessus on bâtit une grande salle carrée, avec un corridor découvert tout à l'entour, pour l'usage que je viens de parler. Je trouvais aussi que c'était une grande incommodité de n'avoir pas dans l'Observatoire une seule grande salle d'où l'on put voir le ciel de tous côtés, de sorte qu'on n'y pouvait pas suivre d'un même lieu le cours du Soleil et des autres astres, d'orient en occident, ni les observer avec le même instrument sans le transporter d'une tour à l'autre. Une grande salle me paraissait encore nécessaire pour avoir la commodité d'y faire entrer le Soleil par un trou et pouvoir faire sur le plancher la description du chemin journalier de l'image du Soleil; ce qui devait servir non seulement d'un cadran vaste et exact, mais aussi pour observer les variations que les réfractions peuvent causer aux différentes heures du jour et celles qui ont lieu dans le mouvement annuel. Mais ceux qui avaient travaillé au dessin de l'Observatoire opinaient de l'exécuter conformément au premier plan qui en avait été proposé; cl ce fut en vain que je fis mes représentations à cet égard et bien d'autres encore. M*" de Colbert vint même inutilement à ^Observatoire pour appuyer mon projet. » {Vie de Cassinij p. 293.)

Les manuscrits de Cassini ajoutent quelques détails intéressants :

(' Gomme l'on travaillait à élever l'Observatoire, je priay M' Perrault qui en avait la conduite de laisser la tour orientale découverte pour y

invoquer que ces deux pièces. Je relève seulement dans rarguiiientation de Chaslcs le reproche très fondé qu'il fait au comte de Cassini d'avoir écrit cette phrase : « Il en résulte que TObservatoire n'a pas le sens commun ». Celle boutade, si peu conforme aux habitudes d'écrire de Cassini IV, ne peut s'expliquer que par l'état d'esprit de cet Astronome, qui proposait à celle époque de raser tout l'étage supérieur du bâtiment de Perrault et trouvait une opposition formelle à son projet chez le roi et chez M. d'Angiviller. (Voir Chap. XIX.)

PLAN DE l'oBSKRVATOIRE. 'Jl3

pouvoir faire des observalions méridiennes des astres qui passent proche du Zénit, et de laisser deux grandes fentes dans la muraille septentrionale et méridionale de la mesme tour où je plaçai du commencement les grands objectifs dont je me sers sans tuyau dans les observations des astres qui ne peuvent (se voir) par des Lunetes ordinaires. »

Cassini avait aussi demandé à Perrault et obtenu qu'au sommet de la tour septentrionale la plate-forme fût élevée jusqu'au niveau de la balustrade; sous cette plate-forme surélevée se trouvait le petit cabinet appelé Petit Observatoire, où Ton entrait par une porte située au midi.

fl Au centre s'ouvrait une feneslre ronde à l'usage des observations verticales et M' Perrault la couvrit d'une plaque de cuivre, qui coulant sur une coulisse de pierre placée sur la méridienne ouvre et ferme l'ouverture d'une manière particulière de son invention. Il fit aussi à notre instance deux épaulcments à l'enlrée de cette tour du côté du midy pour y placer deux quarts de cercle (de 6 pieds de rayon) dans le pian d'un méridien, dont un fust dirigé au midy l'autre au septentrion avec deux degrez tournez à contre sens l'un de l'autre pour pouvoir s'élever commodément aux hauteurs différentes correspondantes à celles des astres en les regardant par les Lunetes qui servent de pinnules. M^ Couplet prit soin de les faire construire, mais on jugea depuis plus propre d'en placer un dans la tour orientale, l'autre dans l'occidentale. »

On voit que Cassini avait dès l'origine l'intention d'employer les quarts de cercle muraux à l'observation méridienne des astres.

De l'ensemble de ces citations il me paraît ressortir, en premier lieu, qu'on ne peut faire un reproche à personne de la forme générale qui fut donnée à l'Observatoire. Elle a été conçue conforme aux idées qui régnaient en 1666 et 1667 en France aussi bien que dans les pays étrangers, et ni Picard, ni Auzout ne se sont élevés contre le monument massif de Perrault. Que, bientôt après, les progrès de l'Astronomie de précision aient mis en évidence les inconvénients de cette construction, c'est ce qui devait arriver; mais ni Perrault, ni les astronomes ne pouvaient devancer les idées qui avaient cours en leur temps.

En second lieu, Perrault semble s'être conformé, autant qu'il était possible de le faire, aux demandes de Cassini. Sauf la démolition des trois tours qu'il était difficile d'accorder, puisque à l'ar-

rivée de Cassini elles étaient élevées jusqu'au premier étage et que la suppression de ces tours eût complètement changé l'ordonnance du bâtiment en échange du mince avantage qu'offrait l'idée de Cassini, on lui concéda tout ce qu'il demandait, même la construction de la grande salle du deuxième étage, qui ne parait pas d'ailleurs avoir servi aux usages préconisés par lui. Est-il vrai, comme le dit Ch. Perrault, qu'il en résulta que la cage du grand escalier en fut rapetissée de moitié dans le haut, que cet escalier fut gâté et rendu fort rude et peu agréable, de très beau et très magnifique qu'il était? Les divers auteurs qui ont parlé de l'escalier de l'Observatoire ne paraissent pas avoir remarqué ce défaut. « L'escalier, dit Germain Brice {Descriptions noiwelles de ce quily a de plus remarquable dans la ville de Paris, si° édition, au Palais, chez Jean Pohier, MDCLXXXVH, 2 vol. in-12, t. II, p. 85), estla plus belle chose que l'on puisse imaginer. Il est tout de pierre d'un trait extrêmement hardi depuis le bas jusques en haut, et la rampe de fer qui règne tout du long est parfaitement bien travaillée (*). » Lister, Blondel parlent de même avec grands éloges de l'escalier de l'Observatoire : (c Aussi grand qu'il est beau et hardi. Il est garni d'une riche balustrade de fer, et paraît pendu en l'air étant vuide par le milieu (^). »

Il n'est pas exact que la construction de la grande voûte en plein

(' ) Cette rampe est l'œuvre de Thomas Furet, elle a été payée plus de 8000 ■"". {Comptes des Bâtiments du Roi, t. I, col. 1125, 1243 et passim.)

(^) La seule note discordante dans ce concert d'éloges sur le grand escalier de l'Observatoire a été donnée, chose singulière, par François \rago. Son frère Etienne raconte {Paris chez soi, Boizard, i855, p. iSg) qu'en i8i3, par une belle journée, c'était le 1 février, Napoléon se rendant à Fontainebleau avec Marie- Louise, s'arrêta à l'Observatoire pour y attendre et signer un Senatus Consulte qui se votait au Luxembourg : « M' F. Arago, bien jeune et déjà astronome» venait de faire une leçon à l'École Polytechnique. On lui annonça l'arrivée inattendue de l'Empereur et, sans lui donner le temps de changer d'habit, on le conduisit auprès de Sa Majesté. Comme il voulut s'excuser : — C'est bien, c'est bien, lui dit Napoléon. Puis, jetant un coup d'œil au-dessus de sa tète, il ajouta : — Voilà un bel escalier! — Pas trop beau, Sire, répondit M' Arago qui ne partageait pas tout à fait cette admiration. — Qu'en savez-vous?.. . — Je suis ancien élève de l'École Polytechnique, j'y professe maintenant et je crois pouvoir dire que si l'escalier est jeté avec hardiesse, l'architecte a eu tort de multiplier à plaisir toutes les difficultés de coupes de pierres. — C'est possible, dit Napoléon en regardant le jeune astronome avec plus d'attention. » ....

L'anecdote est-elle bien authentique?

cintre demandée par Cassini ail rapetissé de moitié la cage de l'escalier; mais, devant conduire plus haut qu'on ne l'avait projeté d'abord, la partie supérieure n'en est pas d'accord avec les premiers paliers, et, comme le dit Perrault, la montée en est bien plus rude et peu agréable. De plus, les architecles qui ont parlé de TObservatoire, et en particulier Blondel, ont tous fait remarquer que la construction de l'attique et de la balustrade au-dessus de l'entablement primitif est une faute architecturale. Quel était le plan original? Comment Perrault avait-il conçu la couverture du deuxième étage? Nous ne le savons pas; et tout ce que nous pouvons dire, c'est qu'il est regrettable, au point de vue de l'art, que Cassini ail fait modifier le premier plan de Perrault. Au point de vue astronomique, ce changement n'a eu qu'une utilité très secondaire; il paraît avoir eu de très fâcheuses conséquences, comme nous le verrons, pour la solidité de l'édifice; mais c'est à mon avis le seul reproche sérieux que l'on puisse adressera Jean-Dominique Cassini.

DESCRIPTION DE l' O B S E R VATO I R E .

L'Enceinlc, le Bâtiment central, la Terrasse et les Jardins. — Un Projet de Napoléon I*' pour l'isolement de l'Observatoire.

Le terrain acheté par Louis XIV en 1667 fut immédiatement enclos de murs dont une partie subsiste encore; la forme et les dimensions de cette enceinte nous sont données par un ancien plan de l'Observatoire daté du mois de mars i(i()4j qui fait partie de la Topographie française à la Bibliothèque nationale; il est à Téchelle de I ligne 1/2 pour toise. Ce plan est reproduit dans la planche L

Les murs de clôture forment un pentagone irrégulier; ils sont restés en leur état primitif jusqu'en 181 1, où, sous la direction de Vaudojer père, architecte, Tavant-cour du Nord prit la forme qu'elle a encore aujourd'hui. Un plan dressé par cet architecte reproduit à la même échelle celui de 1694 et montre la position relative des anciens murs et des nouveaux. La planche I indique cette superposition. Les nouveaux murs y sont marqués en lignes pointillées.

Le mur de l'Ouest qui longeait le chemin de Longue- Avoine, plus tard rue de l'Observatoire, existe tel qu'il fut bâti en 166-; il a 54^5^ de long (106™, y). Le mur Sud, 67^1"* (iSo^jq), était encore debout en 1880, avant les travaux exécutés sous la direction de l'Amiral Mouchez lors de l'annexion des terrains Arago.

Le mur de l'Est, 76^3** (149™, i), le long du chemin de Bourgla-Reine, aujourd'hui rue du Faubourg-Saint-Jacques, occupe la même position qu'à l'origine, mais il a été refait à plusieurs reprises; Couplet, en i^aS, Maraldi, en 1769, signalaient des brèches

DESCRIPTION DE L*OBSER V ATOI RE . 29

considérables par lesquelles les contrebandiers et les voleurs s'introduisaient aisément dans l'Observa toire. Le 3o décembre 184^) le Bureau des Longitudes est averti que la grande plaque de fonte sur laquelle doit reposer l'Equatorial de la Tour de l'Esl ne peu! entrer par aucune des portes de l'enceinte; il décide qu'on démolira une partie du mur de la rue Saint-Jacques. En mars 1848, un violent ouragan renversa une grande étendue de ce mur. Enfin, en i863, le nivellement de la rue obligea de le reprendre en sousœuvre.

.\u Nord, l'enceinte se terminait par deux murs, dont l'un existe encore en majeure partie, c'est celui qui sépare l'Observatoire du jardin des Sœurs de Notre-Dame. Il faut le prolonger par la pensée jusqu'à une longueur de (iS^^'iSii"*,.*)) à travers le Pavillon du concierge jusqu'un peu en dehors et au delà du milieu de la grille.

Le dernier côté du pentagone, 58^1** (i i3",>{) a disparu; mais il est facile d'en retrouver la direction. Partant de l'extrémité primitive du mur de l'Ouest, bien marquée par la diflerence de l'appareil, il allait passer par l'angle où se termine l'hémicycle actuel, et traversait le Pavillon situé à l'ouest de la grille; ce mur longeait la rue de l'Observatoire ( • ).

Du côté du Sud. la rue de l'Observatoire se prolongeait par le chemin de Longue-A.voine qui, contournant des terrains vagues, rejoignait le chemin de Bourg-la-Reine ou du faubourg Saint- Jacques.

(') La rue de l'Observatoire séparait l'Observatoire du Châleau-d'Eau de l'Aqueduc d*Arrueil dont une partie existe encore; elle débouchait, au Nord, d'un côté dans la rue Maillet, par laquelle on rejoignait la fausse porte Saint-Jacques, et, de l'autre, dans la rue des Anges qui aboutissait à la rue d'Enfer. Ces deux rues portent aujourd'hui le nom de rue Cassini. « Le nom de Cassini, dit Lalandc {Histoire abrégée de V Astronomie, à la suite de la Bibliographie astronomique, année 1790, page 694), connu depuis i4o ans dans l'Astronomie, m'avait inspiré l'idée de le consacrer par une espèce de monument public; les hommages rendus aux hommes célèbres sont des gages pour la postérité. Je crus pouvoir représenter à la municipalité de Paris, à laquelle présidait un astronome célèbre, Bailly, que le nom de Cassini devrait être le nom de la rue qui règne le long de l'Observatoire, au lieu du nom obscur de Maillet, et l'on décida qu'elle s'appellerait Rue de Cassini; ce nom y fut placé, et le C*" Verniquet le consacra sur le grand et beau plan de Paris qu'il venait de terminer et dont jamais n'approcha aucun plan de ville, par l'exactitude incroyable qu'il y a mise : ce plan parut en 72 feuilles en 1800. »

3o CHAPITRE III.

Les mesures prises sur le plan donnent 7 arpents 1/2 (aS 6.41 mq) pour la superficie du terrain de l'Observatoire.

A l'origine et pendant tout le xviii*' siècle, l'Observatoire était situé tout entier hors barrières et l'enceinte était complètement fermée du côté du Nord; les deux barrières se trouvaient l'une à la fausse porte Saint-Jacques où commençait le chemin de Bourgla-Reine, l'autre à l'entrée de la rue Longue-Avoine ou de l'Observatoire. Les jardins de Port-Royal et des Chartreux séparaient complètement l'Observatoire du Luxembourg. Ce ne fut qu'en 179^^ qu'on projeta de percer l'avenue qui relie aujourd'hui ces deux monuments. Elle fut achevée en 181 1 par l'architecte Baraguej. Le 1*^*" mars 1809 le plan de la nouvelle avenue avait été présenté au Bureau des Longitudes par l'architecte Chalgrin. On songea alors à établir l'entrée principale de l'Observatoire à l'extrémité de celle avenue, et Vaudoyer fut chargé de l'exécution de ce projet, pour lequel l'administration accorda au Bureau des Longitudes un crédit de Soooo francs (Procès-verbal du 6 mars 181 1).

C'est à ce moment que la cour du Nord fut enclose d'un mur en demi-cercle et que furent bâtis les deux pavillons entre lesquels s'étend la grille d'entrée. En même temps disparut la porte qui s'ouvrait sur la rue de l'Observatoire. Le percement de l'avenue a ainsi donné au monument de Louis XIV la voie d'accès et l'entrée qui lui avaient manqué jusque-là.

Le choix de l'emplacement du futur Observatoire avait été particulièrement heureux; à part les bâtiments peu élevés du Château-d'Eau et une maison basse près de la fausse porte Saint- Jacques au bout d'un jardin longeant la rue Maillet, il n'existait aucune construction au voisinage immédiat de l'enclos ( * ) ; tout autour s'étendaient d'immenses jardins; c'était : au Nord, les jardins des religieuses de Port-Rojal, tout le long des rues Maillet et des Deux-Anges, et au delà ceux des Chartreux; à l'Est le clos des Capucins; à l'Ouest le Séminaire des Pères de l'Oratoire; enfin au Sud c'était la campagne, égayée par de nombreux moulins à vent.

(') Le Musée Carnavalet possède un tableau de Francisque Millet, représentant la vue de l'Observatoire et de ses environs prise de la Butte-aux-Cailles en 1725, qui montre bien l'isolement de cet édifice au milieu de la campagne.

DESCRIPTION DE l'oBSERVATOIRE . 3l

L'horizon était libre de toutes parts, même au Nord du côté de la ville, et l'on devait croire que, de longtemps, dans ces jardins occupés par des Religieux, il ne se produirait aucun changement fâcheux pour l'Observatoire . Et, en effet, aujourd'hui encore nous le trouvons presque dans les mêmes conditions. A l'Est, ce sont les jardins des Dames de Saint-Joseph et de l'Hospice Cochin ; au Nord de la partie de l'Observatoire consacrée aux observations, les jardins de la Maternité, restes de ceux de Port-Royal et l'Avenue; à rOuest, les jardins des Dames du Bon-Pasteur, de l'Hospice des Enfants-Assistés et de tous les couvents qui bordent la rue Denfert-Rochereau ; au Sud la ville s'est étendue ; mais les terrains Arago, le boulevard du même nom et la place Saint-Jacques défendent suffisamment la vue de l'Observatoire. Si aujourd'hui Ton voulait choisir dans V intérieur de Paris un lieu propre à la construction d'un Observatoire, on trouverait difficilement mieux que le terrain choisi par Louis XIV.

Cependant, l'Observatoire n'est pas suffisamment défendu, surtout du côté du Nord, nous le savons trop bien aujourd'hui, contre la proximité des maisons et des rues fréquentées par les voitures. Il est bien regrettable que les événements politiques n'aient pas permis la réalisation d'un projet que la vue des alentours de l'Observatoire suggéra un jour à Napoléon. C'était pendant la visite qu'il fit le 2 février i8i3 à cet établissement avec l'Impératrice. J'ai déjà rapporté au Chapitre précédent le début du récit qu'Etienne Arago a fait de cette visite et la singulière remarque de son frère sur la construction du grand escalier. Suivant cet escalier. Leurs Majestés arrivent sur la plate-forme.

« Paris tout entier se développait sous leurs yeux. Devant cet imposant et splendide panorama la vaste poitrine de Napoléon sembla se soulever. Il resta quelque temps sans parler. — Voilà, dit-il enfin, en désignant In magnifique allée dégagée de ses vieilles masures et déjà plantée dans toute sa longueur; voilà un des plus beaux, travaux exécutés depuis Louis XIV. Puis ramenant la vue sur la cour de l'Observatoire. — Quel est l'imbécile qui a tracé autour de ce monument une cour aussi étroite, aussi mesquine? — Votre Majesté vient de caractériser notre architecte d'une telle façon que je ne dois pas. ... — Fontaine me dira son nom, reprit Napoléon en souriant. — Au reste, sa justification est facile, reprit M"" Arago. L'architecte n'était pas libre, il ne pouvait empiéter sur le Ghâteau-d'Ëau qui est là à notre gauche, appuyé contre la grille et qui contient le bassin pour

la distribution des eaux d'Arcueil. — Ce nVst pas une excuse en faild^art, on aurait transporté le Cliâteau-d'Eau plus loin. On n'étouffe pas pour si peu un beau monument.

» Puis, jetant un coup d'œil autour de lui, il ajouta : — Il faut que l'allée de marronniers se prolonge et se dessine autour de l'Observatoire pour rejoindre ensuite le Boulevard extérieur, ce sera une magnifique entrée

de Paris du côté du Sud Désigné le lendemain par l'Académie des

Sciences pour aller aux Tuileries, M'' Arago fut reconnu par l'Empereur qui s'approcha vivement de lui : — Eh bien! lui dit-il, travaille*t-on au nouveau boulevart? — Mais, Sire, répondit Arago abasourdi de la question, je n'ai pas d'ordre à donner pour cela. — Oh ! je vois que vous ne vous souciez pas de mon projet. — Pardonnez-moi, Sire, mais il ne dépend pas de moi de faire commencer les travaux. — Sans doute, sans doute. , .. Je ferai prévenir jM*" Vaudoycr. »

Quel magnifique couronnement rexéculion du projet de \apoléon eut donné à l'œuvre de Louis XIV ! Une enceinte îigrandie et régularisée, défendue à i'Kst et à l'Ouest par deux larges boulevards entre lesquels se serait bifurquée l'avenue de l'Observatoire et qui lui auraient donné tous les terrains jus({u'au boulevard extérieur; c'était l'avenir assuré, c'était l'isolement si nécessaire aux observations acquis pour une longue suite de siècles et à peu de frais, à une époque où les alentours de l'Observatoire étaient presque déserts!

Mais i8i i n'était pas loin; Arago oublia le projet pourtant bien séduisant de Napoléon; l'avenue de l'Observatoire ne fut pas prolongée comme l'aurait voulu l'empereur, el l'Observatoire continue à se débattre dans l'enceinte mesquine où l'incurie de nos prédécesseurs l'a laissé enfermer (').

Au milieu de l'enceinte s'élevait une petite éminence que Perraidtdit être un vestige des anciennes fortifications et sur laquelle on avait placé un moulin. Le bâtiment de l'Observatoire fut adossé par sa façade méridionale à ce monticule qui, exhaussé par les

(*) L'Administration vient encore tout récemment de laisser vendre une bande de terrain comprise entre l'Observatoire et la rue Cassini (l'ancien terrain des Sœurs de Notre-Dame), sur laquelle le nouveau propriétaire s'est empressé de hàtir. Indépendamment de l'intérêt de l'Observatoire, le souvenir historique qui se rattache à ce terrain en commandait l'acquisition : c'est là qu'était la maison des Cassinij qui vient d'être démolie.

DESCRIPTION DE l'oBSERVATOIRE . 33

terres provenant des fouilles des fondations ou apportées du dehors, devint la terrasse de l'Observatoire. Les Comptes des bd* timents du Roi signalent de nombreux charrois de terre pour la formation de cette terrasse.

Le bâtiment de l'Observatoire se compose d'un massif central rectangulaire de 3i",22 de long dans le sens de l'Est à l'Ouest, sur 28^,62 de large suivant la ligne méridienne. Ce massif est flanqué à l'Est et à l'Ouest, sur sa face méridionale, de deux tours octogonales qui y sont engagées par deux de leurs côtés. A la façade du Nord est accolée une tour quadrangulaire de 12", 38 de large, qui fait saillie de 7", 78; la largeur totale de l'édifice suivant la ligne méridienne qui le partage en deux parties symétriques est donc de 36™, 4o, et la longueur totale suivant la ligne des centres des tours octogonales 49", 80. La distance des centres de ces tours, mesurée très exactement par Arago à l'occasion de la graduation de son micromètre à double image, est de 36°*, 76 {Œ uvres d' Arago, t. XI, p. 222 et 223). L'épaisseur des muts varie de 2™,4o (façade sud) à 2", 01 (tours octogonales).

Les dimensions en hauteur de l'édifice ont été mesurées par Cassini IV le i*' mars 1782 {Archives de l'Obs., D. i.3, feuille volante). La hauteur de la plate-forme supérieure au-dessus du rezde-chaussée était de 13^0** iP°(25",36), se décomposant comme il suit :

Du rez-de-chaussée au premier étage qJS^t?^ >/* = 5", 58

Du premier au deuxième étage 3 3 6 3/4= 7 ,00

Du deuxième étage à la plate-forme 634 =12, 78

Quoique Cassini n'en dise rien, il est presque certain que ces mesures furent prises dans le puits qui traverse tout le bâtiment et se prolonge jusqu'au fond des caves. La profondeur de ces caves est de 14^2'' loP" «/^ ou 28", 227.

En 1787, la voûte qui soutenait la plate-forme fut démolie et remplacée par les voûtes actuelles et les toits en dalles imbriquées qui les recouvrent.

Dans V Annuaire du Bureau des Longitudes pour 181 5, de Pronj donne les altitudes de divers points du bâtiment de l'Observatoire au-dessus du zéro de l'échelle du pont Louis XVI (pont

3i CHAPITRE III.

de la Concorde). On en déduit les hauteurs suivantes au-dessus du seuil de la porte du Nord :

Premier étage 5 , 54

Tablette d'appui du premier étage 6)^7

D du deuxième étage i3i47

Parapet de la plate-forme '^-6,47

Sommet de la plate-forme -26,66

La pierre du seuil de la porte Nord a été changée récemment, de sorte que le nouveau seuil est de 2 centimètres plus haut que Tancien; j'ai trouvé en effet :

Hauteur du plancher du premier étage au-dessus de ce seuil. 5 , 5st » du parapet de la plate-forme 16,4^

Le premier renseignement sur Taititude de l'Observatoire est donné par Jacques Cassini à la page '?34 de son Traité de la Grandeur et de la Figure de la Terre : « La Terrasse supëpérieure de l'Observatoire est élevée sur la surface de la Mer d'environ 5o toises, ce que l'on a reconnu par l'élévation de cette Terrasse sur la rivière de la Seine, et par la pente de cette rivière depuis Paris jusqu'à la mer. » J. Cassini ne donne aucune indication sur la manière dont ont été déterminées ces différences de niveau.

La première détermination exacte fut faite en 1788 et 1789 par les Ingénieurs des ponts et chaussées tlgault et Mallet; elle fut reprise en 1819 par le service des Carrières. La différence de niveau entre le zéro de l'échelle du pont de la Tournelle et le seuil de la porte Nord de l'Observatoire fut trouvée de 34", 374 (').

D'après le nivellement de Bourdaloue, l'altitude de ce zéro est 26™, 285, d'où altitude de l'ancien seuil de la porte Nord au-dessus du niveau de la mer 60™, 7:39.

Le nouveau nivellement général de la France, exécuté sous la direction de M. Lallemand, Ingénieur en chef des Mines, a donné pour le zéro du pont de la Tournelle la cote 25°\64o, soit un écart

(•) Dk Prony, Annuaire du Bureau des Longitudes pour 1815, p. iSa. -- Procès- Verbaux manuscrits des séances du Bureau des Longitudes, séance du I" décembre 1819.

DESCRIPTION DE l'OBSERVATOIRE. 35

de o",643 avec le nivellement de Bourdaloue. Cette différence représente :

I® L^écart existant, à Marseille, entre les plans de comparaison des deux nivellements ;

2* La discordance, depuis Marseille jusqu^à Paris, entre les résultats des deux nivellements. La plus grande partie de l'écart, o^jôo environ, mesure l'importance des erreurs systématiques du réseau de Bourdaloue dans la région de Paris.

Ces deux nivellements ont été poursuivis jusqu'à l'Observatoire. Un repère placé contre la loge du concierge porte les cotes suivantes :

D'après le nivellement de Bourdaloue 60,693

D'après le nouveau nivellement 60,071

Par les soins de M. Lallemand, un autre repère a été placé à fl^auchede la porte du Nord elle-même; il porte la cote ôo"',^! 4 et est situé à o™,56i au-dessus du seuil actuel. On a donc, par comparaison avec le repère du pavillon du concierge, pour la cote du nouveau seuil :

Ul

D'après le nivellement de Bourdaloue 60,776

D'après le nouveau nivellement 60. i53

L'ancien seuil était plus bas de o™,o'^.

Si l'on fait abstraction des bâtiments qui se sont ajoutés adroite et à gauche du monument de Perrault, la façade septentrionale de l'Observatoire (voir PL II) n'a subi depuis l'origine d'autre changement que la disparition des sculptures qui ornaient le tympan du fronton triangulaire de la Tour carrée. Dans ce tympan, Temporiti avait sculpté les armes de Sa Majesté avec leurs supports, deux anges, et quelques instruments d'Astronomie ( J.-F. Blondel, Architecture française: Description du bâtiment de VObservatoire, tome II, Livre III; i^Sa).

Du côté du Sud, le changement le plus important a été l'élargissement de la porte centrale donnant sur la terrasse, ordonné en l'an IX par le Bureau des Longitudes pour livrer passage au télescope de 2a pieds de Dom Noël et de Ciroché, et exécuté par l'ar-

chitecle Vaudoyer (* ). Les traces de ce travail sont aisées à reconnaître; les pilastres qui devaient orner cette baie, comme toutes celles du même étage de la façade Sud, ont disparu ; la clef de voûte du plein cintre a été recoupée en dessous; les parois intérieures de la baie sont perpendiculaires à la façade, au lieu de s'incliner comme toutes les autres ; enfin le linteau supérieur au-dessus du cintre semble bien avoir été remplacé (*). En même temps, et toujours pour l'usage du télescope de 22 pieds, on fit en avant de cette baie une petite terrasse dallée de plain-pied avec la galerie du premier étage. La terrasse dallée actuelle date de i843. C'est encore très probablement à la même époque qu'ont disparu les deux grands cadrans solaires que les anciennes gravures nous montrent à droite et à gauche de cette baie (voir PL III)] ils ont été recouverts par des dalles très minces et de grandes dimensions plaquées contre la façade. Au-dessus se voient les beaux bas-reliefs de F. Temporiti, qui représentent des globes et des instruments d'Astronomie. Blondel prétend que ces deux trophées sont assez inutiles d'ailleurs et qu'ils auraient été mieux placés sur le somiîiet du bâtiment. Je n'ai jamais entendu les visiteurs de l'Observatoire exprimer une pareille opinion.

Les sculptures de Temporiti lui furent payées 3 496 livres.

La hauteur du parapet de la plate-forrae au-dessus du seuil de la baie centrale du Sud est de 20"', 95, d'où une différence de 5", 62 entre les altitudes des deux seuils du Nord et du Midi.

De cette porte centrale, on descendait sur la terrasse B par un escalier de trois marches; on pouvait probablement y accéder de même par une porte percée dans la face orientale de la Tour de l'Est; mais les baies des deux faces méridionales de ces tours, non plus que celle du côté occidental de la Tour de l'Ouest, n'étaient pas ouvertes par le bas comme elles le sont aujourd'hui ; c'était de simples fenêtres. Ce n'est qu'en 1828 que la fenêtre sud de la Tour orientale fut convertie en porte, pour amener les instruments sur la terrasse.

(^) II fallut élargir la porte de 18 pouces de chaque côté. (') C'est probablement dans cette dernière partie du travail que Vaudoyer a rencontré le tirant en fer dont il a été question précédemment.

La terrasse était entièrement nue ; les allées d'arbres qui l'ornent actuellement apparaissent pour la première fois sur le plan de Paris par Jaillot, édité en 1775 (* ); les anciennes vues de l'Observatoire nous la montrent plantée de grands mâts auxquels les astronomes attachaient les énormes lunettes dont ils faisaient usage. Elle est quadrangulaire, presque exactement carrée, go", 65 de long sur 100", 60 de large, avec deux pans coupés au Sud. Au Nord, elle est soutenue par deux énormes murs de 5 mètres de haut sur 2™, 35 d'épaisseur, dont l'un a été depuis utilisé pour porter les instruments méridiens. A l'Ouest et au Sud, elle s'appuyait également à des murs très solides. Mais, du côté de l'Est, elle est restée très longtemps incomplète (^) ; la raison en est aisée à comprendre. Le mur étant continu du côté du Sud, on n'accédait sur la terrasse de ce côté que par un petit escalier s'ouvrant dans le mur (voir PI. III en E), tout auprès du pan coupé Ouest ; pour permettre aux voitures l'accès de la terrasse, on avait donc laissé inachevé le mur d'enceinte du côté de l'Est. Il est bien vrai que les anciens plans de Paris de BuiletetBlondel(i676), de Jouvinde Rochefort(i672), de Nicolas Defer (1696), le plan de Jean de la Caille, de même que les vues perpectives de la façade méridionale de la même époque, et même celle que Cassini IV a donnée dans les Mémoires pour servir à l'Histoire de l' Observatoire, indiquent une enceinte continue ; mais Cassini a soin de dire que la vue qu'il donne est prise d'un ancien plan retrouvé dans les archives des Bâtiments et daté de 1667, et qui indique l'ancien projet qui a depuis été abandonné (p. 56, en note). A partir de 1728, le plan de Jean de la Grive, celui de Roussel (1731), le plan de Louis de Bretez, dit plan de Turgot (i 734-1 739), celui de Robert de Vaugondy (1760), de Deharmes (i763),de Jaillot (1775), et enfin le plan de Verniquet (i 789-1 798), sont d'accord pour montrer la terrasse incomplètement terminée du côté de l'Est.

(') Les allées d'arbres existaient en 1777. Cassini IV les dessine dans le croquis qu'il donne de l'emplacement de la colonne sur laquelle il faisait ses observations magnétiques. Il dit même que les arbres étaient des tilleuls; mais ils devaient être bien jeunes encore, puisqu'ils lui laissaient apercevoir le Mont Valérien et les moulins de Montmartre. {Voir Chap. XIV, Observations magnétiques de Cassini IV.)

(') Vie de J.-D, Cassini, dans Mémoires pour servir,.., p. 297.

Il est donc bien probable que les auteurs des premiers plans ont fait comme Cassini, qu^ils ont dessiné ce qui aurait dû être et non ce qui était, supercherie que se permettaient aisément, on le sait, les dessinateurs de cette époque. En fait, ce n'est qu'en 1819, M. Bruyère étant directeur des Travaux de Paris, et M. Vaudoyer architecte de TObservatoire, que la muraille de l'Est fut bâtie et que fut établie Tavenue qui conduit à la terrasse en longeant en pente douce ce nouveau mur de soutènement.

En contre-bas de cette première terrasse régnait, au Sud et à l'Ouest, une seconde terrasse (voir PL 111, A)' qui, à l'Ouest, allait rejoindre par une pente douce le sol de la cour du Nord; au Sud, un double escalier permettait de descendre dans les fossés ou jardins inférieurs JJ; sur cette terrasse, à l'Ouest, était le jardin des Cassini (voir PI, /), qui devint plus tard celui d'Arago.

Dans les murs des deux terrasses au midi, on avait pratiqué plusieurs pièces voûtées ou caves qui devaient servir de laboratoires de Chimie. 11 en existait deux dans le mur de la terrasse supérieure et deux dans celui de la terrasse inférieure; l'une de ces dernières, percée au milieu du mur entre les escaliers qui menaient aux fossés ou jardins inférieurs, était d'assez grande étendue; elle était formée d'un couloir dirigé du Sud au Nord, dans les parois duquel s'ouvraient deux caveaux, l'un à droite, l'autre à gauche, et qui conduisait dans une salle où se trouvaient trois fourneaux. Elles n'ont jamais servi en réalité que de resserre pour les jardiniers (* ). Lors de l'annexion des terrains Arago, l'amiral Mouchez, en 1884, a fait combler les fossés au Sud et à l'Ouest jusqu'au niveau de la seconde terrasse. Les caveaux inférieurs ont été par suite enterrés; ceux de la terrasse supérieure ont en partie disparu à la même époque dans la construction de l'escalier des nouvelles caves des terrains Arago.

L'acte de vente signale dans l'enceinte l'existence d'une mare alimentée par l'eau d'Arcueil ; elle est indiquée dans notre plan (voir PL I) dans les fossés au Sud de la terrasse, et l'on y voit aussi le ruisseau recouvert de dalles (pierre couverte) qui y amenait l'eau provenant du regard de l'aqueduc dans la rue de l'Ob-

(') Pendant le siège de Paris en 1870, M. Delaunay y donna asile à des gens de la campagne et à leurs bestiaux.

DESCRIPTION DE L'oBSERVATOIRE. Sq

servaloire; de cette mare, l'eau s'écoulait, en traversant le chemin de Chevreuse, dans un lavoir public situé derrière l'enclos des Capucins (Pian de Jean de la Caille). Cette mare fut souvent une source d'ennuis pour les astronomes ; les blanchisseuses s'introduisaient par les brèches du mur lorsqu'elles ne trouvaient pas de place au lavoir voisin et respectaient peu les jardins. J'ignore à quelle époque elle fut comblée. Le regard des eaux d'Arcueil de la rue de l'Observatoire a longtemps fourni l'eau potable aux habitants de cet établissement; en i834, l'administration delà ville eut la velléité de supprimer cette concession, mais elle abandonna son projet, sur les réclamations du Bureau des Longitudes {Procès-verbaux du Bureau des Longitudes, 25 juin i834). Depuis quelques années, l'eau d'Arcueil ne venant plus à Paris, ce regard ne fournit plus qu'un liquide infect.

L'entrée principale de l'enclos de l'Observatoire était sur le chemin du faubourg Saint-Jacques, un peu au delà et en dehors de la barrière ou fausse porte du même nom (voirP/. /). A partir de i685, nous voyons apparaître, dans les Comptes des Bâtiments du Boi, les gages d'un portier ou suisse à la livrée du Roi, chargé de la garde de cette porte; sa loge était à droite en entrant; il recevait i5o livres de gages, plus 3o livres pour un justaucorps de la livrée royale ; ses gages furent portés à 200 livres en 1690. Les Comptes des Bâtiments nous ont conservé les noms des premiers portiers de l'Observatoire; ce fut d'abord Seignelonge, de i685 à 1689; *' ^^^ pour successeur Voirie, qui mourut en 1695 ; sa veuve resta encore quelques mois à l'Observatoire, puis céda la place à Contât, qui l'occupa jusqu'au 26 mars 1699, où il fut remplacé par Barabel (ou Baradel). On voit ensuite apparaître la dynastie des Minard ; le premier mourut en décembre i'j6'7, laissant une veuve et huit enfants; sur la recommandation de J.-D. Maraldi, concierge de l'Observatoire, son fils aîné lui succède. Au commencement de l'an III (1794) la C°"*Ferron, V''* Minard, portière de l'Observatoire, sollicite de la Commission de l'Instruction publique le paiement de ses gages et arrérages; puis en floréal an V (1797), c'est de nouveau un portier Minard, probablement le fils de la précédente, qui fait une demande semblable,

et, en 1798, le Bureau des Longitudes demande et obtient pour lui une augmentation de gages.

Une autre porte existait sur la rue de l'Observatoire ; elle était appelée Porte de la rue d^ Enfer, à laquelle elle conduisait par la rue des Anges, et était gardée par un second portier qui était logé dans un petit bâtiment qu'un sieur Michau, entrepreneur de charpente, et dont nous aurons souvent à parler, avait bâti contre le mur nord-ouest.

a MM" de Cassini Ty avaient établi pour la sûreté de l'Observatoire, sans qu'il en coûtât un sol au Roi, en affectant seulement au dit portier le privilège de montrer l'Observatoire aux curieux qui y entrent par cette porte; tandis que le portier du Roi qui garde la porte du côté de la rue Saint-Jacques a le privilège de montrer aux curieux qui entrent de son côté. MM" de Cassini ont aussi établi à leurs frais un troisième portier à l'entrée du corps du bâtiment où auparavant tout le monde entrait sans avertir et pénétrait jusque dans les appartements. » {Archives de lObservatoire, D.i.iS. État de l'Observatoire en 1783.)

Il existait encore dans la cour de l'Observatoire plusieurs petits bâtiments affectés à différents usages ; nous en parlerons en indiquant les motifs de leur construction.

DESCRIPTION DE l'oBSERVATO IRE .

(8UITB. )

Le Rez- de-Chaussée. — Les Concierges de l'Observatoire.

Nous pénétrons maintenant dans l'intérieur du bâtiment de l'Observatoire et nous avons pour nous guider dans cette visite, en outre des plans des différents étages donnés par Cassini IV et par Blondel, une pièce très curieuse intitulée : a État de TObservatoire en 1783, dont il a été donné copie à M. le comte d'Angiviller le 16 mars de cette année ». On peut regretter que Cassini IV ne l'ait pas accompagnée d'un plan ; mais les détails en sont assez précis pour que nous puissions aisément reconnaître tout ce qu'il décrit. Je suivrai donc Cassini dans sa description étage par étage, en y ajoutant les détails historiques relatifs aux habitants des divers appartements que nous recontrerons.

Le plan du rez-de-chaussée de l'Observatoire (yoir PL V) nous est donné par De Fer dans l'Atlas déjà cité; il n'a d'ailleurs subi depuis l'origine aucune modification essentielle.

Les salles octogonales voûtées T et ï', qui forment le rez-dechaussée des deux tours de l'Est et de l'Ouest, mal éclairées puisqu'elles n'ont qu'une fenêtre sur la cour, ne paraissent pas avoir été utilisées autrement que comme magasins ou ateliers; nous verrons à l'époque de la Révolution un fondeur de canons, Héban, y établir sa fabrication de modèles.

Le long du couloir qui les met en communication l'une avec l'autre, on rencontre des pièces obscures qui ont de tout temps servi de caves aux habitants de l'Observatoire.

Lorsqu'on entre par la porte du Nord N, on se trouve dans un double vestibule voûté. <( A droite sont des magasins, caveaux et une grande cuisine, la seule de toute la maison et qui a toujours été dépendante de l'appartement de M. de Cassini, au premier ». A gauche est « un appartement composé de trois principales pièces avec corridors et cabinets qui ont entrée par la dite voûte et issue sur la Cour». Cet appartement, qui est occupé aujourd'hui par le secrétaire agent comptable, a été à l'origine le logement de l'astronome Concierge de l'Obsen^atoire. Ce titre, très recherché des savants, désignait l'académicien chargé des dépenses d'entretien de l'établissement et delà garde des instruments et machines.

Le premier Concierge de l'Observatoire fut Claude-Antoine Couplet (i 642-1 722); il avait été attaché à l'Académie des Sciences dès la création et nous l'avons vu figurer comme aide parmi les astronomes et mathématiciens qui déterminèrent, le 21 juin 1667, la direction du méridien de l'Observatoire. A l'arrivée de J.-D. Cassini, il lui fut donné pour l'aider dans ses observations et il alla habiter auprès de lui à la Ville-l'Évêque ; il le suivit à l'Observatoire en 1671, mais il avait obtenu l'année précédente la charge de Maître de mathématiques des pages de la Grande Ecurie, qu'occupaitavantluiBuot, son beau-père, et à partir de cette époque il semble n'avoir plus donné à Cassini qu'une assistance fort irrégulière; dans son Journal d'observations, cetastronome écrità plusieurs reprises : a D. Couplet, qui me adjuvare debebat, abfuit ».

Couplet était en même temps chargé des menues dépenses de l'Académie; dès l'année 1668, on le voit figurer dans les Comptes des Bâtiments du Roi pour des avances qu'il a faites pour les dissections elles expériences de physique et de chimie qui occupaient les séances des académiciens à la Bibliothèque du Roi ; en 1 671, il lui est payé 926 livres pour menues dépenses de l'Académie à l'Observatoire ; de même dans les années suivantes,' de sorte qu'il est le plus souvent difficile de distinguer les dépenses de l'Observatoire de celles de l'Académie. A partir de 1676, les préposés aux travaux de l'Observatoire ont disparu ; c'est Couplet qui fait toutes les dépenses, même celles qui concernent les bâtiments. Mais ce n'est qu'en 1 685 qu'il est désigné comme Concierge de F Observatoire et commis à la garde et entretien des instruments et

machines de V Académie ('). Il reçoit en celle qualité 5oo livres de gages.

11 avait en outre la jouissance d^un jardin situé dans Tenceinte de rObservatoire, le long du chemin de Bourg-la-Reine au sud de la porte d'entrée (voir PL /); ce jardin a été en dernier lieu le jardin de Mauvais.

Le 4 février 169g, une Ordonnance royale donna à l'Académie un règlement dont Tarticle XVllI instituait un trésorier.

« Le Trésorier aura en sa garde tous les livres, meubles, instruments, machines ou autres curiosités appartenante TAcadémie; lorsquMl entrera en charge, le Président les lui remettra par inventaire; et, au mois de décembre de chaque année, ledit Président récollera le dit inventaire pour Faugmenter de ce qui aura été ajouté durant toute Tannée... le Trésorier sera perpétuel. »

Ce titre fut attribué à Couplet. « Mais, dit Fontenelle dans rÉloge de ce savant, c^étail un litre trop fastueux el assés impropre, Couplet était plutôt le contraire d'un trésorier, il n'avait pas de fonds entre les mains, mais il faisait des avances assés considérables par rapport à sa fortune, et ne les retirait pas sans peine. » Il mourut le aS juillet 1722, âgé de quatre-vingt-un ans.

Son (ils, Pierre Couplet des ïartreaux, lui succéda dans ses deux charges de Trésorier de l'Académie et de Concierge de l'Observatoire; il héritait d'une situation assez difficile; son père avait fait et lui-même faisait des avances considérables pour les deux établissements. M. de Tallard, ministre d'État et de la Maison du Roi, refusait de les rembourser, si les comptes n'étaient appujés de quittances régulières des fournisseurs. Couplet prétendait, de son côté, qu'il suffisait que ces comptes fussent approuvés par les Commissaires de l'Académie. Malheureusement « les registres du Sieur Couplet, trésorier de l'Académie, disent les Commissaires en 1725, n'ont aucune forme de livres de comptable; il rapporte uniquement les articles de dépenses sans faire aucune mention de la recette et c'est ou une ignorance inexcusable de sa part ou une

afiectation très suspecte pour éviter l'examen de ses comptes

On peut assurer qu'il n'j a jamais eu de registres aussi mal tenus pour la forme et si défectueux dans le fond. »

( ') Nous verrons plus loin ce qu'était ce cabinet des machines.

« La défense de Couplet, dit M. Bertrand, sans être concluante, atténue beaucoup, il faut le dire, la portée du rapport des Commissaires, en présentant les irrégularités signalées comme une conséquence toute naturelle de l'absence de contrôle et de règle », et il faut ajouter : de l'absence de toute régularité dans les paiements du Trésor. A cette époque, les avances de Couplet s'élevaient à plus de aSooo livres; après bien des débats, ses comptes furent reconnus exacts et ses avances remboursées (* ) ; il conserva sa charge jusqu'à sa mort en décembre 1743.

La charge de Trésorier perpétuel de l'Académie fut à ce moment séparée de celle de Concierge de l'Observatoire; Buffon fut élu trésorier le mardi 21 janvier ijii] la transmission des pouvoirs eut lieu régulièrement suivant les prescriptions du Règlement de 1699. Dans les archives de l'Observatoire, à la suite du Compte de dépenses de Cassini II, j'ai trouvé une note de Buffon ainsi conçue : (( Je soussigné, Trésorier de l'AcadémieRoyale des Sciences, déclare avoir reçu de M"" Cassini le registre portant inventaire des machines et autres effets appartenant à l'Académie ; trois liasses de récépicés, un petit registre de récépicés inventoriés et cottes i, 2, 3, 4? 5.

(*) Le 24 décembre 1738, les Commissaires des dépenses de l'Académie des Sciences, après avoir reçu les comptes du S' Couplet, trésorier de la dite Académie, arrêtèrent que « les jettons de cette année qui se trouvaient de reste, seraient accordés au S' Couplet, pour Tindemniser des avances qu'il a été obligé de faire pour le bois, bougies, papier et autres menues dépenses ». (Collection des Règlements et Délibérations de l'Académie Royale des Sciences par ordre de matières. Manuscrit petit in-4% légué par Huzard à la Bibliothèque de l'Institut.) Le 8 janvier 1739, M. de Maurepas fait savoir que le Roi a approuvé cette délibération. Ce simple fait montre bien les diflicultés contre lesquelles le Trésorier de l'Académie et de l'Observatoire avait constamment à lutter; et il indique aussi que, dans l'esprit des Commissaires, il ne restait plus trace des accusations de 1725. Cependant, à partir de 1729, les grosses dépenses faites par l'Académie à l'Observatoire pour l'établissement de la nouvelle méridienne du second étage, la construction du Cabinet d'observation, l'achat et la réparation des instruments, furent confiées à Jacques Cassini, dont les comptes sont conservés en ordre parfait dans un petit registre intitulé: État des dépenses faites pour les anciens instrumens de C Observatoire Royal et V établissement de la Grande Méridienne, depuis Vépoque de 1729. {Archives de V Observatoire^ I). 5. Sg. ) Le compte est arrêtée la date du 3o mars 1743, et revêtu de l'approbation des Commissaires de l'Académie, Duhamel du Monceau, Clairaut, de Jussieu le jeune etNollet. Nous aurons souvent occasion de recourir à ce précieux document.

A Paris, le onzième février 1744- Signé : BufTon. » Cet inventaire des machines existe dans les Archives de l'Académie, où il a été signalé par M. Maindron; j'y reviendrai plus tard, il marque, en eflet, un changement important dans l'existence du Cabinet des machines de l'Académie.

Le titre de Concierge de l'Observatoire fut donné à Jean-Dominique Maraldi.

Jean-Dominique Maraldi, né à Perinaldo en 1709, était neveu de Jacques-Philippe Maraldi, neveu lui-même de Jean-Dominique Cassini; il fut appelé à Paris par son oncle en 1727 et accueilli par Jacques Cassini. « Une chambre de 8 pieds carrés, pratiquée dans l'embrasure d'une fenêtre d'une des grandes salles de l'Observatoire, fut le premier appartement et le seul qu'il fut possible de donner au nouvel astronome; l'architecte qui avait tracé la distribution de l'Observatoire n'y avait omis que les cheminées et les logements. » (Éloge de M. Maraldi, par Cassini IV, p. 349.) Nommé Concierge de l'Observatoire le 1 1 janvier 1744? il vint habiter l'appartement du rez-de-chaussée. A cet appartement était annexé un petit bâtiment extérieur, adossé au gros mur de la terrasse, dont Maraldi fit sa cuisine. Plus tard, ce bâtiment fut affecté au logement des élèves de l'Observatoire, puis d'un ouvrier horloger. On le voit figurer sur la Planche II des Mémoires pour sen>ir, etc. Mais en 1 766, « ajant eu une maladie grave et ses médecins ayant trouvé l'appartement qu'il habitait dans le corps de l'Observatoire humide et mai sain, il demanda la permission de faire un appartement à ses frais dans un petit corps de logis de trois croisées de face, lequel ne renfermait autrefois que des remises et greniers et qui était adossé au mur d'enceinte dans la cour, presqu'en face de la Tour du Nord; il en obtint la permission et exécuta son projet. Ce petit logement très bien distribué renferme tout ce qu'il faut pour un ménage, cuisine, salle à manger, chambres et cabinets, petite cour, jardin, etc. »

La santé de Maraldi continuant à décliner, sur les instances de sa famille, il retourna à Perinaldo en 1770, dans l'espoir qu'un climat plus doux et surtout l'air natal lui rendraient son ancienne vigueur; il y mourut le i4 novembre 1788.

Malgré celte absence, qu'on espérait d'abord n'être que momentanée, Maraldi conserva son titre d'Académicien pensionnaire et de Concierge de l'Observatoire. En 1772, il obtint la vétérance à l'Académie et l'on pensa à lui donner un survivancier dans sa place (le concierge. Dès 1774» Charles du Vaucel, qui travaillait l'Astronomie auprès de Lalande et observait régulièrement à l'Observalolre depuis 1769, posait sa candidature à cette place. Cassini IV présentait de son côté son collaborateur Wallot, astronome du comte de Mercy, ambassadeur de l'empereur d'Allemagne (*), qui l'avait accompagné en 1768 dans son vojage en Amérique pour l'essai des montres de marine de Le Roy. Mais ni l'un ni l'autre n'était membre de l'Académie, et ce fut aux yeux du comte d'Angiviller un obstacle insurmontable; le 7 mars 1788, il écrivait de sa main à Cassini :

« J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire au sujet de la place de Concierge de l'Observatoire. Je n'ai point oublié la recommandation que vous m'avez faite pour remplir cette place de M. Wallot, mais il y a un obstacle insurmontable pour moi, il n'est pas de l'Académie. Je vous avoue que j'ai cru devoir au service du Roy et à l'honneur de l'Académie de me faire une règle de ne proposer au Roy pour remplir les places qui peuvent être remplies par des savants que des membres de cet illustre corps, Sa Majesté a daigné l'approuver; je sçais que l'on peut faire d'excellents choix dans ceux qui étant dignes d'en être n'ont pu y entrer par des circonstances particulières, et le cas cy en est la preuve, mais j'ai cru que c'était se mettre en garde contre les protections et les choix de faveur; j'ai cru donner à l'Académie une marque de respect et d'attachement qui me convenait d'autant mieux qu'il était secret. . . .

)) Je n'ai point oublié non plus votre recommandation pour M*" Jeaurat dont je connais le mérite, l'honnêteté et auquel je dois prendre intérêt, sa famille très honnête faisant honneur aux Arts, estimant et aimant son oncle comme je le fais ; mais dans la modicité des grâces qui sont du ressort des savants, les circonstances doivent être pesées. M*" Jeaurat est garçon, il a la connaissance des tems, je sçais que c'est un travail, et un travail important qu'il fait parfaitement bien, mais il a une petite pension qui y est attachée, de plus il a une pension de l'Kcole Militaire, et malheureusement il a à attendre une aisance prochaine, vu le long âge et l'affaiblissement de la santé de son oncle.

» J'avais offert il y a longtemps, vous le savez, cette place à M"" l'abbé Rochon, ses occupai ions le fixent ailleurs. Plusieurs personnes m'ont recommandé fortement M. Mérhain, je ne le connais pas, mais à l'appuy de ces

(*) Son observatoire était au Petit Luxembourg.

DESCRIPTION DE l'oBSER VATOI RE . 47

recommandations puissantes sur mon cœur, et qu'il ignore, je sçais qu'il est très habile, très honnête, qu'il est jeune, pauvre et marié; j'ai cru devoir d'autant moins me refuser à ces sollicitations, que vous m'avez toujours parlé de lui avec intérêt et avec l'estime égale de ses talents et de sa personne. Il m'a même paru que cette estime ressemblait à de l'amitié, ou au moins à un sentiment de bienveillance qui y ressemblait beaucoup, et qui par conséquent vous donnait le droit d'attendre de lui la juste déférence due à votre place de Directeur de l'Observatoire ('), à laquelle vous aviez tant de droits personnels, unis à ceux de vos respectables pères.

s Comme j'ignore quand je passerai quelques jours à Paris, si vous pouviez venir à ma loge à la Comédie Françoise demain samedi, vous pourriez me parler. Je vous offre ce rendez-vous parce que c'est dans votre quartier et que nous sommes d'accord au fond, je serais très fâché que cela ne fut pas, parce que cela contrarierait infiniment le sentiment tendre, fidèle et profond que je vous ai voué, et dont j'ai l'honneur de vous assurer sans cérémonie, Monsieur

n Versailles, ce 7 mars 1783. »

(Archives de l* Observatoire ^ D. 5.4o. )

La place fut donnée à Méchaln, que patronnaient l'abbé Rochon et le président Bochart de Saron. Mais il fallait le loger et il n'y avait pas de logement disponible à l'Observaloire. L'appartement du rez-de-chaussée, abandonné par Maraldi, avait été donné à l'abbé Rochon (*), puis à Legentil à son retour de l'Inde à la fin de 1771 ; celui-ci l'occupait encore en 1787; d'autre part, la maison de Maraldi, depuis son départ, avait été louée à son profit (comme il était juste, l'ayant fait faire à ses frais) et elle était actuellement occupée par M. de Cardonne, savant orientaliste, Secrétaire interprèle du Roi, professeur au Collège de France et Censeur royal, pour le prix de îè5o livres.

(') Cassini de Thury avait été nommé Directeur de l'Observatoire en 1771. En 1783, pendant la maladie dont il mourut l'année suivante, son fils, Direcleur en survivance, en remplissait les fonctions (voir Chap. W ).

(-) Une note de Cassini IV dans le Manuscrit de ses Mémoires pour servir à l* Histoire des Sciences, p. 4^, note 5, nous apprend que l'appartement du rezde-chaussée fut successivement occupé par M. VI. Couplet, Maraldi, l'abbé Rochon et Legentil, sans toutefois nous donner les dates. Rochon ne dut pas l'occuper bien longtemps, car il ne revint de Madagascar qu'en Î770 et, en 1771, il s'embarquait de nouveau. Legentil, en octobre 1777, dans une lettre écrite au comte d*Angiviller à l'occasion de sa querelle avec M"' Cassini de Thury dont je vais parler, dit qu'il occupe le logement depuis plus de cinq ans; l'abbé Rochon lui en avait remis la clef avec l'assentiment de M. Cassini.

Il fallut toute la diplomatie de Cassini pour arriver à un arrangement qui contentât toutes les parties. Il ne pouvait être question de déloger Legentil, membre de l'Académie; M. Cardonne, qui tenait à son appartement, proposait de donner à Méchain une petite maison que Tentrepreneur Michau avait fait bâtir près de la maison de Maraldi (*). L'accord s'établit entre le comte d'Angiviller, Cassini IV, Maraldi et Cardonne sur les bases suivantes : il fut convenu que Cardonne céderait à Méchain la maison de Maraldi, qui devenait dès lors l'appartement du Concierge, et prendrait lui-même la petite maison de Michau, à la seule condition qu'il lui serait payé une indemnité de 299*7* pour les dépenses qu'il avait faites dans la première. En même temps, Maraldi consent à l'arrangement proposé par Cassini : il cédera son logement ou petite maison particulière à son survivancier, sans demander d'indemnité pour le loyer de 260 livres qu'il en retirait, et en considération de cet abandon, on lui paiera quatre années de concierge qui lui sont dues. M. d'Angiviller trouve cet arrangement trop avantageux aux bâtiments du Roi pour ne pas l'adopter; il fait convertir les appointements de Maraldi en une pension de retraite (*), et, en conséquence, Méchain devient titulaire de la place de Concierge à dater du i**" avril 1^83.

Pendant l'absence de Maraldi, le jardin du Concierge avait été.

(*) <c Le troisième b&timent élevé dans la cour est un logement formé aux frais d'un nommé Michau , charpentieri lequel avec sa famille y est établi depuis plus de 5o ans, et tient un chantier dans un grand emplacement de la cour de l'Observatoire. Les services que ce Michau a rendus à l'Observatoire et principalement la construction d'un des cabinets dont il a fait la dépense et dont depuis 22 ans il n'a pu obtenir le payement, montant à plus de 4ooo livres, ont engagé M' de Marigny, sur les représentations de M' de Cassini, à lui accorder un dédommagement, non seulement de rester à l'Observatoire avec son chantier, mais encore la permission de construire à ses frais dans l'enceinte de l'Observatoire deux petits corps de bâtiment dont l'un attenant à la porte de la cour qui donne dans la rue d'Enfer et l'autre attenant au corps de logis construit par M' Maraldi. Ces deux corps de logis étant construits aux frais du sieur Michau, il a été convenu qu'il en aurait l'usufruit et pourrait les louer à son pro6t à la charge de sacrifier dans celui qui tient k la porte de la rue d'Enfer un logement pour le portier que MM. de Cassini y ont établi. » {État de l'Observatoire en 1783. Archives de l'Observatoire, D. i.i3.)

(^) Celte pension était de aooot^ et était payée sur les fonds de l'Académie. (Lavoisier, Œuvres, t. IV, p. 586.)

DESCRIPTION DE l'oBSERVATOIRE . 49

sur la recommandation de M. le comte de Vintlmille, prêté au botaniste Descemet, qui y cultivait des plantes rares.

« M** Descemet, ayant lu à rAcadémie plusieurs recherches intéressantes sur la botanique, et ayant marqué le désir d'avoir un emplacement pour suivre ses expériences, on lui a donné ce jardin où elTectivement il a établi une suite très curieuse dWbres étrangers; on n'a pas cru pouvoir mieux disposer d'un surcroît d'emplacement que pour des expériences utiles à une des parties dont l'Académie s'occupe; au reste il pourrait être stipulé qu'après M*^ Descemet, le jardin dont il est en jouissance retournera au Concierge de l'Observatoire. » {État de V Observatoire en 1783.) (*).

Malheureusement cette stipulation n'avait pas été faite, et quand Méchain, nommé Concierge, réclama son jardin, Descemet, en dépit des mises en demeure de Gassini et de Montucla (^), ne pouvait se résoudre à abandonner et perdre des plantes dont il estimait la valeur à plus de 3ooo livres. Si, au commencement de l'année, Cassini l'invitait à quitter la place, il alléguait qu'il lui était impossible d'enlever ses arbres et ses arbustes avant le mois d'octobre; on lui octroyait ce délai et, de remise en remise, Méchain n'était pas encore rentré en jouissance de son jardin en octobre 1^86. Les Archives nationales, qui possèdent de nombreuses lettres touchant cette affaire, ne nous disent pas comment se termina le conflit.

Entre temps, Legentil, qui occupait l'ancien appartement du Concierge, mais n'en avait pas le jardin, s'en était planté un devant ses fenêtres, dans l'angle du grand bâtiment et de la Tour de l'Est, et il l'avait entouré d'une haie de sureau. Le sureau pousse vile et, en 1777, les branches atteignaient les fenêtres de l'appartement du i*^*" étage, qu'occupait M"** Cassini de Thury;

(*) Jean Descemet (1732-1810), docteur-régent et doyen d'âge de la Faculté de Médecine, est connu par ses travaux sur la choroïde (t. V des Mémoires des Savants étrangers). Il fut l'élève et le collaborateur de Duhamel-Dumonceau pour le Traité des arbres et arbustes qui se cultivent en pleine terre; mais les biographes lui attribuent à tort le Catalogue des Plantes du jardin des Apothicaires de Paris ; ce catalogue est l'œuvre d'un autre Descemet, chef d'une dynastie de jardiniers qui se sont succédé à l'École de Pharmacie {voir sur ce sujet le travail très intéressant de M. G. Planchon sur le Jardin des Apothicaires de Paris f brochure in-8. PariSj chez Flammarion, 1898).

(^) Montucla élait premier Commis et Inspecteur des bâtiments royaux. C. W. 4

5o CHAPITRE IV.

de plus Legentil plantait dans son jardin des oignons, des haricots et autres légumes, et il y étendait les langes de sa fille (*). Grande colère de sa noble voisine, qui porte plainte devant le Directeur général des Bâtiments du Roi, M. le comte d'Angiviller, accusant même Legentil d'occuper indûment l'appartement du rez-de-chaussée, où il ne serait entré qu'en faisant forcer la porte par un serrurier. Montucla, premier Commis des Bâtiments royaux, est délégué pour examiner l'affaire; aux accusations de M™*' Gassini de Thurj, Legentil, soutenu par l'abbé Bossut, répond que les clefs de l'appartement lui ont été remises par l'abbé de Rochon lui-même, lorsqu'il a quitté l'Observatoire; qu'il a bien fait venir un serrurier, mais pour changer la garde de la serrure. Quant au jardin, il a été autorisé verbalement par M. de Marigny à le faire établir; M. Gassini de ïhurv lui a donné des conseils sur ses plantations et voulait même lui fournir la charmille pour l'enclore. Que n'a-t-il pris la charmille ! Elle eût poussé moins vite que le sureau !

M. d'Angiviller est fort embarrassé. L'enquête de Montucla, les plans que lui envoie Gassini le fils, lui démontrent que ce jardin est très mal placé en cet endroit, et qu'il obstrue une partie de la cour.

« S'il eut appartenu à tout autre qu'à un membre de l'Académie, je l'eus proscrit lout de suite, écrit-il à Gassini; les seuls égards dus à un confrère m'empêchent d'en user ainsi et m'engagent à employer en quelque sorte la voie de la négociation, w

Les négociations furent difficiles. Enfin, en décembre 1777, Gassini IV a réussi à vaincre l'obstination de Legentil, le jardin sera supprimé. A cette condition, Legentil est confirmé dans la possession de son logement, pour lequel jusque-là il n'avait pas de brevet; il lui est permis de planter, à 4 toises du mur de face de son logement et en retour devant le grand bâtiment, une palissade de charmille à hauteur d'appui, qu'il aura soin de tenir propre cl à cette hauteur et qui lui fera une sorte de promenoir. De plus, M. d'Angiviller lui accorde la jouissance d'un petit jardin détaché, probablement le long du mur parallèle à la rue Maillet.

(') Legeniil s'élait iritirié vers 1774, après son retour des Indes {Cassini IV, Mcm. pour servir , p. 370).

DESCRIPTION DE l'OBSERVATOI RE . Si

Quelles étaient, à l'époque de la nomination de Méchain, les fonctions du concierge de l'Observatoire? Depuis la mort de P. Couplet, de grands changements étaient survenus, qui avaient bien amoindri ces attributions. Le titre de trésorier de l'Académie avait été séparé de celui de concierge de l'Observatoire ; le Cabinet des machines de l'Académie, qui était encore à l'Observatoire sous la garde de Couplet en 1726, avait été transporté, au moins en très grande partie, soit au Louvre au-dessus de la Salle des séances de l'Académie, soit au Jardin du Roi, probablement vers 1744^ où nous avons vu Buflbn en donner récépissé à Jacques Cassini. En 1 77 1 , César-François Cassini de Thurj avait reçu du Roi le titre de Directeur de l'Observatoire. Enfin, l'Ordonnance royale du 26 février 1785 portant règlement que Sa Majesté veut faire exécuter à son Observatoire royal, ne parle pas des fonctions de concierge; le maniement des fonds, l'entretien et la garde des instruments et de la bibliothèque sont dévolus au Directeur général.

Cet amoindrissement s'était fait d'ailleurs d'une façon progressive. Tandis qu'au temps d'Antoine Couplet, toutes les dépenses de l'Académie et de l'Observatoire étaient faites par lui et souvent, nous l'avons vu, à ses dépens, il semble que le maniement des fonds de l'Observatoire ait été en grande partie retiré à P. Couplet, surtout après l'aflTaire dont nous avons parlé plus haut. C'est ainsi que l'état des dépenses faites de 1729 à 1743 pour la construction du nouveau Cabinet d'observation et l'établissement de la grande méridienne, est signé par Jacques Cassini (^Archives de r Observatoire, D. S.Sg, Instruments), Plus lard, toutes les dépenses de construction et d'instruments sont faites par Cassini de Thury et son fils. Je n'ai trouvé aucun compte au nom de Maraldi ni de Méchain ; Maraldi n'apparaît qu'une fois pour signaler la mort du portier Minard, demander sa place pour son fils et solliciter un secours pour sa veuve. Le nom de Méchain se trouve au bas d'une lettre qui dénonce plusieurs vols de plomb à l'Observatoire en novembre 1784; des contrebandiers s'introduisaient dans l'enceinte, et de là dans Paris, par des brèches qui existaient aux murs de la cour et du jardin; l'administration lui répond de veiller à ce que les portiers fassent mieux leur service et à ce que les portes soient fermées au pêne dès la tombée de la nuit et à la grosse clef à partir de onze heures. Il semble qu'à cette époque

52 CHAPITRE IV. — DESCRIPTION DE l'OBSERVATOIRE.

le concierge n'avait plus d'autres fonctions que la police de l'intérieur de l'Observatoire.

En 1776, Cassini IV considérait la place de concierge de l'Observatoire comme tellement inutile qu'il proposait de la supprimer et d'en affecter les appointements, 800*, à l'entretien des instruments et aux gages d'un gardien uniquement chargé de cet entretien. Par égard pour la grande situation scientifique de Maraldi, il remettait d'ailleurs à la mort de cet astronome l'exécution de ce projet.

Méchain fut le dernier Concierge de l'Observatoire.

DESCRIPTION DE l'oBSERVATOIRE.

( 8UITB. )

Les caves de TObsenratoire. — Le puits. — Les expériences sur la chute des corps. — La statue de Notre-Dame de Dessous-Terre. — Le thermomètre de Lavoisier. — Les boussoles de Cassiai IV.

« La résolution de bâtîr rObservalolre sur un terrain proche de la fausse porte Saint-Jacques ne fut pas plus tôt prise qu41 se trouva une grande difficulté à son exécution. Le terrain était creux pardessous par de grandes carrières, en sorte qu'il n'était pas en estât de porter le fardeau du grand édifice qu'on proposait d'y construire. Cependant, comme il n'y allait que de la dépense de remplir ces carrières de maçonnerie aux endroits où l'édifice serait planté, on passa outre. On trouva même que cette rencontre était heureuse, parce que cela donnerait des lieux souterrains où l'on pourrait faire plusieurs expériences pour la Physique et les Mathématiques. » (Notes de Cl. Perrault, recueillies par Ch. Perrault, publiées par P. Clément dans les Zr6/^re^ de Colbert, tome V, p. 5i5, en note.)

Telle fut l'origine des caves célèbres de l'Observatoire. Le plan des galeries principales a été donné par J.-F. Blondel dans son Architecture française ayecla superposition des contours du bâtiment principal. Ce plan est reproduit dans la PL VL

On descend dans ces caves par un puits P qui s'ouvre au milieu du second vestibule du rez-de-chaussée et dont l'orifice est défendu par une balustrade en fer (PL V). Mais l'entrée de l'escalier est reportée à l'ouest sous le grand escalier du premier étage. La profondeur du puits au-dessous du seuil du rez-de-chaussée est de 28". Le milieu de l'escalier laisse un vide cylindrique suivant l'axe

duquel on a percé les trois voûtes du bâtiment de trois ouvertures de même diamètre. L'ensemble forme donc un puits vertical de 55" (voir PL /F la coupe du bâtiment suivant la méridienne), par lequel un observateur placé au fond des caves pouvait autrefois apercevoir le ciel sur une étendue d'environ un degré tout autour du zénith. Ce zénith a été pris quelquefois comme définissant la latitude de l'Observatoire.

Un peu à l'est au-devant de la porte de la façade méridionale de l'Observatoire, il y a un autre puits couvert d'une pierre, au milieu de laquelle J.-D.Cassini avait fait pratiquer une ouverture qui répondait aux caves, et que l'on pouvait ouvrir et fermer pour faire les mêmes expériences et les mêmes observations qu'à l'escalier des caves où l'on était trop exposé à être troublé par les curieux. Ce puits est appelé ouverture de la carrière dans le plan de Blondel. Après 1790, l'orifice en fut fermé par le massif qu'on avait établi devant la porte méridionale, pour supporter le grand télescope de 20 pieds lorsqu'on le sortait de la galerie où il était remisé. Aujourd'hui il est fermé par une dalle vers le milieu de la grande terrasse établie en i843.

J.-D. Cassini avait eu l'idée de se servir du premier puits comme d'une grande lunette verticale, dont l'objectif aurait été fixé au niveau de la plate-forme supérieure et l'oculaire sur un support au fond des caves. Il avait même fait établir dans les deux étages supérieurs de grandes manches de toile cirée noire pour masquer toute lumière latérale et arrêter les courants d'air; mais il ne semble pas qu'il ait fait grand usage de cet appareil peu commode.

« Par les observations qui y ont été faites, dit-il, il n'y a pas présentement aucune étoile de remarque qui passe par (e zénit de TObservatoire. Mais il y a l'étoile de la première grandeur dans le costé droit de Persée qui y passe présentement à 5 minutes de distance du zénit vers le midy et s'en aproche d'une année à l'autre, de sorte que dans 40 ans elle y arrivera précisément. »

Cassini parvint-il à apercevoir cette étoile à l'œil nu en plein jour? Il n'en dit rien et l'on peut induire de son silence qu'il n'avait pas réussi cette expérience intéressante. Aujourd'hui, l'ouverture du puits a été bouchée entre le rez-de-chaussée et le premier

étage (*).

(^) Je trouve, dans la Notice d'Etienne Arago sur l'Observatoire dont j'ai déjà

DESCRIPTION DE l'OBSERVATOIRE. 5>

Plus intéressantes sont les expériences faites dans ce puits en i683, par Mariotte et Philippe de La Hire, sur la chute des corps dans Pair. {Histoire de r Académie, t. I, p. 383.) Mariotte, dans ses Œ usures, n'en a presque rien dit; de La Hire, dans son Mémoire sur ce %\x]el {Mémoires de r Académie, p. 333; 1714)7 les rapporte très succinctement. Je crois donc qu'on lira avec quelqu'intérét une note que ce dernier écrivit sur ces expériences à la demande de quelques-uns de ses confrères et que j'ai trouvée dans les Archives de l'Académie des Sciences, carton 28 :

« De Marly, le 39* juillet 1714*

» Il ne nous est pas possible de rapeler exactement toutes les circonstances des expériences que nous avons faites avec feu M' Mariotte, sur la chutte des corps, nous avons à Paris nos Mémoires là-dessus, nous les consulterons quand nous y serons, voicy en attendant ce dont il nous ressouvient.

» Dans le haut du Degré spiral qui descend dans les caves de l'Observatoire, on avait disposé une pendule de 12 pieds 2 pouces 10 lignes dont chaque vibration dure 2 secondes afln qu'une demi-vibration fut d'une seconde.

» Cette pendule fut placée de manière qu'étant en repos la boule estoit touchante contre une planche de sapin fixée, contre laquelle elle donnait un coup fort distingt quand on l'avoit élevée de i5, 20 ou 25 degrés.

» On plaça ensuite au-dessous de cette pendule et horizontalement à environ 14 pieds une table de sapin que Ton pouvait hausser et baisser à volonté.

» On avait porté quantité de baies de plomb de 6 lignes de diamètre pour pouvoir réitérer les expériences qui furent faites comme nous Talons raporter.

» On plaça les observateurs de manière que leurs oreilles étaient à peu près à moitié de la distance qu'il y avait entre la pendule et la table.

» Pour faire l'expérience on prenait de la même main entre le pouce et l'index une des baies de plomb susd. avec celle de la pendule, on les

cité des passages, une anecdote au sujet de ce pulls : « Les caves de l'Observatoire sont, dit-il, à une profondeur égale à l'élévation extérieure de l'édifice, et l'on croit généralement que les astres sont observés du fond de ces trois cent trente marches ténébreuses. Un concierge quelque peu retors servit à propager cette erreur. Moyennant salaire, il faisait descendre les visiteurs dans les souterrains; et grâce à une fissure pratiquée par hasard entre deux dalles de la terrasse, un point lumineux se montrait au-dessus de la tète des curieux qui étaient dans l'admiration en voyant une étoile en plein midi. Un peu de plâtre coupa court à ces mystifications; toutes les erreurs populaires ne se détruisent pas avec cette facilité. »

tenait horizontalement, la pendule éloignée d'environ ao ou 25 degrés. On laschait les deux baies en même tems pour n'entendre qu'un coup.

» La table fut haussée et baissée plusieurs fois et jusques à ce que l'oreille n'entendit qu'un seul coup des deux qui se donnoient en même tems, cette juste distance ne fut pas aisée à trouver, l'oreille ne s'apercevant pas aisément d'une distance aprochée ou reculée de 6 pouces plus ou moins, mais ce qu'il y a de certain c'est que la distance estant de 12 à i5 pieds l'on entendait 2 coups fort distingts et de la même façon, ce qui obligea M*^ Mariotte de conclure que la vraye distance était de i3 pieds et demi, terme moyen entre 12 et i5.

» Pour faire des expériences plus sensibles, on prit des mesures pour avoir une chute qui dura 2'. Dans le même degré l'on descendit la table à environ 55 pieds de la distance de la boule d'une pendule simple d'une seconde qui fut mise à la place de celle qui en durait 2. On disposa une petite planche mobile et éloignée du point de repos, en sorte qu'elle se metoit à peu près au même point d'où la pendule estoit partie quand on l'avait mise en mouvement, afin qu'à son retour elle frapat légèrement cette planche et que l'allée et le retour fussent de 2 secondes.

» Les observateurs furent placés entre les extrêmes et la table fut haussée et baissée plusieurs fois jusqu'à ce que l'on entendisse {sic) qu'un coup; mais l'on eut la même difficulté qu'à la première observation, car 2 pieds plus ou moins de distance ne 'pouvaient se faire sentir à l'oreille; mais à 48 pieds et 60 pieds l'on entendoit distinctement 2 coups, ce qui confirma Af Mariotte et le fit conclure que la vraye distance estoit à 54 pieds, parce qu'elle convenait avec la première observation, d

L'auteur anonyme de la Vie de Colbert, imprimée à Cologne en 1695 ( * ), prétend que ce puits a encore servi « pour les observations des baromètres de plus de 80 pieds de longueur, tant avec les mercures seuls, qu'avec l'eau seule. Il a encore servi à expérimenter dans des tuïaux de fer blanc de même longueur, combien il falait de hauteur d'eau pour éclater les tuïaux, d'où l'on a tiré des connaissances de la force que doivent avoir les tuïaux par lesquels on veut conduire les eaux qu'on prend d'une hauteur pour les élever à une semblable. On a pratiqué dans ces carrières des chambres pour connoître si les grains et les' fruits s'y pourraient conserver. On a découvert les diflTérentes qualités de l'air découvert et libre ; on y a fait cent expériences, tant avec le thermomètre qu'avec les hidromètres, pour reconnaître les différents effets qui proviennent des différents degrcz de l'humide, du sec, du chaud

(*) Sandraz Dezcourtilz, ou Gratien Gourtilz de Sandras, né à Montargis en 164^1, mort en 17 12, d'abord capitaine au Régiment de Champagne, puis écrivain pamphlétaire.

DESCRIPTION DE l'oBSERVATOIRE . 67

et du froid tant pendant Thiver que pendant l'été, dont la Médecine tirera un jour de grands avantages. » (p. 120 et suivantes). L'auteur a sans doute voulu parler des expériences de J.-D. Cassini sur le baromètre à eau, mais le tube n'avait pas 80 pieds de longueur, des observations sur la température des caves, et enfin des expériences faites par Rœmer sur la résistance des tuyaux de conduite des eaux {Mémoires de l^ Académie^ t. VI). Je ne sais pas à quelles autres recherches il a fait allusion. Quant à l'assertion d'auteurs modernes qu'il fut fait dans ce puits des expériences sur la déviation produite par la rotation de la Terre dans la direclion des corps tombant en chute libre, il suffit de remarquer qu'une hauteur de 55™ n'engendrerait qu'une déviation absolument insignifiante et impossible à constater.

Au pied de l'escalier s'ouvrent les galeries horizontales creusées dans le roc, dont le plan indique le développement; dans toutes celles qui se trouvent au-dessous du bâtiment de l'Observatoire, le plafond des carrières est soutenu par des murs en pierres de taille extrêmement dures. En 1889, un semblable travail de consolidation a été exécuté dans la partie des carrières qui se trouvent à l'ouest du grand bâtiment sous l'amphithéâtre que l'on construisait (aujourd'hui appartement du directeur). En dehors de l'enceinte ainsi définie, les parois irrégulières sont formées par la roche elle-même. Une de ces galeries, en partie obstruée aujourd'hui par des éboulis, conduit à l'entrée des carrières ou catacombes du boulevard Saint-Jacques, elle est fermée par une grille ( * ) ; sur son parcours se trouve une petite mare dont on a pendant plusieurs années observé régulièrement la température. Une autre galerie est en communication avec les souterrains du Val-de-Grâce.

Dans une de ces galeries, la piété des premiers astronomes a placé, en 167 1, une statuette de la sainte Vierge avec ces deux inscriptions :

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