‹ Histoire de l'Observatoire de Paris de sa fondation à 1793Chapitre 26 sur 61 · I SUITS · texte numérisé non relu

I SUITS

Gassini de Thury nommé Directeur. - Restauration des Cabinets d'observation.

— Premiers démêlés avec l'Académie. — Gassini IV et ses aides jusqu'en 1786.

— Les observations magnétiques.

Les listes des observations du passage de Vénus faites à Paris, que nous avons rapportées dans le Chapitre précédent, font ressortir l'état d'abandon et de dépérissement dans lequel était tombé rObservatoire moins de cent ans après sa construction. Le palais qu'avait édifié Louis XIV, qui devait être le lieu d'observation des académiciens, n'offrait plus aux astronomes que de petits cabinets fort incommodes et mal pourvus d'instruments. Les académiciens astronomes l'avaient abandonné ; chacun d'eux s'était créé un observatoire, soit de ses propres deniers, soit par la protection d'un grand seigneur ou d'une communauté religieuse, et plusieurs de ces observatoires particuliers étaient plus richement pourvus d'instruments que l'Observatoire rojal. L'Académie elle-même semblait se désintéresser de son Observatoire, pour l'entretien duquel elle n'avait d'ailleurs aucun fonds. Il lui suffisait que cet établissement continuât à offrir à quelques-uns de ses membres des logements plus ou moins commodes; seuls, les Gassini et les membres de leur famille continuaient à y observer aux deux quarts de cercle muraux et au quart de cercle mobile des cabinets extérieurs, quand toutefois ils n'observaient pas dans leur terre de Thurj ou quand ils n'étaient pas occupés au dehors par les travaux de la Carte de France. Seuls aussi les Cassini prenaient encore souci de l'Observatoire et des instruments qu'il renfermait. « En 1765, Cassini de

23o CHAPITRE XV.

Thury demanda avec instance la permission de faire l'avance des fonds nécessaires pour réparer l'Observatoire, pour garnir les cabinets des instruments convenables, enfin pour retirer cet établissement de l'état d'abandon et de misère où il se trouvait et qui n'était pas moins préjudiciable aux sciences que honteux pour la nation (*). » Le Gouvernement ne pouvait décemment accepter cette offre; M. de Marigny en remercia Cassini par la lettre suivante :

« A Versailles, le 2\ août 1765.

» Il est certain, Monsieur, que je n'ay jamais eu besoin d'être excité pour m'intéresser à la conservation de l'Observatoire. J'ay souvent sollicité de vive voix et par écrit les fonds nécessaires pour le rétablissement d'un édifice, qui a tant fait d'honneur à la France; mais le malheur des circonstances a rendu jusqu'à présent mes démarches infructueuses. Cependant^ j'ose espérer qu'elles ne le seront pas encore longtems puisque les suites de la guerre commencent à devenir moins sensibles. Je serais bien flatté, Monsieur, de pouvoir contribuer en quelque chose au succès de vuësaussy grandes, aussy nobles que les vôtres. La lecture de votre mémoire m'a transporté de plaisir et d'admiration. J'en suis si touché que j'attendray avec impatience que le Roy daigne m'accorder un travail, pour que je puisse rendre compte à Sa Majesté de la permission que vous demandez, non seulement de faire à vos dépens les réparations Aécessaires pour la pratique des observations, mais de procurer à l'Observatoire les instrumens les plus parfaits, qui ayent été construits jusques à présent, et de les multiplier en assés grande quantité pour l'usage de ceux qui se destinent à l'Astronomie. Après de pareilles offres. Monsieur, il ne vous manquera plus aucun genre de gloire et d'illustration. Si mes vœux étaient exaucés, Sa Majesté ae bornerait pas la récompense d'une si belle action, à vous accorder la place de Directeur de l'Observatoire, avec trois mille livres de pension, aux charges que vous vous imposez vous-même ('); vous enauriés le gouvernement, et il passerait à tous ceux de vos descendans qui seraient dignes de porter votre nom.

» J'ay l'honneur d'être, avec tous les sentimens de la plus sincère admiration. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

» Le M' DE Mariony ('). »

(') Il eût été intéressant de coanaitre le texte de ce Mémoire de Cassiai de Thury. Je n'ai pu le retrouver.

(') La tournure de cette phrase semblerait indiquer que Cassini de Thury dans son Mémoire demandait la place de Directeur de l'Observatoire.

(^) Cette lettre a déjà été publiée par Cassini IV dans ses Mémoires pour servir,.., p. 187. Mais il a supprimé, par modestie sans doute, la dernière phrase relative à la direction de l'Observatoire et à la survivance en sa faveur du titre de Directeur général.

LE RÉGIME DE l'oBSERVATOIRE. 23r

La promesse contenue dans cette lettre ne fat réalisée que quelques années plus tard sous le ministère du comte de Saint-Florentin, duc de la Vrillière. Le brevet délivré à Cassini a été retrouvé an château de Thurjr par M. Drape jron qui a bien voulu en donner copie à l'Observatoire :

BREVET DE DIRECTEUR GÉNÉRAL DK L'OBftERVATOIKI A PARIS,

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