‹ Histoire de l'Observatoire de Paris de sa fondation à 1793Chapitre 17 sur 61 · INSTRUMENTS POUR L OBSERVATOIRE · texte numérisé non relu

INSTRUMENTS POUR L OBSERVATOIRE

c Deux quarts de cercle de 6 pieds de demi-diamètre pour attacher à la muraille de ça et de là du degré de la terrasse qui va au petit cabinet, un

(*) Grant, History of physical Astronomy, London, 1862, p. 465. Rœmer ne quitta l'Observatoire de Paris qu'en 1681, il avait donc vu l'azimutal construit par Migon en 1678 et aussi les équatoriaux de Cassini.

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torné à roidy l'autre à septentrion pour prendre les hauteurs méridiennes de tous les astres par deux lunetes de 6 pieds à tuyau de cuivre.

» Quatre lunetes de i5 pieds à tuyau de cuivre pour fixer une à la plus grande élévation de l'étoille polaire, Tautre à la plus petite et deux aux plus grandes digressions dans le cabinet fait à ce dessein.

» Deux petites machines pour mettre dans le foyer de ces lunetes pour observer les variations de l'étoille polaire.

» Deux châssis composez de 4 grosses règles de cuivre pour mettre un au fond du puy sur 4 pieds de cuivre pour porter les pinnules qui doivent servir à observer les astres par le trou de la grande voûte l'autre pour mettre au trou mesme pour servir de seconde pinnule et pour soutenir les verres qu'on mettra à ce trou pour l'observation des estoilles verticales et de leur parallaxe.

» Quatre porte pinnules de cuivre sur ses pieds, de hauteur de 4 pieds, pour observer de chaque estagc les estoilles qui se pourront voir parle trou de la voûte et par celui du petit Cabinet.

» Un tuyau de toile cirée de quarante pieds de longueur et trois pieds de diamètre, pour appliquer aux trous des voûtes, pour empêcher que l'agitation de l'air ne fasse branler les plombs qui doivent régler les pinnules et pour éprouver de voir les estoilles à plein jour.

» Un niveau à triangle rectangle de trois pieds de base de cuivre pour placer les instruments etquarreler la sale.

j) Un quart de cercle de trois pieds de rayon pour la tour occidentale un pour la Tour septentrionale (?).

» Une machine composée d'un cercle horizontal et d'un vertical de trois pieds de rayon qui serviront aussi pour equinoctial et méridien.

» Un globe de cuivre de 3 pieds de rayon pour y placer les estoilles fixes.

» Un globe de la lune dans les cercles qui expliquent son mouvement.

» Le sistème de sept planètes principales.

» Le sistème de Jupiter et de ses 4 satellites.

» Unemachine nouvelle pour prendre justement lesdistancesdes estoilles.

» Une machine à lunete avec un mouvement qui suivra les astres.

» Une grande machine à lunetes de 6o à loo pieds.

» Une horloge à pendule qui suivra le mouvement apparent du soleil.

» Une armille equinoctiale fixe sur la terrasse pour montrer les heures les minutes et les secondes par l'ombre de l'axe.

» Trois pendules à secondes pour placer aux lieux destinés aux observations.

» Une grande pendule à deux secondes.

» Plusieurs petites machines pour mettre dans le foïer des lunettes pour mesurer les diamètres.

» Une bonne pierre d'aimant. »

Est-il possible de retrouver la date de ce document? Il semblerait tout naturel de rapporter la formation de celte liste aux pre-

LES INSTRUMENTS DE l'OBSER V ATOI RE . l5l

mières années du séjour de Cassini à FObservaloîre. Mais il faut se rappeler d'abord qu'à celte époque Cassini n'écrivait qu'en latin; tous ses registres d'observation jusqu'en 1682 sont écrits dans cette langue. D'ailleurs le onzième article : « Un globe de la Lune dans les cercles qui expliquent son mouvement » paraît bien désigner un appareil destiné à représenter mécaniquement le célèbre théorème de Cassini sur la libration de la Lune : or, d'après Baillj-, ce théorème ne fut énoncé qu'en i6^5. Mais d'autre part, à propos de Saturne, Cassini ne lui donne que trois satellites : le document est donc antérieur à 1684. Or dans son JouF'n al d^ observai ions, à la date du i'*" janvier 1682, Cassini écrit :

a M*^ Picard et de la Hire vinrent aujourd*huy à l'Observatoire et je leur parlay des instruments qu'il faut faire achever et construire. »

Le lendemain :

<c Je donnay à M' l'Abbé Gallois un mémoire de la manière de carreler la grande sale de l'Observatoire e celle des instrumens qui sont nécessaires pour le présenter à Monseigneur Colbert. d

A ce moment, Cassini était très préoccupé du carrelage de la grande salle du deuxième étage où il voulait tracer la méridienne. C'est à cette époque qu'il saisit l'Académie de la question du gnomon qu'il fallait abaisser, comme nous l'avons vu au Chapitre VIL Dans la même liasse qui contient la liste précédente, on trouve plusieurs feuilles volantes chargées de calculs relatifs à la hauteur à donner à ce gnomon, et de projets de la dimension à donner aux carreaux du pavé. Or cette préoccupation de Cassini se trahit dans un article de la liste que je viens de transcrire, c'est celui-ci : « Un niveau à triangle rectangle de trois pieds de base de cuivre pour placer les instruments et quarreler la sale. » Pourquoi, dans une liste d'instruments, Cassini aurait-il parlé du carrelage de la salle, si son esprit n'avait pas été pour ainsi dire hanté à ce moment par la pensée de cette opération? Je n'hésite donc pas à considérer la liste des instruments que je viens de reproduire comme étant celle que Cassini, Picard et de la Hire avaient arrêtée le i*'' janvier 1682 et qui fut remise le lendemain à l'abbé Gallois.

II est bien vrai que dans la même liste il est parlé d'un azimutal de trois pieds de rayon et d'un globe de cuivre de même diamètre pour y placer les étoiles fixes; et que, d'après les Comptes des

t52 chapitre X.

Bâtiments du Roi un azimutal avait été construit par Migon en 1678; qu'en 1680, une somme de 433 livres avait été remise le 20 novembre à Rœmer pour le payement des ouvriers qui ont travaillé au grand globe de l'Observatoire et qu'une autre somme de 80 livres avait été payée au serrurier Lucas le i3 octobre pour le pied en fer de ce globe.

Mais l'azimutal de Migon ne lui fut payé que 3^78 livres; il est impossible que pour ce prix il ait pu livrer un instrument composé de deux cercles entiers de six pieds de diamètre, quand le prix d'un quart de cercle de même rayon était de 4oo livres et plus. Il me paraît probable que l'instrument de Migon n'avait été qu'un essai et que Gassini, satisfait des résultats qu'il avait donnés, en désirait un de grandeur vraiment colossale (*).

Quant au Globe céleste, dont Rœmer s'était occupé avant 1682, n'était-ce pas un de ces instruments qu'il s'agissait d'achever, comme le disait Gassini à l'abbé Gallois?

On pourrait s'étonner de voir qu'en 1682, dix ans après l'arrivée de Gassini à l'Observatoire, cet astronome n'avait pas encore tous les instruments désirables. Mais il faut remarquer que jusqu'à cette époque ou à peu près, l'Observatoire n'était pas terminé. Le gros œuvre était fini, mais le second étage venait à peine d'être garni de ses fenêtres ; les pièces même du premier étage n'offraient pas à d'autres observateurs qu'à Gassini lui-même un asile convenable pour la nuit, nous l'avons vu au Ghapitre VL Gassini n'avait que des aides temporaires et point d'assistant attitré, puisque Gouplet n'observait guère et que Sédileau ne vint à l'Observatoire qu'en 1681. Par suite, les anciens Quarts de Gercle, la machine parallactique de la Viile-l'Évêque, les grandes lunettes dont nous allons parler, suffisaient à ses travaux. Mais quelques-uns de ces instruments venaient d'être emportés par les Voyageurs chargés d'observer en Afrique et aux Antilles. Il est donc tout naturel que la demande de nouveaux instruments plus parfaits et plus grands ait coïncidé avec l'époque de l'achèvementde l'Observatoire, époque qui fut marquée, comme nous l'avons vu, par la première visite du Roi Louis XIV.

(*) Gassini parle de l'usage de cet azimutal dans ses Instructions pour ceux qui observent à V Observatoire, dont il sera^queslion dans un Chapitre ultérieur!

LES INSTRUMENTS DE l'OBSERVATOIRE . l53

Dans la liste des instruments demandés par Picard et Gassini, il en est un qui me paraît devoir appeler plus particulièrement l'attention du lecteur, c'est celui qui est décrit au deuxième paragraphe : « Quatre lunetes de i5 pieds à tuyau de cuivre pour fixer une à la plus grande élévation de l'étoille polaire, l'autre à la plus petite et deux aux plus grandes digressions dans le cabinet fait à ce dessein.

» Deux petites machines pour mettre dans le foier de ces lunettes (deux micromètres) pour observer les variations de l'étoille polaire. » On sait que l'abbé Picard avait, dès 1669, signalé dans la position de l'étoile polaire des variations singulières qui, dans le cours d'une année, la rapprochaient ou l'éloignaient du pôle du ciel de 20' à peu près, a^ec des oscillations qui compliquaient encore le phénomène. Pendant son vojage en Danemark, il avait de nouveau appelé l'altenlion des Astronomes sur ces déplacements. Ce sont ces variations que Bradlej étudia plus lard sur une autre étoile, y du Dragon, et qui l'amenèrent à la découverte de l'aberration et de la nulalion. On s'est demandé souvent comment Picard, cet Astronome si précis et si sagace, avait pu négliger de poursuivre Tétude du phénomène singulier qu'il avait observé le premier et laisser échapper l'occasion d'une belle découverte. L'article que je signale répond à celle demande. Picard avait bien compris l'intérêt qui s'attachait à l'étude des positions de la Polaire, et c'est en vue de cette étude qu'il demandait l'installation de ces quatre lunettes fixes. Mais la mort, qui l'emporta brusquement au mois d'octobre de celte même année 1682, ne lui laissa pas le temps de construire même son instrument.

On voit figurer, dans la liste des instruments demandés par les Astronomes de l'Observatoire, des appareils qui ne sont plus guère d'usage aujourd'hui. A une époque où les Catalogues d'étoiles existaient à peine, où les Tables du Soleil, de la Lune et des planètes n'étaient qu'ébauchées, où la notion même des mouvements elliptiques des astres mobiles était peu familière, il était nécessaire de recourir à des représentations mécaniques de ces positions et de ces mouvements. De là l'usage continuel des globes célestes, des planisphères et des planétaires. En outre de ceux dont il est question dans la liste précédente, Y Histoire et les Mémoires de

i54 ch'apitre X.

l^ Académie en signalent plusieurs qui figuraient dans les collections de l'Observatoire.

En 1G77, « Monsieur Gassini et Monsieur Rœmcr inventèrent chacun une machine pour représenter les mouvements des satellites de Jupiter et toutes leurs configurations, i^fonsieur Rœmcr fit aussi servir la sienne au monde de Saturne. » {Histoire de l* Académie, I, p. 2^0.)

En 1G80, a M. Gassini fit voir à l'Académie un Planisphère d'argent exécuté sous sa direction par le sieur Butterfield (*), anglais, fameux ouvrier. L'une des faces portait le système des planètes, suivant les hypothèses de Copernic et de Tycho; l'autre représentait les étoiles visibles sur l'horizon de Paris, avec divers cercles de la sphère. » {Histoire de r Académie, J, p. 317.)

Cet instrument, construit pour le Roi et qui s'appelle pour celte raison le Planisphère royal, fut présenté aussi le aîi août 1690 au roi d'Angleterre Jacques II, lorsqu'il vint visiter l'Observatoire {voir au Chap. IX).

Le Tome I des Machines et Inventions approuvées par l'Académie donne (page i33) une description de cet instrument et de quelques-uns de ses usages. Une description plus complète existe dans les manuscrits de l'Observatoire (D. i . 1 1).

La même année 1680, Rœmcr présenta aussi deux machines à l'Académie. L'une, un planisphère donnant à chaque instant les positions relatives des planètes et leurs longitudes, et les étoiles qui sont à une heure donnée sur l'horizon de Paris {Machines approuvées,!^ p. 81); l'autre, une machine pour les éclipses (/6/<i., p. 83) qui donne l'année, le mois et le quantième du mois où doit arriver une éclipse de soleil ou de lune.

Avant ce temps-là, Ph. de la Hire avait donné sa Machine aux éclipses ( 7a6/e5 astronomiques, page 167.)

a On a envoyé à l'Empereur de la Chine des machines semblables à celles dont nous venons de parler, et il en fut si content qu'en ayant donné une au Père Fontaney il la lui redemanda peu de jours après, w {Histoire de l'Académie, I, p. 3 17.)

Fonlenelle parle aussi avec grands éloges d'un globe céleste construit par Gassini qui, pouvant tourner sur l'axe de l'Equateur et autour de l'axe de l'Ecliptique, représentait fidèlement les chan-

(') Foi/*, dans le Voyage de Lister, une note de M. Pighon sur Bultcrfield.

LES INSTRUMENTS DE l'oBSERV ATOI RE. l55

gements produils dans Taspect du ciel par la précession des équinoxes {Histoire de r Académie, 1708, p. 97).

Dans son Traité de V Horlogerie, publié en 1741? ThioutTainé donne, au Tome second, page 297 et planche XXIX, la « Description d'une cadrature qui marque le lever et le coucher du Soleil, les mois, leurs quantièmes et ceux de la Lune et Theure qu'il est dans les principaux lieux de la Terre, par Monsieur Gërôme Martinol, horloger du Roi. Celte cadrature est appliquée, dit-il, au mouvement qui fait mouvoir une des grandes sphères de l'Observatoire construites sur le système de Ptolomée. » Une autre cadrature, qu'il décrit également, est appliquée à une autre sphère. D'après la description, il s'agit évidemment de planisphères ; on sait que les deux mots étaient souvent pris l'un pour l'autre. Poggendorf cite également cette horloge, construite en 1677 par Martinot (qu'il appelle Henri). Elle marquait, dit-il, les mouvements du Soleil et de la Lune. Dans les Comptes des Bâtiments du Roi, il est parlé en 1678 (Tome I, col. 1 107) de cette horloge, payée 6000 livres à G. Martinot, horloger du roi. Enfin Ferdinand Berthoud cite une autre sphère mobile présentée au Roi, le 28 février 1701 , par Martinot et Haye.

J'ai relevé dans les Comptes des Bâtiments du Roi les dépenses faites pour les instruments de mathématiques de l'Académie à l'Observatoire : depuis l'année 1668 jusqu'à 1688 inclus, elles s'élèvent à 38o39 livres; après 1688 jusqu'en 170/î, on ne trouve plus de dépenses pour cet objet.

LES INSTRUMENTS DE l'oBSE R VATOIRE .

(suite.)

Les grandes lunettes de J.-D. Cassini. — La tour de Marly. — La Carte de la Lune.

Les instruments de l'Astronomie de précision, quarts de cercle, octants, équatoriaux et azimutaux, auxquels Cassini, Picard et les astronomes de l'Académie attachaient un intérêt que montrent bien les documents que j'ai rappelés dans le Chapitre précédent, n'étaient peut-être pas cependant ceux auxquels le grand dispensateur des faveurs royales, Colbert, consacrait le plus volontiers les prodigalités du Trésor. Les découvertes si curieuses que Galilée, Hujghens et Cassini venaient de faire dans le monde planétaire frappaient plus vivement l'imagination du roi et de son ministre que les patients labeurs de l'Astronomie de position. Aussi voyons-nous, dès les débuts de l'Observatoire, Colbert employer toute sa puissance à enrichir le nouvel établissement des plus grandes lunettes que l'on pût construire. Les Lettres de Colbert^ publiées par P. Qément, et les Comptes des Bâtiments du Roi, de M. Guiffrey, fournissent sur ces lunettes de précieux renseignements à ajouter à ceux de Cassini lui-même.

Cassini avait apporté de Rome un excellent objectif de in pieds de foyer, que lui avait donné Campani, et avec lequel il avait découvert la rotation de Jupiter et celle de Mars. Il s'en servit d'abord à Paris pour observer, dans son jardin de la Ville-l'Évêque, des taches du Soleil dont il prédit le retour au bout de 27 jours :

« Ma prédiction, dit-il, ayant eu un heureux succès, Monsieur de Colbert voulut observer ces taches dans son jardin Il fut si enchanté

LES INSTRUMENTS DE l'oBSERV ATOIRE. l^y

de ces observations, qu'après en avoir fait part au Roi, il m'ordonna

d'écrire à Rome à Af Gampani, pour lui mander qu'il travaillât

de plus en plus ses lunettes, lui promettant qu'il en serait récompensé du Roi. Au bout de quelque tems, M'^Gampani envoya une excellente lunette de 34 pieds ; elle lui fut payée 1000 écus. G'est celle qui sert encore présentement à l'Observatoire. » ( Vie de J.-D. Cassini, p. 3o4 et 3o5. — Mémoires de V Académie, 170J; p. 21.)

C'est avec la lunette de 17 pieds que CassIni découvrît un nouveau satellite à Saturne, le premier après Titan, à la fin d'octobre 1671, peu de jours après son installation à l'Observatoire ; et c'est la lunette de 34 pieds qui, au mois de décembre 1672, lui fit apercevoir encore un autre satellite de celle planète.

De son côté, Colbert écrivait à M. d'Eslrées, évêque de Laon, ambassadeur à Rome :

«( 10 septembre 1671 Notre Académie des Sciences a besoin

d'une des lunettes d'approche du sieur Gampani; je vous prie de l'envoyer quérir et de luy ordonner d'en faire deux des meilleures et des plus longues qu'il pourra. Gomme il est extrêmement appliqué à en multiplier la vertu, je vous prie de luy dire qu*au cas qu'il trouve le moyen de l'augmenter de la moitié ou du double des dernières qu'il a faites qui ont 55 palmes de longueur, qui reviennent à peu près à 36 ou 37 pieds de France, outre l'avantage qu'il aura de les débiter, le Roi lui fera encore un présent considérable. Et comme il est encore persuadé et qu'il y a mesme beaucoup d'apparence qu'il a trouvé un moyen seur pour les tailler, en cas qu'il voulust communiquer ce secret et l'envoyer en France, S. M. lui donnerait encore une récompense dont il serait content. 9 (^Lettres de Colbert, t. V, p. 3i5, n« 72.)

Le i5 janvier 16^2, nouvelle lettre au même ambassadeur :

« Il sera fort avantageux que les sieurs Gampani et Ëustachio de Divinis s'appliquent aussi à rendre leurs lunettes dans la dernière perfection; et si celle de 120 palmes, à laquelle le dernier travaille, peut réussir, je ne doute pas que nos astronomes n'en tirent beaucoup de fruit et d'utilité. » {Ibid.f p. 320, n» 78.)

M. d'Eslrées répond le 1 3 juillet :

« Pour ce qui regarde les lunettes, Euslachio de Divinis et Gampani en ont fait deux de 5o palmes. J'ai éprouvé celle de Gampani qui m'a paru fort nette et fort bonne; on m'assure que celle d'Eustachio n'est pas inférieure Vous me ferez la grâce de me mander si je vous feray envoyer

les deux lunettes. Une peut-estre pourrait suffire; mais comme celuy qui

l58 CHAPITRE XI.

n'aurait pas la préférence serait découragé, et qu'il importe de les animer à bien faire, je crois qu'il serait plus à propos de les prendre toutes deux. »

Colberl accepte et lui répond le 5 août 1672 :

a Vous me ferez un singulier plaisir de retirer les deux lunettes de 5o palmes chacune que les sieurs Gampani et Eustachio de Divinis ont faites, afin que nous nous en puissions servir utilement aux observations que le Roy continue toujours de faire faire. » {Ibid , p. 332, n® 87.)

Enfin, le 3o juin 1678, Colbert écrit de nouveau :

« A l'égard des lunettes, il est vrai que Eustachio de Divinis a envoyé deux verres; mais quoique Gampani n'en ayt envoyé qu'un, comme il était accompagne de son tuïau, après avoir examiné le tout, j'ay trouvé qu'ils

méritaient autant l'un que l'autre. Ainsy ils doivent être contens

Gomme vous savez que les François sont grands imitateurs, je vous diray, pour votre satisfaction, que nous avons icy deux François dont vous connaissez l'un, le sieur Borel (Pierre Borel, de l'Académie des Sciences), qui nous fournit des lunettes tout autant que nous en voulons. Il en a desjà fourni une de 5o pieds, et promet d'en faire de telle longueur qu'on voudra, et l'autre en a fait une de 63 pieds, dont le verre est plus net qu'aucune de celles que nous ayons vues jusqu'à présent. Ainsy, vous voyez que nous ne manquerons pas de lunettes pour exercer notre Académie, d (Ibid.f p. 35o et 35 1, n^ 107.)

Ces objectifs de Gampani et de Eustachio de Divinis, bien qu'ils n'eussent pas une bien grande j)orlée, leur furent payés 4400 livres [Comptes des Bâtiments, i6j3, col. 6'](y et 71^4). A la même année (col. 71^^), nous trouvons deux grandes lunettes de Ph. Le Bas, l'une de 60 pieds et l'autre de ;>,o pieds, qui ne lui sont payées que 800 livres, malgré ce qu'a dit Colberl de la première que <( le verre en est plus net qu'aucune de celles que nous ayons vues jusqu'à présent ». 11 est vrai de dire que Le Bas était logé aux Galeries du Louvre.

a Gampani continua de travailler encore à d'autres lunettes beaucoup plus longues et m'envoya trois objectifs de différentes grandeurs : mais la mort de M"* de Golbcrt étant survenue, il demanda les verres qu'il avait envoyés, pour satisfaire la reine de Sucds, qui avait projeté de me rappeler aussi à Rome, où elle voulait faire un Observatoire d'une maison qui est dans Tenclos du Palais Riari à la Lungara, où elle demeurait. Je n'avais garde de quitter le service du Roi, qui me comblait de bienfaits et agréait mes services. G'est pourquoi, avec la permission de S. M., je renvoyai à

LES INSTRUMENTS DE L OBSERVATOIRE. iSg

Ar Campani ses derniers verres dont la portée, d'une longueur extraordinaire, était incommode dans l'usage; il a depuis, à la vérité, tâché de le faciliter, sans qu'aucun prince jusqu'à présent les ait recherchés (*). » ( Vie de J.-D. Cassini, p. 3o5.)

Ces objectifs de Campani avaient 80, go, 100 et i36 pieds de foyer. C'est en essayant celui de 100 pieds placé sur la tour Orientale que Cassini, au mois de mars 1684, aperçut deux nouveaux satellites de Saturne, intérieurs aux deux autres qu'il avait déjà découverts. On frappa à cette occasion une médaille qui représente le système de Saturne, avec cette légende : Saturai satellites primum cogniti. Elle fut gravée par de la Haie. {Histoire de l'Académie, t. 1, p. 4^6. — Mémoires de l'Académie, i^o5. —

Œuvres de J.^D. Cassini, dans Mémoires pour servir ,

En même temps qu'il demandait à Rome les meilleurs objectifs possibles, Colbert cherchait à affranchir la France du tribut qu'elle payait à l'étranger, et particulièrement à Venise, j)our la fabrication des verres d'optique. A deux reprises, en i6-3 et en 1686, Pasquin, puis Hartsœker, furent envoyés à la manufacture de glaces que Colbert avait établie en i665 à Tourla ville, près de Cherbourg, pour y travailler à la fabrication des grands verres de lunette {Compte des Bâtiments, 16^3, col. 1612; — 168G, col. 1002); le Recueil des lettres de Colbert, par Pierre Clément, fait connaître un épisode assez curieux de ces voyages : le directeur de la manufacture refusait à l'envoyé de Colbert l'entrée des ateliers ; il fallut des ordres réitérés du ministre pour vaincre sa résistance.

11 parait que les pierres de l'Arno étaient employées avec succès à Venise pour la fabrication du verre. En 16^2, J.-D. Cassini écrit, dans son Journal d'observations, à la date du i®"" octobre :

« Injuncla hodie mihi fuit cura deducendorum lapidum ex flumine Ârno ad vitrorum formalionem. »

(') Les Comptes des Bâtiments portent en recettes, pour l'année 1G87 : « Four faire délivrer savoir : 4-ooo livres au sieur Campani, à Rome, pour 4 grands verres de lunette qu'il a envoyez en iG83, par ordre du Roy, pour servir à l'Observatoire aux observations astronomiques, et 33* 6' S** pour les taxations. » Mais ces 4-000 livres ne sont pas portées en dépense, les verres n'auraient pas été payés, ce qui est bien d'accord avec l'affirmation de Cassini.

l6o CHAPITRE \I.

Et, le lendemain :

« Hodie scripsi ad D. Vincentium Vivianum ut mitteret materiam vîlri ex Arno. »

Quelques jours après, il charge Monti, intendant de ses biens en Italie, d'indemniser Viviani de ses dépenses. Colbert, on le voit, ne négligeait rien pour doter la France d'une industrie nouvelle.

Les opticiens français, de leur côté, travaillaient activement pour l'Observatoire ; je relève, dans les Comptes des Bâtiments du Roi, les fournitures suivantes :

« 1674, y*^ Octobre : Au sieur Borel, pour plusieurs verres de lunettes de diverses grandeurs qu'il a fait pour rAccadémie 3 000 livres.

» 1675, 10 Juillet : A Le Bas, pour lunettes d'approche qu*il a faites pour le Roy 800 livres.

» 1676, '24 Mars : A la veuve Le Bas, pour plusieurs lunettes d'approche que feu son mary a fournies 348 livres.

» 1677, 20 Septembre : A la veuve Le Bas, pour une lunette de 22 pieds de long qu'elle a livrée 275 livres.

» 1680, 5 Febvrier : A la veuve Le Bas, faiseur d'instrumens, pour plusieurs lunettes et autres fournitures par elle faites à l'Académie des Sciences 253 livres.

» 1686, 10 Mars, 16 Octobre : Au nommé Karksveker (Hartsœker), a-compte du grand verre de lunette qu'il fait pour l'Observatoire (deux paiements ) 1 o5o livres.

» 1687, 2 Mars : A Nicolas Hartsœker, ingénieur holandais, pour 84 verres de lunettes et 3 miroirs ardans qu'il a livrez au Père Verjus, Jésuite, pour les missionnaires de Siam ( présent au Roi de Siam) . . . . 660 livres.

» 1688, i5 Février : Au sieur Hartsœker, ingénieur holandais, parfait paiement de 3196^ 10' à quoy montent 33 grands verres de lunettes, un grand microscope à 3 verres, 2 miroirs ardans, un thermomettre, un baromettre et une lunette d'approche toute montée de ses verres^ dont il a fourni à l'Observatoire 20 des susd. verres, le reste au P. Bernabé, missionnaire jésuite allant à la Chine 184(3^ 10*.

» 1688, 12 Septembre : A Le Bas pour 6 grands verres de lunettes qu'il a fourni pour l'Observatoire i65 livres.

Les académiciens astronomes J.-D. Cassini, Picard, Rœmer, Carcavi, Hujghens, Perrault, se réunissaient souvent à l'Observatoire pour faire des essais comparatifs de ces objectifs français

LES INSTRUMENTS DE l'oBSERVATOIRE . l6l

et des verres de Campani et de Divinis, et Colbert ne dédaignait pas d'y prendre part. Le Journal d* observations de J.-D. Cassini mentionne, à partir de 16-2, plusieurs de ces réunions et les résultats des épreuves, qui donnaient la palme tantôt aux Italiens, tantôt aux Français. J'ai cité, au Chapitre IX, la relation que nous a laissée Cassini d'une de ces séances. Mais cela n'allait pas toujours sans ennuis pour Cassini, spécialement chargé de préparer les appareils. De tout temps, les artistes ont été race très chatouilleuse à l'endroit de l'appréciation de leurs œuvres, et Pierre Borel paraît avoir eu Tépiderme particulièrement sensible. Membre de l'Académie, il ne se gênait pas pour répandre ses doléances devant ses confrères; et elles semblent avoir été parfois très vives, surtout dans la séance du i3 mai 1^7.3, au lendemain de la réunion où Colbert avait dû reconnaître la supériorité des objectifs de Campani et de Divinis. En rentrant de cette séance, Cassini, à bout de patience, écrit dans son Journal d'observations :

« Querella} D. Borelli in Academia vehementer me pertubarunt, ita ut per multos dies voluptatem obscrvandi non senserim. »

Et, en efTet, il ne reprend ses observations que le 18.

Cette simple phrase que Cassini jetait sur son Journal , sans penser qu'elle diit jamais être publiée, révèle deux traits du caractère de ce grand homme. C'est d'abord son ardente passion pour TAstronomie, qui lui inspire ce mot d'une naïveté charmante : voluptatem observandi. C'est ensuite une extrême délicatesse de conscience, que dénote le trouble où le plongent les récriminations, pourtant bien injustes, de Borel. Je prie le lecteur de se rappeler cette remarque lorsque j'aurai à discuter, dans un prochain Chapitre, les calomnies par lesquelles on a essayé de travestir le caractère de cet illustre savant.

11 est intéressant de savoir quels étaient les diamètres de ces objectifs simples et quels grossissements ils pouvaient supporter. Auzout a donné ces indications dans son Mémoire sur les grandes lunettes {Mémoires de V Académie, t. VII, i*"® Partie, p. 34). Les lunettes de 3o à 35 pieds avaient 3 ou 4 pouces d'ouverture, l'oculaire 3 pouces de foyer, d'où un grossissement de 120 à i4o. Une lunette de i5o pieds avait 8 pouces d'ouverture; grossisse- C. W. II

lG?l CIIAPITRK M.

nient, 600. Dans la Table des ouvertures des liineiles (p. 69), il donne 8 lignes au maximum pour une lunette de 1 pied, i3 pouces 4 lignes pour celle de 4oo pieds.

Plusieurs de ces verres à long foyer ont été conservés à TOJjservatoire. Nous les retrouverons dans les inventaires de 1778 et de 1793. Ils existent encore et deux d'entre eux portent la signature de Giuseppe Campani.

Nous avons peine à comprendre aujourd'hui comment les astronomes du dix-septième siècle pouvaient se servir de ces objectifs à si long foyer, 5o, 60, 100 pieds et quelquefois plus. Aux plus petits, de i5 et ao pieds, on adaptait des tuyaux de cuivre, plus souvent de fer-blanc ou même de carton et parchemin. Hèvéliu>, dans la Machina Cœlestis, Bianchini dans son Ouvrage sur la planète Vénus [Hesperi et Phosphori nova phœnomena, Koma?, 17^8) et dans les Mémoires de ^Académie de 1713, le P. Sébastien dans les Machines approuvées par r Académie (t. 1, p. 93), montrent comment ils par>enaient à diriger sans trop de peine des lunettes de 100 pieds de long (*). I/objectif et Toculaire étaient fixés aux extrémités d'une grande vergue qu'on suspendait à un mât par des cordages et des poulies, disposés de façon à éviter autant que possible 1rs flexions. Pour suspendre de pareils engins, on avait élevé sur la terrasse de TObservatoire, en i^>79? un grand mât de charpente (2).

La grande lunette suspendue à ce mat était portée j)ar un tube de construction beaucoup mieux comprise, au ])oint de vue de la flexion, que les lunettes d'Hévélius et de Bianchini ; c'était un tube à claire-voie {j^) de 70 pieds de long, ayant la forme d'un prisme triangulaire dont chaque face était formée d'une véritable échelle, avec ses deux montants et ses barreaux ; Cassini le désigne ordinairement [)ar le nom de Tube à trois faces d'échelle (*).

(') Toi/* aussi le Mciiioire inlilulé : Nouvelles découvertes sur tes mouvements des satellites de Saturne^ par M. Cassini {Afém. de l'Acad., 1724, p. 3tii).

(') Comptes des Bâtiments, 1O79, col. 11'25 : A l'oitcvin, charpentier, pour son paiement d'un ^ros mast de charpentcrie qu'il a fait et fourny pour poser la grande lunette qui est à l'Observatoire, 65o livres.

(*) Ce tube était de l'invention de Cusset {Hist. de VAcad.y t. II, itiisG, p. i3).

(*) Comptes des Bâtiments du Boi, i()8(î, col. 1009 : 2^ Mars, à Claude

LES INSTRUMENTS DE L'oBSER V ATOIRE. ,63

Antérieurement à l'invention de Cussel, J.-D. Cassini avait eu l idée d une forme de tube bien plus ingénieuse :

« Le samedi g- de may ,68:1, M. Cassini propose de faire un tuyau

pour la grande lunette qui n'ait pas besoin dappuy. n consiste en Zx uyau, concentriques dont l'un soit plus grand' qui l'autre e entre les

"xLrte' : .TT "T^- "^ "" '""^ '""^ ''^- '« -"- <!-"-

Il est curieux de voir apparaître, dès ,682, la forme en cigare que 1 on donne aujourd'hui aux grandes lunettes des Équaloriaux

Il faut noter aussi que, déjà à cette époque lointaine, les astronomes avaient conçu l'idée d'utiliser la réflexion des rajons sur un iniroir plan, fade à mouvoir en tous sens, pour les renvoyer dans la lunette immobile : l'invention du Sidérostal remonte au moins a 1 année 168.. Dans \e Journal des Savants de cette année on trouve (p. 221) une lettre adressée à Borel, où on lui signale un traité manuscrit d'un sieur Bofl-at, de Toulouse, intitulé : Nouvelle intention d'une manière de tuyau facile, très commode, et à peu de frais, pour se servir des plus grands verres de lunettes. La lunette étant fixe et dirigée vers le p,Me du ciel. Boffat plaçait devant l'objectif un miroir mobile qui réfléchissait, suivant son axe, les rajws venant d'un point quelconque du ciel. C'est le sidérostat polaire d'aujourd'hui.

Cl. Perrault, un peu après Bofl-at, à une date qui n'est pas fixée mais antérieurement à 1 ()()(,, proposait le sidéroslat horizontal {Machines et inventions approuvées par l'Académie, t. l", p. 35) et indiquait comment, avec des cordages et des poulies' l'observateur, l'œil à l'oculaire immobile de la lunette couchée horizontalement, pouvait faire mouvoir le miroir plan de façon à suivre un astre dans son mouvement diurne.

«La difficulté, dit-il avec juste raison, est de trouver un miroir ausH parfait qu'il est nécessaire pour ne point corrompre les rayons. »

Les astronomes ont dû attendre Léon Foucault pour être en possession d'un tel miroir.

. Dclouïc, lourneur, pour un suport de liincltc à 3 bras d'csclicllo, porlanl 70 pieds de long, fait et fourni à l'Observaloire , ,„ n^res.

l64 CHAPITRE XI.

Cassini et ses collaborateurs se servaient le ])lus souvent des grands objectifs sans tuyaux; comment parvenait-ils à les diriger à Tastre et à placer convenablement l'oculaire? Les archives de l'Observatoire possèdent sur ce sujet une Note manuscrite de J.-D. Cassini qui, je crois, n'a jamais été publiée; j'en donne ici la première partie qui explique complètement le mode d'observation:

l'usaoe des verres sans tuyaux pratique dans les dernières découvertes.

« La découverte du premier et du second satellite de Saturne, qui ont esté découverts les derniers, a esté faite par les verres excellents que M"^ Campani a travaillé à Rome^ et envoyé à l'Observatoire par ordre de Sa Majesté.

» r Par un de loo et un de i36 pieds, et ensuite par un de 70 et un de 90. Je m'en servois au mois de mars de l'an 1684 sans tuyau mettant sur l'Observatoire celuy qui estoit d'une telle portée, qui estant exposé à Saturne à son passage par le Méridien portoit son foyer à l'hauteur de l'œil placé dans la cour inférieure du costé de Septemtrion. Ce que je trouvois par le calcul.

» Je fis un pupitre de la largeur de la (fente) qui a esté faite pour cette sorte d'observation à la tour orientale, de sorte qu'il y enlroit à force, afin que y estant mis à l'hauteur que le calcul demandoit, il y demeurast sans pouvoir estre en aucune façon ébranlé du vent auquel l'Observatoire est exposé. Le plan de ce pupitre qui estoit percé d'une ouverture proportionnée au verre qu'on ymettoit dessus, estoit incliné à l'horizon autant qu'il falloit pour recevoir les rayons de Saturne perpendiculairement. L'objectif estant ainsi placé on se mettoit avec l'oculaire dans la cour, lorsque Saturne aprochoit du méridien, en ligne droite entre (avec) Saturne et l'objectif pour trouver son foier. Comme cela estoit difficile du commencement, on recevoit l'image de Saturne sur un canon quarré, et la conduisant à un des angles, on l'apliquoit à l'oculaire, qui estoit placé sur un (support) de sorte qu'il se pouvoit hausser et baisser, et transporter horizontalement avec facilité; alors on apliquoit l'œil à loculaire, que l'on dirigeoit plus exactement à l'astre^ car quoique l'image toinbast sur l'oculaire, on ne voyoit pas Saturne à moins que l'oculaire ne fut dirigé exactement; après l'avoir trouvé on transportoit peu à peu la machine qui portoit l'oculaire pour le conserver.

u Le degré de distinction de l'objet faisoit connoitre si on estoit bien au foier et on avançoit ou reculoit jusqu'à ce que l'on eut trouvé l'endroit où l'image estoit plus distincte. On pouvoit voir fort distinctement un quart d'heure avant, et un quart d'heure après le passage par le méridien, l'objectif demeurant immobile et ne transportant que l'oculaire.

» Après s'estre exercé dans cette manière d'observer, on commença à donner un mouvement horizontal et un vertical au pupitre et on le mit à

LES INSTRUMENTS DE L*OBSERVATOIRE . t65

la fin sur un crie (sic) pour l'hausser et baisser et suivre TAslre plus longtemps, faisant faire une partie de la variation de la hauteur à l'objectif^ un'autre à l'oculaire, que nous mismes ensuite sur une pique dressée sur un pied, sur laquelle il glisse aisément et s'arrest quand on veut par un resort qu'y s'aplique.

» Après avoir réussi aux observations faites au passage des Astres par le méridien, qui sont les plus faciles à cause du peu de variation de l'hauteur qui s'y fait en un assez long espace de temps, nous commençasmes d'observer aussi aux autres hauteurs placeant l'objectif tantost sur l'Observatoire, tantost sur le mas de la grande Lunete, et tantost sur la grande tour de bois de 120 pieds d'hauteur qne Sa Majesté a fait transporter à cet usage de Marly sur la terrasse de l'Observatoire, et nous avons fait achever la machine armillaire qui porte l'objectif dans un cercle représentant l'horizon de l'Hémisphère éclairé de l'Astre, le tournant elle-même par un mouvement artificiel placé sur le plan de l'Cquinoxial qui lui fait suivre le mouvement de l'Astre d'orient en occident et monstre en mesme temps sa déclinaison sur un méridien mobile et sa distance au méridien sur Téquinoxial fixe, ce qui sert à la diriger une fois à l'astre pour un jour entier sans qu'elle ait besoin d'autre mouvement que d'être haussée, ou baissée quand l'observation dure plus longtemps que l'œil de l'observateur ne se peut hausser ou baisser autant qu'il faut pour suivre l'astre dans la variation de la hauteur qu'il fait dans cet espace de temps (>).

n Nous avions déjà découvert deux Satellites de Saturne pour lesobser-

(') La description que donne J.-D. Cassini de sa curieuse machine armillaire n'est peut-être pas suffisamment claire; on peut la résumer en quelques mots : Tobjectif est fixé au centre de la sphère armillaire, dans le plan d'un grand cercle perpendiculaire au rayon qui aboutit à Tastre; un mouvement d'horlogerie fait tourner ce cercle autour de l'axe du monde.

Il paraît que le gardien du cabinet des Machines expliquait beaucoup plus claire* ment que Cassini lui-même son appareil armillaire; car un des visiteurs, l'auteur anonyme de la Vie de Colbert que j'ai déjà cité plusieurs fois, en donne une description très nette : « On voit dans le Cabinet... une machine de cuivre composée des cercles de la sphère qui porte un verre objectif de i4o pieds de longueur de forer solaire, et qui par le mouvement d'une montre ou horloge à ressort suit le mouvement de l'astre. Lorsque l'astre n'est élevé sur l'horizon que de a ou 3 degrés, 00 met cette machine à la hauteur de 6 à 7 pieds de telle manière que la surface du verre est parallèle au disque de l'astre, et on s'en recule en ligne droite de la longueur de i4o pieds, où Ton place le verre oculaire, en sorte que les 4 centres, celui de l'astre, de la surface du verre objectif, du verre oculaire, et de l'ouverture de la prunelle de l'œil sont en une même ligne droite; et lorsque Tastre est beaucoup plus élevé sur l'horizon, cette machine est à proportion élevée en l'air par le moïen d'une corde vers les angles ou coins de la tour de bois de x5o pieds de hauteur qui est devant la face méridionale de l'Observatoire; mais il faut par un long usage aprendre à suivre l'astre avec le verre oculaire, en sorte que l'œil décrive un cercle presque de i4i pieds de rayon, dont le verre est le centre. »

l66 CHAPITRE \I.

valions des mois de Mars et d*Avril de Tan 1684 failes sans tuyau quand M*^ Ilugens publia et m'envoya son Astroscopie, dans laquelle il enseigne à se servir des verres sans tuyau mettantrobjectif en équilibre sur un genou qui se hausse et se baisse sur une coulisse, et le dirigeant à TAstre par un fil qui va de Tobjectif à Toculaire placé sur un pied, et dans la réponse que je luy fis je luy envoyai ces observations faites par ma méthode qui sont les mesmes que j'ay emploiay pour trouver les mouvements de ces satellites et que je représente par ma Théorie aussi bien que les autres.

» Par occasion de la lettre de M*" Huguens, M*^ Thevenot m'a témoigné qu'il y a longtemps que luy mesme et M*^ de la Hire qui depuis longtemps avoit promis au public la manière de se servir des verres sans tuyau, l'avoieni pratiquée les mettant sur une planchette à laquelleestoit attaché une petite lunete pour diriger l'objectif à l'astre, nous avons expérimenté que la lunete n'est pas nécessaire, une règle simple étant suffisante pour le diriger puisque dans le mouvement qu'un Astre fait dans un demiquart d'heure, il n'y a point de différence sensible dans la représentation de l'Astre, Tobjectif demeurant immobile, nous av(ms apliqué cette règle à une planète et à un chassi qui a le mouvement horizontal et le vertical, et un quart de cercle pour marquer les hauteurs, et nous l'avons aussi appliquée à la machine armillaire de sorte qu'elle peut être dirigée à quel astre Ton veut sans incomoder le mouvement artificiel et après la direction elle le suit continuellement.

» La plus grande difficulté dans l'usage des grands verres sans tuyau dans l'observation des astres consiste à unir le foyer de l'oculaire à celuy de l'objectif et particulièrement dans les observations de Saturne dont la lumière est foible, et l'image petite, car il y en a point à l'égard de la lune qui fait au foïer des grands verres une image si grande que plusieurs observateurs la peuvent observer ensemble par le mesme objectif un aune partie de son disque, l'autre eu une autre partie, mais on y vient ou en recevant l'image dans un carton aux nuits plus obscures ou éclairant l'objectif pour se mètre en ligne droite avec l'objectif et l'astre et avançant ensuite et reculant pour trouver le point de la plus grande netteté. L'exercice en a facilité l'usage de sorte que nous trouvons les astres par les grands objectifs sans tuyau avec plus de facilité qu'avec les tuyaux de la longueur que leur portée demande.

» Nous en avons fait faire pour très grands verre?, les plaçant sur son support léger fait en forme d'une échelle à trois faces, qui a eu le succès que nous avions espéré.

» Après avoir découvert ces deux satellites par les plus grands verres, nous l'avons aussi vu souvent par des plus petits dont nous nous servions auparavant, par un de M*^ Borelli de 40 ^^ u" de 77 pieds, et par un de M*" Gampani de 35 qui nous avoit servi à découvrir le troisième Satellite de Saturne, quoique par ces verres ils paroissent si petits que à moins de sçavoir que ces planètes sont près de Saturne pour y regarder fixement on ne les aperceveroit pas.

LES INSTRUMENTS DE l'oBSER V ATOIRE . 167

» Nous les avons enfin observés dislinctement par des verres fails par IVr Araouquel (Harlsœker) de 80, de i25 et de 220 pieds. »

Le grand mât de la terrasse, la tour Orientale, pouvaient bien suffire pour placer à une hauteur convenable des objectifs d'une portée inférieure à 100 pieds ; mais, pour une plus grande longueur, il fallait un support plus solide qu'un mât, plus élevé que la tour. On jeta les yeux sur une grande tour en bois de 120 pieds de haut, qui avait été construite pour éle\er les eaux de la Seine à Marly et les envoyer à Versailles, et qui était sans emploi depuis qu'elle avait été remplacée par une tour en pierre encore plus haute.

«c On examina en particulier l'usage dont elle pourrait être, et Payant jugée très propre au dessein qu'on avait de continuer les Découvertes Célestes par le moyen des plus longues Lunettes, ou qu'on avoit, ou qu'on pourroit rencontrer dans la suite, l'Académie pria M*^ de Louvois d'obtenir du Roi la permission de la faire transporter à l'Observatoire, ce qui lui fut accordé, après quelques épreuves que M. Cassini en fit pendant deux ou trois nuits de suite, à Marly même. » {Histoire de V Académie, t. I, p. 433; i685.)

Ce fut le i" mars i685 que Cassini obtint de Louvois l'ordre de transporter la tour de Marly à l'Observatoire. Le soir de ce même jour, il eut occasion de montrer au duc du Maine et à Bossuet la lumière zodiacale, sur laquelle il venait d'appeler l'attention des astronomes.

« Elle était très sensible ce soir-là ; elle rasait du côté du septentrion les étoiles d'Arieset finissait près des Pléiades. MonseigTEvéque de Meaux me dit qu'il se souvenait de l'avoir vue autrefois au mesme endroit mais sans y avoir fait réflexion. » {Journal des Observations de Cassini, Archives de l* Observatoire, D. 5. 9.)

Le transport et l'érection de cette tour sur la terrasse de l'Observatoire fut une opération longue et dispendieuse; elle dura près de trois ans, de i685 à 1688. On lui bâtit (voir PL XI) un soubassement très solide en maçonnerie, qui en augmenta encore la hauteur; on la munit d'un escalier de 187 marches (G. Brice) et on la garnit à la partie supérieure d'un balcon pour la sécurité des observateurs qui devaient y porteries objectifs. Sur les angles étaient des coulisses dans lesquelles, au moyen de cordes et de poulies, on faisait monter et descendre Tingénieuse machine armillaire de Cassini. Enfin tous

l68 CHAPITRE \I.

les bois furent enduits de goudron pour en assurer la conservation.

La dépense totale de transport et d'établissement de cette tour s'éleva, d'après G. Marinier, à 10886* 4* 8**. Le relevé fait sur les Comptes des Bâtiments du Jioi ne me donne que 9923*^ /J*^** 1"* se décomposent ainsi :

Transport 4 029*" 5'

Terrassements, fondations et érection. .. 4 3i6*'i3' 4**

Serrurerie 195*1 5"

Goudronnage i 384*io" 1 1**

Total... 9925* 4» S"*

La différence, 961 livres, provient probablement de dépenses soldées par Couplet et dont je ne puis faire le départ dans les sommes annuellement payées par lui. Je trouve par exemple, à son nom, en l'année 1689, ^^^ somme de 3^o livres pour T Académie, l'Observatoire et le rétablissement des grandes lunettes.

Le relevé général des dépenses faites pour les lunettes et leurs supports de i6^3 à 1695 donne pour total '2Jç)--'À*<i*2^', il faut remarquer qu'après l'année 1688, il ne fut plus fait pour ainsi dire aucune dépense pour cet objet.

On sait que l'une des principales études de J.-D. Cassini, à l'aide de 3cs grandes lunettes, fut celle des accidents de la surface de la Lune; il y travailla assidûment de 167 1 à 1679. Le i4 septembre 1671, le jour même de son entrée à l'Observatoire, il dessina, avec Sébastien Leclerc, la tache de la Lune que Riccioli appelle la mer des Humeurs; le surlendemain, le même artiste dessina, sous sa direction, les phases d'une éclipse de Lune (Journal des Obs., Arch., D. i. 1). 11 est bien probable d'après cela que ce n'était pas la première fois que Leclerc prêtait à Cassini lo secours de son crayon et qu'ils avaient déjà travaillé ensemble au jardin de la Ville-l'Evêque. Plus tard, c'est Jean Patigny qui est le dessinateur en titre de l'Observatoire. Pendant plus de six années, de 16-^2 à 1679, il est porté sur les Comptes des Bâtiments du Boi comme appointé régulièrement, à raison de 1080 livres par an, pour dessiner et graver les figures des constellations, des planètes et satellites, et en particulier des taches de la Lune.

LES INSTRl'MENTS DE l'oBSER V ATOl RE. 169

« Nous possédons à l'Observatoire, dit Gassini IV dans VExtrait des observations faites en 1787 [Mém, de l*Acad,,pour 1787, p. 33, note (/)] presque tous ces dessins originaux des taches de la Lune représentées en grand, par les sieurs Le Clerc et Patigny, au crayon noir et blanc, sur papier, bleu; quelques-unes (*) à la sanguine sur papier blanc. Ils sont rassemblés dans un grand volume composé de 60 planches ('); les circonstances de Tannée, du mois, du jour et de l'heure où chaque tache a été observée et dessinée (•), sont écrites (♦) de la propre main de Gassini * ce manuscrit est peut-être le plus précieux que Ton ait en ce genre. »

Le 8 janvier 1828, Cassini IV fit don de cet Atlas au Bureau des Longitudes. Il est inscrit aux Archives de TObservatoire sous l'indication D. 6. /\o.

C'est d'après ces dessins que fut gravée la grande Carte de la Lune de 20 pouces de diamètre, que J.-D. Cassini présenta à l'Académie en 1679 :

« Le samedi 18* de février, la Gompagnie étant assemblée, M' Gassini a fait voir une assez grande figure de la Lune, qu'il a fait graver et qu'on a examinée. » {Procès-verbaux manuscrits de rAcad.)

C'est probablement aussi d'après ces dessins que Ph. de la Hire peignit la grande Carte de la Lune, d'environ 4 mètres de diamètre, que possède la Bibliothèque Sainte-Geheviève.

La gravure de la Lune n'est pas signée. Mais nous trouvons dans les Comptes des Bâtiments du Roi Louis JCIV, au Tome I, année 1679, col. 121 1 :

16 avril, a A Jean Patigny, graveur...., en considération du travail qu'il a fait à l'Observatoire à dessigner et graver la grande figure et les phases de la Lune 810^. »

C'est d'ailleurs la dernière fois qu'il est fait mention du travail de Patigny à TObservatoire. C'est donc bien en vue des dessins

(*) Deux dessins seulement.

(') Cet atlas, de 6a centimètres sur 46, ne contient en réalité que 57 feuilles numérotées sur lesquelles soient collés des dessins. La couverture porte à l'intérieur une étiquette aux armes de France, sur laquelle on lit : « Gaudreau, Relieur breveté de la Reine, de Madame, et de Madame la Comtesse d'Artois, rue de la Sorbonne, la 3* Porte à droite en entrant par la rue des Malhurins, à Paris. » Le collage et la reliure des dessins originaux des taches de la Lune furent payés 66 livres {Comptes de Cassini, exercice de 1786).

(^) Les dates des dessins vont de 1678 à 1678.

(*) Au crayon noir.

et de la Carte de la Lune que Cassini a attaché cet artiste à TObservatoire pendant près de sept ans (*).

Dans la seconde moitié du xviii* siècle, le cuivre de la Carte de la Lune de Cassini avait disparu ; les exemplaires de cette Carte étaient devenus d'une rareté extrême et d'un prix excessif, on n'en trouvait plus que dans les inventaires. Cassini IV prit le parti d'en faire graver par Janinet, en 1785, une réduction au diamètre de 18 centimètres, qu'il accompagna de notes et d'observations curieuses qui n'avaient pas été publiées (^). La gravure en fut pajée 270 livres 16 sols {Comptes de Cassini pour 1788, Arch. de l^Obs.y D. 5 . 18.) Lors du départ de Cassini, le cuivre resta à l'Observatoire, où il est encore.

Quant à celui de la grande Carte, Cassini, après bien des recherches, l'avait retrouvé au fond d'un magasin de l'Imprimerie Royale. Il demanda et obtint de M. de Breteuil l'autorisation de faire vendre par un libraire, au profit de la Bibliothèque de l'Observatoire qu'il venait de fonder, les exemplaires de cette carte que lui fournissait l'Imprimerie Royale (Note manuscrite de Cassini, Arch. de l'Obs,, D. 53. 8, liasse Bibliothèque, après l'État de 1791. Voir aussi Chapitre XVI). Une partie des fonds provenant de cette vente servit à payer la petite Carte.

Dans un de ses Comptes annuels, Cassini avait réclamé pour sa

(') Les renseignements donnés par Cassini IV sur les noms des Artistes qui ont travaillé à la Carte de la Lune et sur la date de sa publication sont des plus contradictoires. Dans V Extrait des observations faites à V Observatoire en 1787, il dit que les dessins en furent faits par Leclerc et Patigny, ce qui est exact, et la gravure par Mellan. Mellan est cité plusieurs fois dans le premier volume des Comptes des Bâtiments, mais pour des travaux tout différents, jamais pour l'Observatoire.

Dans le Tableau chronologique des Œuvres de J.-D. Cassini, publié en 1810 {Mém, pour servir.,., p. 34o), le même auteur ne cite que Patigny comme dessinateur et ne donne pas le nom du graveur; il donne l'année 169a comme date de la publication.

Enfin, dans l'État des manuscrits de la famille Cassini^ communiqué au Bureau des Longitudes le 8 janvier 1828, il ne nomme que Leclerc comme dessinateur, ne parle pas du graveur et assigne à la publication de la Carte la date de 1680.

Ces contradictions s'expliquent par la différence des époques auxquelles écrivait Cassini IV, mais elles enlèvent toute autorité à son témoignage.

(*) La grande Carte ne porte aucune légende.

LES INSTRUMENTS DE L*OBSERV ATOl R K . I71

famille la propriété des planches gravées des deux Cartes. En l'an VII, en même temps qu'il plaidait la cause des actionnaires de la Carte de France, il renouvelait cette réclamation, qui peut nous sembler peu justifiée. Ignorait-il que la gravure de la grande Caite avait été payée par le trésor royal, ou crut-il que le Roi en avait fait cadeau à son bisaïeul? Ni l'Administration, ni lui-même ne pouvaient à cette époque apporter de preuves pour ou contre cette réclamation, la décision ne pouvait être qu'œuvre de sentiment. En 1799, le Ministre de l'Intérieur Quinette, tout en faisant remarquer que les planches dont il s'agit, déposées depuis longtemps dans un dépôt public, ne pouvaient être considérées que comme monument national, dont la mémoire même des Cassini exigeait la conservation, admit qu'une indemnité était due à la famille. De Prony et Capitaine furent chargés d'en faire l'estimation qu'ils fixèrent à 4ooo francs. Enfin, le 3 nivôse de l'an IX, Chaptal en ordonna le paiement' par une lettre qu'il convient de citer :

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